Rugby qui sera champion du monde ?

La France fait-elle peur ?

Lundi 10 septembre 2007, par Paul Vaurs // Divers

À la veille de l’ouverture de la Coupe du monde la presse internationale estime que le XV français reste l’équipe à battre. Et il faudra que ses adversaires fassent preuve de talent pour l’empêcher de briller.

Faire des comparaisons entre les déceptions sportives, que certains extrémistes iront même jusqu’à qualifier de « désastres », est un exercice que la plupart des gens préfèrent éviter. John Mayhew, soigneur des Ail Blacks lors des Coupes du monde 1991 et 1999, qui se sont toutes les deux déroulées au Royaume-Uni, n’hésite cependant pas à désigner celle de 1999 comme son expérience la plus amère. « Ce qui fait mal, à propos de celle-là, c’est que nous aurions du gagner ce tournoi », lâche-t-il. Le souvenir de cette Coupe du monde est encore bien vivace chez les Néo-Zélandais, en particulier à l’heure où le tournoi en France approche.

On fait déjà des parallèles, dont le premier est que les Ail Blacks partent cette année encore favoris. Fn 1999, John Hart, l’entraîneur de l’époque, avait pratiquement reçu carte blanche pour sa préparation, au point de retirer tous ses joueurs du championnat des provinces (NPC) et d’investir généreusement dans des camps d’entraînement.

Pourtant, après la défaite des Blacks â Sydney face â l’Australie, lors du dernier match du tournoi des Tri-Nations, qui n’a cependant pas empêché la Nouvelle-Zélande de remporter celui-ci, John Hart avait suscité de nombreuses réserves. Même ses admirateurs pensaient qu’il avait trop attendu avant de faire entrer Lomu dans le XV titulaire et que c’était une erreur de retirer complètement les joueurs du NPC. La victoire 30-16 contre l’Angleterre et les 100 points infligés à l’italie en match de poule confirmèrent cependant que les Néo-Zélandais partaient favoris dans cette Coupe du monde. La demi-finale face à la France ne devait être qu’une formalité, puisque les Blacks avaient marqué 50 points contre la France fin juin à l’Athletic Park et que les Français n’avaient ensuite atteint la phase finale de la Coupe du monde que grâce à une heureuse victoire contre les Fidji, entre autres en raison d’une erreur dc l’arbitre Paddy O’Brien. Les choses ne se sont pas passées comme il aurait fallu. Pour certains, la décision de faire une pause à Nice après les matchs de poule et avant le match contre l’Ecosse et, quart de finale avait été une erreur et a montré que le groupe, baignant dans l’autosatisfaction, était passé en mode vacances. Le deuxième ligne Robin Brooke assure qu’on avait dit aux All Blacks, qui s’étaient interdit l’alcool pendant le tournoi, qu’ils pourraient se laisser aller à boire « quelques pintes » dans le cadre de cette petite pause récupératrice. « C’est sur qu’on s’est tapés quelques bières, là-bas, se souvient John Mayhew. On a regardé le match France Fidji dans un café, et, s’il n’y avait pas eu l’erreur de Paddy O ‘Brien, la Coupe du monde aurait pu se terminer différemment. »

Face à la France, les choses ne sont pas passées comme elles auraient dû ? Robin Brooke pense aujourd’hui que ceux qui affirmaient que les Blacks étaient allés au match en s’attendant â gagner facilement n’avaient pourtant pas tout à fait tort. Il faut se rappeler qu’on leur avait collé 50 points dans la vue quelques mois auparavant, et que la France n’avait pas tellement bien joué pendant le tournoi, explique-t-il.A la mi temps, les All Blacks menaient par 17 à 10, alors qu’ils ne jouaient pas si bien que ça. C’était pour confirmer que la victoire leur appartenait. Pendant la pause, Hart a demandé à ses joueurs de marquer les premiers à la reprise. Ce fut fait grâce à un essai spectaculaire de Lomu. La victoire devait donc plus leur échappé. « Mais tout a basculé d’un coup, Ils avaient eu quelques rebonds favorables et tout est allé très vite », se souvient BroolLa France a renversé le jeu et finalement emporté 43 à 31.

Bernard Laporte Roi des bon plans.

Après le match, Mike Banks manager des All Blacks, n’avait pas prévu que les pires réactions viendraient des fans restés au pays. Jo Hart fut tenu pour responsable qui, selon Banks, est une cruelle injustice. Reste à savoir si l’expérience malheureuse de 1999 a apporté un enseignement salutaire pour la Coupe du monde 2000. Certainement, de l’avis de Brooke. Car elle montre, que la deuxième ligne aux 62 test-match, que, lorsqu’un tournoientre en phase éliminatoire, aucun résultat n’est acquis d’avance.

VU DE NOUVELLE-ZELANDE. « Une préparation française à toute épreuve ».

Alors qu’il sera placé dans une position particulière au moment de la Coupe du monde, le Néo-Zélandais Vern Cotter, actuel entraîneur de l’ASM Clermont Auvergne, est catégorique : Sa loyauté ne sera pas mise à l’épreuve si la France rencontre les AIl Blacks encours de route. Et il ne s’attend pas à un coup de fil amical ni de Bernard Laporte ni de Graham Henry, malgré sa connaissance approfondie des joueurs dans les camps des deux hommes. « Ils sont tous deux vraiment compétents.. ils n’ont pas besoin de moi !glousse-t-il. Ils ont tous deux fait leurs plans et je vais simplement regarder, comme n’importe quel spectateur très intéressé.

Mais Vern Cotter avertit : la France sera un client qui n’aura pas grand chose à voir avec, l’équipe C aux abois qui s’est présentée en Nouvelle-Zélande au début du mois de juin 2007. « On sent maintenant que les matchs de club sont terminés tout le monde est entré dans la dynamique de la Coupe du monde. Ils ont affronté les All Blacks en plusieurs occasions ces six derniers mois. Ils ont appris à connaître un peu leurs adversaires et savent à quoi s’attendre, Ils sont conscients d’être encore un peu à la traîne, mais leur préparation a été fondée sur un entraînement maximum durant cette période d’une importance capitale. Ils ont de la matière première avec à l’avant quelques grands types costauds et à l’arrière des gars expérimentés, très véloces. Il ne faut pas les mésestimer, ils seront mentalement motivés et physiquement bien préparés. Ça va être dur, poursuit-il.

La France se trouve dans une partie de tableau difficile, en compagnie de l’Irlande et de l’Argentine, et le moindre faux pas du pays hôte l’exposerait à un quart de finale explosif contre les AIl Blacks. Parmi les protégés de Vern Cotter à Clermont, on retrouve le demi de mêlée Pierre Mignoni et l’ailier Aurélien Rougerie. Clermont compte également d’autres internationaux, comme les Géorgiens Goderdzi Shvelidze et Davit Zirakashvili à l’avant, le Canadien Jamie Cudmore au poste de deuxième ligne et l’ailier fidjien Vilimoni Delasau. Martin Scelzo et Gonzalo Longo ont tous deux joués pour l’Argentine aux deux dernières éditions de la Coupe du monde. Le demi Alessandro Tronçon est le joueur italien le plus capé, tandis que l’ailier Gonzalo Canale a évolué sous les couleurs de l’italie au dernier tournoi mondial.

Après son match contre le pays de Galles, le 26 août, la France peut se prendre à rêver. Entre cette victoire à Cardiff, et celle sur l’Angleterre à Marseille et à Twickenham, tout indique que le XV tricolore pourrait être champion du monde le 20 octobre prochain. Mais, pour y parvenir, les Bleus vont devoir assurer.

Les Français abordent cotte Coupe du monde dans les meilleures conditions. Face au pays de Galles, la sélection de Bernard Laporte a fait prouver d’une force collective incroyable, la défense n’a pas faibli et les Français étaient bien plus solides physiquement que les Gallois dans les face-à-face. J’ai été particulièrement frappé par leur intensité de jeu chaque fois qu’un Français allait au contact avec la balle ou se trouvait en face-à-face défensif, c’était toujours lui qui prenait l’avantage. Ils peuvent aborder le match contre l’Argentine sans grande crainte, Si ce n’est que les rencontres face aux Pumas sont toujours particulières l’Argentine est un peu leur bête noire, notamment parce que la plupart de ses joueurs évoluent dans le championnat français et connaissent donc parfaitement le jeu des tricolores.

La tache du sélectionneur français va être ardue dans la mesure où Sébastien Chabal, Cédric Hey-mans et Lionel Beauxis ont tous les trois montré qu’il faudrait compter avec eux. La lutte sera rude pour tous les postes, excepté la première ligne. Avec ces trente athlètes, aucun changement de joueur en cours de match ne nuirait à l’équipe. C’est peut-être leur principal atout, dans une compétition qui dure dix semaines. Parmi leurs adversaires, seule la Nouvelle-Zélande peut en dire autant. Les Sud-Africains pour leur part, ont confirmé ce que leurs résultats de l’été laissaient prévoir. Ils seront des adversaires de taille pour la France. Après la bonne prestation des Springboks lors du tournoi des Tri-Nations (qui s’est déroulé en juin et juillet 2007) et leur nette victoire sur des Anglais en petite forme (en juin), les contours de la sélection sud-africaine semblent fixés. L’équipe sud-africaine est redevenue celle que l’on connaît et que l’on apprécie. Les seuls doutes concernent le demi d’ouverture : s’agira-t-il de Butch James ou d’Andre Pretorius ? A moins que François Steyn ne soit la révélation de cet automne.

Des trois-quarts Anglais qui manquent de percussion.

Les Anglais ont du souci à se faire. L’équipe du XV de la Rose n’est pas celle qui a remporté la Coupe du monde on 2003. Même si elle dispose d’une force de frappe et d’un réel potentiel, il lui manque encore la réussite et les petits réglages qui font la différence. Ses matchs contre la France ont été décevants. En outre, l’équipe s’appuie sur le collectif, et Jonny Wilkinson, le demi d’ouverture, n’a guère brillé sous le maillot anglais. Les Trois quarts ont du mal à percer les défenses adverses. Les arrières et les ailiers vont devoir faire preuve d’imagination. J’ai été étonné par le choix de Brian Ashton en faveur de Mark Cueto au poste d’arrière. A Sa place, Jason Robinson, qui sait créer la surprise et a le sens et l’expérience du jeux, serait un meilleur numéro 15.

L’Australie fait profil bas. On ne parle pas beaucoup d’eux, mais les Australiens ont battu les Néo-Zélandais cet été et il ne faut pas oublier qu’ils sont toujours difficiles à vaincre,. Ils ne nous promettent pas un grand spectacle, mais avec leur rigueur, leur organisation et leur esprit de compétition, les Australiens peuvent aller loin dans le tournoi. Pour ma
part, je les placerais légèrement derrière mes trois favoris, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et, après les trois premières semaines, la France naturellement.

Thomas Castaignède.

Les Bleus comptent sur leur gabarit impressionnant pour perforer les défenses adverses.

Dans cette zone cruciale du centre du terrain où l’Angleterre semble capable de décider de la bonne combinaison, la France a quant à elle Yannick Jauzion, l’un des meilleurs trois-quarts du rugby mondial. Sa capacité à résister aux plaquages, à trouver du soutien et des passes dans tout le milieu de terrain fait dc lui un joueur clé pour la sélection française, dans son tête d’animation au centre. Ce type de joueur, comme les Néo—Zélandais Aaron Mauger et Conrad Smith, l’irlandais Brian O’Driscoll, l’Australien Stirling Mortlock, représente la force d’attaque la plus puissante du jeu, dans la mesure où il ménage l’espace nécessaire pour les avants. « Dans le rugby moderne, il est si difficile de percer les défenses qu’il est essentiel pour le centre de savoir passer la première ligne de défense avec une feinte ou une passe, estime le centre du XV de France. Un match peut se décider dans le milieu du terrain, c’est pourquoi la capacité d’un centre à déjouer la défense est décisive pour la victoire. »

Ce jeune homme de 28 ans, ceinture marron au judo, ignore encore qui sera à ses côtés pour la Coupe du monde, même si son association avec Damien Traille apparaît sans doute comme la meilleure combinaison pour la France. On doit son style haut en couleur à ses origines méridionales et au rôle qu’il joue à Toulouse. « J’aime jouer un rugby ouvert, fluide, plein de mouvements chercher sans cesse à garder le ballon envie et maintenir une sorte d’excitation, dans le jeu, explique Yannick Jauzion. Mais il faut avoir du talent et de l’assurance pour jouet comme ça. Prenez les meilleurs joueurs français, dans tout le pays, leurs talents, leur technique, ajoutez-leur l’essence du style et l’esprit de Toulouse et du Midi, et vous avez la formule idéale. ». Pour moi, la terre du rugby, c’est le sud de la France, confie Jauzion. Le moindre petit village a son équipe, cela fait partie intégrante de notre culture. L’esprit de cloche, reste l’essence du rugby là-bas, chaque village qui joue au rugby incarne cet esprit. Depuis que le sport est passé pro, il y a une sorte de fracture, mais l’un ne va pas sens l’autre. « Pour jouer au rugby professionnel, il faut garder le magnifique esprit dilettante du sport amateur », ajoute-t-il.

Les Français ne rêvent que d’une chose voir cet esprit-là s’enflammer et se combiner à des conditions physiques sans faille. « Nous avons suivi une grosse préparation physique, ce que nous n’avons pas vraiment fait en 2003. C’est la première fois que nous avons eu le temps de préparer nos corps et notre tactique convenablement en vue d’un tournoi, au lieu de monter une équipe en toute hâte.

Nous serons mieux préparés que jamais, et il faut l’être quand on voit que la sélection néo-zélandaise s’est quasiment transformée en labo. Ils ont, examiné les moindres détails, analysé chaque compétence, chaque aspect du jeu. La coupe du monde suscite beaucoup d’attentes en France, tous les regards sont tournés vers le XV de France, Mais c’est une pression positive. Le public français ne se soucie pas de notre style de jeu. La victoire, c’est tout ce qui compte. Les Français ont vu leur équipe de football vaincre le reste du monde. Cela importe beaucoup, à la France entière, que nous attendions encore cette insaisissable victoire en rugby », assure, le trois-quarts centre de l’équipe de France.

VU D’ANGLETERRE : Deux équipes en une.

Je parie que les Gallois ne voudront plus jamais revivre des attaques comme celles qu’ils ont subies pendant le match de préparation contre la France, le 26 août. Les Français ont fondu sur eux avec la précision et la rapidité de l’éclair et ont fait pleuvoir les points. Sébastien Chabal avait été repositionné en deuxième ligne, mais cela ne l’a pas empêché de pousser quelques-unes de ces charges dont il a le secret et qui doivent équivaloir à se trouver face à un semi-remorque. Cette approche aussi physique que brutale a également été celle de son capitaine, Serge Betsen, responsable de chocs à faire trembler le stade aussi bien en défense qu’en attaque. J’ai toujours eu de gros doutes sur le bon sens et parfois sur la bonne santé mentale de l’entraîneur français, Bernard Laporte. Jusqu’ici Ces doutes étaient tout à fait justifiés. Mais, on voyant le pack français jouer loin de chez lui contre des Diables rouges presque au summum de leur puissance et n’en faire qu’une bouchée, alors qu’il ne comptait que deux tiers environ de ses membres d’origine, je me sais dit que je m’étais peut-être trompé. Je sais que cela semble impossible, mais Laporte peut compter aujourd’hui sur presque deux équipes de joueurs dotés pour la plupart d’un immense talent et d’une grande expérience internationale. Il se peut même que les Bleus soient meilleurs que les All Blacks. S’ils atteignent le même état de grâce que l’équipe de France de football en 1998, il est fort possible qu’ils remportent cette année leur première Coupe du monde. Reste à savoir si Laporte pourra aligner un XV de départ définitif. C’est très bien de s’amuser avec les sélectons, mais dans une Coupe du monde il faut de la stabilité. On ne peut pas faire quatre ou cinq changements à chaque match ou entre deux matchs et espérer avoir la cohésion nécessaire pour gagner. Si les Français trouvent cette stabilité, ce seront eux parmi toutes les équipes du monde, pas seulement de l’hémisphère Nord, qui auront le plus de chances de batte les All Black Outre leur incontestable talent en attaque, se sont construit une défense formidable sous la direction de Dave Ellis, leur stratège décisif, un homme originaire du Yorkshire. Et l’on sait que les sens du Yorkshire ne cèdent jamais.

Les Français sont peut-être tout simplement moins superstitieux que nous. En Italie, personne ne songerait à baptiser un stade du nom d’un personnage vivant, ni à confier une fonction gouvernementale à un sélectionneur sportif à la veille d’une Coupe du monde (ni même après, probablement). Bernard Laporte entraîneur de l’équipe de France de rugby, peut se féliciter, quant à lui, de posséder déjà deux stades à son nom : ceux de Gaillac (Tarn) et de Cadaujac (Gironde) et un. Poste de secrétaire d’État à la Jeunesse et aux Sports, qu’il acceptera officiellement à la fin du Mondial, le 21 octobre. Nicolas Sarkozy
est plus que son ami c’est son parrain. Mais tous les Français ne sont pas exaltés par une équipe nationale qui semble ni plus ni moins politisée. En France, le rugby est une affaire sérieuse, comme le foot peut l’être en Italie. Le succès de Laporte dépendra
dans une très large mesure des résultats de son équipe pendant la Coupe du monde. Mais surtout, le gourou français du ballon ovale semble être un homme sagace et dénué de scrupules, y compris dans ses stratégies commerciales.

 La presse et l’opposition se sont posé un certain nombre de questions au sujet des différents conflits d’intérêts qui le concernent et ont également mis en doute le caractère
irréprochable de ses investissements dans le secteur des casinos. Bernard Laporte est actionnaire à 50 % d’un casino à Saint-Julien-en-Genevois, en Haute-Savoie, une
affaire qui rapporte 34 000 euros par jour. Un tenancier de tripot, disent ses adversaires avec mépris. La Constitution française stipule que les fonctions des membres du gouvernement sont incompatibles avec toute forme d’activité professionnelle, et, pourtant, le président de la République en personne est toujours actionnaire du cabinet d’avocats Claude—Sarkozy.

 « Je ne suis le gérant d’aucune société se défend le sélectionneur des Bleus. Je suis seulement actionnaire. Je me suis libéré de mes fonctions en quittant le conseil d’administration. Je ne vois rien de mal dans le fait d’investir le peu d’argent que j’ai gagné avec le rugby. Je possède également trois campings sur la côte, deux magasins à Paris et une brasserie à Arcachon : Je ne suis quand même pas un maquereau ou dealer. » Le 19juin dernier, à Matignon, le jour où le Premier ministre François Fillon lui a demandé d’accepter le poste de secrétaire d’Etat au sein du gouvernement, de sélectionneur de l’équipe de France de rugby a ajouté « Je ne vois pas où est le problème. Les casinos sont des entreprises comme les autres. » Même s’il a souvent asséné que l’argent n’était pas le but de son existence, Laporte est présent dans une douzaine de sociétés immobilières. En plus de son salaire mensuel de 7 500 euros en tant qu’entraîneur, il donne des cours et participe à des séminaires (il touche 12 000 euros à chaque intervention). En outre, il prête son image à 17 marques, qui rapportent à sa société, établie au nom de sa mère, la somme supplémentaire dc 600 000 euros par an. Tous ses contrats publicitaires seront suspendus le 21 octobre, excepté un seul qui arrivera à échéance en décembre 2007.

Issu d’une famille modeste, Bernard Laporte est un autodidacte. S’il a réussi, il le doit plus à ses qualités de psychologue sportif et d’idéologue charismatique du rugby qu’à son talent de demi de mêlée. Champion de France en 1991 sous le maillot de l’équipe de Bègles—Bordeaux, il était, à 29 ans, le plus jeune entraîneur de première division. C’est en tant qu’entraîneur du Stade français qu’il a gagné le championnat de 1998 ; il est devenu sélectionneur dc l’équipe Nationale en décembre 1999, après avoir commenté les matchs à la télévision. Il a remporté quatre des six dernières éditions du glorieux tournoi des Six— Nations. En 2002, il a été élu meilleur entraîneur du monde et, en 2003, il a mené la France en demi-finale dc la Coupe du monde.

Comme il joue chez lui, il est inévitablement le favori de l’édition 2007. C’est en vacances à Arcachon que Sarkozy l’a rencontré par le biais d’amis communs et il a tout de suite été conquis par l’énergie du leader. « Tu serais un bon ministre des Sports », lui a lancé Sarkozy à la fin d’un match. La prophétie est devenue réalité, même si Laporte, en tant que secrétaire d’Etat, devra en référer à la ministre de la Santé, de la jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot. Cependant, les médias cherchent à refréner son enthousiasme, en dévoilant des anecdotes quelque peu embarrassantes (notamment, ses relations d’affaires avec certains des joueurs qu’il entraîne) et en faisant allusion aux avantages personnels que Laporte essaierait de tirer de sa relation intime avec Sarkozy. Par exemple, pour un projet immobilier de quelque 15 millions d’euros qui a été bloqué par une administration locale socialiste pour « irrégularités conceptuelles ». Par ailleurs, la propriétaire d’un casino a rapporté au journal « Le Monde » que Bernard Laporte s’était proposé, au cours d’un dîner, d’intercéder auprès de Nicolas Sarkozy afin qu’elle obtienne une centaine de licences supplémentaires pour des machines à sous. Si le projet se réalisait, il toucherait la moitié des gains. « Mesquinerie : c’était juste une blague », a répondu avec indignation le sélectionneur, qui va dorénavant pouvoir mettre à profit son expérience des mêlées, des plaquages et des coups bas.

VU D’AFRIQUE DU SUD

Raspoutine chez les Bleus.

Avec son regard noir et pénétrant, Sébastien Chabal semble exercer un pouvoir hypnotique sur ses adversaires. « Il est tellement laid qu’il en est presque beau » lance un observateur. En Afrique du Sud, il a eu droit à tous les surnoms, de Raspoutine à Astérix. Quoi qu’il arrive lors de La Coupe du monde 2007, le deuxième ligne français est assuré d’accéder au statut d’icône. Mais c’est surtout sur le terrain que Chabal entretient une mauvaise réputation en s’accrochant régulièrement avec les arbitres. Il est également connu pour ses interceptions peu orthodoxes. Le géant barbu et chevelu, au comportement controversé, a fait son retour dans équipe de France cette année après quinze mois d’absence. Chabal joue chez les Anglais de Sales Sharks et en équipe de France. En 2006, il a été suspendu pendant cinq semaines après avoir reconnu qu’il avait piétiné et craché sur un joueur des London Wasps. Ies supporters se souviennent de ses coups de folie sur le terrain, notamment le jour où il avait raté une interception sur un joueur adverse et percuté un arbitre. Pourtant, cette brutalité n’empêche pas les amateurs de rugby français et anglais d’apprécier le joueur. Pour preuve, la simple apparition de Chabal avant le début d’un match a récemment permis la vente de 6 000 billets supplémentaires. Il n’a eu qu’à faire un sourire et les places se sont vendues comme des petits pains.

La bonne vieille presse britannique se plaît à déclarer, à tort, que les relations rugbystiques entre la Nouvelle-Zélande et les îles Samoa s’apparentent à des expéditions de pillage. Les Néo-Zélandais ne seraient qu’une horde de barbares faisant voile vers ces îles paradisiaques du Pacifique pour s’emparer de tous les jeunes talents qu’ils croisent et ne laisser derrière eux que des terrains de rugby désertés et des mères désespérées. De telles affirmations ne servent peut— être qu’à masquer le fait que le sport anglais, y compris le rugby, doit beaucoup aux anciennes colonies de l’Empire et aux nations du Commonwealth. Mike Catt, Kevin Pietersen, Andrew Caddick et Henry Paul, pour n’en nommer que quelques-uns, font partie de ces expatriés qui ont bien réussi dans leur pays d’adoption. L’équipe anglaise qui a battu les All Blacks 13 à O en 1936 comptait même dans ses rangs un prince russe, Alexander Oboloensky, dont les deux essais lui ont valu le titre d’homme du match. Sans minimiser les grands avantages que tire le rugby néo-zélandais de sa situation géographique près des îles Samoa et de cette grande réserve de talents que représentent les îles du Pacifique, il ne faut pas oublier que cette relation est loin d’être à sens unique. Steve Tew, directeur général adjoint de la Fédération neo-zelandaise de rugby (NZRU), ne manque pas de rappeler tous les bienfaits qu’apporte la Nouvelle-Zélande aux Samoa et aux autres îles du Pacifique. « Cela fait plus de dix ans que les équipes nationales neo-zélandaises se déplacent dans les îles du Pacifique. Mais notre soutien au rugby des îles Pacifique va plus loin.

 L’ancien capitaine des AIL Blacks et membre du conseil de la NZRU Graham Mourie, est également nie membre du comité de la Fédération internationale et du Conseil consultatif des îles Pacifique (PIAC),formé en 2005 dans le cadre des investissements de la Fédération internationale en direction des nations les plus démunies », explique-t-il. Il ajoute que la NZRU soutient aussi activement les îles Samoa dans leur volonté de voir changer les règles de sélection de la Fédération internationale, notamment à propos des joueurs des îles du Pacifique. « Nous sommes favorables à un changement des règles pour permettre à des joueurs du Tiers ( Nouvelle-Zélande, Argentine, Australie, France, Italie, Afrique du Sud) de porter les couleurs de nations du Tiers 2 ( Canada, Fidji, Japon, Roumanie Samoa,Tonga et Etats-Unisi ) dont ils auraient pu être des représentants de par leur naissance ou leurs origines, après une période de deux ans de retrait (de leur équipe d’adoption), ajoute Steve Tew.

Quant au Super 14, qui a remplacé la Coupe de Nouvelle-Zélande comme terrain de révélation pour les jeunes espoirs ALL Blacks, la NZRU n’exclut aucun joueur des îles Pacifique ou des Samoa. « Nous sommes conscients que le Super 14 doit donner la priorité aux joueurs susceptibles d’entrer dans l’équipe Nationale de Nouvelle-Zélande, explique Steve Tew. Mais nous reconnaissons aussi que, par le passé et aujourd’hui encore, les joueurs des îles Pacifique apportent beaucoup à cette compétition. En outre le Super 14 représente la meilleure chance pour des joueurs dit Pacifique d’entrer dans le rugby professionnel et inter- national, tout en maintenant des liens étroits avec leurs équipes, leurs familles et leurs communautés du Pacifique Sud. »

Franck Bunce, ancien trois-quarts centre des îles Samoa et international chez les All Blacks, est particulièrement bien placé pour parler d’une des associations les plus intéressantes du rugby. Il faisait parte de l’équipe des îles Samoa qui a illuminé la Coupe du monde 1991 par la qualité de son jeu. L’année suivante, alors que les règles le permettaient encore, il a changé d’équipe et joué la première de ses 55 sélections chez les All Blacks. Pour Bunce, au cours des dix dernières années, le Super 14 a permis aux joueurs des îles Samoa de montrer leurs talents non seulement devant les sélectionneurs nationaux, mais aussi devant les clubs de l’hémisphère Nord qui ne rechignent pas à recruter de jeunes talents originaires de ces îles. « Je pense que les pays européens profitent davantage des joueurs en provenance des Samoa que la Nouvelle-Zélande, affirme Bunce. Ces clubs ne libèrent pas leurs joueurs pour les matchs internationaux, ce qui veut dire que les îles Samoa ou l’Argentine ne peuvent pas toujours présenter leurs meilleurs joueurs. » Si Bunce est plutôt satisfait de voir les efforts réalisés par la Nouvelle-Zélande pour aider les îles Samoa ; une chose lui manque, comme à tous les Samoans voiries All Blacks jouer dans les îles. « Ils auraient au moins pu jouer un match dans les îles Samoa, déplore-t-il. Pas seulement dans les Samoa d’ailleurs, mais aussi, n’importe où dans les îles du Pacifique. »

« Je sais bien que ça ne rapporterait pas autant d’argent, mais ce serait un bel hommage aux îles Samoa pour leur contribution à la légende des All Blacks, au rugby néo-zélandais et au rugby en général. » Et quelle contribution En 2007, parmi les cinq équipes néozélandaises du Super 14, quinze joueurs étaient originaires des îles Samoa, dont le trois-quarts centre Isaia Toeva, qui joue chez les All Blacks, Mils Muliaina, Jerry Collins, Rodney So’oialo, Chris Masoe et Jerome Kaino. Et si, on ajoute les noms de John Schuster, Olo Brown, Eroni Clarke,Va’aiga Tuingamala et Alama Ieramia, tous des joueurs All Blacks nés dans les îles Samoa, on comprend que l’influence de cette minuscule nation sur le rugby néo-zélandais est immense. Le dernier hommage en date et peut-être le plus beau — fait par la Nouvelle-Zélande aux îles Samoa a été la désignation de Tana Umaga comme capitaine des All Blacks. Né à Wellington, Umaga porte les cultures néo-zélandaise et samoane avec une même fierté et son nom restera dans les mémoires comme celui d’un des plus grands capitaines des All Blacks. La Nouvelle-Zélande peut donc se flatter de former des rugbymans de talent, et, étant elle-même une îles, on peut difficilement lui reprocher de mettre à profit toutes les ressources qui s’échouent sur ses rivages. Surtout que tout ne vient pas des autres îles. Un certain Andrew Mebrtens, né à Durban en Afrique du Sud et qui a fait le chemin jusqu’en Nouvelle-Zélande, s’est révélé plutôt utile sur le terrain.

JAPON POULE B Objectif 2011 pour les Nippons.

Consciente de ses faiblesses actuelles, la sélection japonaise préfère se projeter dans l’avenir.

Depuis quelques années, les amateurs de football du monde entier ont appris a connaître de nombreux joueurs japonais grâce à leur talent. La présence de footballeurs nippons dans les championnats européens permet de mesurer les progrès réalisés depuis la création du championnat professionnel, en 1993. Soucieux de créer un environnement favorable au développement du rugby dans l’archipel, les responsables de la Fédération japonaise ont décidé de suivre l’exemple du football en créant un championnat semi-professionnel susceptible de faire progresser des équipes en mal de jeu. Le lancement en 2003 de la Top League, qui regroupe 14 équipes, a été l’occasion d’attirer des joueurs et des entraîneurs étrangers séduits par des conditions financières attrayantes. Parallèlement, la Fédération a fait appel à l’expérience de sélectionneurs étrangers pour renforcer l’équipe du Japon. Le Français Jean-Pierre Elissalde (2005-2006), puis le Néo—Zélandais John Kirwan (depuis le début 2007) ont ainsi été recrutés pour donner au Japon les moyens de figurer parmi l’élite mondiale. Parallèlement, le Japon s’est d’ailleurs fixé un objectif très clair, celui d’atteindre les quarts de finale lors la Coupe du monde 2011,qui aura lieu en Nouvelle-Zélande. Placé sous la responsabilité de Masahiro Kunda, le projet ATQ (Advance To the Quarter final) est désormais la principale priorité du rugby nippon, explique le mensuel tokyoïte Rugby Magazine. Jusqu’à présent, il n’y avait pas de vision à long terme dans le rugby japonais. La progression se faisait d’une Coupe du monde à l’autre. Avec le projet ATQ, c’est différent. C’est la première fois que le rugby japonais se dote d’un programme à long terme. Quant à savoir s’il donnera des résultats, il convient de rester prudent et d’observer sur la durée. L’important, c’est que ce projet soit appliqué au-delà de la prochaine saison. Ce n’est pas gagné. En tout cas, le projet ATQ est un grand défi pour le rugby nippon.

Après la signature du demi d’ouverture des All Blacks Luke McAlister chez les Anglais de Sale, certains ont déploré la manière dont un joueur si jeune, « il a 23 ans « a décidé de quitter son pays pour poursuivre sa carrière à l’étranger. Même les commentateurs les plus chevronnés ont laissé libre cours à leur mécontentement « Voir un All Black de 23 ans quitter l’équipe après avoir porté son maillot pendant trois ans est terriblement décevant. Je suis aussi un peu déçu par McAlister, même si personne ne peut reprocher à un jeune de vouloir s’enrichir et voir du pays. Le fait est que nous sommes aujourd’hui un vivier pour L’Europe. S’ils arrivent à nous piquer des joueurs si jeunes, c’est que nous avons un problème. La Fédération néo-zélandaise de rugby est intarissable sur la puissance des maillots noirs, mais elle devra peut— être finir par admettre que l’argent a aussi son importance. » Ça expliqué l’un d’eux. « Piquer, Déçu ? Mais où étaient donc ces gens ces dernières années ? De toute évidence, ils n’ont pas vu le jeu s’étioler, avec des tests matchs sans enjeux, des équipes recomposées, des joueurs sur le retour et des adversaires choisis pour leur médiocrité. Ils ne se sont pas tendu compte que le rugby international se réduisait désormais à une série de rencontres amicales dénuées d’intérêt et ne servant qu’à meubler le temps jusqu’à la prochaine Coupe du monde. Voilà le noeud du problème. L’argent, l’envie de voyager et même la « trahison » n’ont qu’un rôle mineur dans l’affaire. Le gros problème du rugby est qu’il est entrain de devenir un sport sans intérêt ou presque au niveau international, hormis en période de Coupe du monde. J’ai déjà souligné la responsabilité qui incombait à l’actuel entraîneur des Blacks, Graham Henry, et au rugby néo-zélandais dans cette dérive. Même si nous avons bon espoir de remporter le titre mondial, le problème reste entier.

je ne dis pas que les All Blacks doivent s’expatrier, mais qu’auraient à gagner des joueurs comme Luke McAlister, Carl Hayman, Rico Gear ou Chris Jack à rester en Nouvelle- Zélande ? Si Graham Henry maintient sa politique jusqu’à la prochaine Coupe du monde, ils devront se livrer pendant trois ans de plus à ce jeu inepte que l’on cherche à faire passer pour du rugby de haut niveau. Ce seront trois autres années de rotation, de rencontres totalement dépourvues d’intérêt contre des équipes médiocres. De l’autre côté des mers, on leur propose un salaire plus intéressant, l’occasion de découvrir le rugby sous un autre jour, le souci permanent d’aligner la meilleure équipe et la possibilité de devenir professionnels loin de la pression des médias et des supporters de leur pays. Comment hésiter dans ces conditions ? Le rugby est aujourd’hui exposé de plein fouet aux forces du marché.

La Fédération néo-zélandaise de rugby est en butte aux critiques pour avoir laissé partir McAlister. Mais il faut être clair. On ne peut pas à la fois tolérer qu’elle continue à nuire à la qualité du rugby international et lui reprocher de ne pas avoir su conserver ses meilleurs joueurs en leur faisant des propositions plus intéressantes.

Le rugby est en crise et il y a peu d’espoir que la Fédération internationale, qui semble de plus en plus incapable de gérer ce sport, parvienne à trouver une solution. Etablir un calendrier mondial ? Créer une « vitrine » internationale ? Certains problèmes perdurent depuis des années et aucun progrès n’a été enregistré. Le monde du rugby est aujourd’hui régi par des intérêts personnels. J’espère me tromper, mais, à mon avis, les chances pour la Fédération internationale de trouver une solution aux problèmes du rugby sont aussi grandes que celles de restaurer la paix dans le monde.

Paul Lewis

Afrique du Sud Poule A.

Celui qui ne voit pas tout en Noirs et Blancs.
Parmi les noms évoqués pour le poste de premier entraîneur noir des Springboks, celui d’Allister Coetzee est le moins prononcé. Son refus de politiser son sport y est pour quelque chose.

Namibie Poule D

Le devoir avant tout.
Adversaires de la France, les Welwitschias entendent défendre chèrement leur peau.

Dans un récent entretien, Hakkies Husselman, l’entraîneur de la sélection namibienne de rugby, les Welwitschias, considérait ses joueurs tout à fait prêts mentalement et dans une bonne forme physique pour faire face à la puissance de l’Irlande, de l’Argentine et de la France dès le coup d’envoi de la Coupe du monde, le 7 septembre en France. L’équipe devra affronter de sérieux adversaires lors de cette compétition, souligne Hakkies Husselman, mais elle s’est concentrée sur le renforcement de sa défense.

Le système d’attaque namibien est déjà bien en place, car l’équipe compte des joueurs capables de monter en puissance en la matière. Si la Namibie a très peu de chances de passer le premier tour, Hakkies Husselman, qui a joué chez les pros en Afrique du Sud et pour la Namibie, est convaincu que cette occasion de rencontrer les meilleures équipes du monde constitue une expérience unique. Les rugbymans namibiens seront au Mondial pour participer, exploiter toutes les occasions qui se présentent, mais avant tout pour remplir leur devoir envers leur pays, et le faire avec fierté. Le capitaine de la sélection, le talonneur Kees Lensing, estime que ses coéquipiers sont blindés mentalement, même s’ils s’apprêtent à jouer contre quelques-uns des plus grands noms du rugby mondial. « Depuis notre récente tournée en Afrique du Sud, au cours de laquelle les Namibiens ont perdu 13 à 105 face aux Springboks, les joueurs sons plus confiants et tout le monde est dans un état d’esprit positif Je suis content aussi que nous travaillons bien ensemble, en équipe, explique-t-il. Pour Kees Lensing, qui avait déjà emmené la sélection namibienne au Mondial de 2003, en Australie, peu importe l’équipe que nous aurons face à nous. Tout ce que je sais, c’est que nous sommes tous des êtres humains et que nous irons là-bas, faire ce que nous avons à faire. Jouer au rugby et le faire bien, quel qu’en soit le prix.

Corry Ihuhua

Johannesburg.

Peter de Villiers bénéficie d’un large soutien qui pourrait bien faire de lui, en 2008, le premier entraîneur noir des Springboks. Chester Williams, en dépit de succès négligeables, a lui aussi ses défenseurs. On n’a encore jamais entendu quoi que ce soit à propos d’Allister Coetzee, assistant de White sur les 44 derniers tests— matchs. Pourtant, Coetzee serait le candidat idéal face à la volonté des autorités du rugby — volonté qui vire à l’obsession — de trouver le premier entraîneur non blanc de l’équipe nationale. Il était inscrit à la Fédération sud-africaine de rugby, non raciale, avant la chute de l’apartheid et fut un excellent demi de mêlée. Depuis 2001, il accompagne les Springboks et est apprécié des joueurs, aussi bien noirs que blancs. C’est un personnage qui ne prête à aucune controverse, qui parle toujours de rugby et jamais de politique. Et c’est un non-Blanc. Il a la carrière d’un joueur et bénéficie d’une expérience internationale, puisqu’il a déjà participé à une Coupe du monde entière.

Alors, pourquoi son nom n’est-il jamais mentionné ?Tout simplement parce qu’il n’a jamais émis d’opinion politique sur la question raciale au sein du rugby sud-africain. Dans sa carrière de joueur et d’entraîneur, Allister Coetzee n’a jamais joué la carte raciale. Il n’a jamais demandé à être reconnu pour sa couleur et n’a jamais fait passer son identité noire avant ses talents de sportif. Au contraire, il a toujours parlé de son passé de joueur avec l’enthousiasme et la détermination d’un battant. Quand on l’interroge, il évoque les jours de gloire du rugby sud-africain et parle exclusivement de joueurs de rugby. Jamais, depuis sept ans que nous le suivons, nous ne l’avons entendu faire la distinction entre la fédération non raciale avant la chute de l’apartheid et l’actuelle fédération. Pour lui, il n’a toujours été question que de rugby. Et c’est bien là sa plus grande faute, Car les instances dirigeantes au sein du rugby sud-africain savent bien qu’Allister Coetzee n’acceptera jamais d’être un pion noix sur un quelconque échiquier politique.

Il a toujours cru au mérite, et son unique parti pris s’applique au nom du meilleur joueur à ses yeux. Son crime est d’adorer l’emblème des Boks et de se battre pour l’excellence sur le terrain. Quant aux joueurs, toutes couleurs confondues, qui ont eu affaire à lui depuis 2001, ils le considèrent connue un entraîneur passionné, et non comme un entraîneur noir.

Schalk Burger, Bulldozer à ses heures.

Grâce à ce puissant joueur, la troisième ligne des Springboks est encore plus efficace que celle dirigée par Richie McCaw, capitaine des All Blacks.

Londre The Guardian.

On sent monter l’attente et la tension. « Les choses sérieuses vont bientôt commencer », remarque « le troisième ligne sud-africain » Schalk Burger. Que vous jouiez dans l’équipe d’Afrique du Sud ou dans celle d’Angleterre, le compte à rebours, est enclenché et, tout d’un coup, la Coupe du monde paraît très concrète. Et c’est très bien comme ça parce que nous en sommes à deux pas, c’est très proche maintenant. Le 14 septembre, l’Angleterre et l’Afrique du Sud disputeront au Stade de France un match de poule crucial et sans concession. « Ça va être une sacrée rencontre ! s’enthousiasme-t-il. Les Anglais ont traversé une passe difficile, mais, ils retrouvent peu à peu leur forme habituelle. Ils alignent une équipe puissante, ce qui veut dire que rien n’est acquis pour nous. »

Emmenée par Schalk Burger, 1,93 met portant le n0 17, la troisième ligne déchaînée des Springboks est encore plus efficace que celle dirigée par le grand capitaine des All Blacks, Richie McCaw.

En juin 2006, lors d’un match face à l’Ecosse, j’ai été blessé aux cervicales, ce qui a failli mettre un terme à sa carrière. Certains commentateurs ont comparé l’atroce douleur que Burger a dû endurer jusqu’à la fin du match à celle que l’on ressentirait en voulant hausser les épaules alors qu’on a le cou brisé. Si l’incroyable Schalk (en afrikaans, la prononciation de son nom a la même sonorité que « Hulk ») nie avoir souffert à ce point, il reconnaît : « Au fur et à mesure que le match avançait, ma douleur au cou devenait, de plus en plus insupportable. Dans la nuit, à 2 heures du matin, j’ai compris qu’il m’était arrivé quelque chose de grave. Un examen au scanner a confirmé mon impression. J’ai consulté plusieurs neurochirurgiens. Ce fut un moment pénible. Les journaux disaient que je risquais de ne plus pouvoir jouer.

En dépit d’une opération réussie, Burger n’a pas pu jouer au rugby pendant six mois. Mais il insiste sur le fait que cette interruption totale lui a permis de retrouver la forme exceptionnelle qui lui avait valu de gagner le titre de meilleur joueur mondial en 2004. La question plus délicate de savoir si son cou et ses vertèbres allaient pouvoir résister aux impacts brutaux du rugby professionnel a reçu sa réponse au début de cette année. « Je n ‘ai jamais été aussi nerveux », se souvient-il en pensant à sa première séance de reprise d’entraînement. « Tout allait bien tant que j’étais en possession du ballon, mais, quand vous voyez quelqu’un qui vous fonce dessus, vous sentez tout de suite dans quel état est votre corps. J’ai subi un choc frontal et j’y ai survécu. Depuis lors, je touche du bois, je me sens en excelle forme. »

Le même adjectif ne peut guère être appliqué à la situation politique du rugby sud-africain. Il est probable que Jake White, l’entraîneur chevronné, sera remercié à l’issue de la Coupe du monde, à la suite des demandes visant à ce que les équipes des Springboks comportent au moins sept joueurs « de couleur » dans la sélection. « Au début de la saison, les gens ont été un peu déçus de voir les pressions auxquelles était soumis Jake, remarque Burger. Pour l’instant, tout le monde a les yeux rivés sur la Coupe du monde, mais je suis certain qu’à l’avenir il va y avoir de grosses pressions politiques sur la méthode de sélection. En tant que joueurs, nous ne pouvons rien. Il ne nous reste qu’à espérer qu’on continuera à être sélectionnes si nous sommes suffisamment bons. »

En raison des incertitudes dans lesquelles est plongé le rugby sud-africain et de l’irrésistible attrait qu’exercent les alléchantes conditions financières d’un éventuel recrutement en France ou en Angleterre, il est fort probable que beaucoup de coéquipiers de Burger choisiront de rester en Europe après la Coupe. Les rumeurs insistantes selon lesquelles le club anglais des Harlequins convoiterait Burger sont écartées d’un revers de main par ce dernier. « J’ai été approché par plusieurs clubs, mais je veux rester ici, au Cap, pendant les deux ou trots prochaines années. Mais, à un moment, ou à un autre, c’est sur, je jouerai à l’étranger. J’adorerais me frotter à une nouvelle culture. » Après son récent rétablissement, qu’il impute en partie au vin et à la bonne chère, Burger remarque avec humour que, pour un homme aux goûts bohèmes comme lui, la France sera probablement l’endroit idéal pour disputer la prochaine Coupe du monde. « Il est important de vivre une telle expérience jusqu’au bout, c’est pour ça que je pense qu’il serait dommage de ne pas goûter un verre de bon vin français ou de manger dans un grand restaurant au moins une fois ou deux pendant la Coupe. Que pouvez-vous faire d’autre quand vous êtes installé à Paris et à Marseille ? Si le rugby est bon, le bon temps suivra. Ça risque d’être une sacrée Coupe du monde ! »

Donald McRae

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