Roi en guerre.

Mardi 14 décembre 2010, par Patrick PIERRAN // L’Histoire

La Seconde Guerre mondiale a bien souvent mis des rois d’Europe face à eux-mêmes et à la solitude du pouvoir. La variété de leurs choix, aux conséquences politiques incalculables, les a menés au triomphe ou à l’échec.

La qualité des photographies en couleur qui illustrent le dernier hors-série « Histoire de Point de vu », est une très belle accroche pour un sujet qui nous semble essentiel, et pourtant très peu souvent traité dans son intégralité ; celui de l’attitude et du rôle - en fonction de leur degré d’implication dans la définition d’une politique, au quotidien, dans leurs royaumes - des rois d’Europe et d’ailleurs, au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Celle-ci devait mettre plus d’un monarque en difficulté, alors qu’elle en consacrait d’autres - une majorité - comme garants essentiels de la démocratie. L’origine exacte de ces images en couleur de la famille royale britannique aurait presque mérité un encart spécial, tant elles nous font entrer dans le décor de la grande tragédie par la simple action d’un regard : à coup sûr, elles tranchent avec les photos en noir et blanc ou d’autres, coloriées a posteriori. Elle nous permet de saisir toute la gloire qui auréole les Windsor, restés à Londres au milieu du peuple, aux plus durs moments de la Bataille d’Angleterre, dont les Britanniques ont célébré, en septembre, le soixante-dixième anniversaire, pour ne s’en rappeler que le dernier jour, celui qui voyait pour longtemps disparaître le spectre de l’invasion des îles britanniques par les forces d’Hitler.

Les royalistes français, qui ont toujours du mal, pour diverses raisons - à évoquer le sort de leur famille de pensée au creux de l’année 1940, ne doivent pas oublier, et faire savoir, que c’est bien la monarchie qui résista seule - et le mieux - aux hordes nazies. En Scandinavie, aux Pays-Bas et au Luxembourg, les souverains, engagés aux côtés de la Résistance, repliés à l’étranger ou bravant les interdits de l’Occupant ; ainsi le roi Christian X de Danemark jurant d’arborer lui-même l’étoile jaune si on devait l’imposer à ses concitoyens - sortent triomphants des épreuves.

En Belgique et en Italie, les souverains ont résisté à l’attraction des forces nazies,mais, face aux forces de l’axe du mal, ils ont cru bon de rester malgré les effets destructeurs du Nazisme et de leurs alliés dans leur Pays ? Ni Léopol III ni Victor-Emmanuel ont voulu collaborer avec l’envahisseur, ils l’ont subit. Les Balkans et la Roumanie, avec les luttes anticipées de la Guerre froide verront la fin de deux monarchies extrêmement populaires ; C’est la dictature bolchevique qui les obligea à partir sous peine d’exécuter des milliers de citoyens.

Le sort du roi Boris III de Bulgarie, mort en 1943 dans des circonstances aujourd’hui encore mal établies, nous est fort bien expliqué dans le dossier de Point de Vue. Patriote, le roi ne peut pourtant pas compter sur un appui franc de la Nation, et sera à la recherche de différents appuis, à l’étranger, inconciliables les uns avec les autres : « Mon armée est germanophile, ma diplomatie est anglophile, je suis le seul bulgarophile », annonce le roi, désespéré, peu avant le début du conflit.

Des Rois, des Reines, et d’autres choses aussi.

Apparemment, un même thème réuni deux ouvrages qui traitent de notre histoire royale. L’un et l’autre sont de grande qualité. Mais ce qui les inspire les distingue radicalement.

Le premier s’intitule « Le petit livre des Rois de France » On y retrouve pour chaque souverain, y compris les rois légendaires de la dynastie mérovingienne, une note descriptive de leur règne, rédigée avec une grande clarté et à jour des plus récentes découvertes. Un travail d’historien des plus sérieux. Mais, avouons-le, l’intérêt du livre est ailleurs.

Il s’agit d’abord d’un bel objet, couverture molletonnée et fleurie, ornée d’un classique portrait de Louis XIV en majesté, tranches dorées, et chaque page accompagnée d’une illustration, et tout ça pour moins de 15 € (vive la mondialisation !). Ce sont surtout ces illustrations qui fascinent : toutes sont des chromos, tirés de ces images publicitaires qui, au temps de la réclame, accompagnaient nos tablettes de chocolat et autres friandises (des photos de footballeurs les ont aujourd’hui remplacées et l’on n’oserait dire que c’est avantageusement !).

Voir ou revoir ces images - portraits très idéalisés et scènes reconstituées sans le moindre souci de vraisemblance - nous permet de constater à quel point elles ont pu imprégner notre imaginaire et furent les relais efficaces de ce roman national qui fait que nous sommes ce que nous sommes... Bien sûr, la science historique n’y a rien gagné, mais nous, oui. Quel dommage que nous ayons laissé dépérir tout cela ! Mais rien n’est tout à fait perdu, puisque ce livre est là. Merci au Chêne d’avoir exhumé ces belles images... et merci aux humbles travailleurs chinois de les avoir rendues accessible à toutes les bourses.

Avec le Petit dictionnaire énervé des Rois et Reines de France, nous sommes dans un tout autre univers : les images semi-légendaires cèdent la place à la réalité des faits. Et c’est très bien. Car si la légende a ses charmes, l’histoire a ses impératifs. Rien n’est plus dommageable que de confondre l’une et l’autre (même si la légende peut être le premier pas vers l’histoire). Toute l’ambition de Philippe Valode est de présenter l’histoire royale de la France, sous une forme immédiatement accessible (l’ordre alphabétique) et dégagée de tout bla-bla. C’est une réussite. Racontars douteux et interprétations oiseuses sont impitoyablement débusqués. Les grands faits et gestes de notre histoire, comme les souverains et les personnages éminents, sont restitués dans leur vérité, à la lueur de la science historique contemporaine. L’ouvrage est d’un usage facile et, si l’alphabet entraîne parfois de singuliers rapprochements, cela agit comme un joyeux stimulant de notre curiosité.

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