Rien ne va plus au royaume des chrysanthèmes…

Mercredi 31 mars 2010, par Léon Areva // Le Monde

Akinori Asashōryū et Akio ToyodaEt le soleil levant fait grise mine.

Après le « Yokozuna » Akinori Asashōryū (Dolgorsuren Dagvadorj) qui a présenté le 5 février 2010 ses excuses pour sa mauvaise conduite, ainsi que son retrait des « dohyo », mettant ainsi un terme à sa carrière, c’est au tour de Akio Toyoda, petit-fils du fondateur de « l’empire Toyota » de boire le saké jusqu’à la lie…

Il a dû présenter des excuses publiques pour les défauts de fabrication de ses voitures et se rendre aux Etats-Unis où le groupe vend les deux tiers de ses véhicules, pour subir le 24 février la mauvaise humeur de la Commission de surveillance et de réforme du Congrès…

Des temps bien difficiles donc…

Le premier constructeur automobile de la planète s’est livré à un exercice qui n’a pas de précédent. Après avoir résisté aux pressions et refusé de se rendre aux Etats-Unis, Akio Toyoda s’est rendu à l’évidence : Il lui fallait aller à « Canossa »… et faire amende honorable.« Je regrette que cela se soit traduit par les problèmes de sécurité décrits dans les rappels que nous avons effectués, et je suis profondément désolé pour tout accident que des conducteurs de Toyota ont pu subir ».

Un rappel de neuf millions de véhicules dans le monde et quelques morts à la clef ont eu raison des réticences d’Akio Toyoda qui voulait éviter d’aller « témoigner » sur le sol américain tout comme il mettait un point d’honneur à ne pas s’exprimer en anglais, langue qu’il maîtrise parfaitement… « Nous allons écouter les plaintes de clients très humblement »

« Je crains que le rythme auquel nous nous sommes développés ait pu être trop rapide…Nos priorités se sont embrouillées et nous n’avons pas pris le temps de réfléchir afin d’apporter les améliorations voulues comme nous le faisions par le passé. »

Mais le ton a été donné sans préambule par Edolphus Towns, président de la Commission : « Toyota a ignoré ou minimisé les rapports faisant état d’accélérations brusques », relayé par , un représentant démocrate de l’Illinois, Danny Davis, qui a pour sa part mis le doigt sur la « culture du secret » qui semble caractériser le géant de l’automobile…

Dixit un analyste automobile au « Tokai Tokyo Research Centre » :
 « Ils ont totalement manqué de sensibilité. Ils n’ont pas réussi à se rendre compte instantanément de ce qui se passait sur les marchés étrangers ».
Et Monsieur Toyoda qui s’appuyait sur un fort consensus d’entreprise empreint de déférence et un sentiment de supériorité – pas nécessairement immérité – a du ravaler sa coutumière « superbe ». Restait donc à renouer avec le code d’honneur et son cortège de « courbettes » qui souvent nous paraissent déplacées mais s’inscrivent dans l’expression d’une responsabilité sociale assumée. (Une occasion de lire ou relire « L’Empire des signes », Points Essais, 2007, de Roland Barthes : "Pourquoi, en Occident, la politesse est-elle considérée avec suspicion ?"... "Pourquoi un rapport informel (comme on dit avec gourmandise) est-il plus souhaitable qu’un rapport codé ?")

Monsieur Toyoda prend la suite des financiers japonais qui se sont excusés à la suite de l’éclatement de la « bulle spéculative » du début des années 1990.

Avons-nous reçu des excuses des financiers « américains » ou « européens » à la suite de la crise des "subprimes" ?

Ils furent trop occupés par leurs demandes d’indemnités de départ et les consultations avec leurs avocats. Si les excuses de Monsieur Toyoda ne changent rien aux dommages causés, à minima, signifient-elles que quelqu’un ne se dérobe pas à sa responsabilité sociale…

Il est vrai que chez nous, si politiciens et affairistes se livraient à un tel exercice, reconnaissant mensonges, trucages et malversations, la France ne serait plus qu’un immense cortège d’excuses…

Léon Areva, le 14 mars 2010

Sources

http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/283833/rappels-de-voitures-akio-toyoda-s-excuse-de-sa-conduite

Lire :
« Je suis profondément désolé de tout accident que les conducteurs de Toyota ont pu rencontrer. » Le président de Toyota, Akio Toyoda.

En novembre 2009, « Toyota » s’était déjà excusé auprès de ses « fans » après l’annonce de son retrait de la F1. « Depuis l’an dernier et en raison du climat de crise économique, nous nous questionnions sans cesse sur le fait de savoir si nous devions poursuivre en F1. Nous nous retirons complètement. Je présente mes plus profondes excuses aux fans de Toyota pour n’avoir pas accompli les objectifs que nous nous étions fixés. »

Akio Toyoda

En 1995, le premier ministre socialiste Tomiichi Murayama avait présenté les excuses du gouvernement suite aux terribles conséquences de la « maladie de Minamata »…

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