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Rien n’arrête Areva dans sa conquête nucléaire.

Jeudi 3 novembre 2011, par Lionel Faull // Le Monde

L’Afrique du Sud s’apprête à lancer un appel d’offres pour la construction de six réacteurs nucléaires d’ici à 2030. Soit le plus important contrat financier de l’histoire du pays. Pour le français Areva, tous les moyens sont bons.

Cinq entrepris de quatre pays (France, Chine, Corée du Sud, Russie), ainsi qu’un consortium américano-japonais sont sur les rangs. Areva dispose de trois atouts : le soutien de l’Etat français, ses nombreux partenariats et ses relations politiques. Déjà en 2007, Areva et le consortium ToshibaWestinghouse, installé aux Etats-Unis, se disputaient le premier contrat d’énergie nucléaire, mais l’entreprise d’électricité publique sud-africaine Eskom a retiré l’appel d’offres en 2008. Les deux rivaux devraient encore s’affronter pour les nouveaux marchés publics.

Les câbles diplomatiques de l’ambassade des Etats-Unis à Pretoria dressent un tableau fascinant du lobbying mené par les Français, laissant loin derrière leurs concurrents américains. Tseliso Maqubela, alors responsable du nucléaire au ministère de l’Energie, a indiqué à ûn diplomate américain qu’Areva et les Français ont "investi" ses services. Mais surtout, les Français ont frappé un grand coup avec la visite d’Etat, en février 2008, du président Nicolas Sarkozy, qualifiée ironiquement dans l’une des dépêches de l’ambassade américaine de "French kiss" [baiser français] donné à Eskom. "Les Français ne reculent devant rien pour remporter la mise", fulminèrent les Américains. M. Sarkozy était accompagné par quarante cadres dirigeants d’entreprise, notamment des représentants d’Areva, d’EDF et du groupe d’électricité Alstom, qui ont signé plusieurs accords de coopération avec leurs homologues sud-africains. La visite du président français " tombait au meilleur moment " qui soit, notait une dépêche diplomatique, parce qu’elle survenait peu après la date limite pour soumettre les offres, mais avant que le conseil d’administration d’Eskom ne fasse ses recommandations pour un fournisseur.

Contrairement aux Français, qui voyaient leurs efforts récompensés, les Américains s’étaient démenés en vain pendant au moins un an avant la visite de M. Sarkozy pour arracher un accord de coopération sur la recherche et le développement avec l’Afrique du Sud. A leur grandes déception et frustation, l’Afrique du Sud a reporté à maintes reprises la signature de l’accord, avant de le faire finalement en septembre 2009.

A leurs yeux, entre 2008 et 2009, les Français ont habilement négocié le processus complexe de transfert du Pouvoir politique de Thabo Mbeki à, Jacob Zuma en passant par le président intérimaire Kiema Motlanthe. Même si M. Sarkozy a rencontré le président sortant Mbeki durant la visite d’Etat en février 2008, l’un des câbles laisse entendre qu’il s’était entretenu avec M. Zuma dès octobre 2007, avant même que ce dernier ne prenne la tête du Congrès national africain ( ANC ) en décembre de la même année. Les deux hommes se sont revus à trois autres occasions, en février, en avril mai 2008.

Eskom devait annoncer l’offre gagnante en septembre 2008 la semaine même où l’ANC a évincé Mbeld de la présidence du pays. Le nom de l’entreprise remportant le marché public n’a jamais été annoncé et l’appel d’offre a été enterré en décembre. Le président Zuma a également effectué deux visites en France depuis son accession à la présidence de l’Afrique du Sud. Une dépêche envoyéé quelques mois après la visite d’Etat de M. Sarkozy, en 2008 cite un diplomate irlandais, selon lequel la France avait investi récemment " environ 20 millions d’euros en Afrique du Sud " ce qui représentait " une goutte d’eau, comparé à ce qu’elle engrangerait ".

Fin 2009, Westinghouse a fait une sombre évaluation de la situation. Le groupe américain avait dépensé 10 millions de dollars dans le processus d’adjudication "sans aucune garantie de décrocher un contrat au terme d’un processus qui sera maintenant bien plus long". Westinghouse était systématiquement présenté dans les câbles comme déterminé à contrer l’influence des Français en montrant son " attachement au maintien des activités en Afrique du Sud ". Le géant américain a acquis une entreprise nucléaires sud-africaine en 2007 et conservé one participation dans le projet malheureux de réacteur nucléaire.

Areva " dispose de quelques avantages liés au fait d’être le fournisseur de la centrale nucléaire existantede Keoberg ", note l’auteur d’un câble diplomatique. Avec un certain plaisir sadique, les Américains espéraient que " les problèmes et les mises à l’arrêt " à Koeberg où Areva continue d’apporter une assistance technique donneraient un " coup de pouce supplémentaire " à la candidature de Westinghouse.

Le conglomérat français, lui, s’active en coulisses au niveau politique pour favori- ser une alliance stratégique dans le secteur énergétique, provoquant un malaise dans les rangs syndicaux. Selon un responsable du National Union of Mineworkers (NUM, le syndicat des mineurs) très bien informé du processus de prise de décision en matière nucléaire au sein du syndicat, un représentant d’Areva et deux représentants d’EDF ont assisté à tous les ateliers sur la politique nucléaire, qui se tiennent presque chaque mois au siège de la NUM, à Johannesburg, depuis avril de l’année dernière.

Le syndicat est hostile au nucléaire, mais il est en train de procéder à la réévaluation de sa politique énergétique avant son congrès national prévu pour le milieu de 2012. Même s’il n’a pas son mot à dire dans l’adjudication du contrat, sa position pourrait influencer le déroulement du programme nucléaire. Ses membres vont probablement travailler à chaque étape de la construction du réacteur au cycle de combustion nucléaire.

Même si c’est sur invitation du syndicat que les représentants français assistaientà ses réunions, certains, en son sein, ont émis des réserves sur leur présence. " Les Français étaient là pour répondre aux questions et donner des conseils techniques, mais on se demande pourquoi uniquement eux, remarque un syndicaliste. Je trouve bizarre leur présence parmi nous, parce qu’ils ont des intérêts particuliers dans le secteur. Ce n’était pas très correct. D’autres collègues étaient égalementmal à l’aise." N’ayant pas été mandaté pour parler au nom du syndicat, ce responsable a demandé à garder l’anonymat.

Mail & Guardian Johannesburg

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