Rien de nouveau.

Vendredi 17 juillet 2009, par Bertrand RENOUVIN // La France

Au soir du 7 juin, le commentaire médiatique a soudain dramatisé l’enjeu de ces élections européennes, présentées comme s’il s’agissait d’élections législatives nationales. D’où la netteté des analyses des experts : victoire de Nicolas Sarkozy et par ailleurs de Daniel Cohn-Bendit, défaite de Martine Aubry et de François Bayrou, les autres listes étant tenues pour quantité négligeable. Rien de nouveau dans le traitement de l’information...

Il est possible de regarder autrement l’actualité fugitive de ce dimanche soir. Le fait majeur, c’est le taux d’abstention : presque soixante pour cent. Cela signifie que, selon une tendance qui se renforce tous les cinq ans, les Français marquent massivement leur indifférence ou leur total rejet du Parlement européen. Le plébiscite en faveur de Nicolas Sarkozy, véritable président de l’UMP, s’en trouve fortement relativisé. Les résultats obtenus par les autres grandes listes, est lui aussi faiblement significatif. On ne se mobilise pas et l’on ne vote pas de la même manière pour une consultation sans enjeu et pour une élection qui est décisive pour l’avenir de la nation.

Deuxième point qui importe : les succès et les défaites dont on parle dans les médias concernent des partis et groupements qui appartiennent tous à l’oligarchie :

  1. L’UMP libérale reste la formation majoritaire, située à une aile droite qui a récupéré des thèmes et des pratiques d’extrême droite pour mieux marginaliser le Front national.
  2. L’aile gauche de l’oligarchie est affaiblie par la défaite du Parti « socialiste », en réalité libéral-social, qui est dirigé par une femme tout à fait favorable au « traité constitutionnel. »
  3. Placé au centre de l’oligarchie, le Modem, dirigé par un partisan du Oui, est remplacé ces temps-ci par un groupe Vert dirigé par un homme qui a fait campagne pour le défunt « traité constitutionnel » et qui défend le traité de Lisbonne. La différence entre les deux fractions, François Bayrou veut rassembler des Français en vue de son élection à la présidence ; Daniel Cohn-Bendit est un libéral-libertaire qui veut entraîner les siens et les sociaux-libéraux successivement déçus par Lionel Jospin, François Hollande, Ségolène Royal et Martine Aubry pour les mener nulle part.

Les formations de gauche hostiles au libéralisme économique en général et au traité de Lisbonne en particulier constituent une tendance qui n’est pas négligeable mais qui n’a pas pu peser dans la campagne en raison du mépris des grands médias pour les anciens partisans du Non. Il n’est pas indifférent que le Front de gauche, qui a esquissé un projet politique, devance le Nouveau parti anticapitaliste qui se situe sur le simple plan de la contestation. La question de l’unification de cette tendance et de son élargissement à d’autres familles politiques reste posée. La stratégie isolationniste de Nicolas Dupont-Aignan est par ailleurs durement sanctionnée.

Quant aux institutions européennes, le scrutin du 7 juin ne changera rien. Tout était décidé d’avance et la répartition précise des sièges importe peu. L’alliance entre les libéraux et les socialistes sera reconduite et permettra à M. Barroso de continuer à afficher son insignifiance à la présidence de la Commission européenne, mais un autre ne ferait pas mieux. Le Parlement européen ne reviendra pas sur son atlantisme hautement proclamé et l’idéologie ultra-libérale continuera d’y régner. Il suffira de rappeler de temps à autre que cet organisme perd à chaque consultation un peu plus de sa crédibilité : cette année, seuls 43 % des électeurs de l’Union européenne sont allés voter et des listes nationalistes ont obtenu des succès en divers pays, ce qui n’est d’ailleurs pas pour nous réjouir. De toutes les manières possibles, y compris les pires, les députés ultra-libéraux majoritaires à Strasbourg, les sociaux-démocrates battus dans presque tous les pays et les Verts qui ont toujours représenté une tendance anti-politique se trouvent aujourd’hui massivement récusés.

L’Europe dite de Bruxelles agonise et la ratification toujours problématique du traité de Lisbonne ne parviendrait pas à la sauver. Contre le nationalisme, face à l’échec du marché globalisé, continuons à réfléchir à la refondation de l’Europe continentale selon la perspective confédérale que nous avons tracée.

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