Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Etats-unis.

Richard Lee, militant en herbe.

Dimanche 19 décembre 2010, par John Hoeffel // Le Monde

Homme d’affaires et fondateur de la première université consacrée au cannabis, ce personnage atypique se démène pour que la Californie légalise la marijuana le 2 novembre prochain.

Assis dans son fauteuil roulant, Richard Lee emprunte la rampe pour accéder à la scène puis se dirige vers une table recouverte d’une nappe verte où sont brodés les mots Oaksterdam University. Lee est le fondateur de la première université du cannabis du pays. Il possède également un dispensaire, une pépinière, et a d’autres activités liées au cannabis qui lui rapportent 7 millions de dollars [5 millions d’euros] par an. Il s’adresse ce jour-là à 70 étudiants qui espèrent suivre ses traces et devenir, comme lui, des entrepreneurs à succès.

Pour Lee, 47 ans, son affaire florissante est avant tout un outil politique pour obtenir la fin de décennies de prohibition. Il est convaincu que les Américains accepteront une légalisation de l’herbe s’ils voient qu’on peut en fumer et prélever des impôts dessus sans conséquences néfastes. Quand j’ai commencé, on m’a dit : Ça ne marchera pas. Ce sera l’apocalypse. Je n’avais pas d’autre choix que de tenter le coup. Je vous rappelle qu’il ne s’agit pas simplement de faire pousser du cannabis, d’en vendre et de gagner de l’argent. Impliquez-vous dans la politique et bonne chance.

Cette cause m’a sauvé la vie.

Lee a fait de son entreprise d’Oakland une sorte de projet pilote pour la légalisation du cannabis et espère aujourd’hui que les électeurs californiens vont passer au stade suivant. C’est lui qui est derrière la Proposition 19, référendum d’initiative populaire qui sera soumis aux électeurs californiens le 2 novembre 2010 et qui vise à autoriser la culture et la possession de cannabis ainsi que la vente au détail et la taxation des bénéfices par les autorités. Il a dépensé 1,5 million de dollars pour élaborer cette proposition et faire campagne en sa faveur.

Avec sa mèche sur le front et son sourire timide, Lee a un air juvénile désarmant. C’est pourtant l’un des porte-parole les plus visibles et les plus efficaces de la légalisation. A la télévision, il donne l’impression d’être un homme sérieux, bien informé et étonnamment franc pour quelqu’un qui est devenu millionnaire en vendant une drogue qui est toujours illicite selon les lois fédérales. Fondée il y a trois ans, l’Oaksterdam University lui adonné une plate-forme. Au début, il s’agissait d’une blague. Lee avait fait passer dans un journal une petite annonce proposant "une formation de qualité pour le secteur du cannabis". Il n’avait aucune intention de dispenser cette formation, c’était de l’agit-prop pour éveiller l’intérêt des médias. Mais, en quelques jours, ours, il s’est retrouvé avec une liste de candidats et de cette plaisanterie est née une université.

L’Oaksterdam University propose des cours de culture du cannabis, de cuisine, de droit et de commerce. Elle occupe un immeuble de bureaux à Oakland mais propose également des cours à Los Angeles, Sebastopol et North Bay, dans le Michigan. Douze mille étudiants en sont déjà sortis diplômés. Les frais de scolarité vont de 250 dollars [178 euros] pour un stage d’un week end à 650 dollars[462euros] pour un cursus de treize semaines. L’université est la pièce maîtresse de l’entreprise de Lee. Elle est située près de l’hôtel de ville d’Oakland, dans un quartier à l’abandon qui a commencé à revivre quand des dispensaires de cannabis sont venus s’y installer. Lee à ouvert l’un des premiers en 1999. Pour démontrer que le cannabis pouvait générer des rentrées fiscales et des emplois comme n’importe quel autre secteur, il a diversifié ses activités et ouvert un magasin qui vend des plants issus de sa pépinière ainsi qu’une boutique de cadeaux. Il emploie aujourd’hui 52 personnes.

Au coffee shop Blue Sky, son dispensaire, Lee tente de démontrer qu’une boutique où l’on vend de l’herbe est aussi inoffensive qu’une épicerie. Il se rend dans la pièce où l’un de ses salariés propose de l’Hindu Skunk (une variété de cannabis), des sucettes et des petits gâteaux aromatisés au cannabis ainsi qu’une préparation à base de cannabis, d’algue et de luzerne très représentative, selon lui, de la contre-culture de la Californie du Nord. Richard Lee exerce son activité dans la zone grise créée par les contradictions des réglementations fédérale californienne et municipale, qui reflètent d’ailleurs la division du pays sur la question. D’après le Bureau du procureur général de Californie, les dispensaires et les pépinières de cannabis doivent être des coopératives à but non lucratif, dirigés par les patients eux-mêmes ou par du personnel habilité à dispenser des soins.

C’est un avis partagé par la plupart des villes qui en comptent, mais, à Oakland,un dispensaire peut être géré par un particulier et faire des bénéfices, à condition que ceux-ci ne soient pas excessifs. La réglementation fédérale, quant à elle, interdit le cannabis à quelque fin que ce soit. Le gouvernement Obama a cependant décidé de ne pas poursuivre les propriétaires de dispensaire qui se conforment sans ambiguïté au droit en vigueur dans leur Etat.

Lee a grandi au Texas et fréquenté un lycée catholique. Ses parents, des républicains pur sucre, ont enseigné à leurs cinq fils que le cannabis était "la plante du diable". Aujourd’hui ils soutiennent pourtant son projet. Lee a entamé un cursus de communication à l’université de Houston, puis il a abandonné ses études pour devenir régisseur lumière pour des groupes de rock. En 1990, en tournée avec Aerosmith, il fait une chute et tombe sur sa ceinture à outils. Gravement blessé à la moelle épinière, il se retrouve paralysé à partir de la taille. Cet accident a bouleversé sa vie. Un an plus tard, sur le parking d’un Jack in the Box [une chaîne de fast-foods] de Houston, il se fait voler sa voiture sous la menace d’une arme. La police met quarante-cinq minutes à arriver. Quand Lee, qui a laissé son fauteuil roulant à la maison, demande à être raccompagné chez lui, un des policiers lui balance : Pourquoi, on a une tête de taxi ? Lee rumine cette affaire pendant un bon moment puis il a une révélation. "Je me suis dit que la police perdait son temps à courir après de simples consommateurs de cannabis, au lieu de traquer les vrais criminels." C’est ainsi qu’il décide de lancer sa croisade pour la légalisation du cannabis. "Cette cause m’a sauvé la vie", souligne-t-il.

Il commence par installer un stand d’information sur le cannabis devant le commissariat central de Houston. "J’ai tenu une quinzaine de minutes" se remémore-t-il. Un policier repère une pipe à eau et l’arrête. Lee passe une nuit en prison. En 1992, il ouvre une boutique consacrée au cannabis non psychotrope. Il la nomme Legal Marijuana.

J’ai toujours été pour la légalisation totale. Le côté médical n’est pour moi qu’un moyen d’y accéder.

The Hemp Store [Marijuana licite : la boutique du chanvre]. Lee explique à ses clients qu’il est absurde d’interdire une plante aussi utile et protéiforme que le chanvre. Il leur parle également des avantages médicaux du cannabis - expliquant que cela calme les spasmes qu’il a dans les jambes. Aujourd’hui il évite le sujet : J’ai toujours été pour la légalisation totale. Le côté médical n’est pour moi qu’un moyen d’y accéder.

Lee s’installe en Californie en 1997 un an après que cet Etat a autorisé la consommation de cannabis à des fins médicales. Il monte une plantation qui donne une demi-douzaine de kilos par mois dans un entrepôt d’Oakland et vit dans cet entrepôt pendant sept ans. D’après Jeff Jones, dont la coopérative de cannabis médical se fournit chez Lee et qui est l’un de ses plus proches alliés, Lee vivait en reclus. Il admire la façon dont il a réussi à "sortir de son placard depuis ces dix dernières années". En s’exposant davantage, Lee se révèle un stratège politique. En 2004, la municipalité d’Oakland s’attaque aux dispensaires. Lee lance une consultation populaire pour exiger de la police municipale qu’elle fasse du cannabis sa dernière priorité. Pour séduire les non-consommateurs, il fait passer cette initiative non comme un prof et de légalisation mais comme un moyen de "réglementer et taxer" le cannabis. La mesure est adaptée à 65 % des voix.

50% d’électeurs pro-cannabis Le cannabis est désormais pratiquement légal à Oakland. Certains clubs en vendent aux adultes sans même prétexter un usage médical. Quatre dispensaires versent un impôt,voté l’année dernière, qui a rapporté près de 800 000 dollars à la ville. Le conseil municipal soutient aujourd’hui la Proposition 19 de Lee en faveur de la légalisation, a approuvé la construction de quatre énormes plantations en serre et a inscrit une augmentation de l’impôt sur le cannabis au programme du scrutin du 2 novembre. Les membres du conseil municipal, qui étaient jadis les adversaires de Lee, le considèrent maintenant comme un homme d’affaires avisé.

Lee a décidé de faire campagne pour l’organisation d’une consultation populaire dans tout l’Etat bien que de nombreux militants lui aient demandé d’attendre. Mais il est convaincu que la récession donne encore plus de poids à son message de réglementation et de taxation. Il a versé de sa poché les trois quarts des quelques millions de dollars que la campagne pro marijuana a engrangés jusqu’ici. En décidant de faire cavalier seul,il s’est aliéné certains partenaires naturels, notamment les riches donateurs qui avaient financé les mesures adoptées précédemment pour assouplir la réglementation californienne en matière de drogues et il s’est attiré les foudres de certains militants du cannabis médical, qui préfèrent le statu quo actuel et craignent que sa proposition ne vienne perturber leur activité et empêche les patients d’avoir accès au cannabis.

D’après les sondages, la moitié des électeurs californiens soutiennent aujourd’hui la Proposition 19. Lee, qui professe un dégoût viscéral pour la politique, aurait préféré rester dans l’ombre jusqu’au scrutin. Mais sans personnalités de premier plan pour soutenir sa proposition, il demeure son défenseur le plus visible.

Répondre à cet article