Richard Cœur-de-Lion.

Il fut brave parmi les braves !

Dimanche 12 juin 2011, par Philippe Lamarque // L’Histoire

Tenait-il l’ « imperium » au bout de son épée ?

Choisit-il vraiment « l’horizontalité » au détriment de « la verticalité » ?

Notre ami Philippe Lamarque n’en doute pas…

Il nous guide sous le soleil de la Terre Sainte un temps délivrée… Fracas des armes, bravoure et ruses se mêlent…

A « La bataille d’Arsur », Richard inscrivit dans le sang sa légende : « Richard Cœur-de-Lion » !

Un grand tableau du peintre Eloi-Firmin Féron…

Et la chevalerie des Francs gagna le nom de « nation de fer »…

La bataille d’Arsur

Richard Cœur-de-Lion et Hugues III de Bourgogne livrent bataille au Sultan Saladin le 7 septembre 1191. De nos jours, le film hollywoodien de Kingdom of Heaven donne une version romancée, mais somme toute assez crédible de l’un des avant-postes les plus exposés du royaume franc de Terre Sainte. Puisse le tableau d’Éloi-Firmin Féron rendre hommage aux braves parmi les braves.

Peint à l’époque de la conquête de l’Algérie, le programme pictural de la salle des croisades à Versailles ne manque jamais une occasion de rappeler que l’héroïsme de l’armée d’Afrique vaut bien celui de la chevalerie franque. Ce tableau est peint dans le contexte des actions isolées et exemplaires qui font entrer les troupes d’Afrique dans la même légende que celles des croisés : le colon Pirette, le trompette Escoffier, le caporal Lavayssière et le sergent Blandan. Le souffle épique d’Arsur fait vibrer les héros de la Smalah, Sidi-Brahim, Boufarik, Palestro et de tant d’autres hauts lieux de la « gesta Dei per Francos ».

Située à une quinzaine de kilomètres au nord de Tel-Aviv (ville nouvelle fondée au XX e s.), Arsur, aujourd’hui appelé « Tell Arshaf », surplombe de son mamelon le rivage méditerranéen.

Le futur site fortifié de ce qui va devenir le château d’Apollonia-Arsur domine la falaise de 30 mètres au pied de laquelle une crique naturelle peut accueillir quelques esquifs.

Avec l’établissement d’un village, les installations se limitent à quelques appontements construits par les pêcheurs de Murex, le fameux coquillage servant à teindre les tissus de pourpre.

Selon Pline…

Le pourpre « impérial » à partir de « Bolinus brandaris » :

« On l’extrait des plus grands, après avoir ôté la coquille ; on écrase les plus petits, vivants, avec leur coquille ; il faut pour cela qu’ils dégorgent leur suc »

La teinture pourpre de l’antiquité, qui est en réalité un ensemble de couleurs allant du rose au violet suivant les variétés de coquillages et les procédés de teinture (la couleur la plus recherchée étant un rouge profond), était la seule teinture stable pour tissu de l’époque, ne « passant » pas, ni au soleil, ni aux lavages. Elle s’enrichissait même, avec le temps, de teintes nouvelles, plus profondes et plus lumineuses.

 A cette propriété exceptionnelle s’ajoutait le coût exorbitant de la matière qui était, il faut le savoir, la plus précieuse de l’Antiquité, bien plus que l’or, l’argent ou quelque pierre que ce soit. La raison en est simple, d’après les calculs du chimiste Fiedlander il fallait environ dix mille « murex » pour obtenir un gramme de teinture pure. Et avec un gramme on ne devait pas pouvoir teindre une surface bien grande…

Il fallait casser la coquille du « murex » et en extraire la partie qui contient la glande dite « hypobranchiale ». C’est une petite bande d’environ deux centimètres de long sur cinq millimètres de large et de moins d’un millimètre d’épaisseur. C’est elle qui sécrète un mucus contenant ce que l’on appelle les « précurseurs » de la pourpre qui sont, comme pour l’indigo, d’abord incolores. Ces glandes étaient laissées plusieurs jours à une température d’une quarantaine de degrés dans un milieu alcalin à base d’urine et d’autres ingrédients. Les tissus étaient ensuite trempés dans ces bains et exposés à l’air pour que la couleur se développe.

Ces activités dégageaient une puanteur épouvantable… Mais elles étaient si rentables que de multiples contrefaçons ont circulé tout au long de l’antiquité.

À force de ramasser des « murex », l’espèce s’est raréfiée et de nouveaux procédés, moins chers, furent découverts (cochenille, particulièrement…).

Il ne me restait plus qu’un mystère à percer, son genre : c’est le pourpre ou la pourpre ?

La réponse est la suivante : le pourpre c’est la couleur, et la pourpre c’est la matière qui permet de produire cette couleur…

Références : http://www.disons.fr/?p=15332

Occupé depuis la plus haute antiquité, elle appartient tout d’abord aux Phéniciens. À la période hellénistique, elle atteint une surface de 30 hectares. Après la conquête romaine, conservant son nom grec d’Apollonia, elle est ornée de fastueuses villas. De nombreuses tombes du II au IV e s. témoignent de la présence d’une communauté samaritaine. Ses membres croient que le tombeau du grand prêtre Élie couronne la colline. Lors de l’invasion musulmane, l’église est rasée, les Grecs massacrés. Les bédouins sédentarisés n’ont plus besoin que d’une dizaine d’hectares pour y camper ou construire quelques fragiles baraquements. Ceux-ci bâtissent une muraille de pierres sèches ; celle-ci, peu ou prou entretenue, dissuadant les nomades et pillards.

Godefroi de Bouillon et Raymond de Toulouse quittent Jérusalem et assiègent Arsur.


Godefroi de Bouillon, Raymond, comte de Toulouse, Bohémond I et son neveu Tancrède, lors de la première croisade.


La première croisade - (1096-1099).

Il s’élève une dissension entre les deux chefs ; ceux-ci ne sont pas en mesure d’appliquer le blocus naval, ce qui soulage les assiégés, mais les croisés s’étant réconciliés, les indigènes négocient leur statut de vassal. Selon l’usage, quelques otages sont alors expédiés à Jérusalem, tandis que le nouvel avoué du Saint-Sépulcre désigne Gérard d’Avesnes, à la fois résident et otage. Arsuf prend le nom d’Arsur, jeu de mot de l’Ars - ou art - et sûr - plus agréable en euphonie. Sa famille blasonne « Bandé d’or et de gueules de six pièces. » (*)

Lorsque les chefs croisés retournent en Europe, en particulier les Provençaux de Raymond de Toulouse en direction de Laodicée, Godefroi de Bouillon estime vital d’un point de vue stratégique de réduire Arsur à l’obéissance totale. Une simple tutelle ou un protectorat sont de nature à favoriser les séditions, surtout au limès d’un royaume encore récent. Inévitablement, une révolte met fin à l’équilibre fragile. Une colonne de secours fait mouvement en brûlant les étapes, mais elle arrive trop tard. Sous les yeux des chevaliers francs, la garnison ligote le malheureux Gérard d’Avesnes sur un mât au-dessus des remparts.

Le siège dure du 15 octobre au 15 décembre 1099. Malgré les moyens de génie mis en œuvre, deux tours de siège sont détruites par le feu grégeois. Godefroi, appelé par des urgences à Jérusalem, laisse un masque de cent chevaliers et de deux cents sergents. Leur mission consiste à bloquer les sorties et empêcher le ravitaillement extérieur. En février 1100, par une ruse de guerre, les Francs simulent une retraite, ce qui encourage la garnison à escorter une partie de la population désireuse d’effectuer les travaux agricoles. Sortant de leur bivouac de Ramla, une quarantaine de chevaliers francs se rue sur les imprudents, leur faisant payer les cruautés commises sur la personne de Gérard d’Avesnes et des pèlerins prisonniers. En mars, un renfort de troupes fâtimides vient menacer le masque de troupes franques, ce qui incite la garnison à tenter une nouvelle sortie, qui est aussitôt étrillée et doit se replier d’urgence, l’épée dans les reins. Toute aide égyptienne s’avérant illusoire, la garnison d’Arsur et la population acceptent de nouveau leur soumission, se plaçant sous la protection franque. Le 25 mars 1100, les édiles remettent cérémonieusement les clés de la ville à Godefroi. Les prisonniers survivants sont rendus, dont Gérard d’Avesnes, puis les Francs rétablissent le commerce, l’agriculture et l’artisanat. Un parti comploteur rallié aux fatimides continue d’intriguer, prêt à soutenir une invasion égyptienne. En avril 1101, le roi Baudouin de Jérusalem demande l’appui de la flotte génoise venue croiser au large, afin de soutenir une action amphibie combinée.

Il s’agit de Baudouin 1er de Boulogne (1100-1118), premier roi à régner sous le titre de « roi de Jérusalem), frère de Godefroi de Bouillon.

Couronnement de Baudouin 1er

Baudouin 1er – Départ pour l’Arménie-

Iconographies : http://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Baldwin_I_of_Jerusalem?uselang=fr

Rusés et cauteleux, les chefs insurgés capitulent sous condition : il se retirent avec armes, bagages, biens et famille. Enfin conquise, la ville est attachée au domaine de la couronne et remise en apanage au seigneur de Caïffa, Robert des Pouilles. Sagement administrée, la ville reste quatre-vingt-six ans dans le royaume. Les musulmans la reprennent en 1187, après le désastre de Hattîn en juillet. Ils y restent quatre ans.

Hattîn…

Les croisés font mouvement de Joppé vers Arsur

Sur l’ordre de Richard, le héraut d’armes transmet l’ordre aux pèlerins et à l’ost. Cent mille croisés traversent le Bélus, s’avançant entre la mer et le mont Carmel. La flotte appareille du port de Ptolémaïs, cabotant en vue du littoral, chargée de bagages, de vivres et de munitions de guerre. Un char à quatre roues bardées de fer porte le vexillum de la guerre sainte hissé sur un mât. Il s’agit d’une vieille résurgence germanique : dans les cultures nomades de la « Völkerwanderung », le char sert de trône à l’empereur (**).

Cette chapelle ambulante sert de repère aux voitures d’ambulances et aux brancardiers. La marche est constamment ralentie par les embuscades et actions retardatrices de harcèlement. Contrairement aux guerriers catholiques lourdement armés, les musulmans n’ont qu’une épée, un poignard, un javelot, parfois seulement une massue de type « Morgenstern » (étoile du matin) hérissée de pointes de fer.

Montés sur des poneys agiles, ils rôdent autour de l’ost, n’hésitant pas à massacrer des pèlerins isolés et vulnérables.

Le chroniqueur Gauthier Vinisauf mentionne les itinéraires périlleux, puisque les voies romaines, faute d’entretien, ont disparu depuis longtemps à cause de l’impéritie des roitelets musulmans. Il faut parfois traverser de la steppe herbeuse poussant à hauteur d’homme, d’où la faune sauvage s’égaye dans le vacarme. À la tombée du jour, les nuées d’insectes viennent prélever leur tribut de sang. La fatigue, les blessures et les maladies creusent les rangs des hommes et abattent de nombreux chevaux. Enterrés sur place, les morts marquent l’itinéraire. À peine la colonne reprend-elle sa route en chantant les cantiques, les charognards s’approchent : gare aux sépultures fraîches trop peu profondes ! Chaque soir après l’étape - à peine trois lieues par jour - le héraut s’exclame par trois fois : « Seigneur, secourez le Saint-Sépulcre », que toute l’armée reprend à l’unisson. Après six jours de marche exténuants, les ruines de Césarée se dressent à l’horizon.

Les ennemis se font face

En face, l’armée de Saladin se prépare au combat. Le roi Richard propose une paix de compromis au frère du sultan, mais le sort de Jérusalem fait échouer la négociation. Au cours des accrochages des jours suivants, Richard est blessé par une flèche au côté gauche. Les lourdes armures sauvent bien des vies, au point que les chroniqueurs arabes comparent les chevaliers à des porcs-épics tant ils affrontent le destin de saint Sébastien. Sous une chaleur accablante, le 7 septembre 1191, les archers ayyoubides commencent par harceler la chevalerie d’assez loin, puis se rapprochent de l’ost en lui infligeant une volée de flèches.

S’il y a bien une règle sacrée au moyen âge, quelque soit la cruauté parfois inimaginable des belligérants, c’est le respect des chevaux. Ce jour-là, les archers commettent un crime contre-nature, un outrage au code de l’honneur, un blasphème : ils criblent les chevaux de leurs flèches. Pour preuve de cette coutume : sur les boucliers, les chevaux ne sont jamais représentés, de peur de les frapper, même symboliquement. Il faut attendre la transformation de la chevalerie au XVI e siècle, qui de célestielle devient un institution temporelle, pour que le noble animal apparaisse en héraldique (***).

Forçant le passage, les croisés traversent une forêt de chênes que les chroniqueurs appellent la forêt d’Arsur ; ils guerroient jusqu’à la rivière de Rochetalie.

Face à eux, au débouché du sous-bois, déployés dans la plaine, deux cent mille musulmans les attendent. Les chefs confient la synchronisation de l’opération au roi Richard. En étroite liaison avec le duc de Bourgogne, il articule ses forces en cinq lignes : en tête, les Templiers, puis les chevaliers d’Anjou et de Bretagne, puis le roi Guy de Lusignan avec ses Poitevins, puis les chevaliers anglo-normands autour du char du vexillum. En bouclage de dispositif, s’avancent lentement les frères hospitaliers et les archers, prêts à tirer. En flanc-garde, le comte de Champagne patrouille vers les crêtes des collines. L’ensemble de l’ost a reçu l’ordre strict et absolu de conserver les rangs serrés surtout de ne pas céder à la tentation d’engager des corps-à-corps en combat singulier avec des provocateurs.

Une foule vociférante

Trois heures après le lever du soleil, une nuée de musulmans descend des hauteurs et menace l’arrière-garde des croisés. Cette foule vociférante et bigarrée ne fait aucun mystère de sa hâte d’en découdre, bivouaquant depuis plusieurs semaines dans des conditions d’hygiène déplorables, pressés de retourner vers leurs tribus. Groupés par bandes ethniques, se côtoient des Arabes bédouins aux gandourahs crasseuses après plusieurs semaines de campagne, portant des arcs, des carquois et des boucliers ronds ; des Scythes à longue chevelure sale et ébouriffée, montés sur de grands chevaux et armés de flèches ; des éthiopiens mélanodermes, parfois des géants, le visage barbouillé d’une couche crouteuse de craie blanche et de cinabre rouge, dégoulinant jusque sur la poitrine, dont les armes africaines forgées aux silhouettes tourmentées promettent des blessures spectaculaires. Derrière cette cohue, trépignent des prédicateurs hystériques, brandissant des bannières aux couleurs criardes au bout de leurs lances, où sont cousus à gros points les textes des sourates les plus belliqueuses.

Tous ces barbares s’avancent avec la rapidité de l’éclair. La terre tremble sous leurs pas. La cacophonie des percussions, au milieu desquels ne figure aucun instrument d’harmonie couvre tous les autres cliquetis ordinaires des armées en bataille : fifres aigres, ghaïta, tambour derbouka, sistres, cymbales.

1- Joueur de clarinette, caractéristique d’une méhtèri ottomane.
2- Chef d’une section de tambours montés sur dromadaires.
3- Mehterbashi Aga, chef d’une méhtèri.

Dès la fin du XIV ème siècle, avec la constitution des « janissaires », les troupes ottomanes seront accompagnées de « Musiques » règlementées – La Musique de la Légion s’inspire d’anciens instruments de la « Musique » ottomane.

La fanfare du Mehter (Mehter Takimi) (ou fanfare des Janissaires), devant la porte de la Félicité. Autrefois placée en tête des troupes du sultan, elle jouait en marchant. La fanfare du Mehter avait pour mission d’accompagner l’armée ottomane dans ses campagnes à travers le monde rehaussant le moral des soldats et les incitant au combat. http://www.ipernity.com/doc/bernard-petit34/9250696

Cependant rien n’est plus strident et déplaisant que ces groupes d’humanoïdes hallucinés sous l’effet de stupéfiants, dont l’unique emploi consiste à pousser d’affreux hurlements. Tout ce fracas doit à la fois effrayer l’ennemi, tout en échauffant au carnage les guerriers musulmans, anesthésier la peur et communiquer l’ivresse de la victoire. Comme si toutes ces bêtes fauves sanguinaires ne suffisent pas, il y a aussi les femelles glapissantes qui suivent l’armée : leurs youyou donnent surtout l’envie d’en finir au plus vite avec elles. Les charges ininterrompues de cette tourbe barbaresque manquent de rompre le dispositif des croisés.

Parmi les plus menacés, les hospitaliers de l’arrière-garde savent que leur mission est vitale à la survie de l’ost. Servant de serre-file à l’armée, ils doivent conserver en profondeur des lignes la cohésion des rangs de l’avant-garde. De leur cadence de marche dépend la solidité de l’ensemble. Ils frappent si vigoureusement qu’un chroniqueur anglais les compare à des forgerons battant l’enclume. D’autres chroniqueurs musulmans concèdent aux Francs le titre de « nation de fer »

Plus les croisés se rapprochent d’Arsur, plus leur confiance en eux et dans la protection de Dieu augmente.

Richard a bien précisé ses ordres : nul ne doit charger tant que n’a pas retenti le signal des six trompettes, deux à la tête de l’armée, deux au centre, deux à l’arrière-garde. Cette céleustique est impatiemment attendue ; la chevalerie peut tout endurer et souffrir, hormis le déshonneur de rester ainsi sans combattre. Dans l’arrière-garde, quelques chevaliers moins disciplinés que les moines hospitaliers reprochent à Richard son excessive prudence ; ils invoquent saint Georges, le patron des braves. Ne pouvant plus se retenir, les plus intrépides désobéissent et se précipitent sur les musulmans : leur fâcheux exemple contraint les hospitaliers à se joindre à leur attaque en essayant de la rendre la plus efficace possible. Ce flottement dans les rangs ne dure pas. Se ressaisissant, ivre de vengeance, la chevalerie entend sonner l’oliphant : une charge à la lance couchée balaye tout sur son passage. Saladin ayant fait détruire une église du nom de Saint-Georges, les témoignages des vétérans d’Arsur assurent que le saint chevalier était descendu du ciel en personne pour conduire la charge.

C’est alors que se produit ce que sept siècles plus tard le maréchal Foch devait appeler à propos de la Marne, « le souffle de la bataille »  : le comte de Champagne et ses commensaux, Jacques d’Avesnes et ses Flamands, Robert de Dreux et son frère l’évêque de Beauvais, accourent à l’épicentre du péril. Après eux, nul ne peut retenir les Bretons, les Angevins, les Poitevins ; la mêlée devient générale, les scènes du carnage ensanglantent la plaine depuis la plage jusqu’aux montagnes. Le roi Richard multiplie les exploits, laissant sur son passage un sillon labouré dans les masses compactes de Turcs. Dans la mêlée confuse et poussiéreuse, il arrive que des frères d’armes s’étripent par mégarde.

La fuite des Sarrasins

Dans le fracas assourdissant, les corps meurtris s’affaissent lourdement, s’empilant sur les morts et les agonisants, dans un chaos de pennons déchirés, de lances rompues, d’épées brisées. L’œuvre d’une génération entière d’artisans, de fourbisseurs, de forgerons, de batteurs de plates d’armures, de tourneurs de bois, de brodeuses d’étendards gît dans la poussière poisseuse de sang, attirant les mouches : ces essaims ne sont pas troublés le moins du monde par les féroces actions.

Découragés, de nombreux musulmans lâchent prise et se terrent dans les buissons où ils survivent peu de temps ; d’autres préfèrent quitter cette vallée de larmes en se précipitant du haut de la falaise. Taillés en pièces, quelques musulmans essayent encore de se regrouper. Trônant au beau milieu du champ de bataille, le char portant le grand étendard peut désormais faire figure de moyeu immobile au centre de la roue du destin broyant les infidèles. Saladin s’est retiré quelques instants sous sa tente, n’ayant plus autour de lui que dix-sept mameluks.

Voyant les cavaliers Sarrasins fuir en désordre, les chevaliers ne tombent pas dans le piège de les poursuivre. Richard tient les siens dans une parfaite discipline. Dépité de voir sa ruse éventée, Saladin rassemble ses cavaliers épars et charge de nouveau. Face à cette contre-attaque, les Normands et les Bourguignons ayant maintenu leur alignement l’enfonce de nouveau. En pleine mêlée, le Normand (1), reconnaissable à son caparaçon blasonné « De gueules à trois léopards d’or, armés et lampassés d’azur », engage un duel avec Saladin (2) et le renverse. Plus commotionné à l’épaule que véritablement blessé, celui-ci ordonne à un cavalier de mettre pied à terre et se retire, renonçant à rallier de nouveau ses troupes. Sur le tableau de Fréon, au premier plan, Gui de Lusignan (3) participe à l’action d’Arsur (4) ; il est suivi de deux bannières, l’une (5) aux armes du royaume de Jérusalem, l’autre (6) écartelée de Jérusalem, Lusignan, Chypre et Arménie. La curée commence. Pris de panique, les musulmans se bousculent vers les collines boisées, où les chevaliers les taillent en pièce sans faire de quartier. Premières victimes du massacre, les archers sont pour la plupart décapités à coups d’épées. Les cavaliers turcs et arabes subissent à leur tour la furia des croisés : ils les enfoncent à coups d’épées et de lances. Chargeant au premier rang dans la mêlée, Richard se bat comme un lion, avec un éblouissant tableau de chasse, ce qui lui vaut dès lors son impérissable surnom. Saladin doit battre en retraite avec les survivants.

Le peintre Éloi-Firmin Féron (1802† 1876)

Elève du baron Gros, prix de Rome à l’âge de 24 ans avec « Damon et Pythias », il maîtrise un art de dessinateur soigné et vigoureux, parfois un peu trop académique. Plutôt bon coloriste, il pèche parfois dans les lumières. Très apprécié par Louis-Philippe et ses fils, il se spécialise dans les scènes d’histoire et les portraits de chefs comme Du Guesclin, les maréchaux de Laval, de Choiseul, de Noailles, du comte de Montgomery, du comte-duc d’Olivares et du duc de Guise. Son chantier le plus important est livré au château de Versailles avec l’ « Entrée de Charles VIII à Naples » (1837) et la « Prise de Rhodes » (1840).

1102 : après le première croisade

De l’armement occidental pendant la première croisade - http://crm.revues.org/index2511.html#tocto2n3

De quoi se compose l’armement du croisé et quelles sont les différences de tactiques entre les armées occidentales et les armées musulmanes ? http://www.crdp-montpellier.fr/Services/Prod/99ques/mediterranee/mediterraneef48.pdf

Armes et techniques militaires

En Islam : http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=551

Traité d’armurerie de Saladin, Oxford, Bodleian Library, Ms. Huntington 264 F° 102v© Bodleian Library

Ce feuillet fait partie de la section dédiée à l’archerie d’un Traité d’armurerie réalisé pour Saladin (1169-1193), célèbre fondateur de la dynastie ayyubide dont le pouvoir s’étendit sur l’Égypte et la Syrie dès la seconde moitié du XIIe siècle. L’ouvrage traite des armes et de la tactique, comme le détaille son titre complet : « Explications des maîtres de l’esprit sur les manières de se mettre pendant les combats à l’abri des dommages et développements de l’instruction relative aux équipements et aux engins servant à affronter les ennemis ». Treize illustrations insérées dans le texte et quatorze illustrations en pleine page ponctuent le récit qui, après avoir évoqué quelques généralités sur l’armement, traite avec force détails des techniques du sabre, de l’archerie, des boucliers, des cuirasses et des armures, des masses d’armes et enfin des engins de siège. http://www.qantara-med.org/qantara4/public/show_document.php?do_id=1376

L’armée Ayyubide à la fin du XIIeme siècle

Lire… http://www.fiefetchevalerie.com/fief/?2009/05/11/82-l-armee-ayyubide-a-la-fin-du-xiieme-siecle

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