Révolte populaire.

Lundi 8 novembre 2010 // La France

J’écris entre deux manifestations : celle du samedi 16 et celle du mardi 19 octobre. Le mouvement social reste imprévisible dans son déroulement comme il le fut ces derniers jours : l’intervention massive des lycéens, et des étudiants dans la bataille n’était pas plus prévue que le blocage des raffineries et l’appel à la grève lancé aux routiers par la CFDT. On attendait une réplique du mouvement de 1995 : Celui qui nous mobilise aujourd’hui est beaucoup plus large et se situe dans la dynamique de la lutte contre le CPE en 2006. Malgré toutes les incertitudes, on peut cependant relever ce qui suit : Nicolas Sarkozy et ses conseillers ont commis la même erreur qu’Alain Juppé en 1995 et Dominique de Villepin entre 2006 : ils ont méprisé les syndicats, persuadés qu’ils pourraient obtenir le ralliement des uns et intimider les autres ; ils ont méprisé le peuple révolté, en calculant que les manifestants s’épuiseraient en cortèges. Oubliant que deux Premiers ministres ont mordu la poussière à cause de leur méconnaissance de la société française, et de leur arrogance de classe, les gens de l’Élysée continuaient de penser, mi-octobre, que le souvenir de l’agitation sociale s’effacerait rapidement et que les électeurs perdus leur reviendraient grâce aux promesses d’aménagement de la fiscalité.

On ne saurait se tromper plus complètement. Qui se trouve dans la rue les jours de mobilisation voit immédiatement que la révolte ne porte pas seulement sur la réforme des retraites : slogans, panneaux et banderoles disent le rejet total de l’ultra-libéralisme et de l’actuel fondé de pouvoir de la classe dominante.

Tout le monde a compris que l’oligarchie faisait payer au peuple des salariés et des retraités la facture de la crise financière. Tout le monde a compris que les dirigeants du pays ne s’adressaient pas aux citoyens français mais aux « marchés » : la propagande gouvernementale, nullissime, montre que ces messieurs ne cherchent pas à nous convaincre. Nous dire que nous n’avons pas compris, affirmer contre l’évidence que les lycéens sont manipulés, publier des chiffres ridicules sur le nombre de manifestants, c’est nous humilier et augmenter notre colère.

Comme de coutume, l’autocrate et ses conseillers invoquent les principes de la République et de la démocratie : la rue ne saurait dicter sa loi au Parlement. Il y a là une question de fond, qui touche à la souveraineté populaire. Mais il y a une solution démocratique au conflit entre la majorité des Français et le législateur : La dissolution de l’Assemblée nationale, afin que nous puissions savoir si la représentation nationale est toujours accordée à la volonté populaire. Si la droite l’emportait, les manifestations devraient cesser, car ses chefs, auraient été capables de convaincre les Français de l’utilité d’une régression en matière de retraites et de l’adéquation de leur politique aux crises industrielles, financières et monétaires qui sont en train de meurtrir la nation et la société françaises.

Bien entendu, Nicolas Sarkozy n’utilisera pas le droit de dissolution ; il n’est pas le président-arbitre selon l’article 5 de la Constitution mais le chef des opérations de guerre sociale menée pour le compte de la fraction privilégiée. Cette posture le prive d’une légitimité qui ne peut exister dans le mépris constant de notre loi fondamentale. Elle l’expose à la violence, en réplique à sa propre violence. Nous ne souhaitons pas qu’on en vienne là. Mais il nous faut par avance désigner le supposé président comme principal responsable du durcissement du conflit qu’il a délibérément provoqué.

Sur l’une des bannières brandies par la troupe du théâtre du Soleil, qui marchait en tête des défilés des 12 et 16 octobre, il y a cette phrase de Pascal  : « La force sans la justice est tyrannique ».

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