Retraites : Consultation en trompe-l’œil.

Lundi 7 juin 2010 // La France

Il faudra attendre le 11 juin, soit la fin du congrès de la CFDT, pour connaître le contenu exact de la réforme des retraites : une stratégie concoctée par l’Élysée et Matignon, d’une part, et l’organisation de François Chérèque, d’autre part.

En dévoilant son projet trop tôt, le gouvernement risquerait de se priver du soutien d’un de ses alliés les plus sûrs ; alors que le fait de repousser sa présentation après la fin du congrès cédétiste, ne présente que des avantages. Il permet de faire croire que certaines mesures impopulaires qui ne manqueront pas d’être prises, comme l’allongement de la durée de cotisation - sont partagées par une des principales organisations syndicales et qu’elles ont été démocratiquement entérinées par son congrès, donc par le monde du travail.

Il laisse croire que la consultation est bien engagée, que rien n’est arrêté, que la réflexion se poursuit, et, accessoirement, que la mobilisation intersyndicale du 27 mai n’est pas justifiée. Alors que les jeux sont faits depuis longtemps et les rôles distribués. À la CFDT, celui d’aiguillon du gouvernement, à la CGT, celui de canalisateur des mécontentements, et au Medef, celui d’épouvantail : Laurence Parisot n’ayant pas hésité le 18 mai, à évoquer la nécessité d’introduire une dose de capitalisation.

Dans ce contexte, le document d’orientation à la fois très consensuel et très flou remis aux partenaires sociaux par Eric Woerth le 16 mai n’a pour objectif que de temporiser et de faire diversion en suggérant que tout le monde sera mis à contribution : les salariés en cotisant plus longtemps, et les hauts revenus - un concept flou qui n’existe pas dans la comptabilité nationale - en mettant la main au porte-monnaie. Enfin, à travers ce texte, le ministre du Travail cherche également à briser la déjà fragile unité syndicale, en donnant satisfaction à chacune d’entre elles sur au moins l’une de ses revendications.

C’est toutefois la CFDT qui a été la plus entendue : Le texte du gouvernement envisage, en effet, une prolongation du dispositif sur les carrières longues (acquis par François Chérèque dans la réforme de 2003), la promesse que le gouvernement étudiera la possibilité de passer sur le long terme à la retraite par point ou en compte notionnel ; (deux systèmes mis en place dans d’autres pays de l’Union européenne et que promeuvent les Cédétistes, mais qui entérinerait la disparition de la retraite à 60 ans), une prise en compte de la pénibilité... Il n’en faut pas plus pour que Jean-Louis Malys, le Monsieur retraites de la CFDT (par ailleurs ancien militant maoïste dans les années 1970, aujourd’hui passé par pragmatisme au néolibéralisme), se délecte : « Le gouvernement acte un certain nombre de problèmes que l’on a soulevés ».

Bien que le gouvernement en soit encore officiellement à la phase de réflexion, il ressort du document d’orientation que « le socle d’une réponse durable et juste au déséquilibre des régimes de retraite » demeure l’allongement de la durée de cotisation, donc, l’augmentation de l’activité. Même si cela « n’exclut pas des mesures complémentaires », comme l’exclusion du bouclier fiscal de la CSG et du CRDS.

Ce texte écarte une augmentation des cotisations et une baisse des pensions, les deux autres curseurs qui permettraient de renflouer les caisses du régime Vieillesse, car ils pèseraient sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Mais il est d’autres moyens d’action qui permettraient de ramener à l’équilibre les comptes de ce régime et de l’ensemble des caisses de la Sécurité sociale, et qui ne sont jamais évoqués : l’augmentation du taux d’emploi et un redémarrage de la politique salariale, deux mesures qui permettraient d’accroître automatiquement les recettes de la Sécu.

Entre 1983 et 1990, la part des salaires dans la valeur ajoutée a diminué de dix points au profit des rentiers et n’a pas changé depuis. Or, c’est depuis c’est époque que l’on parle de déficits de la Sécurité sociale. Enfin, une politique économique et industrielle dynamiques rompant avec l’ultra-libéralisme et la mise en place de mesures protectionnistes (2), entraîneraient les créations d’emplois qui font défaut actuellement, contribueraient à relancer l’économie et combleraient le déficit du régime de retraite.

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