Retraites - Confusion à Gauche.

Mardi 23 février 2010 // La France

Le projet de réforme du régime des retraites n’est pas encore connu. Pourtant, Martine Aubry a déjà donné son point de vue, qui est contesté par d’autres dirigeants socialistes.

Comme tout un chacun, Martine Aubry a lu dans Le Monde que Nicolas Sarkozy voulait réformer notre système de retraites, afin de combler un déficit financier bien prévisible. Le 15 janvier, le quotidien du soir affirmait que le président de la République étudiait trois scénarios : Un relèvement de l’âge légal de la retraite, abaissé à 60 ans en 1981.

Une augmentation de la durée des cotisations, qui était déjà passée de 37,5 annuités à 41 annuités pour les salariés du privé.

Le recours à des fonds de capitalisation.

Craignant un débat « escamoté », la CFTC a fait savoir par la voix de son président Jacques Voisin que le débat devait commencer aussi vite que possible et durer jusqu’à la fin de l’année. Soucieuse de donner l’exemple, la CFTC se déclare opposée à l’augmentation de la durée des cotisations. Elle assure qu’on peut trouver des ressources nouvelles grâce à la hausse des cotisations patronales et salariales pour les régimes complémentaires et grâce à une augmentation de la CSG, par une taxation lourde des revenus du capital et la suppression de nombreuses exonérations de charges. Force Ouvrière s’est également opposée à l’allongement de la durée de cotisation et souhaite que l’on trouve de nouveaux financements.

Ces premières répliques annonçaient un débat sérieux, mais Martine Aubry a semé la confusion en déclarant que l’on pourrait reculer l’âge légal de la retraite « à 61 ou 62 ans ». Michel Rocard a immédiatement appuyé cette proposition, mais les représentants de l’aile gauche du Parti socialiste ont quant à eux exprimé en termes plus ou moins vifs leur stupéfaction. Henri Emmanuelli a évité de s’en prendre à la Première secrétaire de son parti, mais s’est moqué de Michel Rocard qui « a fait un rapport en 1991 qui faisait des prévisions pour 2007 qui s’avèrent totalement fausses.

Donc, à sa place, je ferais preuve d’un peu d’humilité et je lui demande d’avoir pour les salariés français autant de compassion qu’il en a pour le pôle Nord ! Marie-Noëlle Lienemann a choisi de viser le cœur de la cible. La retraite à 62 ans est pour elle une idée qui porte la marque de la CFDT (dans sa bouche, ce n’est pas un compliment) et de la « culture technocratique » de trop nombreux dirigeants socialistes, en gros de ce qu’on appelait la deuxième gauche.

Cette polémique a porté ses fruits. Grâce à une fuite très opportune, la presse a eu connaissance le 21 janvier d’un document interne émanant de la direction socialiste : il y est affirmé que la retraite à 60 ans est « un droit qui doit être maintenu ». Les militants socialistes auront à débattre de ce texte mais il est acquis que ce sont les syndicats qui seront les interlocuteurs du gouvernement dans ce débat.

Cet incident prouve, si besoin est, que le désordre continue de régner au sein du Parti socialiste. Martine Aubry, qui venait d’être consacrée principale opposante par un sondage, est peu après contestée publiquement par d’autres dirigeants socialistes et a été « recadrée » comme une simple secrétaire de section par une note interne. D’autres disputes entre socialistes permettent de se demander si les dirigeants de la rue de Solferino ne respectent pas une règle intangible : toute déclaration, toute initiative d’un haut responsable socialiste peut et doit être récusée dans les médias par un ou plusieurs autres responsables.

Les militants de base espèrent que la campagne pour les élections régionales arrêtera le jeu de massacre mais, même s’ils bénéficient d’un armistice de quelques semaines, la sempiternelle guerre des chefs reprendra dès la proclamation des résultats.

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