Renault Clio.

France, ton industrie fout le camp.

Vendredi 26 février 2010 // La France

Convoqué par le ministre de l’Industrie puis à l’Élysée le directeur général de Renault se serait vu tancé quant au projet de la délocalisation de la production de la future Clio en Turquie. Nous voilà rassurés ! Une nouvelle fois, le président Sarkozy vient de prendre les choses en main. Vraiment ?

En réalité, le projet de fabrication de la nouvelle Clio en Turquie montre les ravages de la libre concurrence sur notre tissu industriel. D’un côté, la bonne performance commerciale de l’ex-Régie est louée, devant les ventes record enregistrées récemment par son réseau (merci la prime à la casse, merci aux contribuables français), d’un autre coté, la recherche systématique des coûts les plus bas amène Renault à transférer sa production à l’étranger.

Ainsi, le ministre de l’Industrie, au perron de son cabinet, feint de découvrir que 75 % de la production de Renault est faite à l’étranger, et demande l’inversion de se rapport ! Les ingénieurs de Renault vont avoir un sacré boulot pour détricoter leur organisation industrielle ! Tout cela n’est pas sérieux, hélas.

Retour sur image : lors de la signature du pacte automobile à l’Élysée le 9 février 2009, Nicolas Sarkozy, index pointé, exige de la part de nos deux groupes nationaux le maintien de leur production en France, présenté comme une condition imposée aux constructeurs en échange de l’aide publique. Alors, PSA et Renault, qui broyaient du noir, n’ont pas fait la fine bouche et ont bien volontiers accepté les bouées financières de leur sauvetage.

Voici l’addition : plus de six milliards d’euros sous forme de prêts avantageux, agrémentés de 400 millions d’euros pour la prime à la casse. Le PDG de Renault-Nissan, l’ineffable Monsieur Ghosn, autoproclamé citoyen du monde dans son autobiographie, pleurait encore le 15 décembre dernier, devant l’Association des constructeurs européens d’automobiles, (ACEA) en ces termes : « Il faut que l’État apporte des liquidités. Nous avons d’ores et déjà taillé dans nos investissements pour 2009 ».

Et puis, patatras, ! Voilà que des informations filtrent sur le transfert de la production de la troisième voiture la plus vendue en France en Turquie, un pays en dehors de l’Union européenne. Émoi dans le Landerneau, et gémissements médiatiques sur les plateaux télé, d’autant que l’État détient encore 15 % du capital de Renault, mais feint de découvrir ce projet ! En tant que premier actionnaire, l’État n’aurait donc eu aucune information préalable sur cette importante décision industrielle. Il est temps que ses représentants émergent de leur torpeur et quittent leurs habits d’observateurs impuissants.

Lorsque des fonds de pension sont actionnaires d’une entreprise, ils ne se privent pas de peser sur sa gestion, alors pourquoi pas l’Etat français ?

De deux choses l’une : soit les représentants de l’État connaissaient le projet de délocalisation, et l’ont donc cautionné, soit ils ne le connaissaient pas, et alors c’est à Carlos Ghosn qu’il faut demander des comptes, et même le remercier pour non-respect de ses engagements pris le 9 février 2009. Dans les deux cas, où est passé l’intérêt de notre industrie ? Où est passée la défense de nos emplois ? Monsieur Ghosn pense-t-il sincèrement à ses salariés et à ses sous-traitants français ? Non, il pense à produire à moindres coûts pour garder son poste, à étendre son empire, à payer toujours moins ses fournisseurs et ses ouvriers.

La logique libérale est chevillée en lui, et nos dirigeants politiques n’ont fait que la pousser depuis plus de 30 ans.

Alors que les états généraux de l’industrie ont été lancés à grand renfort de communication, pour inventer la politique industrielle de demain, ce nouvel avatar illustre à quel degré le gouvernement navigue à vue, dans l’urgence du moment, et pétri de ses propres contradictions.

L’industrie française a rétréci à 14 % de la valeur ajoutée de la zone euro tandis que l’Allemagne s’est maintenue à plus de 35 %. Notre pays doit se réarmer en technologie et en usines, sur notre sol et pas ailleurs, car l’industrie est une forme de souveraineté nationale.

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