Remaniement - Serrez les rangs !

Mercredi 16 février 2011 // La France

Après un bon semestre de réflexion et de tergiversation, le chef de l’État a procédé au « renouvellement » ou plutôt au resserrement de son gouvernement. Avec en ligne de mire 2012. Mais ses calculs sont-ils vraiment bons ?

NICOLAS SARKOZY voulait d’abord en finir avec les sujets qui fâchent et se débarrasser de certains dossiers encombrants : la défaite aux élections régionales, la réforme des retraites et son cortège de grèves, le G20 à Séoul, la relance économique... Il voulait se donner l’impression d’effectuer ce changement dans un climat apaisé. Il souhaitait aussi faire le ménage dans un gouvernement où la cacophonie l’emportait sur une nécessaire solidarité qui doit primer en temps de crise.

PRIMUS INTER PARES

Las ! L’ouverture avait atteint ses limites. Exit donc Bernard Kouchner dont le cœur a toujours plus penché à gauche qu’à droite, qui avait émis le vœu de démissionner après l’affaire des Roms et qui ne trouvait plus sa place dans ce dispositif. Taclé par Claude Guéant à qui le président confiait des missions secrètes et court-circuité par Jean-David Levitte, sherpa et oreille diplomatique de Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner ne parvenait plus à faire entendre sa voix. Adieu Fadéla Amara devenue la tête de Turc de François Fillon qu’elle avait traité de « bourgeois de la Sarthe ». Elle paie aussi l’échec de son plan Marshall pour les banlieues et le fait d’avoir soutenu la candidature de Jean-Louis Borloo à Matignon. Elle est la seule à n’avoir reçu aucun coup de fil, petite vengeance du Premier ministre. Elle a appris son éviction à la télé. Jean-Marie Bockel est aussi victime de la fin de l’ouverture «  malgré sa loyauté envers le chef de l’État », a-t-il déclaré. Seul rescapé de l’ouverture : Éric Besson, secrétaire général adjoint de l’UMP qui capitalise sa fidélité en décrochant un autre ministère moins exposé que celui de l’Immigration et de l’Identité nationale. Le franc-parler de Rama Yade, son refus de se présenter aux régionales, ses critiques envers la visite de Kadhafi et bien d’autres prises de position très indépendantes ont fini par lasser le chef de l’État qui la renvoie d’où elle vient : le Sénat où elle est administratrice. Tout aussi évidentes sont les évictions d’Hervé Morin qui s’est déclaré candidat en 2012, d’Éric Woerth, trop impliqué dans l’affaire Bettencourt, celle des inconnus du gouvernement (Valérie Létard, Marc-Philippe Daubresse, Hubert Falco, Hervé Novelli, Alain Marleix) et, bien sûr, celle de Jean-Louis Borloo qui souhaitait devenir le Primus inter pares sinon rien. En revanche, les Niçois s’étonnent toujours de l’éviction sans ménagement de leur maire, Christian Estrosi, dernier sarkozyste du premier cercle !

MAUVAIS CALCUL

Force est de reconnaître que ce remaniement est inédit à plus d’un titre. Il a tout d’abord été élaboré de conserve avec le Premier ministre, ce qui est assez rare pour être souligné, le chef de Gouvernement étant souvent cantonné au rôle de « faire valoir ». En effet, De Gaulle et Pompidou ont toujours établi leur propre liste, imposant leurs choix de ministres à leurs chefs de gouvernement. Il en a été de même pour Giscard quand Chirac et Barre ont formé le leur. Mitterrand a systématiquement visé le nom des ministres, allant jusqu’à user de son droit de veto en période de cohabitation. Ainsi a-t-il refusé, en mars 1986, que des personnalités de droite siègent dans certains ministères. C’est ainsi que François Léotard, candidat au ministère de la Défense a dû se contenter de celui de la Culture. Il semble qu’en ce domaine, François Fillon ait eu plus d’entregent et plus d’influence que ses prédécesseurs.

Ce remaniement est également inédit parce que le chef de l’État croit rassembler alors même qu’il divise son camp. En effet, en réduisant le nombre de postes ministériels attribués aux centristes, il les implique moins dans la responsabilité gouvernementale et dans le bilan de son action. Ces derniers ne se sentiront donc pas comptables des résultats dégagés dans les prochains dix-huit mois, surtout si les objectifs ne sont pas atteints. Et compter sur la division des centristes — qui deviendraient des opposants et non des alliés — pourrait s’avérer un aussi mauvais calcul que de compter sur la concentration d’un noyau dur comme Nicolas Sarkozy le fait avec des poids lourds comme Alain Juppé, Michèle Alliot-Marie et Xavier Bertrand.

FILLON : UNE MENACE POUR 2012

Ce remaniement est enfin inédit parce que le chef de l’État a été contraint de conserver le Premier ministre dont il voulait à l’origine se séparer. Il est en effet de tradition, sous la Ve République, que le chef du gouvernement ne reste pas plus de deux ans à Matignon. C’est un poste qui, de l’avis de ceux qui l’ont pratiqué, est usant ! Mais si Nicolas Sarkozy a reconduit François Fillon, c’est pour mieux le contenir. En effet, la vraie menace politique pour le président en exercice, ce n’est pas la gauche qui s’écharpe sur son programme et sur ses candidats putatifs à l’élection de 2012, mais bel et bien son Premier ministre. Sarkozy sait que jamais un chef de gouvernement en exercice n’a pu gravir la dernière marche et que l’enfer de Matignon, toujours pavé de mauvaises intentions, n’est jamais, à très court terme, le marchepied de l’Élysée.

PARI DIFFICILE

La grande leçon de ce changement de gouvernement qui laisse les Français aussi perplexe que la dissolution de 1997 est donc que François Fillon a su se rendre indispensable et que cette reconduction transparaît comme un signe d’affaiblissement de la fonction présidentielle tant le chef de l’État a besoin de son Premier ministre pour exister, pour canaliser son énergie, la temporiser... Au point de pouvoir faire de François Fillon un hyper-Premier ministre.

L’autre leçon est, qu’au petit jeu des grosses cylindrées, l’UMP va devoir compter en 2017 sur d’aussi nombreux candidats à la candidature que le Parti socialiste en compte aujourd’hui. Fillon ? Copé ? Bertrand ? Enfin dernière leçon : Nicolas Sarkozy a formé un gouvernement destiné essentiellement à gagner le premier tour de la présidentielle. Il privilégie la branche RPR de l’UMP et conforte son électorat droitier. Est-ce que cette recomposition donnera plus de cohérence à son attelage ? Sans doute cela rassurera-t-il ses partisans les plus fidèles, mais peut faire douter fortement le « marais ». Il faut réunir plus de 500%0 des suffrages pour se faire élire. Le président fait le pari qu’un premier tour réussi grâce à un repli sur sa famille d’origine lui permettra de faire un bond au second. Le pari de 2012 risque d’être plus difficile que celui de 2007.

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