Régionale : Faible intensité.

Jeudi 4 février 2010 // La France

Dans moins de deux mois les régionales ! La plupart des Français ne s’y intéressent pas et les dirigeants politiques s’engagent dans la campagne en pensant à autre chose.
Pour comprendre la campagne pour les régionales, il faut d’abord prendre en compte une donnée quant à l’identité nationale : les Français ne se sont jamais intéressés à la décentralisation. De fait, ils restent fidèles à une représentation classique de leur nation : l’Etat avec ses institutions et son gouvernement d’une part, les communes avec leur conseil municipal et leur maire d’autre part, et les députés en intermédiaires. Ils se passionnent donc pour l’élection du président de la République, pour celle de leur député et de leur maire. Les sénateurs et les conseils généraux sont plus lointains.

Les régions sont quant à elles, très éloignées de leurs préoccupations : ils connaissent peu les conseillers régionaux et ont rarement une idée de la répartition des pouvoirs entre les collectivités territoriales. Les régions sont l’affaire des élus, des fonctionnaires qui travaillent pour les élus, des militants de l’appareil du parti.
Les chefs des partis et les principaux dirigeants ne méprisent pas les élections régionales, mais ils voient les régions comme un moyen, non comme une collectivité à promouvoir comme telle. Eux aussi gardent en tête le schéma centralisateur : Ce qui est important, c’est le pouvoir national, les collectivités territoriales fournissant des bastions utiles. Nicolas Sarkozy, qui est en campagne pour le compte de f’UMP, Martine Aubry qui tente de s’imposer à la tête du Parti socialiste, la « gauche de la gauche » avec Jean-Luc Mélenchon et Marie-George Buffet, Olivier Besancenot à l’extrême gauche et Jean-Marie Le Pen à l’opposé, pensent avant tout à l’élection présidentielle de 2012.

Le fait relativement nouveau, c’est que beaucoup d’élus locaux de gauche se contentent volontiers de la gestion territoriale, paisible et fructueuse, et se désintéressent plus ou moins des enjeux nationaux. Mais il suffit que Ségolène Royal, François Hollande, les « mélenchonistes » et les communistes pensent très fort à la présidentielle pour que le débat national s’organise en fonction de l’année 2012. Les Français ne demandent pas mieux car c’est sur l’élection du président de la République qu’ils jouent leur proche avenir, alors que le basculement d’une région de la gauche vers la droite n’aurait pas d’influence sur leur destinée.

La campagne électorale n’en est pas moins lancée. Le Parti de Gauche (Mélenchon) et les communistes ont tenu leur première réunion à Paris : salle enthousiaste mais problèmes en coulisse car, dans six régions, les communistes ont maintenu la vieille alliance avec les socialistes. Si la « gauche de la gauche » obtient malgré tout des résultats honorables, Jean-Luc Mélenchon sera candidat en 2012. Martine Aubry voudrait que son parti prenne toutes les régions françaises. Il est imprudent de le dire mais, en ce cas, Martine Aubry serait mieux armée pour affronter la période hautement conflictuelle du choix du candidat socialiste. Les écologistes voudraient monter en puissance et peser par leur masse sur la direction socialiste en vue d’obtenir un nombre important de ministères en cas de victoire de la gauche dans deux ans.

Mais cette gauche est toujours un grand corps désarticulé sans tête visible. Le seul événement marquant de la semaine dernière a été le débauchage par Ségolène Royal de candidats verts et Modem qui seront sur sa liste en Poitou-Charentes dès le premier tour, au grand dam des instances nationales de ces formations... Martine Aubry, qui n’est pas d’accord, n’y peut rien pour l’instant.

Quant à Nicolas Sarkozy, il reste, malgré de récents revers, le chef incontesté d’une droite qui peut, sans trop de douleur, faire son deuil des régions puisqu’elle contrôle tous les pouvoirs parisiens.

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