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Histoire politique.

Regards sur la religiosité américaine.

Mercredi 9 avril 2008 // L’Histoire

Spécialiste des Etats-Unis, Denis Lacorne reprend la question, toujours ouverte, de la religion en Amérique : regards des Français, qui varient selon les époques, conceptions et pratiques des citoyens des Etats-Unis, contradictoires, qui mettent en jeu l’identité de la nation.

Ceux qui ne sont pas familiers des Etats-Unis, tel est mon cas, croient connaître le pays par le cinéma et la télévision. Les plus soucieux d’information ajoutent quelques livres, au premier rang desquels figure l’inévitable Tocqueville. Quant à la religion des Américains, nous sommes assommés de clichés au centre desquels figure non moins inévitablement le Puritain. Et l’on se demande comment diable cette religiosité omniprésente, y compris sur les billets de banque peut accompagner le mouvement d’une société qui serait radicalement utilitaire et matérialiste.

Or pour comprendre au moins certains aspects d’une société américaine très différente de la nôtre, il faut commencer par suspendre toutes analyses et jugements antérieurs, qui trop souvent ne sont que la projection sur un domaine étranger de nos inquiétudes et de nos attentes franco-fiançaises.

A cet égard, Denis Lacorne donne une précieuse leçon de méthode. Il nous fait lire tout ce que nos littérateurs, nos philosophes, nos essayistes, voyageurs ou sédentaires, ont écrit depuis trois siècles sur les Etats-Unis, ce qui fortifiera en chacun la vertu de prudence.

Comme les plus lancés de nos intellectuels germanopratins, chacun y va de son opinion, empreinte de tocades et de phobies. C’est toujours intelligent et bien écrit, mais rarement équilibré faute d’information suffisante. Qu’importe Voltaire règle ses comptes avec l’Eglise catholique en célébrant les Quakers, le rousseauiste Ferdinand Bayard dénonce au contraire les violences exercées par ces croyants exemplaires sur les naturels Chateaubriand s’insurge contre cette compagnie de marchands avides. C’est annoncer le discours anti-américain des non-conformistes des années trente (Robert Aron, Arnaud Dandieu), qui récusent le collectivisme tout autant que la société de pur profit dont l’Amérique serait le modèle ignoble. Là encore, projection de nos problèmes français et européens sur un peuple qui est aussi varié dans ses comportements et aspirations que les autres.

Autre cas, moins connu la projection des fantasmes français sur l’immigration des peuples de couleur. Le très respecté André Siegfried, figure emblématique des sciences politiques, fait preuve dans son analyse des États-Unis d’un racisme qui préfigure les thèses de Huntington « les gênes hétérogènes, catholiques, juifs, quasi orientaux même (que le peuple américain) sent croître en lui et qui contredisent toute sa tradition, l’effraient ». Et le vénéré professeur d’agrémenter son analyse de propos antisémites auxquels Edouard Drumont aurait souscrit.

Mais Tocqueville ? Tout occupé à justifier sa théorie sur l’égalisation des conditions, il s’est beaucoup trompé sur les acteurs de la démocratie en Amérique. Il a surestimé le rôle politique des puritains alors que divers historiens américains soulignent le caractère partiellement mythique des Pères Fondateurs, énumèrent les références à la latinité païenne au XVIII° siècle et montrent que la Constitution fédérale de 1787 est bel et bien fille des Lumières. En fait, Tocqueville fut tenté par « l’idée d’une double narration de l’histoire politique des Etats-Unis puritaine et égalitaire d’un côté, anglicane et inégalitaire de l’autre ». Elle aurait sans doute mieux expliqué le grand drame de la seconde moitié du XIX° siècle : la guerre de Sécession.

Mais elle aurait singulièrement compliqué la tâche d’un historien philosophe qui cherchait à innover en associant des phénomènes apparemment très différents : « Le puritanisme, la liberté religieuse et l’égalité politique et sociale d’un peuple en formation. »

Dans son titre en forme de clin d’oeil assassin à l’auteur de La Démocratie en Amérique, Denis Lacorne maintient quant à lui une permanente tension dialectique entre les auteurs français et leurs collègues américains, surtout dans l’analyse d’une histoire politique aussi complexe que la nôtre.

Là encore, il convient d’être très réservé lorsque nous entendons disserter sur le retour du puritanisme, les télévangélistes et les invocations au Tout-Puissant, ces manifestations spectaculaires de religiosité ne se limitent pas à la présidence de George W, Bush : Bien des présidents ont multiplié les déclarations pieuses et confessé publiquement leurs péchés (Bill Clinton fut le dernier en date) mais les Etats-Unis eurent aussi des présidents mécréants (Ronald Reagan) et même un catholique. Surtout, les déclarations exaltées et les poses moralisantes servent aussi à atteindre des objectifs électoraux en l’occurrence, la reconquête par le Parti républicain de l’électorat blanc et raciste du Sud.

Denis Lacorne montre enfin qu’il y a aux États-Unis un passionnant débat sur ce que nous appelons en France la laïcité. Les Américains ne connaissent pas le mot mais ils s’affrontent (intelligemment) sur la chose la laïcité américaine, « c’est d’abord la lente construction d’une sortie du religieux centrée sur la reconnaissance du principe de séparation de L’Eglise et de l’Etat ». Les aventures de la dialectique américaine continuent...

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