Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

« Réformer l’islam »

Courrier international n°809 du 4 au 10 mai 2006

Mardi 13 juin 2006, par Courrier International // Le Monde

« Mais que s’est-il passé ? » Cette question sur l’état actuel du monde musulman n’est pas posée par les seuls chercheurs occidentaux. Quelques intellectuels musulmans, en Europe mais aussi au Moyen-Orient, débattent ouvertement de thèmes jadis tabous : terrorisme, violence, haine de l’autre, misogynie…Dans un monde où les appartenances religieuses et claniques empêchent l’émergence de l’individu, les voix dissidentes sont forcément rares. Certains osent pourtant prendre la parole, quelquefois au risque de leur vie.

Pour une culture de la coexistence

Annaqed, Los Angeles.

Faire partie du village planétaire, c’est apprendre à tolérer les autres cultures, rappelle un intellectuel de Bahreïn. Faute d’accomplir cet effort, les musulmans resteront à l’écart.

Plus que les fidèles de toutes les autres religions, les musulmans sont aujourd’hui confrontés au défi de se réconcilier avec la modernité. Le fond du problème, c’est la réforme religieuse. Jamais ce problème n’avait été posé avec une telle acuité, jamais il n’avait été aussi urgent d’y répondre. Car le monde est devenu un village planétaire dans lequel les religions et les cultures doivent cohabiter. Afin de pouvoir vivre sereinement et en bonne intelligence, les hommes ont besoin de règles. La première est le respect mutuel, fondé sur la croyance en l’égalité et en la justice. Beaucoup de pays ont développé une culture de la coexistence à partir de leurs expériences historiques et en se fondant sur les chartes internationales des droits de l’homme. Mais pas le monde arabe, la seule partie du monde qui reste à l’écart du cours de l’Histoire et de la modernité. La discrimination entre les hommes y est la règle, l’égalité l’exception. Les gens ne se traitent pas en égaux, mais en fonction de leurs appartenances religieuses et ethniques. Et l’islam encourage ces discriminations, puisqu’il ne connaît pas l’homme en tant que tel, mais seulement le croyant. De même, il traite les adeptes des autres religions, chrétiens, juifs ou sabéens, en êtres inférieurs. Quant aux bouddhistes, aux hindouistes ou aux yézidis, il ne leur accorde aucun droit puisqu’ils n’appartiennent pas aux religions monothéistes et ne bénéficient donc pas de la protection d’un prétendu Dieu unique.

L’islam considère que seuls les musulmans connaissent la vraie religion et que tous les autres sont soit des égarés, soit des polythéistes (mécréants), soit simplement une quantité négligeable. Naturellement, classifier ainsi les hommes est incompatible avec la vie en commun dans notre village planétaire et en contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l’homme. Les deux autres [grandes] religions [monothéistes] que sont le christianisme et le judaïsme ont trouvé, au cours de leur histoire, des réformateurs qui ont réussi à extirper de leur essence la discrimination et l’oppression. Or l’islam n’a pas eu son Martin Luther pour procéder à une telle réforme. Par conséquent, l’islam ressemble à une survivance, à un dinosaure, qui ploie sous le poids des siècles. Comme il est incapable de trouver sa place dans notre village planétaire, il voudrait le détruire. Au lieu de se conformer à la modernité, l’islam voudrait ramener le monde entier vers l’obscurantisme moyenâgeux. Mieux vaut réformer l’islam que détruire le monde. L’être humain constitue la valeur suprême sur terre. Les religions, idéologies ou doctrines ne sont que des outils au service de l’homme et, par conséquent, aucun être humain ne peut être sacrifié en leur nom.

Omran Salman

Libération : « Ote ce voile, ma sœur »

Elham Manea, une universitaire yéménite qui enseigne à Zurich, lance un appel aux femmes musulmanes. Dans plusieurs articles publiés sur des sites arabes, elle leur enjoint d’ôter le voile. Elle souligne que le retour actuel au voile n’a rien à voir avec la tradition. Il s’est opéré dans le monde musulman avec la victoire de la révolution islamique en Iran en 1979, et l’élimination, par les religieux, de la classe moyenne et des partis de gauche iraniens. « Le voile réduit la femme à être un récipient sexuel et l’homme un animal impulsif qu’il faut éviter ». Pour elle, le voile est purement politique, même si les religieux ont essayé de le présenter comme relevant de la morale et de la religion. Dans un vibrant appel aux femmes, Manea écrit : « Je ne te demande pas d’arrêter de prier, je ne te demande pas d’arrêter de jeûner ou de cesser de croire en Dieu, mais je te demande d’enlever le voile. Car ta chevelure, tout comme la mienne, n’est pas un symbole sexuel qui nous fait honte. Car ton corps, tout comme le mien, n’est pas le théâtre de fantasmes érotiques…Toi comme moi, nous pouvons être vertueuses dans nos rapports humains, sans besoin de voile qui nous couvre. Nous seront jugées sur notre conduite, pas sur un bout de tissu. Sois ce que tu veux être, je respecterai ton choix. Mais soit une femme, pas un objet infâme. »

Nous sortirions perdants d’une guerre de religion

ELAPH, Londres.

L’idéologie du djihad (la guerre sainte) constitue une menace sérieuse pour la stabilité dans le monde. Elle est aussi dangereuse que l’a été le fascisme dans les années 1930 et pourrait aboutir à des bouleversements catastrophiques de nos valeurs, érigeant la violence en moyen normal de règlement des problèmes. Le Hamas palestinien ne professe-t-il pas que «  l’ennemi ne comprend que le langage de la violence » ? Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ne proclame-t-il pas que « la fin du monde est pour dans deux ans » et qu’afin d’accélérer le retour de l’Imam caché* « La République islamique devra détruire Israël » ? Assurément, nous sortirons tous perdants d’une guerre des religions, et les musulmans encore plus sûrement que les autres.

Comment briser l’engrenage ? Tout d’abord, les musulmans doivent reconnaître les religions qui ont préexisté à l’islam : le judaïsme, le christianisme, le zoroastrisme, la religion sabéenne. Ces religions sont reconnues par le Coran, comme l’indique le verset 69 de la sourate « La Table » : « Ceux qui croient [les musulmans], les juifs, les sabéens, les chrétiens qui croient en Dieu et au jour dernier, et qui auront pratiqué la vertu, seront exempts de toute crainte et ne seront pas affligés. » Le verset 62 de la sourate « Le Pèlerinage » ajoute le zoroastrisme à cette liste et le verset 62 de la sourate « La Génisse » affirme la même chose. Ce sont les jurisconsultes du Moyen Age en proie au narcissisme religieux qui ont considéré que ces versets étaient abrogés par les versets 19 et 85 de la sourate « La Famille d’Al-Imram » : « La religion de Dieu est l’islam » Et : « Quiconque désire un autre culte que l’islam […] sera dans l’autre monde parmi les malheureux. » Or ces deux versets sont sujets à débat, puisqu’ils datent de la période des conflits entre la communauté musulmane naissante d’un côté, les juifs et les chrétiens de l’autre. Il n’est pas dans l’intérêt des musulmans d’aujourd’hui de les privilégier par rapport à ceux que nous avons cité plus haut et qui, eux, sont conformes aux nécessités de notre temps.

Les extrémistes persistent à refuser un dialogue fécond entre les religions. L’ancien président de la commission des jurisconsultes d’Al-Azhar [mosquée-université du Caire et autorité religieuse de l’islam sunnite] a déclaré que le dialogue inter religieux « ne [voulait] rien dire, si ce n’est d’appeler le pape de Rome à se convertir à l’islam ». Cette vision des choses correspond à des textes du Moyen Age, toujours enseignés aux élèves et aux étudiants dans la plupart des pays musulmans.

L’élite musulmane doit également reconnaître les religions qui sont apparues après l’islam et cesser de les considérer comme une forme d’apostasie dont les adeptes méritent la peine de mort, et les prophètes injures et malédiction.

De même, il faut reconnaître la Déclaration universelle des droits de l’homme, qu’aucun pays n’a le droit de violer. Par là seraient également reconnus ces deux principes non négociables que sont la liberté religieuse et la liberté de conscience, en conformité avec l’interprétation rationnelle développée par Mohammad Abdou [penseur musulman, 1849-1905] du verset : « Que celui qui veut croire croie et que celui qui ne veut pas croire ne croie pas ! » Au Moyen Age, les jurisconsultes considéraient que celui qui prenait une telle liberté étaient un apostat et méritait la peine de mort. Aujourd’hui, cette même liberté est violée par une loi promulguée en Algérie interdisant les activités de missionnaires chrétiens, compte tenu de la récente propagation du christianisme dans ce pays. Et il en va de même au Maroc. Ce sont là des violations flagrantes du principe sacré qu’est la liberté religieuse.

En revanche, il faut se féliciter qu’aujourd’hui, en Turquie, la commission des Affaires intérieures du Parlement, dominé pourtant par le parti islamiste AKP, ait fait une proposition de loi garantissant la liberté des citoyens turcs de choisir librement leur religion. L’autre principe sacré est celui de la liberté de conscience, c’est-à-dire d’embrasser la religion que l’on souhaite sans perdre ses droits de citoyen. Taha Hussein [intellectuel et romancier égyptien, 1889-1973] a été, à ma connaissance, le premier à appeler à la reconnaissance de ce droit.

Depuis que l’Europe a inventé les armes à feu, la guerre sainte n’est plus un moyen efficace de défense ou d’offensive. Au contraire, elle mène presque toujours à la défaite : celle d’Abdelkader en Algérie [contre l’envahisseur français, en 1847], celle d’Orabi Pacha en Egypte [contre l’envahisseur britannique, en 1882], celles des années 1980 et 1990 du siècle passé et jusqu’à celle de la deuxième Intifada des Palestiniens [en 2000]. Pourtant, la guerre sainte continue d’être l’inévitable slogan des islamistes. Elle obsède les foules, comme une drogue dont on n’arrive pas à se défaire malgré ses effets pervers. Ainsi, après l’ « offensive » d’Al-Qaida sur New-York et le Pentagone, Youssef Qaradaoui, célèbre prédicateur de la chaîne Al-Jazira, a déclaré que le terrorisme pouvait être louable, en vertu du verset 60 de la sourate « Le Butin » : « Mettez donc sur pieds toutes les forces dont vous disposez et de forts escadrons, pour en intimider les ennemis de Dieu ! » Ce verset a ensuite été récupéré et réutilisé à maintes reprises par Oussama Ben Laden.

Afin que les musulmans se réconcilient avec le monde dans lequel ils vivent, ils doivent abandonner l’idée de la guerre sainte et se tourner vers l’action politique, cesser le monologue et s’ouvrir au dialogue, faire le deuil de la loi divine et adopter la loi positive, abandonner l’idée de restaurer le califat et établir des Etats de droit, cesser d’excommunier la modernité pour réfléchir aux questions qu’elle soulève. Pour se réconcilier avec le monde extérieur, le monde musulman doit d’abord se réconcilier avec lui-même.

Afif Lakhdar

* Dans le chiisme, l’ « Imam caché » est un guide spirituel qui viendra, tel le Messie, délivrer le monde l’injustice.

En France : Psychanalyste tunisien vivant en France, Fehti Benslama est sans doute, parmi les penseurs qui s’interrogent sur l’islam et son malaise, l’un des plus originaux. En publiant en 2002 une Psychanalyse à l’épreuve de l’islam (éd. Flammarion), ce lacanien ouvrait un chantier de réflexion inédit : à ses yeux, l’islamisme est le produit des refoulements de la société musulmane. Dans sa Déclaration d’insoumission à l’usage des musulmans et de ceux qui ne le sont pas (Flammarion, 2005), il poursuit de manière plus politique son combat pour la construction d’un espace laïc en terre d’islam.

Pour une laïcité musulmane

AL-SEYASSAH (extraits), Koweït

L’histoire de l’islam est riche en exemples de séparation du religieux et du politique, affirme l’écrivain jordanien Shaker Al-Naboulsi.

Beaucoup de lecteurs sourcilleront en lisant ce titre, car l’opinion publique musulmane est convaincue que la religion et la laïcité sont incompatibles. De nombreux hommes de religion ont accrédité cette idée, à l’instar de Youssef Al-Qaradaoui [prédicateur vedette sur Al-Jazira]. Selon ce dernier, « la laïcité, c’est de l’athéisme ». D’autres dénigrent la laïcité en la présentant comme un concept importé d’Occident, tel Rached Ghannouchi [figure tutélaire des islamistes tunisiens, en exil], selon lequel « la laïcité traduit l’influence du modèle occidental en général, et français et communiste en particulier ».

Si le concept de laïcité islamique soulève des protestations, c’est que, de manière générale, les musulmans n’ont pas compris l’expression du deuxième calife Omar disant que le Coran un « hammâl awjah », c’est-à-dire un texte porteur de multiples sens. Cela signifie que l’on est libre de choisir la lecture que l’on préfère. Dans leur ensemble, les musulmans continuent de s’insurger contre tous ceux qui lisent le Coran autrement que les autorités religieuses de tel ou tel pays, ce qui est d’autant plus absurdes que les lectures « officielles » du Coran ont été fort diverses, même à l’époque contemporaine. Par ailleurs, le Coran est un texte historique et, en tant que tel, on ne peut lui appliquer des méthodes objectives et neutres qui ne sont destinées ni à l’attaquer, ni à lui faire dire telle ou telle chose. Il ne s’agit donc pas d’une lecture littérale, adoptée par les salafistes et par beaucoup d’athées qui s’en tiennent strictement au sens des mots sans connaître des spécificités de la langue coranique. Une telle lecture ne peut aboutir qu’au terrorisme que nous connaissons aujourd’hui.

Le terme de laïcité islamique que nous proposons ici est un moyen efficace de répondre à ces accusations d’athéisme et d’inauthenticité. Car la réalité qu’il recouvre est ancienne. Dès les premiers siècles de l’histoire musulmane, en effet, nous pouvons constater que le politique a souvent primé sur le religieux. Sous le premier calife, Abou Bakr [632-634], successeur direct de Mahomet, les convertis de Médine lui dirent que tous les musulmans devaient pouvoir accéder aux postes de dirigeants. Abou Bakr leur répondit que les postes de commandement étaient réservés aux musulmans de la première heure, ajoutant que le prince des croyants devait appartenir à la tribu des Qoraïchis [tribu de Mahomet] puisque c’était la seule à laquelle obéissaient les Arabes. C’était là un raisonnement politique, et non religieux. Ensuite, sous le troisième calife, Othman, la gestion des finances publiques a été dissociée du religieux. Othman avait en effet attribué la part du lion du trésor public et des hauts postes de l’Etat à son propre clan. Il avait également suivi une logique purement politique vis-à-vis de ses opposants, allant jusqu’à chasser dans le désert une personne qui l’avait exhorté à se conforter à la morale religieuse. Quant au premier calife omeyyade [Mu’awiya, qui transféra le centre de pouvoir de La Mecque à Damas en 657], il a totalement dissocié le religieux du politique. Il était arrivé au pouvoir en faisant la guerre à l’homme de religion qu’était le quatrième calife, Ali. Ainsi, tous les califes ont séparé le religieux du politique. Et l’Empire Ottoman a encore accentué cette séparation. Cela était tellement vrai que Kemal Atatürk ne trouva rien de très consistant en face de lui quant il abolit le califat en 1924. Les mesures les plus polémiques qu’il ait prises furent quelques interdictions comme celle du pèlerinage durant quelques années, de certains vêtements traditionnels, la transformation de certaines mosquées en musées, etc. Ces excès, qui font dire à l’intellectuel Mohammed Akroun que le kémalisme relève de l’autoritarisme communiste et non de la laïcité, expliquent en grande partie l’échec de la laïcité dans le monde arabe.

La laïcité doit être développée de l’intérieur de l’islam, et non être importée de l’extérieur. La seule manière possible de la développer est donc de s’appuyer sur l’héritage musulman. Mu’awiya, puis les califes suivants, ont d’ailleurs cessé de prier avec la population et ont nommé des imams pour qu’ils le fassent à leur place. Ce partage entre celui qui se charge des affaires de l’Etat et celui qui guide la prière était un autre élément d’une laïcité en gestation.

La laïcité dans le monde arabe doit se développer à partir d’un héritage propre. C’est pour n’avoir pas compris cela, et pour avoir cherché un modèle exogène de laïcité, que de nombreux nationalistes, marxistes, communistes et même islamistes ont échoué. Leurs efforts depuis quasiment un siècle ont été vains. Or, aujourd’hui, une nouvelle génération d’intellectuels, tel l’homme des Lumières Gamal Al-Banna, tiennent tête aux religieux fanatiques et affirment que « la religion la plus proche de la laïcité est l’islam ». L’islam est-il donc porteur d’une forme de laïcité qui pourrait nous réconcilier avec notre époque et enlever les strates de sédiment accumulées depuis mille quatre cents ans ? En tout cas, on peut affirmer que le Coran, contrairement aux jurisconsultes, laisse une place à la liberté de conscience. « L’élément premier est la volonté de l’homme, alors que Dieu n’intervient qu’après pour bénir » (sourate « Mahomet », 17). De nombreux athées citeront d’autres versets dont la lecture littérale semblera contredire notre argumentation. Il n’en reste pas moins que le principe général de la liberté de conscience est contenu dans le texte coranique. Et ce ne sont pas les guerres contre les apostats [contre les tribus qui étaient revenues sur leur conversion à l’islam] qui prouvent le contraire, puisqu’elles ont été menées pour des impôts impayés, et non pour des raisons religieuses.

 Shaker Al-Naboulsi

Enfin libre

Le chercheur de l’université islamique Al-Azhar, Ali Metwali, vient d’être libéré, après trois ans passés en prison en vertu de la loi d’urgence instaurée en Egypte depuis 1981, rapporte Asharq al Awsat. Motif de son incarcération : l’accord qu’il a donné à un mariage d’une musulmane avec un chrétien ou un juif. Un thème repris et défendu récemment par le controversé leader soudanais Hassan Al-Tourabi.

Historique : « Origines, pratiques, extension de l’islam »

  • L’origine L’islam remonte à Mahomet, né en 570 à La Mecque, ville polythéiste mais soumise à l’influence des monothéismes juif et chrétien. Après s’être déclaré prophète, Mahomet devient le chef de la communauté musulmane, qu’il établit dans la ville voisine de Médine en 622, début de l’ère musulmane. A sa mort, en 632, une grande partie de la péninsule est conquise. La conquête s’accélérera par la suite pour atteindre en un siècle l’Espagne et l’Inde.
  •  Les principes Islam veut dire « soumission à Dieu », selon la révélation transmise par Dieu à Mahomet et fixée ensuite dans le Coran (ou « récitation »). Le cœur du dogme réside dans l’affirmation de l’unicité divine. La pratique consiste à faire cinq prières par jour, le pèlerinage à La Mecque, le jeûne durant le mois de ramadan et l’aumône. La loi divine (charia) n’est pas un corpus figé, mais l’œuvre d’interprétation des jurisconsultes à partir de certains préceptes du Coran, de l’exemple donné par Mahomet ou de la jurisprudence. La branche sunnite rejette toute forme d’intercession par les saints et ne connaît pas de clergé. Le chiisme, en revanche, reconnaît les saints et possède un clergé très structuré.
  •  La situation actuelle L’islam revendique plus de 1 milliard de fidèles dans le monde. Les Arabes n’en constituent qu’un quart environ. Les pays qui comptent le plus de musulmans sont situés en Asie. L’islam est divisé en deux grandes branches, le sunnisme (environ 85% des adeptes) et le chiisme (moins de 15%). Ce dernier est surtout présent en Iran, ainsi qu’en Irak (60% de la population), au Liban (environ 37%) et dans plusieurs pays du Golfe (jusqu’à 60% à Bahreïn). Depuis la guerre en Irak, l’affrontement entre ces deux branches s’est envenimé. Le salafisme, courant de pensée fondamentaliste du sunnisme, souhaite renouer ave la pureté des origines, dépouillant la religion de l’histoire des siècles.


L’itinéraire d’une dissidente

ANNAQED (extraits), Los Angeles.

Wafa Sultan, psychologue syrienne exilée aux Etats-Unis a critiqué la religion musulmane sur Al-Jazira. Cela lui a valu des menaces et des articles injurieux.

J’ai hésité plusieurs jours avant de me décider à répondre à l’article que le présentateur d’Al-Jazira Fayçal Al-Qassem m’a consacré sous le titre : « Insultez les Arabes et les musulmans, et vous deviendrez célèbres aux Etats-Unis. » Ceux qui ont lu cet article et les échos qu’il a suscités dans la presse arabe ont compris qu’il s’agissait d’un lynchage, produit du terrorisme intellectuel d’Al-Jazira, cette chaîne arabe satellitaire financée par le Qatar.

Je consacre ma vie à l’écriture. C’est pour cela que j’ai dû m’exiler. Sur le seuil de l’ambassade des Etats-Unis à Damas, après avoir fait la queue toute la nuit pour obtenir un visa, je me suis dis : « Ciel, que j’obtienne ma liberté, et je défendrai celle des autres ! » Et, depuis que j’ai mis les pieds sur le sol américain, j’écris. Depuis dix-sept ans que je vis à Los Angeles, j’ai essayé tant bien que mal de publier mes articles dans les journaux arabes locaux. Mais l’un était financé par Saddam Hussein, l’autre par les Saoudiens, le troisième par les Syriens.

Voilà où j’en étais quand mon ami Bassam Darwish a créé le site Annaqed [www.annaqed.com]. C’est lui qui m’a permis de déployer mes ailes et de prendre mon envol. Puis, en juillet 2005, Fayçal Al-Qassem m’a appelée pour me demander de participer à son émission. Je ne suis pas une grande adepte de la télévision en général. Je ne connaissais donc pas à ce moment-là Fayçal-Qassem. Le sujet de l’émission était : « Le rapport entre l’islam et le terrorisme ». Déjà, mon intervention dans cette émission avait déchaîné des tempêtes et avait fait connaître mon nom dans le monde arabe grâce à l’énorme audience dont dispose cette chaîne. J’ai été surprise quand il m’a rappelée, quelques mois plus tard, pour m’inviter, pour parler cette fois du « choc des civilisations ». J’ai accepté l’invitation. Mais ma vie a pris une tournure dangereuse avec cette deuxième expérience [menaces de mort].

Pourtant je suis la femme la plus heureuse du monde, ici, à Los Angeles. Je vis dans une maison qui est plus belle que tous les palais des rois du pétrole. Car je l’ai payée à la sueur de mon front et méritée par un travail honnête, et non par des richesses volées. Le bonheur que je vis ici, avec mes modestes moyens, me suffit largement. Je ne l’échangerai pas contre tout l’or du Qatar et de ses pays voisins. Cher Monsieur Al-Qassem, l’insulte n’est pas dans mes habitudes et mon but n’est pas d’insulter l’islam. Mon but est de le démasquer. Cette religion opprime les femmes de mon pays et leur dénie leur humanité. « La prière d’un homme musulman n’est pas valide si passe devant lui un chien, un âne ou une femme. » Je n’insulte pas l’islam, mais je me défends contre l’insulte qu’il me fait.

Je vais vous dire quelque chose, Monsieur Al-Qassem : l’Amérique peut acheter le pétrole et ses maîtres, mais pas les idées et ceux qui réfléchissent. Si l’Amérique avait voulu acheter quelqu’un pour insulter l’islam, elle l’aurait cherché parmi les populations misérables des pays musulmans où les gens doivent chercher leur pain quotidien dans les bennes à ordures. Eux n’auraient pas hésité un instant à monnayer des insultes contre l’islam auprès des Américains. Tout ce qui intéresse l’Amérique, c’est votre pétrole. Vos coutumes, votre doctrine et vos bassesses, elle vous les laisse volontiers. Monsieur Al-Qassem, en tant qu’homme de médias, vous exercez une influence sur les téléspectateurs. Soyez à la hauteur de ce rôle, par respect pour les jeunes et les générations futures. L’un de ces jeunes à écrit sur un site Internet syrien, probablement après avoir lu votre article : « Cette p… de Wafa ». Il écrit en toutes lettres ce que vous, son maître à penser, aviez écrit entre les lignes.

Jusqu’alors, mon voisin de Los Angeles ne me connaissait pas. Puis, un beau matin, comme tout le peuple américain, il a ouvert son journal et a lu : « Le Voltaire des musulmans est arrivé. C’est Wafa Sultan. » Merci à Fayçal Al-Qassem de m’avoir présentée, nolens volens, à mon voisin. Depuis ce jour, mon téléphone n’arrête pas de sonner, mon adresse électronique est submergée de messages et mon facteur me sourit tous les matins en déposant des piles de courrier. Le Parlement suédois voudrait que je participe à un débat sur les relations suédo-musulmanes, le Parlement néerlandais m’invite, des organisations pacifistes de Suisse m’attendent pour décembre prochain, des universités italiennes me proposent de donner des conférences…Merci, Fayçal Al-Qassem, de m’avoir fait connaître dans le monde entier. J’ai lu une fois un livre d’un écrivain juif dont j’ai oublié le nom, où il dit ceci : « J’étais dans ma cellule quand on m’a appelé pour m’emmener vers la chambre à gaz. Sur mon chemin vers la mort, je me suis dit que, si le sort devait me sauver de là, je saisirais la première occasion pour décrire mon expérience. » Lors de ma deuxième participation à votre émission, je crois que j’ai ressenti quelque chose de semblable. J’ai ressenti la terreur des quatorze siècles d’histoire [de l’islam]. Chaque fois que l’autre invité de l’émission prononçait le nom de Mahomet, vous marmonniez : « Que la prière et le salut de Dieu soient sur lui ! » [formule rituelle]. C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’écrire un livre sur la terreur intellectuelle. Croyez-vous vraiment que Dieu accorde Son salut à Mahomet et que Sa prière soit sur lui à chaque fois que vous prononcez son nom ? Ou ne le faites-vous que parce que vous vous croyez obligé de le faire ? Tout comme vous vous croyez obligé d’écrire cet article sur moi pour prouver à vos maîtres que vous les défendez contre ceux qui « insultent l’islam ». Je ne suis plus une inconnue aux Etats-Unis, mais le « Voltaire des musulmans ».


Wafa Sultan

Verbatim : « Avez-vous vu un juif se faire exploser dans un restaurant allemand ? »

FAYCAL AL QASSAM (sur Al-Jazira le 21 février, extraits) Qui a inventé le concept de choc des civilisations ? N’était-ce pas Samuel Huntigton ? Ce n’était pas Ben Laden…

WAFA SULTAN Ce sont les musulmans qui ont déclenché le choc des civilisations, en divisant la population entre musulmans et non-musulmans, et en appelant à combattre les autres. Les ouvrages islamiques regorgent d’appels au combat contre les infidèles. Mon collègue a déclaré qu’il n’offense jamais autrui dans ses croyances. Quelle civilisation au monde l’autorise à donner aux autres des appellations qu’ils ne se sont pas choisis eux-mêmes ? Une fois, il les appelle [les chrétiens et les juifs] ahl al-dhimma, une autre fois le « peuple du Livre » ; une fois encore, il les compare à des singes et des porcs. Qui vous a dit qu’ils sont le « peuple du Livre » ? Ils ne sont pas le peuple du Livre ; ils sont le peuple de nombreux livres. Tous les ouvrages scientifiques utiles que vous possédez aujourd’hui sont le fruit de leur libre-pensée et de leur créativité. Qui vous donne le droit de les appeler « ceux qui éveillent la colère d’Allah », pour venir ensuite raconter que votre religion vous défend d’offenser des croyances d’autrui ? […] Les Juifs ont derrière eux la tragédie de l’Holocauste et ont [néanmoins] obligé le monde à les respecter au moyen de leur savoir, non de leur terreur ; [ils ont forcé le respect du monde] par leur travail. Nous n’avons pas vu un seul juif se faire exploser dans un restaurant allemand. Nous n’avons pas vu un seul juif protester en commettant des meurtres. Les musulmans ont transformé en décombre trois statues de Bouddha. Nous n’avons pas vu un seul bouddhiste incendier une ambassade. Seuls les musulmans défendent leurs croyances en brûlant des églises, en tuant, en détruisant des ambassades. Les musulmans doivent se demander ce qu’ils peuvent faire pour l’humanité avant d’exiger que l’humanité les respecte.

In MEMRI TV, Washington ( http://memri.org/bin/french/articles.cgi?Page=archives&Area=fd&ID=FD5206 )

Protestants de l’islam turc

L’événement a défrayé la chronique en Turquie. Un groupe de musulmans, hommes et femmes, ces dernières non voilées, prie ensemble dans une petite mosquée d’Istanbul. Ce groupe de prière mixte – alors qu’en principe à la mosquée la séparation des sexes est de mise – a autant plus fait parler de lui que l’épouse d’une proche conseiller du Premier ministre Erdogan en faisait partie. Plutôt issus de la classe moyenne, ces pratiquants sont-ils les « protestants de l’islam » ? s’interroge Yeni Aktüel. S’agit-il d’une tendance réalisant une sorte de synthèse entre le kémalisme et la pratique de l’islam ? Ce groupe s’inspirerait des enseignements « libéraux » d’Ahmet Hulusi, dont l’enseignement mêle le soufisme aux sciences modernes et est plutôt mal vu par les courants islamiques traditionnels turcs.

« Accepter que le Coran soit une œuvre humaine ».


DER SPIEGEL (extraits), Hambourg

Der Spiegel l’a surnommée la « Voltaire noire“. D’origine somalienne et musulmane, aujourd’hui députée néerlandaise, Ayaan Hirsi Ali ne cesse de dénoncer l’islamisme et la condition des femmes en terre d’islam.

Ayaan Hirsi Ali, vous avez dépeint le prophète Mahomet comme un tyran et un pervers. Theo Van Gogh, réalisateur de Soumission, film dans lequel vous dénoncez l’islam, a été assassiné par un islamiste [le 2 novembre 2004]. Vous bénéficiez vous-même de la protection de la police. Pourquoi les protestations [contre les caricatures de Mahomet] ont-elles prises de telles proportions ?

AYAAN HIRSI ALI dans les pays arabes où les manifestations et l’outrage public ont été mis en scène, il n’existe aucune liberté d’expression. Beaucoup de gens fuient ces pays et se réfugient en Europe, précisément pour avoir critiqué la religion, la politique et la société. Les régimes islamiques totalitaires traversent une crise grave. La mondialisation leur impose de profonds bouleversements, ils craignent les formes réformatrices qui se développent parmi les émigrés installés en Occident. Ils utilisent donc les comportements menaçants vis-à-vis de l’Ouest, et le succès qu’ils en retirent, pour intimider ces gens.

Comme toutes les autres communautés religieuses, les musulmans sont en droit de se protéger de la diffamation et de l’injure.

Ici, comme là-bas, il ne se passe pas une journée sans que les imams radicaux prêchent la haine dans leur mosquée. Pour eux, juifs et chrétiens sont inférieurs, et nous tolérons cette attitude au nom de la liberté d’expression. Quand les Européens reconnaîtront-ils que les islamiques n’accordent pas ce droit à ceux qui les critiquent ? Quand l’Occident se sera mis à genoux, ils diront avec une joie malsaine qu’Allah a privé de courage les infidèles.

On vous reproche vos critiques mordantes vis-à-vis de l’islam.

Comment aborder les problèmes si l’on ne peut les nommer clairement ? Par exemple, le fait que les femmes musulmanes vivent emprisonnées chez elles, qu’elles sont violentées, mariées de force, et ce dans une nation où nos intellectuels, bien trop passifs, sont si fiers de leur liberté !

Vous travaillez actuellement sur la suite Soumission. Restez-vous fidèle à votre ligne intransigeante ?

Bien sûr. Nous voulons poursuivre le débat sur la prétention du Coran à l’absolu, sur l’infaillibilité du Prophète et sur le morale sexuelle. Dans le premier film, nous montrions une femme qui parlait de son Dieu : elle se plaignait d’avoir respecté toutes les règles, de s’être montrée soumise et d’avoir, malgré tout, été maltraitée par son oncle. Dans le deuxième film, nous traitons du dilemme auquel la foi musulmane confronte quatre hommes différents. L’un hait les juifs, l’autre est homosexuel, le troisième est un jouisseur qui s’efforce de suivre les préceptes de l’islam mais ne cesse de succomber aux tentations de la vie, et le quatrième est un martyr. Tous se sentent abandonnés par leur Dieu et renoncent à leur foi.

Les récents événements liés aux caricatures de Mahomet risquent-ils de compliquer la sortie du film ?

Les conditions pourraient difficilement être pires. Nous avons dû le produire dans un anonymat total. Il ne faut pas que les participants, des acteurs aux techniciens, puissent être identifiés. Mais tous sont fermement décidés à mener le projet à bien. Le réalisateur actuel ne trouvait pas Van Gogh particulièrement sympathique, mais il considère qu’il faut tourner la suite, au nom de ma liberté d’expression. Je suis optimiste, je pense que nous pourrons quand même sortir le film cette année.

La prétention absolue du Coran, telle que vous la critiquez dans Soumission, est-elle le principal obstacle à une réforme de l’islam ?

Il faut modifier la doctrine voulant que le Coran ait été dicté par Dieu et que l’on doive avoir une foi en lui inaltérable. Les musulmans doivent en venir à la conviction que ce sont des hommes qui ont rédigé les saintes écritures. La plupart des chrétiens ne croient plus à l’enfer, aux anges et à la création du monde en sept jours. Ils y voient un récit symbolique, ce qui ne les empêche pas de rester fidèles à leur foi.

Profil : Née en Somalie en 1969, Ayaan Hirsi a grandi en Arabie Saoudite, en Ethiopie et au Kenya. Excisée à 5 ans, elle a obtenu l’asile politique aux Pays-Bas à 20 ans pour ne pas être mariée de force. Députée du Parti libéral depuis 2003, elle condamne les violences faites aux femmes et se définit comme une « dissidente de l’islam ».

Candidats : « Vivre avec des mécréants coptes ? Non merci

Avec beaucoup d’humour, l’éditorialiste égyptien Mohammed Salmawy explique pourquoi la politique islamiste du gouvernement ne pouvait que déboucher sur des attentats anti-Coptes.

On dit bien que les victimes l’ont toujours un peu cherché. Le dernier attentat contre des églises à Alexandrie [voir CI n°808, du 27 avril 2006] ne vient que confirmer cette responsabilité des victimes dans les crimes que l’on commet à leur encontre. Parce que tout de même : pourquoi tant de Coptes se réunissent-ils pour prier de cette manière, au même moment et dans plusieurs endroits, si ce n’est précisément pour provoquer les musulmans jaloux de leur religion ? Un bon et brave musulman en a vu prier publiquement, dans une église. N’est-il pas naturel que son sentiment national se soit enflammé et qu’il ait fait ce qu’il avait à faire ? Il s’est ensuite rendu dans une autre église, à l’autre bout de la ville, et qu’a-t-il découvert ? Qu’ils priaient là-bas aussi ! Et, dans une troisième église, il a assisté au même spectacle ! Alors, franchement, comment lui reprocher son acte ? Nous l’avons nourri de nos discours religieux, nous lui avons inculqué dans nos médias, tout au long des dernières années, que l’Egypte était un Etat musulman. Après tout, le président Sadate a estimé en 1971 que ce n’était pas dit assez clairement dans la Constitution et il a fait ajouter un paragraphe stipulant que la charia islamique était la source principale de la législation dans ce pays. Et puis, n’est-il pas vrai que toute personne qui professe une religion autre que l’islam n’est qu’un mécréant, comme le répètent les imams de nos mosquées nuit et jour ? Alors, quelle faute pourrait bien avoir commis ce citoyen musulman jaloux de sa foi et fier de sa patrie ?

Il a fait ce que l’Etat aurait dû se charger de faire. Purifier le pays de tous les non-musulmans, au lieu de se contenter de leur compliquer discrètement la vie et de leur placer des obstacles entre les jambes dès qu’ils veulent construire une église ou en rénover une, ou quand ils se présentent à un poste un peu sensible (ou pas, d’ailleurs) dans l’administration. Oui, l’Etat se défausse de ses responsabilités. Il est normal, dès lors, qu’un honnête citoyen décide de prendre l’affaire à bras-le-corps et suive les préceptes de sa religion, qui stipule qu’un croyant se doit de mettre un terme à une abomination, dans son cœur, par la parole et, s’il le faut, par la force. Les rapports de l’Eglise, à partir des registres de baptême, affirment qu’il y aurait 12 millions de Coptes en Egypte. Mais notre gouvernement, qui essaie toujours de dissimuler et de minimiser les faits, affirme qu’ils ne sont pas plus de 5 millions. La question que nous devons nous poser, en toute franchise, est la suivante : tous ces Coptes, peu importe leur nombre, que font-ils chez nous ? Est-ce qu’il suffit vraiment que leurs ancêtres aient bâti quelques pyramides et quelques temples dans le sud du pays pour qu’ils aient le droit de vivre parmi nous sur la terre sacrée d’Egypte ? Le pays n’a plus de place pour ces gens-là. Ils ont disposé de beaucoup de temps pour émigrer sains et saufs, en tout bien tout honneur. Certains l’ont fait et sont parvenus à des situations hauts placées au Canada, en Australie, aux Etats-Unis et dans certains pays européens. On les désigne avec respect comme des Egyptiens, là-bas. Cela ne nous gêne aucunement. Mais pourquoi au juste les autres Coptes ne font-ils pas la même chose pour nous débarrasser de ces problèmes récurrents ? La disparition des Coptes en Egypte libérerait beaucoup de postes dont nous avons désespérément besoin. Rien que les logements ! Nous pourrions faire comme les Israéliens en Palestine, par exemple…

Au moins, en Israël, personne ne peut accuser le gouvernement de ne pas faire tous les efforts nécessaires pour expulser les éléments hétérogènes. Alors que, chez nous, on se contente bêtement de persécuter ces intrus, au lieu de les expulser, de les mettre en détention ou de les assassiner quotidiennement… Notre gouvernement n’a vraiment pas le droit de s’opposer à ce que d’honnêtes citoyens se chargent de la sale besogne et il n’a surtout pas le droit de les qualifier de déséquilibrés quand ils passent à l’action.

Mohammed Salmawy, Al-Masri Al-Yom, Le Caire

L’islam serait-il antisémite ?


AN NAHAR (extraits), Beyrouth

Le Hamas, comme les autres organisations islamistes, affiche des théories racistes, qui viennent tout droit des mouvements nationalistes arabes.

Les Irakiens résidant à Londres viennent de faire leurs adieux à deux grandes figures : le lettré Mir Basri, dernier président de la communauté juive irakienne, et Saül Sasson, dont le père, ancien président du Consistoire de Bagdad, fut contraint à l’exil au temps de Saddam Hussein. Le poète Rachid Khioun a écrit pour lui un émouvant éloge funèbre, qui m’incite à réfléchir à l’état actuel de l’antisémitisme dans le monde arabe. Les formules toutes faites que nous répétons sur la nécessité de distinguer entre judaïsme et sionisme ne sont plus que langue de bois. Observons la charte du Hamas : comment ne pas être frappé par la contradiction entre un discours politique qui affirme que l’ennemi est le sionisme qui viole la Palestine – mais qui ne doit pas être confondu avec la religion juive, religion céleste révélée – et des formulations on ne peut plus claires qualifiant les juifs de singes et de pourceaux, appelant à les combattre jusqu’au jour du jugement, tout en convoquant à la rescousse des citations coraniques et des propos du Prophète ? Quant au Hezbollah, s’il invite des rabbins orthodoxes à des tables rondes à Beyrouth, sachant fort bien que les Iraniens n’éprouvent aucune gêne à participer à des colloques où se rendent des Israéliens, il n’en diffuse pas moins des feuilletons antisémites à la télévision.

Ce qu’il faut saisir, c’est que cet antisémitisme qui gouverne nos consciences n’est pas un produit de l’islam mais une conséquence d’une idéologie nationaliste arabe creuse et de son racisme multiforme. Lors de la conférence organisée l’année dernière par le Hezbollah en soutien au droit au retour des Palestiniens, des membres de l’organisation orthodoxe juive Netourei Karta [« les Gardiens de la Ville], qui ne reconnaît pas l’Etat hébreu et considère que le sionisme est un nationalisme politique illégitime, étaient invités à participer aux discussions. Le Parti national syrien [parti libanais allié à Damas] a alors fait paraître un communiqué annonçant son retrait, en raison de la participation de « juifs » à cette conférence.

Un troisième événement donne toute l’ampleur de la confusion mentale, idéologico-religieuse chez les islamistes contemporains et montre à quel point cette attitude emprunte essentiellement au legs du nationalisme arabe le plus chauvin. Lors d’un symposium que nous avons organisé à Beyrouth, consacré au fondamentalisme dans les religions, j’ai évoqué ces islamistes qui adoptent la mentalité étriquée du nationalisme et finissent par voir un héros en Saddam Hussein, refusent de considérer les revendications des Kurdes ou des Berbères, ou négligent les minorités religieuses, les percevant comme des non-Arabes ou non-musulmans, et par là même instruments de l’étranger. Je m’aidais des essais de Hassan Al-Banna [fondateur des Frères musulmans] et des premiers Frères musulmans, dans les années 1930. Au début de leur expérience politique, ils avaient la volonté de représenter la communauté nationale égyptienne dans toutes ses composantes, musulmans, Coptes et même juifs. J’ai montré qu’il y avait quantité de candidats chrétiens sur les listes électorales des Frères musulmans et que même les juifs égyptiens donnaient leur écot aux campagnes des Frères. Eh bien, les plus grands représentants du mouvement en Egypte se sont écriés que mes propos étaient une insulte contre Al-Banna, contre les Frères musulmans et contre l’islam lui-même, et me demandèrent de m’excuser, comme si j’avais commis un crime ! C’est un colloque de la mouvance islamiste libanaise à Beyrouth qui a fourni l’occasion d’un débat sincère : j’ai demandé aux présents, tous imams ou étudiants en sciences islamiques, quelles étaient les justifications théologiques pour employer l’expression « descendant des singes ou des pourceaux », retirant ainsi toute humanité à l’individu juif. Dans le débat est apparue la volonté consciente de la pensée islamique contemporaine d’ignorer l’autre, de crainte de se voir reprocher par les nationalistes un manque de fermeté ou un retrait devant la pression occidentale, sourcilleuse en matière d’antisémitisme.


Saoud al-Mawla

Iran : “Téhéran n’aime pas beaucoup la philosophie”

Le philosophe iranien Ramin Jahanbegloo a été arrêté fin avril à Téhéran, alors qu’il s’apprêtait à prendre un vol pour Bruxelles, rapporte El País. Coïncidence troublante, le quotidien espagnol avait publié quelques jours plus tôt un article décapant de ce penseur. Voici des extraits de ce texte, disponible sur le site < www.iranproject.info/article>.

Ces quinze dernières années, les intellectuels ont énormément contribué à apporter de l’air frais à la société civile iranienne. Ceux qu’on appelle les « intellectuels religieux » des années 1990 ont tentés de repenser le vieil antagonisme entre modernité et tradition : ils sont aujourd’hui divisés en deux groupes, les réformistes et les néo conservateurs.

Les réformistes, parmi lesquels Abdolkarim Soroosh et Mojtahed Shabestari, ont en commun de défendre la réforme de la pensée islamique, la démocratie, la société civile et le pluralisme religieux, et d’être opposés à la suprématie absolue de fahiq (le guide suprême). Mojtahed Shabestari est parmi les rares intellectuels religieux qui remettent en question la vision moniste de l’islam. Selon lui, le discours islamique officiel a provoqué une double crise. La première découle de la conviction que l’islam englobe un système politique et économique offrant des réponses adéquates à toutes les périodes de l’Histoire ; la seconde vient de la conviction que l’Etat doit appliquer la loi islamique en tant que telle…

Mais les intellectuels réformistes et conservateurs n’occupent pas toute la scène. Il existe une nouvelle génération d’intellectuels qui ne tentent pas de défendre une quelconque idéologie, mais remettent en cause les principaux concepts de l’ordre établi. Cette génération est constituée d’intellectuels laïcs postrévolutionnaires, que l’on peut qualifier d’ « intellectuels dialogiques ». La « culture du dialogue » qu’ils prônent a pour objectif de cesser d’envisager l’autre comme un « ennemi », mais de le reconnaître comme sujet. Ce dialogue vise aussi à constituer un nouvel espace intellectuel proprement iranien, où se déploie un certain pluralisme. Il ne s’agit donc pas d’imiter ou de rejeter la modernité incarnée par l’Occident, mais de considérer la modernité comme un processus nous permettant d’affirmer notre propre identité.

La rénovation est peut-être en cours


YALE DAILY NEWS,
New Haven .

Il faut retrouver la culture du débat, que l’islam a perdue depuis le XIIe siècle. Tel est le credo de l’universitaire Irshad Manji.

Une « escarmouche des cultures », voilà ce que pense Irshad Manji des convulsions qui ont ébranlé le monde musulman à la suite des fâcheuses caricatures danoises. Comme en témoigne cette interprétation du « choc des civilisations » de Samuel Huntington, Irshad Manji porte sur les relations entre l’Occident et l’islam réformé, un regard optimiste. Son optimisme se nourrit d’une vision progressiste d’un islam réformé, qu’elle souhaiterait propager auprès des quelque 1,1 milliard de musulmans de la planète. Entre conférences internationales, articles de presse et nombreux passages à la radio et à la télévision, Irshad Manji est aussi professeur invitée à Yale, qu’elle considère comme une seconde maison. Elle travaille ici sur une suite de son best-seller, The trouble with Islam Today [Musulmane mais libre, Grasset 2004], charge cinglante sur la façon dont les musulmans ont trahi leur tradition de libre-pensée.

Elle marque son aversion pour l’ « orientalisme » théorisé par Edward Saïd, mais n’hésite pas à comparer l’Irak de l’après-Saddam à McDonald’s : « Il n’y a pas plus de satisfaction à attendre du fast-food que de la fast-démocratie ». bref, Irshad Manji, l’une des dissidentes les plus prometteuses du monde musulman, espère transformer cette religion « intellectuellement atrophiée et moralement diminuée ». Brillante et spirituelle, elle déborde de passion, sans arrogance ni pédantisme. Régulièrement menacée de mort pour sa critique intransigeante de l’islam contemporain, elle sait mieux que quiconque ce que c’est d’être la cible des adversaires de la liberté d’expression. A tel point qu’il lui a fallu une escorte policière 24 heures sur 24 pendant des mois après la sortie de son livre. Aujourd’hui encore, elle doit régulièrement « pointer » auprès des officiers de police. Ce qui met en rage ses détracteurs, c’est qu’Irshad Manji ne s’en prend pas seulement aux sbires de Ben Laden et d’Al-Zawahiri, le bras droit du Saoudien : elle fait aussi le procès du musulman lambda, prétendument modéré, « que la passivité rend complice » de cette branche de l’islam gangrenée par l’antisémitisme, la misogynie, l’intolérance et une volonté trop simpliste de défendre des tyrans et des terroristes qui n’ont de musulman que le nom. Le fait qu’elle soit une femme et, de surcroît, une homosexuelle assumée, ajoute encore à l’affront ressenti par ses adversaires. Sur son site Internet, <muslimrefusenik.com>, Irshad Manji tourne en dérision l’accusation qui fait d’elle un agent de la « conspiration sioniste », affirmant être actuellement « en congé sans solde du Mossad ».

Outre son sens de l’humour, elle se distingue des incendiaires de consulats par l’autocritique et un pragmatisme modeste. Pour preuve, elle a modifié le titre anglais de son ouvrage, qui devait être The Trouble with Islam [Le problème de l’islam], pour le nuancer d’un Today [Le problème de l’islam d’aujourd’hui] et prendre en considération ceux qui remarquaient, avec raison, que c’est une interprétation récente de l’islam qui est responsable des fléaux du terrorisme et de la répression dans le monde musulman, et non l’islam tel que le voulût le prophète Mahomet. Pour elle, le tournant date d’ailleurs du XIIe siècle, quand l’empire musulman a écrasé la pratique islamique de libre réflexion qu’était l’ijtihad.

Changer les caractéristiques dominantes de l’islam actuel, abattre des tabous sociaux profondément ancrés…La jeune femme sait que la tâche est colossale. La célébrité qui fait d’elle la coqueluche des médias audiovisuels et des pages débats chaque fois que le fameux « choc des civilisations » pointe le bout de son nez ne semble pas lui avoir donné la grosse tête. Selon elle, son rôle est de participer à une évolution progressive de l’islam aux côtés d’autres musulmans réformateurs et ouverts d’esprit, auxquels elle a d’ailleurs dédié Musulmane mais libre. Son but est simple : permettre aux croyants d’interroger leur foi comme le Coran lui-même les y encourage, « sans être contraints » de suivre une ligne imposée. Sa fondation, baptisée Opération Ijtihad, finance des programmes oeuvrant dans le monde entier pour la libre-pensée dans l’islam. Car Irshad Manji est convaincue que, si on leur permet de pratiquer ce qu’elle appelle la « liberté de conscience », les musulmans pourront trouver un islam, voire des islams, bien différents de celui que professent les mollahs.

Des fidèles du monde entier, du Pakistan au Canada, son pays d’adoption, inondent sa messagerie d’e-mails pour lui demander quoi faire. Le bâillonnement de la liberté d’expression dans les capitales arabes et musulmanes semble susciter une contre-offensive de la part des jeunes qui sollicitent l’aide d’Irshad Manji. « Il est possible que la rénovation et l’ouverture de l’islam se déroulent en ce moment même sous nos yeux, sur un mode douloureux et hésitant », prophétise-t-elle. Seule l’histoire s’y dira Irshad Manji et ses compagnons « itjihadistes » peuvent redonner vie à ce qu’ils estiment être la véritable nature, riche et tolérante, de l’islam, ou si l’Occident est condamné au conflit violent avec un islam définitivement incompatible. En attendant, réjouissons-nous qu’ Irshad Manji fasse tout son possible pour éviter cette terrible issue – et qu’elle le fasse chez nous, à Yale.


Keith Urbahn

Refuznik : Née en Ouganda en 1968, elle a 4 ans quand sa famille, chassée du pays, s’établit au Canada, près de Vancouver. C’est là que cette musulmane, dont le père est d’origine indienne, va faire ses études puis travailler comme journaliste. Après le succès de son livre, Irshad Manji est invitée comme chercheuse à l’université Yale (Etats-Unis). On peut consulter son site www.muslim-refusenik.com/index.html.

Analyse : « Kazan, capitale du renouveau islamique russe »

C’est dans la république musulmane du Tatarstan qu’ont lieu les débats les plus actifs sur la modernisation de l’islam en Russie [ la Fédération de Russie compte environ 20 millions de musulmans, rassemblés notamment dans deux zones, la zone Volga-Oural (Tatarstan, Bachkortostan) et le nord du Caucase (Daghestan, Ingouchie, Tchétchénie…)]. Les mots-clés des débats sont : djadidism (renouveau), euro-islam et itjihad (exégèse novatrice). Le Hérault de la modernité n’est autre que Raphaël Khakimov, conseiller influent du président du Tatarstan, république qui bénéficie du statut le plus décentralisé de la Fédération. Le renouveau islamique revêt donc une importance politique dans la région.

Le « djadidisme » (de l’arabe jadid, « nouveau »), est un courant de pensée tatar, dont les origines remontent à la seconde moitié du XIXe siècle et qui n’était pas proprement religieux : sur fond de renaissance nationale (identité tatare tentait de s’affirmer face à la russité), il s’agissait plutôt d’un mouvement d’idées réformatrices englobant la culture, l’éducation, les sciences, etc. La bourgeoisie tatare ressentait le besoin de désenclaver le « savoir » traditionnel, fondé sur le Coran et la langue arabe, pour l’ouvrir aux sciences profanes et à la langue russe. Un tournant vers l’Europe, en quelque sorte. En 1884 fut fondée la première madrassa (école) djadidiste à Bakhtchissaraï (en Crimée, où est implantée une vaste communauté tatare). A partir des années 1890, le djadidisme connut une expansion importante vers l’Azerbaïdjan et l’Asie Centrale. Mais, après la révolution de 1917, le pouvoir soviétique taxa le djadidisme d’idéologie nationaliste bourgeoise. Dans les années 1920 l’alphabet arabe, utilisé depuis mille ans au Tatarstan, fut remplacé par l’alphabet latin, puis par le cyrillique. Au cours de la répression stalinienne, le peuple tatar perdit la fleur de son intelligentsia.

Depuis l’effondrement du communisme, on assiste à la renaissance de l’islam mais aussi à celle du djadidisme. Une grande partie de l’intelligentsia tatare appelle à « ranimer les idéaux du djadidisme et à créer une culture de haut niveau ». Raphaël Khakimov puise aux sources de la pensée modernisatrice tatare, le djadidisme, pour justifier la nécessité de pratiquer cette exégèse novatrice nommée en arabe itjihad. « Il faut ouvrir grand les portes de l’itjihad », dit-il. Comme sa démarche vise aussi à moderniser la société dans une perspective économique, ses opposants lui reprochent de manier le concept de l’itjihad à des fins utilitaires. Or « l’islam ne peut être réduit à un moyen, c’est un but en soi, le sens suprême de la vie », rétorquent-ils. Quant à l’euro-islam, auquel Khakimov est tenté d’apparenter le djadidisme, ils estiment que cette notion ne peut être appliquée à la Russie. Et de rappeler les spécificités des musulmans de Russie, dont la plus importante tient au fait qu’ils constituent une communauté autochtone et non immigrée, eurasienne et pas européenne. Les opposants au « libéralisme théologique » de Kazan craignent donc que, de djadidisme en itjihad, on finisse par supprimer l’islam tel qu’on le pratique.

D’après NG Religuii, supplément « Religions » de la Nezavissimaïa Gazeta, Moscou, et www.islam.ru

Répondre à cet article