Réforme : Les casseurs de la santé !

Vendredi 11 février 2011 // La France

Vous avez détesté la réforme des retraites qui a décidé du report de l’âge légal de cessation d’activité à 62 ans, vous allez abhorrer la réforme de l’assurance maladie qui ne manquera pas de se mettre en place après 2012, et ce, quel que soit le vainqueur de l’élection présidentielle.

Un projet de note du Medef daté du 23 novembre 2010 dessine les contours de ce que pourrait devenir l’assurance maladie à compter de 2012. Cette étude confidentielle a pour objectif, selon le site Mediapart qui s’en est procuré un exemplaire, de dynamiter la Sécu. Mais attention, avec pour objectif de conforter notre système de santé, car ne rien faire contribuerait à mettre à mal le pacte républicain. Comme c’est touchant de voir le patronat se soucier de l’intérêt général ! Alors que depuis 1983, le CNPF puis le Medef, aidés par tous les gouvernements de gauche comme de droite, s’échinent à démolir le pacte social français qui s’est progressivement élaboré entre 1946 et 1981, et ne trouveront le repos que lorsqu’ils seront parvenus à faire main basse sur le magot de la Sécu.

Pour parvenir à leur fin, nos vertueux patrons proposent de procéder en plusieurs étapes. D’abord, revenir sur les fondements même de la protection sociale : la solidarité entre les générations et entre les malades et les biens portants, sous prétexte que « l’assurance maladie obligatoire est financée à 90 % par les actifs et à 10 % par les retraités, alors que les prestations concernent 60% des actifs et 40% des retraités ». Le pire, c’est que ce discours passe très bien auprès des jeunes, comme en attestent plusieurs témoignages entendus durant le conflit des retraites. Ensuite, il conviendra de faire peser les risques les plus lourds donc moins solvables et moins rentables sur le régime de base, et les petits bobos plus juteux sur les mutuelles et les assureurs privés, selon le vieux principe ultra-libéral rappelé par Mediapart qui veut qu’on socialise les pertes et qu’on privatise les profits.

L’assurance maladie comprendrait, ainsi, trois niveaux : le premier obligatoire, le deuxième auquel nous serions fortement encouragés de souscrire, et le dernier, libre. La troisième étape consisterait à mettre en concurrence les hôpitaux publics entre eux et avec les cliniques privées. On glisserait ainsi progressivement vers un système de santé à double vitesse avec, d’un côté, les patients qui ont les moyens de se payer une complémentaire et une sur-complémentaire, et de se faire soigner dans des cliniques cinq étoiles, et les autres.

Mais le véritable enjeu pour le patronat et surtout pour les assureurs privés, est de récupérer les informations dont dispose la Sécurité sociale : « Même s’il est possible d’imaginer que les complémentaires bâtissent leurs bases de données, il serait préférable que le régime obligatoire duplique ses bases et les rende accessibles aux assurances complémentaires », peut-on lire dans la note. Il est, en effet primordial pour le groupe de pression des assureurs privés de connaître le profil sanitaire des malades avant de leur faire souscrire un contrat et d’en fixer le montant.

Il faut dire que le moment est propice à ce type de régression sociale car le Medef qui est, plus que jamais l’inspirateur du programme de la droite, n’a face à lui aucune opposition politique. Rappelons qu’en 1982 Dominique Strauss-Kahn proposait dans un livre coécrit avec Denis Kessler, futur numéro deux du Medef, d’introduire une dose de capitalisation dans le système de retraite par répartition. Quant aux organisations syndicales, elles précèdent les doléances du Medef, qui propose dans sa note d’engager une réflexion systémique, une revendication que la CFDT exprime dans les mêmes termes.

On aurait pu croire que la crise freinerait les ardeurs des libéraux ; elle a, une fois l’effet de panique passé, au contraire contribué à les ranimer. On le voit avec la mise en place des politiques de rigueur, la réforme des retraites, le chantier de la dépendance et bientôt, avec la réforme de l’assurance maladie. C’est à croire que tout se passe comme si nos libéraux, considérant la bataille perdue, cherchaient, avant la défaite, à engranger le maximum de bénéfice. Cela a un nom, c’est la politique de la terre brûlée.

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