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Réflexions sur une élection.

Au-delà des commentaires superficiels, les raisons de la victoire de Nicolas Sarkozy et de la défaite de le Pen. C’est déjà de l’histoire.

Vendredi 31 août 2007, par Paul Vaurs // La France

Pour interpréter les résultats de l’élection présidentielle française de 2007, il ne faut surtout pas en rester aux commentaires de presse qui ne sont que poudre aux yeux. Cette péripétie électorale doit d’abord être replacée dans le fil de l’histoire contemporaine. Une histoire qui n’est pas seulement française, mais européenne et mondiale. Un ne peut rien comprendre à notre temps si l’on oublie la destruction de l’ancien ordre européen et le sort réservé à l’Europe par les deux puissances victorieuses du « Siècle de 1914 ». Puissances dont ne subsistent plus depuis 1990 que les seuls États-Unis, grisés par des perspectives d’hégémonie mondiale.

En dépit de rodomontades tricolores, la France, pas plus que les autres nations européennes, n’est maîtresse de son destin. Celui-ci reste orienté culturellement et stratégiquement par la puissance suzeraine de la zone atlantique qui interdit toute possibilité de révolution conservatrice dans la tradition européenne et fait sentir son pouvoir à des niveaux variés de la pseudo-Union européenne et de l’OTAN, comme au sein de chaque nation. Pour preuve, « le voyage d’allégeance » effectué à Washington, le 9 décembre 2006, par le futur vainqueur de l’élection présidentielle française, afin d’obtenir l’accréditif d’une photo où, entre deux portes, le président Bush lui serra la main. Il montrait ainsi qu’il était conscient d’une réalité qui lui convient. En revanche, cette réalité historique, issue du « Siècle de 1914 », échappe complètement aux électeurs français. Aucun dirigeant, aucun parti et aucun journaliste politique n’y fait jamais allusion. La suzeraineté de l’américanisme est le grand impensé de la politique française. En revanche, elle est clairement perçue parla Russie du président Poutine et dénoncée comme telle, ce qui explique en retour les offensives de toutes sortes dont la Russie est l’objet, notamment de la part des médias « occidentaux ».

Si l’on conserve à l’esprit la réalité née du « Siècle de 1914 », c’est-à-dire la création dans la zone atlantique d’un système cosmocratique paré des apparences de la démocratie, l’un des faits majeurs de l’élection dc 2007 est le fort recul enregistré par le candidat « populiste » ; En effet, quoi que l’on pense de M. le Pen, il était le seul candidat dont la mémoire et le socle culturel signifiaient une possible sortie du système.

Dans l’entretien qu’il avait accordé, René Rémond, président de la Fondation nationale des sciences politiques avait souligné cette réalité : « Il est évident que nous sommes entrés dans une période de changement. Dans l’histoire des sociétés, il y a ainsi des phases de grande intensité politique qui s’accompagnent de création d’idées. Nous sommes entrés dans une période intermédiaire où la plupart des critères qui départageaient la droite de la gauche ne servent plus à grand-chose. [..] Les grands systèmes de pensée sont abandonnés. C’est aux extrêmes et dans les oppositions que surgiront les thématiques de demain. Si le Front national fait question c’est en raison de sa pérennité.

C’était bien vu, sur l’identité nationale, l’ordre, la valorisation du travail et de la famille, M. Sarkozy a repris habilement une partie des thèmes développés par le Front national depuis vingt ans, percevant qu’ils correspondaient désormais à une attente de l’opinion. Le paradoxe a voulu qu’au moment où les idées du Front national s’insinuaient dans les esprits, ce mouvement connut un recul électoral.

Rappelons les pourcentages successifs obtenus par le FN depuis Sa fondation :0,74% en 1974, 10,95% en 1984, l4,38% en 1988, 15% en 1995, 17 % en 2002, ce qui qualifiait son candidat pour le second tour. M. le Pen avait alors recueilli 4 804 772 voix. Cinq ans plus tard, le 22 avril 2007, il a été rétrogradé à la quatrième place avec moins de 11% des suffrages (3 835 029 voix. Il a perdu un million de voix, passées pour la plupart dans l’escarcelle de M. Sarkozy. Les pertes furent plus lourdes encore aux législatives suivantes.

Pourtant, aucune des raisons de la permanence du vote FN n’a disparu, à commencer par la question de l’immigration. Que s’est-il donc passé ? Pour comprendre, il faut un retour en arrière. Après le choc de 2002, M. Sarkozy et ses conseillers ont élaboré une stratégie opposée à celle de M. Chirac. Afin de se constituer une future majorité stable, ils ont fait le pari de rallier une grande partie de l’électorat frontiste ; grâce notamment à quelques concessions verbales, et d’habiles provocations le « Karcher, la « racaille ». Une sympathie avouée pour Israël et les États-Unis ainsi que l’appartenance au sérail, mettaient le candidat UMP à l’abri de toute diabolisation. Maints exemples dans le passé, notamment sous le général De Gaulle, montraient que l’électorat de la droite nationale, plus affectif que réfléchi, est facile à berner grâce à quelques paroles sonores et autres coups de menton qui effacent des réalités autrement significatives.

La stratégie de M. Sarkozy pour l’élection de 2007 a été favorisée par e retour en force des aspirations traditionnelles de la droite dans l’électorat du Front national, au détriment du sentiment identitaire « ni de droite, ni de gauche » qui fait son originalité. En réalité, la dichotomie droite gauche n’a pas cessé de jouer son rôle de discrimination des mentalités. On peut définir la typologie mentale de la droite par une aspiration à l’ordre ; Le contraire de la « chienlit « et le refus de la table rase. Toute pensée de droite procède du sentiment que les hommes existent d’abord en tant que porteurs d’un héritage collectif spécifique. Idée que récuse la gauche pour qui chaque homme est en soi un commencement, un sujet autonome qui ne doit rien à des racines, une hérédité, une culture, une histoire. Tout juste lui reconnaît—on un conditionnement social dont il lui appartient de se libérer « libération » est le mot clé de la gauche, comme ordre, « héritage » (ou « racines, sont les mots clés de la droite. Cela explique que des gens de gauche basculent à droite, consciemment ou non, quand ils s’indignent soudain du désordre ou se découvrent des racines.

Le chaos latent dans les moeurs, l’éducation et la société qui a sévi en France depuis Mai 68, sous les gouvernements de droite ou de gauche ; l’indignation aussi devant un déclin français trop évident, sont à l’origine des aspirations à une remise en ordre « néo conservatrice » dont a bénéficié M. Sarkozy, en raison de l’image énergique et jeune qu’il a su se créer au détriment de M. le Pen que son âge desservait nécessairement. Le premier bénéficia aussi du fort désir de « voter utile » pour barrer la route à Mm Royal, symbole détesté dune amplification de la « chienlit » ;

La stratégie de M. Sarkozy a été favorisée de surcroît par les orientations adoptées par M. le Peu sous l’influence de sa fille Marine, « directrice stratégique » de sa campagne. Celle-ci avait imposé une ligne ayant pour double but de dédiaboliser le Front en le banalisant et de plaire aux médias en normalisant le discours par rapport à l’idéologie dominante, c est-à-dire l’antiracisme.

L’affiche symbole de la campagne représentait une beurette libérée (nombril apparent au—dessus du jean). Elle exprimait, selon Marine Le Pen, une « candidature à rassemblement du peuple Français, débarrassé de ses spécificités ethniques, religieuses et même politiques... Mais en quoi un peuple français « débarrassé de ses spécificités » aurait—il encore besoin d’une candidature le Pen. Pour la défense d’une France réduite politiquement correct, d’autres étaient plus crédibles et plus performants. Le dernier « coup de la campagne se déroula sur la dalle d’Argenteuil où M. le Pen, devant quelques femmes voilées, expliqua que les Beurs et les Africains étaient « des branches de l’arbre France ». Un arbre qui n’aurait plus de souche selon le souhait de M. Sarkozy. Le président du FN en est venu ainsi à négliger son électorat tourmenté au premier chef par l’immigration et la préférence nationale.

Alors que M. Sarkozy « droitisait » son discours, proposant même, enjouant sur les mots, un ministère de l’Immigration et de l’identité nationale, M. le Pen s’efforçait de « centriser » le sien, Agissant ainsi, il abandonnait ce qui faisait son originalité et sa justification. En admettant, sans dénoncer l’imposture, que M. Sarkozy reprenait ses arguments, il légitimait un concurrent plus jeune et qui semblait mieux placé que lui pour faire passer ses idées en actes.

 Incroyable faute de la part d’un tel battant ! Apparemment, il n’avait pas compris que M. Sarkozy, en chassant sur ses terres, devenait sou plus dangereux adversaire. Il donna même le sentiment de le ménager au lieu de le combattre. Au cours de plus de vingt années de lune, M. Le Pen était devenu le porte-voix des Français qui soufflent et espèrent un autre avenir. Avec un talent oratoire évident, il avait été pour eux un éveilleur d’identité. En l’absence d’une presse étoffée et d’un parti détruit par la fracture de décembre 1998, il était le seul à pouvoir avertir ses électeurs du tour qu’on allait leur jouer. Il ne l’a pas fait.

Depuis sa montée en puissance à partir de l’élection municipale de mars 1983, dans le XX° arrondissement de Paris (11,3% des voix), malgré toutes les embûches, les campagnes de diffamation, les coups bas et ses propres erreurs, M. Le Pen s’était inscrit dans la durée. Dans un pays malade, il était devenu le seul danger potentiel pour l’oligarchie dominante. Cela d’autant plus qu’il éveillait des émules un peu partout en Europe. Quelles que soient ses qualités, pour faire triompher les idées qu’il représente, M. Le Pen, ne pouvait cependant se passer d’un mouvement structuré. Si l’on étudie l’histoire du Front national, on voit qu’il s’est développé selon deux niveaux d’action différents. Le terrain à travers son appareil militant,les médias grâce au charisme de son président. L’appareil construit par Jean-Pierre Stirbois, Bruno Mégret et Carl Lang a été brisé par la crise de décembre1998. L’appel à une « Union patriotique » aurait pu rassembler les forces nationales et identitaires en pratiquant l’oubli des conflits passés. Cette initiative à laquelle s’était bien informés, il existe un potentiel de cadres jeunes et expérimentés, capables d’assurer une refondation du mouvement. Pour autant qu’ils échappent aux démons des querelles et ambitions personnelles ainsi qu’à l’illusion d’accéder au pouvoir en dehors de bouleversements provoquant un retournement des mentalités.

Pour un tel mouvement, se banaliser, c’est disparaître, comme le montre le sort réservé en Italie à l’ancien MSI depuis sa normalisation par M. Fini. À l’inverse, tout mouvement de contestation du système agit efficacement comme aiguillon et comme menace pour le pouvoir à l’égard des questions essentielles comme l’immigration. Encore faut-il qu’il existe réellement.

Quelle que soit l’époque, il est éprouvant, douloureux et même insupportable de se sentir comme un réprouvé ou un banni dans le monde où l’on doit vivre. S’accepter comme tel sans jamais renoncer ce que l’on est, sans céder à la tentation lancinante de la normalisation, sans céder aux sirènes du système, cela demande de l’héroïsme. Et celui-ci n’est concevable que si l’on porte en soi une fidélité inoxydable et la certitude aussi de représenter une continuité éternelle,.au-delà de la politique et au-delà de son existence personnelle.

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