Redécouvrir le petit Patrimoine.

Mardi 23 juin 2009 // La France

Depuis plusieurs années un collectif d’associations de défense du patrimoine a décidé d’organiser des journées du petit patrimoine, une fois par an en juin, au moment où chacun a envie de prendre l’air. Pour 2009 la date sera ce dimanche 14 juin. Ces journées font le pendant des journées dites du patrimoine, lancées sous le ministère Lang il y a maintenant plus de vingt ans et qui se tiennent le troisième week-end de septembre.

Les unes et les autres se complètent. Celles du mois de septembre s’appuient sur la renommée de hauts lieux et leur succès repose sur l’ouverture de monuments en principe interdits au public (ministères, préfectures pour leur partie privée, etc.). Les journées du petit patrimoine sont elles, l’occasion de mettre en avant un patrimoine qui trop souvent est méconnu, celui du quotidien. Ce n’est pas tant l’occasion de faire des kilomètres pour aller voir tel ou tel lieu, que celle de regarder autour de soi. Patrimoine de proximité dit-on aussi souvent à la place de petit patrimoine tant les deux notions se tiennent. Le mettre en valeur c’est aussi vouloir regarder d’un oeil nouveau - peut-être pour la première fois - ce qui nous entoure et ce qui a fait qu’année après année s’est constitué un cadre qui forme désormais un patrimoine. Il donne du sens à un lieu, à un territoire et c’est en cela qu’il est précieux. Non pas tant par son caractère exemplaire ou sa valeur architecturale mais comme témoin d’un art de vivre.

Or chacun de nous n’est-il pas à la recherche de racines dans lesquelles il peut se reconnaître qu’elles soient réelles ou adoptées en même temps qu’une nouvelle résidence ou pour se créer un passé familial que la seule généalogie ne peut permettre de reconstituer ?

Les journées du petit patrimoine permettent de mettre en adéquation un art de vivre ancien qui fait référence et notre quotidien. Un moyen de regarder d’une autre manière « du côté de chez nous ». Mais ce patrimoine qui est à 99% en des mains privées est aussi très en danger. En effet il est aussi et avant tout celui de l’usage, du fonctionnel. Or l’utilisation au quotidien ne fait pas toujours bon ménage avec la notion de patrimoine qui sous-tend celle de conservation. Or comment conserver « en l’état » l’endroit où l’on vit, où l’on travaille. Il y a des nécessités de confort, d’utilisation rationnelle de l’espace qui coûte de plus en plus cher, voire de mise aux normes.

Pour tout cela la tentation est grande d’intervenir sur le bâti. Il ne s’agit pas de s’y opposer mais de bien le faire et les journées du patrimoine trouvent là leur objectif. En effet les amateurs les plus éclairés de vieilles pierres sont heureux à cette occasion d’ouvrir leur maison et de montrer comment ils ont fait pour vivre au XXIe siècle tout en préservant l’esprit des lieux. Tout se joue dans l’usage des matériaux (notamment pour les enduits, et pour les toitures), des usages locaux (par exemple pour les clôtures...), des volets et des portes (toujours préférer le bois au PVC, toujours préférer des modèles régionaux à des modèles standards...). Anciennes exploitations, vieux moulins, échoppes anciennes, ateliers de métiers disparus, maisons rurales de types divers. Tout est intéressant à voir et à découvrir.

En profitant des visites que leurs propriétaires s’évertuent à faire chaque année en plus grand nombre, parfois avec des démonstrations de pratiques traditionnelles (chaux, murs de pierre sèche, parois en torchis...) ces bâtiments anciens sont autant de livres ouverts pour mieux apprécier les trésors que les uns et les autres nous possédons sans doute aussi. Il ne s’agit souvent pas d’avoir de maisons très anciennes. Celles du XIXE siècle, mais aussi certaines + du début du XXE°siècle, sont déjà des éléments du patrimoine si nous savons les regarder avec l’œil de celui qui veut transmettre quelque chose aux générations suivantes.

Certes souvent la volonté est là mais les difficultés sont grandes lorsqu’il s’agit de trouver des artisans ou des matériaux adaptés. Les journées du petit patrimoine de pays sont aussi un moyen de répondre à ces interrogations. Elles sont en effet l’occasion d’échange d’adresses ou de « bons tuyaux » et de conseils entre les amateurs. Dans bien des communes des artisans ou des chambres de métiers, des historiens, des bureaux d’études s’y associent avec l’aide des architectes et des CAUE (Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement) conscients du problème de la restauration et simplement de l’entretien.

En assistant à la journée 2009, ce sera l’occasion une nouvelle fois de réfléchir aux destinées de nos racines et à ce que nous voulons laisser à nos enfants.

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