ROUMANIE - 2010, année décisive.

Mardi 16 mars 2010 // L’Europe

La réélection à la tête de l’État Roumain du Président Traian Basescu (Parti démocrate libéral PDL), reconduit pour un second mandat de cinq ans lors de la présidentielle du 6 décembre, est censée mettre fin à une crise politique de plus de deux mois.

C’est au second tour de l’élection présidentielle roumaine, et de justesse, que le président sortant Traian Basescu a été réélu face au chef de file des sociaux-démocrates (PSD), Mircea Geoana. La campagne a été rude et s’est déroulée dans le contexte d’instabilité et de violences verbales qui caractérise la vie politique en Roumanie. Connu pour son tempérament jovial et son goût pour l’affrontement, Basescu est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique. Le Parlement a même tenté, au printemps 2007, de le destituer. Le « front anti-Basescu » qui s’est ensuite dessiné a abouti, durant les deux mois qui ont précédé la présidentielle, à la création d’un gouvernement intérimaire. Bref, tout semblait annoncer la victoire du candidat de centre gauche.

Mais malgré le soutien des candidats battus au premier tour, Geoana n’a pas su capitaliser sur son nom. Au contraire de Basescu, ancien capitaine de la marine marchande âgé de 58 ans et maire de Bucarest entre 2000 et 2004, dont la crise politique n’a pas entamé la popularité. Le candidat sortant a su flatter le sentiment anti-classe politique de la population, se faisant le champion de la lutte anticorruption et dénonçant « l’immunité » dont bénéficient les élus, véritable plaie de la Roumanie post-communiste. Pourtant, depuis 2005, environ 620 personnes - magistrats, directeurs de sociétés publiques, maires - ont été condamnés définitivement et 21 parlementaires et ex-ministres renvoyés devant les tribunaux pour faits de corruption. Parmi eux, l’ancien Premier ministre, aujourd’hui président du Conseil national du Parti social-démocrate, Adrian Nastase. Mais la liste est longue encore. Dans ce pays perçu comme un des États les plus corrompus de l’Union européenne selon l’ONG Transparency International, affaires et politique continuent à faire bon ménage.

D’autant que la majorité des élites dirigeantes, et Basescu lui-même, sont des anciens apparatchicks de la période communiste. Or, vingt ans après la chute du régime de Ceausescu, personne ne peut dire s’il s’agissait d’une véritable révolution populaire ou d’un coup d’État fomenté par la faction gorbatchévienne de l’appareil communiste. Ni quel a été le rôle joué par les services secrets étrangers. Mille six cents personnes ont été tuées durant les journées révolutionnaires de décembre 1989. Elles culminèrent avec l’exécution de Nicolae Ceausescu et de sa femme Elena au terme d’un procès bâclé qui continue à alimenter la controverse.

SORTIR DE LA CRISE

Basescu a su retourner ce climat de suspicion générale à son avantage. Comme lors de son premier mandat, entre 2004 et 2009, lorsqu’il déclarait, en plein débat télévisé : « Oui, j’ai été communiste, oui, j ai fait du business, mais moi au moins je l’avoue ». Depuis, si sa promesse de rendre publiques les archives de la Securitate est restée lettre morte, il a bénéficié de la vague d’euphorie soulevée au début des années 2000 par l’ouverture de la Roumanie à la mondialisation. Salaires bas, conditions avantageuses d’installations pour les industries, protection sociale faible : le début des années 2000 a été marqué par un taux de croissance de plus de 5%, d’une augmentation générale du niveau de vie, d’une explosion du crédit.

Le contexte est aujourd’hui différent. Touchée de plein cour par la crise, la Roumanie est l’un des pays d’Europe de l’Est le plus durement éprouvé. Avec une chute de son PIB d’environ 8%, elle est entrée en récession. Le taux de chômage a doublé et les manifestations se multiplient pour dénoncer les restrictions et l’impéritie des dirigeants. Or, le Fonds monétaire international (FMI) et l’Union européenne, qui ont volé au secours du pays en mars dernier en lui octroyant un prêt de 20 milliards d’euros, réclament une politique d’austérité pour débloquer la troisième tranche du prêt. D’ores et déjà, quelque 1,3 million de fonctionnaires ont dû prendre huit jours de congés sans solde à la fin de l’année.

Crédité de l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne et de l’organisation du sommet de l’OTAN en 2008, Traian Basescu a promis à ses compatriotes de moderniser l’État et de sortir le pays de la crise. Sa mission. sera difficile. Près de la moitié des Roumains a voté contre lui et la fracture entre les « pro » et les « antiprésident » est encore présente dans ce pays où la campagne électorale a déchaîné les passions. Il a cependant déjà remporté une victoire : les parlementaires ont donné leur feu vert au nouveau gouvernement afin d’éviter des élections anticipées et les élus ont validé le projet de budget 2010. Mais la réduction des dépenses publiques décidée avec le FMI va obliger le nouveau gouvernement à prendre des décisions impopulaires - notamment la réduction du nombre de fonctionnaires - que les syndicats entendent contester. « N’attendez pas tout de l’État, aidez-vous vous-même », aime répéter Basescu à ses partisans. Entre culture étatiste héritée du communisme et exigences de la mondialisation imposées par le FMI, la marge de manoeuvre de la Roumanie reste étroite.

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