RIGUEUR DOUCE.

Mardi 6 décembre 2011 // La France

Le deuxième plan de rigueur présenté le 6 novembre n’a de sens que par rapport à un troisième plan qui sera mis en oeuvre après les élections de 2012.

Les formules utilisées par François Fillon étaient impressionnantes : le budget sera « le plus dur depuis 1945 » et « la main du président de la République n’a pas tremblé » lorsqu’il fallut choisir les mesures de rigueur permettant d’aboutir à « zéro déficit en 2016 ». Les syndicats et plusieurs groupes professionnels ont, bien entendu, protesté mais beaucoup de commentateurs soulignent que nous sommes encore dans une phase douce de la rigueur.

Une douceur qui paraîtra relative. François Fillon a annoncé le gel des barèmes de l’impôt sur le revenu et de l’IsF qui se décalaient habituellement en fonction de l’inflation. Quant aux prestations sociales, leur progression sera limitée à 1% pour 2012-2013 au lieu d’être indexée sur l’inflation. Un nouveau taux de TVA à 7% sera institué et les revenus du capital seront plus lourdement taxés. Enfin, le passage à la retraite à 62 ans, prévu pour 2018, sera avancé d’un an.

Le candidat socialiste a dénoncé une rigueur trop molle pour les grandes entreprises et les riches contribuables et trop dure pour les classes moyennes et populaires. Puis il a précisé sa pensée en déclarant à Libération (7 novembre) qu’il voulait « donner un sens » à une rigueur définie comme « gestion sérieuse des finances publiques » et comme « rigueur à l’égard des plus fortunés dès lors qu’ils ont beaucoup reçu ».

Sous la pugnacité du propos, reparaît la conviction du candidat socialiste : ne pas remettre en cause la recherche de l’équilibre budgétaire et donner ainsi des gages aux marchés financiers. Cette prudence n’est guère appréciée par divers économistes de gauche qui souhaitent une politique industrielle en vue de la croissance. Il faudra aussi que le candidat socialiste s’accommode du « mouvement politique » que lance Arnaud Montebourg : celui-ci veut défendre ses propres idées sur la « démondialisation » tout en participant à la campagne du candidat. Or il est probable que l’ancien candidat à la primaire insistera plus sur la nécessité du protectionnisme que sur le sens à donner à la rigueur. François Hollande va donc être obligé de se battre sur deux fronts : sur la droite contre l’UMP, sur sa gauche contre Arnaud Montebourg et contre Jean-Claude Mélenchon qui s’est moqué de François Hollande, « capitaine de pédalo » pris dans la tempête.

Mais François Fillon est lui aussi dans une position inconfortable. Il lui faut à la fois affron- ter la gauche, la Commission européenne et les fameux « marchés ». Répliquer à l’opposition fait partie des exercices auxquels un Premier ministre est habitué. Pour la Commission, c’est plus compliqué : celle-ci a estimé le 10 novembre que la France devait prendre « des mesures supplémentaires pour corriger son déficit public excessif » - sinon ce déficit sera dans deux ans de 5% au lieu des 3% prévus pour 2013. Les ministres concernés - François Baroin et Valérie Pécresse ont affirmé que les engagements seraient tenus. Mais ils ne peuvent pas annoncer de nouvelles mesures de rigueur avant les élections. De plus, le deuxième plan de rigueur va accélérer la tendance à la récession. Les rentrées fiscales en seront diminuées d’autant. Et l’Etat paie un taux d’intérêt de plus en plus élevé sur son endettement, ce qui complique encore la tâche.

Il faut donc que le gouvernement s’en tienne à la rigueur douce en espérant que la note de la France ne sera pas dégradée par Moody’s et consorts afin de garder une chance de gagner la présidentielle. Mais ensuite, la France gouvernée à droite ou à gauche n’échappera pas à un plan plus conforme à la pression des marchés financiers.

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