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Qui représente quoi ?

Grèves et troubles ne font que révéler les faiblesses du système Français.

Vendredi 28 décembre 2007 // La France

Si une démonstration a été faite au cours du mois de novembre c’est bien que le pays réel
n’est pas représenté en république française. Cette belle expression « pays réel  » est sortie de la plume de Maurras il y a maintenant plus de cent ans, ce que les gens qui l’emploient ignorent souvent : elle lui servait à montrer dans les débuts de la III° République à quel point la vie politique française, ses combinaisons internes, ses agitations publiques - ce qu’il appelait « le pays légal » - était totalement étrangère aux préoccupations et aux besoins de la France réelle. Cette opposition du pays légal et du pays réel était une vue si juste, expliquait si bien le problème institutionnel français qui demeure aujourd’hui fondamentalement le même, que l’expression elle-même - et ce n’est pas la seule du vocabulaire maurrassien - est entrée dans le langage courant ; elle est utilisée aujourd’hui par toutes sortes d’analystes qui seraient fort étonnés si on leur en révélait l’origine.

Pays réel, pays légal

Oui, rien n’est plus vrai encore aujourd’hui que cette constante opposition du pays légal et du pays réel. En France, le pays réel n’est pas représenté, il n’est pas non plus gouverné au mieux, il est administré, sur administré même, et il est incontestablement exploité. La sphère légale, tout ce qui en vertu de la loi est censé diriger le peuple français, s’est constitué en univers à part, où ne pénètrent point les soucis concrets du peuple français, ou même le bien commun, l’intérêt national n’ont point force d’obligation contraignante. Ses préoccupations sont autres.

Elles sont personnelles, partisanes, politiciennes. Ce qui est extravagant, c’est que tout le monde le sait et le constate, jusque, et y compris les membres de cet univers légal, mais rien n’y fait, c’est ainsi. Et sans doute est-il craindre que rien ne changera. Sauf peut-être événement majeur... alors que l’occasion s’offrait et s’offre encore sinon de résoudre la question, du moins de la faire progresser Le président Sarkozy n’est-il pas un homme pressé. ?

Une fausse représentation

En quelques mots, que s’est-il passé ? Des syndicats - les seuls homologués par la loi - ont décidé de faire grève pour défendre des intérêts, sans doute légitimes, mais privés, particuliers, même s’ils sont publiquement, légalement reconnus et institués, entre autres les régimes de retraite. Soit. Mais très rapidement force a été de constater que le nombre des grévistes ne correspondait pas une mobilisation massive et surtout que la grande majorité des gens ne suivait pas le mouvement, ne l’appuyait pas et - vu ce qu’est la société moderne, en souffrait terriblement. 30%, 20%, voire 10% de grévistes imposaient leur loi à l’ensemble de la population. Il apparaissait en outre que les motivations qui sous-tendaient l’action, étaient plus d’ordre politique, en France il faut entendre idéologique, que réelles. Même les chefs syndicalistes, y compris CGT, se sentaient mal pris dans un processus dont la finalité leur échappait et échappait à toute maîtrise quelle qu’elle fût. Le discours convenu de la surenchère syndicale y perdait tout crédit. Le service public, dans la mesure où cette notion veut dire encore quelque chose était l’objet d’un chantage et il sera intéressant de voir ce qu’il en sera du service minimum après le 1er janvier, date ou il doit s imposer légalement.

Du côté des universités, c’est encore plus flagrant. Les grévistes ou prétendus tels, ne représentent strictement rien sinon des agitateurs qui s’imaginent être quelque chose en « foutant » en l’air la société. Il faut dire que l’histoire républicaine leur enseigne à longueur de temps cette héroïque conception ! Voici maintenant des lycéens en grève et les médias diffusent l’information avec la plus grande gravité. Tout cela est totalement ridicule et personne n’ose le dire. Quand on connaît l’état de faillite de l’Éducation nationale et de manière générale de notre enseignement. Il suffit de lire tous les livres qui paraissent sur la question et qui sont autant de cris d’alarme, entre autres ! La débâcle de l’école, une tragédie incomprise présentée par « Laurent Lafforgue et Liliane Lurçat » ou De l’éducation à la révolution permanente de Christine Champions, on ne peut qu’être atterré de ce désordre permanent auquel seule la politique, au sens républicain français du terme, donne de l’importance. Et ce n’est pas parce que le petit Julliard de l’UNEF a obtenu « des sous » de Valérie Pécresse que le problème est résolu. Il ne se situe pas là. Il est plutôt dans le fait que des présidents d’université soient obligés de mettre eux-mêmes leurs établissements en arrêt de travail parce qu’une dizaine de barres de fer sont brandies dans leurs couloirs !

Des banlieues abandonnées

Il en est de même des banlieues. Le retour de l’état de guerre civile, à la moindre occasion, était prévisible. Et pourtant des paquets d’argent ont été déversés, des paquets de discours aussi. Rien n’a été réglé fondamentalement. Les gymnases, les bibliothèques, les galeries marchandes continueront d’être brûlés et saccagés. La politique de la ville est un immense échec. La solution républicano-française n’en est plus une. Elle est inadaptée à la situation nouvelle qui ne fera qu’empirer comme en témoignent tous ceux qui la subissent, les policiers en premier. Aucun effet d’annonce, aucun geste démagogique n’aura de résultat réel sur cette partie de la société qui maintenant échappe même à tout statut. Les rappels l’ordre de l’autorité ne serviront à rien ni les vertueuses indignations bourgeoises. Au fait, pourquoi les Lang, les Hollande, les Royal les Coppé, les Borloo et tutti quanti ne vont-ils pas s’installer à longueur d’année dans ces quartiers ? Ces quartiers ne sont-ils pas les enfants chéris de la République, les fleurons de sa politique ?

Là non plus on ne voit pas le problème là où il est. Les élus locaux sans doute, mais ont-ils le droit et le pouvoir de le dire ? Ces quartiers ne sont pas représentés, et même pas par les organisations prétendument religieuses montées par Sarkozy et qui n’apportent rien.

Entendons-nous représentés réellement. Là aussi il n’existe que le pays légal... et donc, en face, non pas le pays réel, mais le pays illégal qui n’a que l’illégalité pour se faire entendre de la légalité, pour exister devant elle. Est-ce si dur à comprendre ? Et où donc passe le pays réel ? Au néant politique et médiatique dans la république française.

Il est quand même des lueurs qui se font jour. L’opinion commence peut-être à saisir qu’une page se tourne. Durant les grèves, il eût été facile, par exemple, de signifier qu’il n’y avait aucune raison que les assemblées générales soient tenues uniquement par les syndicats reconnus par la loi. A quand de vraies assemblées générales, entreprise par entreprise, de tous les employés, voire de tous les partenaires sociaux, sans le corset de la fausse représentation syndicalo politicienne. Voilà le lieu par excellence du suffrage, du suffrage universel pratiqué dans sa sphère et qualifié dans sa modalité Et il faudra bien y venir : les règlements se feront branche par branche, entreprise par entreprise, parce que c’est la réalité. Mais malheureusement en république française, ni les métiers, ni les professions, ni les entreprises n’existent véritablement et c’est là que gît le problème.
Pourquoi encore, lors des prétendues grèves étudiantes, n’a-t-il pas été décidé d organiser partout des assemblées générales où tous les étudiants, faculté par faculté, auraient été amenés à voter ? De vraies AG quoi ! Cela s’est fait très heureusement et spontanément en quelques endroits, preuve que les choses changent. Pareilles AG doivent se tenir sous le regard des autorités universitaires et les corps universitaires doivent être eux-mêmes réellement représentés, exister. Voilà la solution.

Une représentation de la France réelle

Qu’enfin soit reconnue la France réelle des corps intermédiaires, ceux que la République récuse jusque dans ses théories constitutionnelles. La faiblesse des corps intermédiaires, l’importance négligeable attribuée à toutes les institutions qui réellement font vivre le pays sont la cause essentielle du mal être français, économique, social, politique.

Ces vérités échappent aux élites qui vivent de leur propre corporation sans se soucier du reste parce qu’elles se sont arrogé la légalité. C’est trop facile. Et les hommes politiques s’accommodent d’un système faussé mais qui est l’image du leur ; un univers théorique, clos sur lui-même et qui constamment, s’assure une légitimité de façade. Qu’est-ce qu’un parti politique à la française, sinon un syndicat à la française où les carrières se déroulent de la même manière et où les avantages se répartissent selon les mêmes règles. On sait publiquement et depuis longtemps comment s’opèrent les financements ; ça fonctionne de la même façons. Et tout ce petit monde a un intérêt évident à garder les choses entre soi, même en se disputant.

Eh bien, non, ce système va sans doute vers sa fin. En tous les cas, il est fortement ébranlé. Quant à la question des quartiers, dramatique déjà et qui peut devenir catastrophique, elle ne recevra un commencement de solution que lorsqu’on voudra se pencher vraiment sur le problème de la représentation qui les représente, s’il vous plaît ? Et qui peut parler avec es autorités ? Mais la République préfère sans doute avoir à faire à des gangs de voyous cela ne remet pas en cause ses principes ! En dehors de ce qu’elle appelle l’ordre et qui n’est que son petit système, elle ignore les vrais principes de l’ordre qui permettent de composer la société. Aussi se révèle-t-elle de plus en plus incapable de la gouverner. La police n’y suffira pas.

Il y a maintenant et clairement une question d’institution qui est posée. Tant pour la représentation de la France réelle que pour le gouvernement de la nation tout entière dans la durée et l’unité. Au risque de sa suivie.

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