Qui est donc Monsieur Henri Guaino ?

Vendredi 12 septembre 2008, par Olympe Bhély-Quenum // L’Afrique

On a rarement vu le doyen aussi remonté contre quelqu’un. A moins qu’il ne dorme pas bien depuis le mauvais accueil, par les Africains, fait au discours de son patron à Dakar en juillet 2007, Henri Guaino, finalement, n’existe que par la provocation. Une provocation qui n’élève nullement le personnage. Chez nos confrères du Monde des 26-27 Juillet 2008, il a récidivé après s’être rendu compte qu’il se faisait déjà oublier. Olympe n’a pas voulu laisser passer ses inepties qui sont proférées du haut d’un Palais que les Africains respectent. Mais pour combien de temps encore ? Trop c’est vraiment trop. Dans le texte qui suit, Guaino n’a que ce qu’il mérite. Mais faudrait-il en arriver à la déliquescence totale des relations entre l’Afrique et la France ? Henri Guaino, dans tous les cas, y travaille.

Coutumier du fait depuis 1976, voici une de mes interventions que Le Monde ne publiera pas
les dieux d’Afrique en soient loués il y a mon site bien référencé et l’Internet qui n’étouffe personne.

Je ne lis plus de journaux français depuis assez longtemps, pas même Libération au secours duquel j’ai volé quand il ne battait plus que d’une aile et poussait des cris d’un blessé à mort mais on m’a appelé de Paris pour me dire de « lire absolument Le Monde du dimanche-lundi 26-27 juillet, Monsieur Guaino récidive, s’attire les bonnes grâces de votre vieil ami Bara Diouf.. » Je me suis rendu à Uzes pour acheter Le Monde. A la page 12. dessin do Jos Collignon qui m’a fait penser à l’Ouganda sous Amin Dada, puis au Rwanda. Plaisir de revoir de mon très regretté ami René Dumont une photo que je connaissais ; En 1962 ou 1963, quand Le Monde diplomatique voulait qu’un critique, africain ? analysât « L’Afrique noire est mal partie », c’était à moi que le mensuel recourut plus tard, je fus chargé de contacter l’auteur quand l’Unesco voulait l’inviter à plancher. Nous étions à tu et à toi ; en 2000 (novembre ?) René me téléphone « mal fichu, presque à bout, mais j’ai lu ton C’était à Tigony et compris que tu aies écrit Tigoni avec y ; Nous parlions beaucoup des pays où tu menais tes enquêtes ; Olympe, tu as mis le pied dans trop de plats en porcelaine, ton livre sera enterré... ». Il parlait d’or hormis Claude Wauthier pour RFI. 45 exemplaires de C’était à Tigony envoyés aux critiques de la presse française ont été littéralement étouffés. Vive la France de la Francophonie !

J’ai lu ensuite le texte de l’Arlésien de l’Elysée ; Il naquit l’année même, où jeune professeur de lettres au lycée de Coutances je ripostai sans barguigner contre un député normand qui avait écrit « Le feu couve en Afrique » un texte ignoble, à cause de la Loi Cadre, de Gaston Defferre ; convoqué au Rectorat de Caen, Monsieur Dore, le Recteur, devait juger « légitime » ma réaction. Pas de censure.

L’Afrique en 2008 aurait-elle des leçons à recevoir du Conseiller spécial du président de la République française ? Il a certainement lu sur mon site ma Lettre à Cheikh Anta Diop. un lémure qui dérange : il y a un parallélisme entre le racisme anti-africain de Hegel et l’innommable discours du président de la République française à Dakar ; Monsieur Henri Guaino en est l’auteur ; Arrivé en France en 1948, arrière-grand-père d’enfants de sangs mêlés, je ne tolérerais jamais qu’un Monsieur né après mon deuxième enfant donne des leçons à l’Afrique. Il en appelle à mon vieil ami Bara Diouf, à Thabo Mbeki aussi piégé par les sirènes de l’Elysée, mais censuré au sein du CNA ?

Je n’aurais jamais cru qu’un Monsieur né après mon deuxième enfant donne des leçons à l’Afrique. J’en appelle à mon vieil ami Bara Oiouf, à Thabø Mbeki aussi piégé par les sirènes mais censuré au sein du Chiche, j’aimerais que les présidents Wade ou Bongo, ou l’UA organise un séminaire d’une cinquantaine d’intellectuels africains, y compris des écrivains compradors, reptiles des couloirs du gouvernement français, en quête de créneaux où s’insérer ; ainsi, nous dissèquerions le texte émaillé de faux-fuyants, d’hypocrisies, d’insincérité et de mensonges d’un donneur de leçons, paru dans Le Monde du 26-27 juillet 2008.

Professeurs de lettres, linguistes et sémanticiens africains passeraient ce texte au peigne fin et s’en exfiltrerait un portrait psychologique de son auteur. Bernard-Henri Lévy avait parlé de maurrassisme ; il a raison il y a du Barres aussi chez ce Monsieur qui ne lit pas ou lit mal les autours africains, qui, dans leur pays natal ou de la diaspora, décrivent sans concessions la déliquescence sociale, la pauvreté, la corruption, les détournements de fonds et la misère. Qu’il lise la presse béninoise à l’heure du Changement, qu’il lise l’historien Félix Iroko que l’ex-président Kérékou a taxé de révisionnisme parce qu’il avait exposé la part de l’ex-Dahomey dans la traite esclavagiste.

Aucun Africain ne nie qu’il y a ou des hommes de bonne volonté qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux des dispensaires, des écoles... Ces apports de la France civilisatrice ont eu pour corollaire le travail forcé dont un aspect de la tragédie est décrit dans « Un piège sans fin » roman admiré par Jacques Chardonne ! Ce livre sera néanmoins qualifié de violement anticolonialiste ». Aurais-je dû crier : Alléluia ! ou entonner un Te Deum ? En admirant « les bienfaits de la Mère Patrie » fallait-il étouffer ses crimes ? « La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes ». Revoilà le donneur de leçons de l’lysée de plain-pied chez Hegel déclarant doctement, sans rien savoir de la vie des nègres « On doit se représenter les nègres comme une nation d’enfants qui ne sort pas de son état de simplicité, état où l’on ne prend pas, et qui n’offre pas d’intérêt.. Leur religion a quelque chose d’enfantin. Ils ne s’attachent pas à ce qu’ils sentent de plus élevé. »

L’Afrique, un grand continent qui « n’arrive pas à se libérer de ses mythes » Décidément, Monsieur Henri Guaino manque de bonnes lectures : s’il avait lu Hérodote, il aurait su les métamorphoses et l’évolution du mythe qu’elle fut d’abord. Si, apostat, le grand continent qu’est l’Afrique avait renié ses divinités et ses mythes pour les monothéismes judéo-chrétiens, les mêmes qui lui reprochent ses mythes le taxeraient de singer l’Occident. Que Monsieur Guaino lise donc AKE, années d’enfance, de Wolé Soyinka : y a un chapitre magnifique où le prix Nobel de Littérature décrit le processus de son initiation par son grand-père qu’il lise aussi le merveilleux Un long chemin vers la liberté, autobiographie de Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix : sidérante, l’implacable exécution du rituel de son initiation force l’admiration. Un mythe à jeter aux orties ? Il a façonné un Homme de renommée universelle.

Je renvoie l’Européen Henri Guaino à Homère, ensuite, à des romans de certains écrivains de la diaspora africaine depuis plus d’un demi-siècle : bien que ces auteurs se meuvent sans complexes dans dos réunions, colloques internationaux, cocktails diplomatiques, etc. Ils demeurent des Africains en qui souvent fonctionne un rituel. Catholique, Franc-Maçon de la Constitution anglaise (Londres), je suis avant tout le fils d’une Grande Prêtresse Vodun du Bénin. Au contraire de Hegel qui écrivit dos âneries sur les nègres sans les avoir connus, Monsieur Guaino rencontre des chefs d’Etat africains et a peut-être des amis africains, mais il ne comprendra jamais rien à leur « grand continent » si dans ses tréfonds perdure le rêve colonialiste.

Emmanuel Mounier fut un ami d’Alioune Diop, Fondateur des éditions Présence Africaine il existe la lettre où le philosophe personnaliste stigmatisait les Africains ennemis de leur propre passé, ces renégats qui n’arriveront qu’à produire, dans l’écume de quelques grandes villes, de faux Européens, « des Européens en contre-plaqué ». Il y en a qui rampent, se faufilent dans les couloirs ministériels on faisant allégeance à la FrançAfrique parce que déracinés-dénaturés, ils n’ont pas d’assise dans leur pays.

Comme Léo Frobenius, Emmanuel Mounier aussi parcourut l’Afrique, rencontra des Africains parmi lesquels mon père ainsi que Paul Hazoumé, Jacob Adégun et d’autres lettrés du Dahomey ; puis il esquissa un portrait psychologique de l’Africain en général ; poser la question de savoir si Emmanuel Mounier était raciste, c’est louvoyer, prendre la fuite en sentant émerger de ses tréfonds l’image de ce qu’on prétend ne pas être. Outre les lettres classiques et la diplomatie, l’anthropologie sociale, plus exactement, socioculturelle fait partie de mes formations ; j’ai bien connu Roger Bastide et nous discutions, sur le plan comparatiste, des problèmes du vodun ; j’ai dévoré et je relis des ouvrages de Lévi-Strauss, grand homme circonspect, jamais catégorique quand il aborde le domaine africain. Ce n’est jamais le cas chez Monsieur Henri Guaino, ni chez certains journalistes, qui, ne parlant aucune langue du continent, y trimbalent leurs fantasmes en les attribuant aux Africains.

J’invite le scribe des discours du président de la République française à lire ces propos de l’homme bon, aussi très intelligent qu’attachant que fut le Pape Jean XXIII accueillant à Rome, à Pâques 1959, les Négro-Africains du 2° Congrès des Ecrivains et Artistes noirs. En 1956, la crise de la culture avait été le thème central du premier Congrès tenu à Paris le souci dominant était alors de situer les responsabilités et de dissiper les équivoques, parce que, « sous l’influence des intérêts colonialistes, les peuples d’Occident avaient accepté la notion de peuples sans culture » en ignorant la contribution des peuples afro-asiatiques au patrimoine humain et l’action consciente et méthodique exercée contre les cultures indigènes. D’entrée, Alioune Diop devait déclarer : « Les gouvernements coloniaux avaient beaucoup trop à dissimuler à leurs propres peuples pour tolérer que nos cultures portent témoignage contre I‘idéologie et l’ordre colonialistes. Nous fûmes longtemps, sous l’oppression de la puissance, des peuples muets et absents de la scène mondiale. »

A Rome, on 1969, le 2° Congrès avait pour titre : Unité et Responsabilité de la Culture négro-africaine. Il est significatif que « La culture africaine comme base d’une manière d’écriture originale » ait eu la part du lion dans ce congrès et que beaucoup de débats eussent été consacrés à la littérature ; n’empêche, le syntagme « le mouvement pour l’expression des idées africaines dans une écriture originale fut considéré comme « une révolte contre l’occident » bien qu’il n’y en eût la moindre idée, d’autant plus que »la force de ce mouvement » était essentiellement constructive, « avec une puissante passion pour la création et une conscience nouvelle de ses origines ». On en trouvait déjà des prémices dans nombre de romans, poèmes, nouvelles et pièces de théâtre conçus entre 1950 et 1959. Mieux que ceux pour qui « le mouvement pour l’expression des idées africaines dans une écriture originale était une révolte contre l’Occident, le Pape Jean XXIII avait compris les objectifs du congrès quand, souhaitant la bienvenue aux congressistes, il se référait à la ville de Rome et déclarait « C’est dans son cadre prestigieux que vous vous appliquez à étudier l’unité et les responsabilités d’une culture négro-africaine. Appartenant vous-mêmes à diverses nations de l’ancien et du nouveau monde, différents parla langue et par le style de vos oeuvres, vous vous affirmez liés par une unité, qui est celle de votre race d’origine, et par de communes responsabilités envers votre patrimoine ancestral. »

« L’Église apprécie, respecte et encourage un semblable travail d’investigation et de réflexion, qui a pour objet de dégager les richesses originales d’une culture propre, d’en retrouver les points d’appui dans l’histoire, d’en manifester les harmonies profondes à travers des expressions variées, d’en faire bénéficier enfin, par des oeuvres nouvelles, les pays respectifs auxquels vous appartenez. »

« Partout en effet où d’authentiques valeurs de l’art et de la pensée sont susceptibles d’enrichir la famille humaine, l’Eglise est prête à favoriser ce travail de l’esprit.(..] On ne peut donc que suivre avec intérêt, messieurs, vos efforts pour rechercher les bases d’une communauté culturelle d’inspiration africaine, en formant le voeu qu’elle repose sur de justes critères de vérité et d’action ! » Quiconque a lu intégralement cette déclaration singulière, s’en souvient un peu et réfléchit, évite d’écrire des sottises génératrices de conflits entre Africains et Européens, car, « ce que nous voulons, ce n’est pas connaître, c’est ce qu’on ne nous empêche pas de croire que nous savons déjà. » Nietzsche.

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