Quelle voie(x) pour le centre ?

Mardi 25 octobre 2011, par Jean de La Faverie // La France

Quelle voie(x) pour le centre ?

On assiste, nolens volens, à une recomposition de l’échiquier politique : montée de l’extrême droite, déclin de la droite traditionnelle, radicalisation de la gauche... Dans ce contexte, et â l’approche de l’élection présidentielle, le centre tente de se fédérer et de se donner une chance d’avoir un candidat au second tour. Mais la multiplication des candidatures brouille les cartes.

« JE SUIS et je serai au rendez-vous ». François Bayrou, président du Mouvement démocrate (MoDem) croit en ses chances d’accéder au second tour de la présidentielle de 2012 et, pourquoi pas, d’accéder à la fonction suprême. Arrivé en quatrième position en 2002, il avait créé la surprise en 2007 en pointant à la troisième place, avec près de 19 % des voix. C’est tout logiquement qu’il rêve de seconde position pour 2012. Encore faudrait-il qu’il rassemble toutes les forces et voix centristes, de gauche comme de droite, et qu’il gomme l’image de fossoyeur de la machine de guerre politique et parlementaire que Valéry Giscard d’Estaing avait créée dans les années 70. Une machine qu’Hervé Morin (Nouveau Centre) rêve de reconstruire !

NOUVELLE COALITION

Voilà qui explique, en partie, pourquoi François Bayrou n’a pas rejoint la Confédération des centres, devenue l’Alliance républicaine, écologiste et sociale (ARES), ce « panier de crabes » créé sur l’initiative... d’Hervé Morin. C’est le 7 mai, lendemain du quatrième anniversaire de l’élection de Nicolas Sarkozy, que 300 cadres du Nouveau Centre ont entériné leur adhésion à cette confédération qui rassemble le Parti radical de Jean-Louis Borloo, la Gauche moderne de l’ancien ministre d’ouverture, Jean-Marie Bockel, la Convention démocrate d’Hervé de Charette et l’Alliance centriste du sénateur Jean Arthuis. L’objectif de cette nouvelle coalition est de se structurer en vue de la présidentielle et de présenter un candidat unique.

Mais quel est le positionnement politique de cette ARES ? « Elle n’a de centre que le nom », explique François Bayrou qui qualifie cette union (Le Figaro Magazine du 6 mai) « de groupuscule de plus qui ne sert à rien » sauf à être « dans le camp de la majorité ». Pour lui, tous ces « transfuges » doivent entièrement leur existence politique à l’UMP, soit « la totalité de leurs sièges, la totalité de leurs avantages, financements, privilèges... ». Il n’a pas tout à fait tort dans la mesure où le parti radical de Jean-Louis Borloo est financé.., par le parti présidentiel qui ne veut pas rendre l’argent. Une procédure judiciaire a été engagée par le PR contre l’UMP pour récupérer 1, 2 million d’euros que le parti présidentiel ne lui aurait pas versé !

SCHIZOPHRÈNES

En fait, l’ARES aurait été créée pour faire de l’ombre au MoDem et briser dans l’oeuf la candidature de François Bayrou. Elle constituerait un sous-marin de l’UMP pour rassembler à gauche et transformer l’essai au second tour. Et, cela, tout en revendiquant « son indépendance » vis-à-vis de l’UMP ! En effet, ses dirigeants ne se gênent pas pour égratigner la politique présidentielle et gouvernementale. « L’UMP
est une parenthèse qui s’achèvera en 2012 », a clairement indiqué Hervé Morin qui a pourtant été ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy pendant quatre ans et qui s’est séparé de François Bayrou pour rejoindre, en 2007, le giron présidentiel ! Depuis le remaniement de novembre 2010, Jean-Louis Borloo, ancien ministre d’État chargé de l’Écologie de Sarkozy, s’est montré parfois sévère : « Oui, il est urgent de redonner sa place à la Démocratie, de l’inscrire à l’ordre du jour, de la transformer en projet pour demain », avait-il déclaré en réaction au débat sur l’identité nationale.

EFFET COLLATÉRAL

Alors, les centristes ne seraient-ils pas schizophrènes ? Ils se disent indépendants du parti présidentiel mais sont en partie financés par l’UMP ; ils critiquent le gouvernement mais sont responsables (au moins par complicité) de la politique menée depuis quatre ans par le gouvernement Fillon. De fait, l’ARES ne serait-elle déjà mort-née ? On sait que Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo ont signé une sorte de compromis. En pratique, les adhérents du Parti radical valoisien (de Borloo) pourront rejoindre l’Alliance républicaine, écologiste et sociale tout en conservant leur carte de l’UMP. Ce qui vient renforcer les soupçons de François Bayrou... Même Jean Arthuis s’interroge : « Je ne vois pas comment on peut prévoir de propulser un candidat du centre si on reste à l’UMP, et dans ces conditions, je ne vois pas l’intérêt d’une confédération », a-t-il déclaré à notre confrère Le Parisien, le 14 mai dernier. Effet collatéral de ce pacte de double appartenance : les comités départementaux de l’UMP n’oseront sans doute pas exercer leur pouvoir disciplinaire à l’égard de ses adhérents (en particulier les parlementaires) qui auront rejoint la Confédération de centre-droit même si rares sont ceux qui ont, pour l’heure, franchi le pas.

EXPLOSER EN VOL

En fait, les députés centristes de l’UMP ont fait pression sur Borloo. Beaucoup ont craint de se voir opposer, aux législatives de juin 2012, un candidat UMP avec la perspective de perdre leur strapontin au Palais-Bourbon. Contrepartie de l’accord, l’UMP accentue son emprise sur le parti de Borloo et lui enlève toute velléité de s’acoquiner avec le MoDem... Au passage, l’UMP piétine allègrement ses statuts qui interdisent toute double appartenance ! La question est de savoir si Hervé Morin va suivre et négocier une immunité pour ses parlementaires. Bref, l’ARES qui a fait de « l’indépendance » politique son slogan de campagne a conservé son existence juridique et patrimoniale et a même menacé le Nouveau Centre d’aller devant les tribunaux pour qu’il cesse d’utiliser sa marque en se proclamant « l’UDF d’aujourd’hui ». Selon le journaliste Laurent de Boissieu, la marque UDF aurait été déposée plusieurs fois auprès de Institut national de la propriété industrielle (INPI) a du plomb dans l’aile. Cette belle Alliance pourrait exploser en vol à l’automne, quand il s’agira de désigner le candidat qui doit affronter Nicolas Sarkozy. Compte tenu de la mainmise de l’UMP sur cette confédération, l’hypothèse d’une candidature centriste non-dissidente (hors Bayrou et Villepin) est-elle envisageable ? « Celui qui à l’automne s’engagera à porter les couleurs du centre devrait aller jisqu’au bout », avait affirmé Hervé Morin qui avait soutenu mordicus : « Je ne resterai pas dans une confédération qui renonce ou qui serait aux ordres » (sic).

ESPACE MÉDIATIQUE

Jean-Louis Borloo pourrait se sentir plus libre d’annoncer officiellement sa candidature depuis qu’un de ses fidèles lieutenants, l’ancien député Dominique Paillé, s’est vu débarquer, par Nicolas Sarkozy, de la présidence de l’Office français de l’immigration et de l’intégration en août dernier. Mais comme tous les autres candidats, il attendra le lendemain des élections sénatoriales (et un possible remaniement), ainsi que la fin des primaires socialistes qui vont phagocyter l’espace médiatique. Pour Dominique de Villepin, autre candidat positionné au centre de l’échiquier politique, il est tout aussi urgent d’attendre. Il doit affiner une stratégie qui reste floue et restaurer une image ternie par quelques défections retentissantes au sein de son parti, République Solidaire : Marie-Anne Montchamp, devenue secrétaire d’État, Bruno Le Maire, devenu ministre de l’Agriculture... Même son attachée de presse, Chantal Bockel, cousine de Jean-Marie Bockel, l’a quitté pour rejoindre André Vallini... député socialiste de l’Isère.

Enfin, d’autres inconnues subsistent : l’attitude de Christine Boutin qui pèse 0,5 à 2 % des voix ; celle des déçus d’Europe Écologie qui ont préféré le tempéré Nicolas Hulot à la dure et intransigeante Eva Joly. Le MoDem roule des yeux de Chimène sur cet électorat qui représente au moins le tiers des voix écologistes... La vraie question est de savoir de quel côté les électeurs de ce qui constituait autrefois le « Marais » vont pencher ? Compte tenu de la bipolarisation de la vie politique française, le centre constitue plus qu’une variable d’ajustement : c’est, bien souvent, le juge de paix de la victoire finale. D’autant plus qu’il constitue une réserve de voix importante : au bas mot, 10 % des suffrages. Un stock que les deux qualifiés pour le second tour du 6 mai 2012 ne pourront pas négliger.

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