Quelle leçon à Tirer ?

Mercredi 20 décembre 2006, par Bertrand RENOUVÏN // La France

Ségolène Royal déclare que « la politique doit partir de la réalité de la
vie des gens, être attentive aux leçons que le peuple donne ». La candidate
socialiste officielle peut immédiatement donner des exemples concrets à
l’appui de ces beaux principes.

Les « gens » ont fait l’expérience dans leur vie quotidienne de la forte
hausse de prix engendrée par le passage à l’euro. Leur « diagnostic
partagé » se résume ainsi : ceux qui ont organisé la propagande en faveur
de la monnaie unique se sont trompés ou les ont trompés.

Les « gens » attendent peut-être les excuses publiques d’une candidate qui
veut « changer la politique » au nom des valeurs. Ils attendent plus
probablement la dénonciation de l’euro fort, la définition d’une nouvelle
politique monétaire pour la France et l’Europe et un examen critique de la
zone euro. En bonne logique, cette leçon sur la monnaie devrait entraîner
un rejet du social-libéralisme hypocritement pratiqué par les gouvernements
auxquels Ségolène Royal a appartenu.

Il faut ensuite tirer la leçon que le peuple français a donnée le 29 mai
2005. Le Non massif implique une offensive politique contre
l’ultra-libéralisme bruxellois et la renonciation explicite à tout projet de
« constitution européenne ».

L’annonce publique de cette rupture n’est pas suffisante. Une relance de
l’Union européenne est nécessaire. Compte tenu des débats qui ont eu lieu
pendant la campagne dans le camp des vainqueurs, il serait judicieux de
proposer que l’Union prenne une forme clairement confédérale,

avec primauté du Conseil des chefs d’État et de gouvernement, réduction de
la Commission à des tâches de simple exécution et contrôle politique d’une
Banque centrale européenne dont les missions sont à redéfinir.

Compte tenu des réalités dramatiques auxquelles d’innombrables
entrepreneurs et commerçants sont confrontés, avec les conséquences que l’on
sait sur le niveau de l’emploi, il est urgent de se prononcer pour l’organisation d’un système de protection douanière de l’Europe
continentale.

Autre leçon : la longue résistance opposée par les ouvriers, les employés
et les cadres aux programmes de destruction des services publics et de
liquidation des entreprises nationales. Ségolène Royal, qui a entériné les
privatisations opérées par le gouvernement Jospin, doit se mettre à l’écoute
du peuple français qui se sait exposé à une pénurie d’énergie électrique
depuis la grande panne du 4 novembre. Elle devrait par conséquent annoncer
la restauration et le développement des services publics et la
nationalisation des secteurs qui sont indispensables à l’indépendance de la nation.

Quant à la participation aux décisions collectives, il serait heureux
qu’elle engage un débat public sur l’organisation d’une planification
souple et démocratique, associant dans ses commissions les syndicats et
les autres organisations représentatives de la société française.

En tirant ces premières leçons, décisives, Ségolène Royal resterait dans le
rôle auquel elle prétend. Les autres aspects de la vie économique et sociale
doivent être confiés au parti ou à la coalition qui aura la tâche de
préparer la campagne des législatives.

Comme le dit très justement Nicolas Dupont-Aignan, il est contraire à la
tradition de la République gaullienne que les partis politiques adoptent
un programme de législature avant l’élection, à tous égards décisive, du
chef de l’Etat. Respecter le rythme politique de la Ve République,
gravement perturbé par le quinquennat, c’est permettre au peuple tout
entier de débattre et de choisir en connaissance de cause.

« Changer la politique » ? Nous prenons Ségolène Royal au mot. Et pour bien
nous faire comprendre, nous emploierons une expression tirée de la langue de
bois du ségolénisme triomphant : notre « expertise citoyenne » nous
conduit à observer que Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont été tous deux
partisans du Oui, de même que Jacques Chirac, autre candidat possible de la
droite, et Dominique Strauss-Kahn, nouvel homme fort du Parti socialiste.

L’absence de partisan du Non
parmi les candidats susceptibles
d’entrer à l’Elysée crée une
situation dangereuse, dans les
urnes et dans la rue. Que la candidate socialiste se le tienne pour dit.

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