Quel procès pour Jacques Chirac ?

Mercredi 23 février 2011 // La France

Jacques Chirac comparaîtra finalement devant un tribunal correctionnel de Paris. pour l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris, entre les années 1992 et 1995. Les arguments de ses avocats concernant son état de santé n’ont pas convaincu les magistrats. Il est vrai que ces arguments (on a même parlé de maladie d’Alzheimer) gardent une saveur curieuse à propos d’un homme longtemps surnommé « l’Increvable » et qui a dû à son exceptionnelle santé le parcours politique le plus long de la V° République.

On va donc juger Jacques Chirac, ou, du moins, on va essayer. Ce sera un étrange procès où la principale partie civile, la Mairie de Paris, s’est désistée et où le parquet, après avoir vainement requis un nord-lieu, a fait savoir qu’il ne soutiendra pas l’accusation. Et puis les faits remontent quand même à plus de dix ans.

De plus, l’ancien président de la République n’éprouve sans doute aucune mauvaise conscience. Il sait que ses pratiques aux limites de l’illégalité sont depuis longtemps le fait de tous les partis politiques, en dépit des lois prétendant moraliser la vie publique. Lorsque les « affaires » ont éclaté lors de son premier septennat, il n’y a vu qu’une manoeuvre de ses adversaires pour le déstabiliser, une manoeuvre qui, en 2002, s’est retournée contre ses auteurs.

Mais est-ce vraiment Jacques Chirac que l’on va juger ? Le procès qui s’ouvrira le 7 mars semble plutôt celui d’une tradition politicienne antique, à défaut d’être vénérable. Guy Mollet répétait déjà qu’il fallait des mairies « pour nous forger un appareil, nous doter de permanents, de budgets ». Les leçons du vieux dirigeant socialiste ont été consciencieusement suivies à gauche comme à droite. Etre maire d’une grande ville, cela permet aussi de tisser des réseaux de fidélités solides et de garder une visibilité. Martine Aubry ne serait rien-aujourd’hui sans sa mairie de Lille.

En ces temps de crise, de telles conceptions peuvent paraître singulièrement cyniques, voire donner du grain à moudre au vieux slogan du « Tous pourris ». Mais on oublie facilement que la politique coûte cher, et que ce coût est celui du fonctionnement normal de notre démocratie.

En mars prochain, on jugera moins Jacques Chirac qu’une certaine manière de faire de la politique, voire une conception de la démocratie.

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