Quel itinéraire !

Samedi 2 octobre 2010, par Dominique Daguet // Divers

Pas de meilleur guide pour cette escapade que notre ami Dominique Daguet…

De la Chapelle de la Sorbonne à la retraite en passant par le « ramadam »…

Qui dit mieux ?

De la Chapelle de la Sorbonne
en passant par le « ramadam » et le départ à la retraite

Quand je fréquentais la Sorbonne, je me posais souvent la question : que fait-on de cette église fermée ? Je savais naturellement que s’y trouvait le tombeau du Cardinal de Richelieu, cela faisait partie de l’initiation orale de l’étudiant, mais nous en restions là ! Quel intérêt, devait penser l’Université, notre Alma Mater, pour un étudiant du XXe siècle d’aller se frotter les yeux sur cette pierre ?

Quant à y prier, le Centre Richelieu suffisait sans doute à ses yeux étrécis. Il est vrai que je fréquentais le Centre et même y militait : j’avais pris le poste non honorifique de rédacteur en chef, ce qui signifiait de factotum : cela m’a valu une initiation jubilatoire aux techniques de l’imprimerie d’avant l’informatique.

Les linotypes, les encres, les casses, les plombs, les rouleaux, les presses à bras pour les essais, celles à moteur pour les tirages, les mises en page dans des formes en métal sur des « marbres » – il fallait absolument que ces formes, dont j’ai oublié le nom, malheureux que je suis, restassent d’une planéité parfaite –, tout cela me grisait, mais pas davantage que la familiarité avec les hommes de ce métier, qui ne cherchaient pas à tirer un parti drolatique de mes ignorances.

J’étais tout de même conscient que l’église de la Sorbonne faisait partie des chefs-d’œuvre qui font la renommée de Paris : mais quels touristes peuvent se vanter de l’avoir visitée ? Il leur faut se contenter d’en admirer la noble façade du premier classicisme français. J’apprends par le Salon Beige, sur l’Araignée, que les Monuments historiques viennent de la restaurer : tout en précisant que la Sorbonne, du fait de grands travaux, se sert de la chapelle comme entrepôt. On a beau être du temps de la laïcité pure et dure, on s’étonne d’un tel abus. Il serait temps que les Parisiens, qui ne peuvent pas rester « ad vitam aeternam » hypnotisés par Sa Grandeur l’Occupant de l’Hôtel de Ville, se réveillassent et manifestent pour leur ville un minimum d’amour et de respect : Notamment en bombardant de messages le site entoilé de la Sorbonne, en déposant des fleurs noires en papier sur les marches de ladite Chapelle, en écrivant en masse leur indignation aux différents journaux qui sévissent en la capitale, de droite (s’il en reste), et de gauche ; sans oublier de téléphoner aux radios de tout type pour joindre les responsables d’émission et leur suggérer de faire, au moins pour l’honneur, un peu de ramdam… Joli mot que ce « ramdam », contraction bienvenue du mot « ramadan » : moment où les jeûneurs, sans pitié pour le voisinage, se permettent de festoyer la nuit en faisant maints tapages.

À ce sujet, je me suis toujours étonné de ce jeûne étrange où, pendant le temps fait pour le travail c’est-à-dire les heures éclairées par le soleil, le musulman grand teint doit faire des efforts inhumains pour, à la fois, ne rien manger et s’éreinter à des besognes souvent pénibles ; tandis que, la nuit, il peut – il ne s’en prive pas – festoyer avec ses voisins, danser, faire de la musique, pratiquer les devoirs conjugaux – notion chrétienne par excellence – et se retrouver le lendemain matin dans un état si pitoyable, les yeux si peu ouverts qu’il a du mal à trouver l’entrée du métro… J’avoue qu’il y a, dans cette conception archaïque de la pénitence, des éléments rationnels qui m’échappent. Par bonheur, le carême que nous suggère d’accomplir l’Église n’est pas à base d’obligations, nous sommes libres que diable !, et les privations du jour n’ont pas à être « compensées » par des noces nocturnes.

L’esprit de l’escalier m’habite : j’ai parlé de travail pénible. Or l’actualité est toute centrée sur la « pénibilité » dont il convient de tenir compte si l’on veut ne pas réformer le régime des retraites. Qu’ai-je dit ? Qu’il n’existe pas de travaux qui ne soient pas « pénibles ». Tous le sont. Ramasser des mûres sur de gros ronciers, trouvez-vous que ce ne soit pas effrayant ? Tant de piqûres au bout de doigts qui sont comme des pelotes de nerfs ! Mais est-ce en outre un métier ? Non, je ne le crois pas. Donc exemple à rejeter. Mais les caissières le disent : elles n’en peuvent plus à la fin de leur journée. Les médecins et les infirmières crient la même ritournelle : surtout que les généralistes font plutôt 13 heures de travail par jour que 7…

Garçons et filles de café, en voilà un métier pénible : j’en ai entendu qui l’on dit sur une radio, il ne faut pas toucher à la date de départ ! Et cuisinier ! Des heures chaque jour à être cuit d’un côté et rafraîchi de l’autre ! Maraîcher ? Cultiver la terre à croupetons ! Les conducteurs de TGV, qui continuent à être appelés chauffeurs, pour rappeler le bon temps d’un métier pas fatiguant du tout, sur les locos à vapeur ? Pendant des heures à appuyer sur un signal : à peine lâché, hop !, le train s’arrête. C’est d’un pénible dont on n’a pas idée.

Et les employés du métro, toute la journée sous-terre, éclairés par des ampoules à basse consommation ? Ou les balayeurs de quai, de rue ? L’un d’eux, un grand Noir car les Français de souche, même au chômage, répugne à tenir le balais, pleurait, appuyé sur le manche de son outil : « J’fais un métier d’con, j’fais un métier d’con… ». Je lui dis : « Et si vous ne balayez pas, qu’es-ce qui se passe ? – Ça sera tout sale. – Oui, mais au bout de plusieurs jours ? – On pourra plus passer. – Alors, vous trouvez que c’est un métier de con que de permettre aux gens de pouvoir utiliser le métro ? – Non, vu comme ça, non ! » Et il reprit son balayage en sifflotant. Du moins c’est ce dont je me souviens, et comme j’ai rapporté le fait deux ou trois fois il est possible que j’ai modifié le texte sans m’en rendre compte : cependant, l’anecdote c’est bien déroulée ainsi.

Ah ! tout de même je n’ai pas entendu dire que les dames-pipi revendiquaient le maintien des 60 ans ! Sans doute ont-elles compris ce que les masses laborieuses chères aux communistes se refusent à concevoir. Quand on a inventé le système par répartition l’espérance de vie des Français était de 65 ans. On ne risquait pas grand-chose à promettre la lune. Mais aujourd’hui cet âge moyen est d’environ de 82 berges. Et il augmente sans cesse. Déjà, dans les années Aubry, cette moyenne évoluait sans cesse et même un nul aurait compris que ce n’est pas abaisser l’âge de départ qu’il aurait fallu, mais le relever vers les 66-67 ans…

On parle du courage de notre gouvernement : moi, je pense plutôt à une faiblesse. Nos voisins en sont à 67, et ils songent à 70 ! Décider 62, c’est en fait une énorme reculade ! Une lâcheté.

28 ans pour les femmes, 24 pour les hommes. En Europe, les Français sont ceux qui passent le plus d’années à la retraite estime l’OCDE dans un panorama statistique…
http://www.metiseurope.eu/les-francais-champions-d-europe-pour-la-duree-de-la-retraite_fr_70_art_28802.html

Certes, c’est difficile de penser ainsi, car obliger les gens à travailler 42/45 ans, après qu’ils aient passé 15 à 20 ans à étudier, ce qui est un travail parfois pénible, on ne peut pas le faire de gaieté de cœur. Oui, mais quand il faut, il faut. Autrefois on arrêtait de travailler en mourant. C’est la faucheuse qui dictait la loi. Aujourd’hui, la retraite dure une vingtaine d’années, au bas mot, car les centenaires deviennent envahissants. Et plus ils sont centenaires, plus ils coûtent, plus ils consomment de visites médicales, de médicaments, de cures thermales, juste avant de s’envoler vers la Sicile, le Maroc, le Japon. Ici, ça ne peut pas exister, heureusement, le départ des vieux vers la montagne.

Tout cela pour dire qu’on ne s’en sortira pas : tous les métiers sont pénibles, certains plus que d’autres, oui, mais donc il faudrait limiter encore plus le temps consacré au boulot ! Il n’y a selon moi qu’une solution : décréter le départ à 58 ans, dans la force de l’âge, mais sans retraite. Chacun se débrouille.

Il paraît que c’est impossible : j’en ai parlé à un député qui a le sens de l’humour. Il m’a répondu que seul un événement planétaire mettant toutes les économies en l’air permettrait d’en venir à une décision aussi extrême. Or il semble que cet événement se prépare : oui, nous ne sommes pas sortis de l’auberge.

Dominique Daguet


Lire : La Chapelle de la Sorbonne transformée en entrepôt ! http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2010/09/la-chapelle-de-la-sorbonne-transform%C3%A9e-en-entrep%C3%B4t-.html

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