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Pakistan - Afghanistan

Quel après Ben Laden ?

Vendredi 24 juin 2011 // Le Monde

Daniel Halévy parlait déjà en son temps de l’accélération de l’histoire. Avec les révoltes du « Printemps arabe », il semble que le phénomène soit en passe de prendre une ampleur nouvelle. La mort du chef charismatique d’Al-Quaida n’est évidemment pas sans implications directes au Pakistan et en Afghanistan. C’est ce que nous allons étudier dans ce numéro. Dans le prochain, il sera question des retombées de l’événement en Iran, en Israël et chez les Palestiniens.

FORT DE SES 310 millions d’affidés, d’une langue unique, l’arabe et d’une religion partagée, l’islam, le monde arabo-musulman donne l’apparence de l’unité et d’un destin commun. La réalité est différente. Outre la division de plus en plus profonde entre chiites et sunnites, on s’aperçoit aujourd’hui, avec la disparition de Ben Laden, icône du terrorisme islamiste, l’attentat de Marrakech, les incertitudes de l’intervention en Libye et la sanguinaire répression du peuple syrien par la dictature des Assad que l’écheveau du monde arabo islamique est plus complexe que jamais et difficile à appréhender.

UN RÉFÉRENT SYMBOLIQUE

Alors que la jeunesse arabe éduquée aspire à bénéficier des libertés telles que nous les connaissons en Occident et n’a que mépris pour les obscurantistes du Djihad, la mort de Ben Laden signifie-t-elle le déclin d’un fanatisme dont l’islam est la première victime ? Il serait illusoire de l’espérer pour l’heure. Quelles conséquences stratégiques peut-on toutefois tirer de la disparition du référent symbolique du Djihad mondial ? Le mouvement d’Al-Quaïda était déjà affaibli. La mort de son chef charismatique ne signifie pas la fin de cette nébuleuse mais devrait amoindrir son activité dans la zone Afghanistan-Pakistan. Al-Qaïda reste vivace, en revanche, au Yémen, dans la zone Irak et au Maghreb, sans préjuger de l’avenir de la Libye ou de l’Égypte. Le paysage stratégique est modifié mais nullement révolutionné.

Al-Qaïda n’a jamais été un parti politique de type bolchevique ou nazi entouré d’organisations satellites tournées vers des actions de masse : il n’existe que par les actions spectaculaires menées à travers le monde, comme la destruction des tours de Manhattan. Désormais, il faut s’attendre à un Djihad’ sans chef charismatique reconnu, davantage le fait d’organisations autonomes comme l’Agmi et d’une mouvance polymorphe aux contours fluctuants. En fait, Al-Qaïda n’a rien à dire sur les révolutions du « Printemps arabe » non seulement qu’il n’a pas anticipé ni provoqué mais qu’il a tenté en vain de récupérer. Son échec idéologique est patent de Kaboul à Bagdad, mais aussi de Tunis à Benghazi . L’arrestation et l’exécution de Ben Laden par les services américains, au Pakistan, dans une ville de garnison, à une cinquantaine de kilomètres d’Islamabad, met toutefois en lumière l’existence de relations pour le moins troubles entre la mouvance islamiste radicale et les services pakistanais, même s’ils s’en défendent. C’est d’ailleurs l’avis de l’ex-chef des services spéciaux pakistanais, le général en retraite, Hamid Gui, célèbre pour son antiaméricanisme et son nationalisme ombrageux, qui devait confier à des confrères qu’il n’arrivait pas à croire que personne n’était au courant entre la police locale, l’Isi, la principale agence de sécurité, l’Intelligence Bureau, le contre-espionnage et les services de renseignements militaires. À tort ou à raison, depuis sa création, le Pakistan se voit comme,wn pays menacé, notamment par son grand voisin indien. Il est vrai qu’il a perdu le Cachemire à l’issue de la guerre de 1947-1948 et que les Indiens ont aidé les habitants du Pakistan oriental, l’actuel Bangladesh, à prendre leur indépendance lors de la guerre de 1971.

UNE ARMÉE INCONTOURNABLE

D’où cette armée pakistanaise forte de 800 000 hommes dont 250 000 réservistes, un budget officiel de fonctionnement de 4,2 milliards d’euros, alors même que les budgets d’équipement demeurent secrets. Une armée qui accapare une grande partie des ressources de l’État et obtient toujours l’augmentation de son budget (+ 2,5 milliards d’euros en 2010), alors que le gouvernement, dont le déficit budgétaire dépasse 6 %, implore le FMI de débloquer l’avant dernière tranche d’un prêt de 11,3 milliards d’euros. Une situation pour le moins insolite avec des hauts gradés de l’année qui vivent comme des nababs, à la tête de quelque 15 milliards d’euros d’investissements privés par le truchement de sociétés et fondations détenant des participations dans un millier d’entreprises, et quelque 5 millions d’hectares de terre, alors que 40/% des 175 millions de Pakistanais vivent en dessous du seuil de pauvreté. La plongée du Pakistan dans les ténèbres du Djihads’est opérée sous deux dictatures militaires. Depuis l’armée et le renseignement échappent au contrôle des institutions civiles, le véritable pouvoir étant aux mains des généraux.

Dès 2003, une enquête française sur des actions terroristes projetées en Europe, aux États-Unis et en Australie avait révélé les relations opérationnelles entre la Lashkare-Tayeba, une organisation terroriste pakistanaise liée à Al-Qaïda et les services de renseignements d’Islamabad. Plusieurs dirigeants terroristes capturés dans ce pays depuis 2001 dont Khaled Cheikh Mohammed, numéro 3 d’Al-Qaïda, Abou Zubeïda, responsable des opérations de la nébuleuse terrestre, Ramzi Binalsheikh, l’un des coordinateurs de l’attentat du 11 septembre, l’ont tous été dans des villes pakistanaises. Que Ben Laden ait été débusqué à Abbottabad donne raison à ceux qui expliquent depuis des années que l’homme le plus recherché par la puissance américaine ne se trouvait pas sous la protection d’une tribu pachtoune mais bien sous celle de l’armée pakistanaise ou d’une partie d’entre elle.

L’ENNEMI INDIEN

Une armée pour laquelle, si l’Inde reste l’ennemi principal, il en est un autre non moins haï ; l’Afghanistan, seul pays au monde à avoir voté contre l’admission du Pakistan à l’ONU en raison de son refus de reconnaître la frontière entre les deux pays, la ligne Durant divisant le peuple pachtoune. On ne saurait donc s’étonner que militaires et agents des services secrets pakistanais, soucieux des intérêts de leur pays, envisagent de faciliter le retour au pouvoir en Afghanistan des talibans en vue de se créer une profondeur stratégique pour mieux contrer les prétentions indiennes (au Cachemire notamment). Si certains hauts gradés ont cru devoir protéger Ben Laden, un moyen comme un autre de conserver un atout dans leur jeu, certains autres ont pu croire que le temps était venu de le « donner » à leur « allié » américain. Reste que si les relations se sont fortement dégradées entre Islamabad et Washington, aucun des deux pays n’envisage la rupture.

Les États-Unis ont besoin de la coopération du Pakistan dans la lutte contre leterrorisme islamiste et s’inquiètent du développement rapide de son arsenal nucléaire, avec le risque accru de voir des matériaux nucléaires tomber entre les mains de terroristes.

Quant au Pakistan qui a reçu de Washington, depuis le 11 septembre 2001, près de 20 milliards de dollars d’aide économique et militaire, son armée a toujours lourdement besoin de la manne américaine, ce qui ne l’empêche pas de continuer à soutenir des groupes radicaux pakistanais comme le Lashtar-e-Tayeba, responsable des attentats de Bombay en 2008, et afghans comme le réseau Haqqami, très actif contre les troupes de l’Otan et le gouvernement de Kaboul.

Par ailleurs, le Pakistan, terreau principal de l’islamisme radical, est également le lieu d’une rivalité secrète entre Pékin et Washington. Déjà très nombreux, les liens entre le Pakistan et la Chine devraient s’accroître ; de même avec la Russie. N’oublions pas que Pékin a déjà construit le port de Gwadar (Baloutchistan) qui lui permet de sécuriser ses approvisionnements énergétiques et renforcé sa coopération nucléaire civile avec Islamabad afin de faire contrepoids au resserrement des liens entre les États-Unis et l’Inde.

La mort de Ben Laden relance le débat sur la présence militaire occidentale en Afghanistan : comment faire que le pays ne redevienne pas un sanctuaire terroriste ? Comment transférer progressivement la responsabilité de la sécurité au pouvoir à Kaboul ? Pour se rapprocher de l’objectif de stabilité en Afghanistan, il importe de neutraliser impérativement la Choura de Quetta, organe de décision des talibans du mollah Omar, et le réseau Haqqami, talibans actifs au Nord-Waziristan, dans les zones tribales du Pakistan. Toutefois, la lutte contre le terrorisme islamiste international ne saurait être remportée sans une normalisation du Pakistan, ce qui implique un rééquilibrage entre pouvoir civil et autorités militaires, démilitarisation et reprise en mains des éléments islamistes au sein des services de renseignement de ce pays.

Pour l’heure, en tout cas, il s’agit toujours, pour Islamabad, de considérer que la menace potentielle qui pèse sur la pays vient de l’Inde, pays qui cultive de bonnes relations avec l’Afghanistan du président Karzaï et qu’il convient donc de tout faire pour peser sur l’avenir de Kaboul avant d’y étendre son influence après le départ de l’Otan et d’écarter l’Inde de tout règlement afghan.

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