Quand tout l’honneur de la France tient dans l’honneur d’un général...

Samedi 5 décembre 2009, par Pierre Marie GALLOIS // L’Histoire

En ce temps là, M. de Charrette était au Quai d’Orsay et M. Millon à la Défense… Les émissaires virevoltaient de toutes parts.

Aujourd’hui, au Quai, M. Kouchner gesticule et M. Morin est à la Défense.

B.H.L. Bernard Henri Lévy est de bien des voyages, et Jack Lang est le roi des missions spéciales…

Toujours le même régime agonisant tirant sans cesse la France vers le bas… 

Et la terreur des terroristes, M. Pasqua de menacer…

1995, une année de tous les mensonges et de toutes les manipulations. Notre « Maître d’Ecole », le général Pierre Marie Gallois poursuit le récit de sa mission en Bosnie. Et nous livre des réflexions toujours d’actualité…

Portemont, le 24 novembre 2009

Désireux de bien comprendre la pensée du général Mladic et soucieux de ménager les susceptibilités françaises je l’interrogeais encore :
Accepterait-il, au lieu d’un chef d’état-major en exercice, que l’envoyé de la France fût, par exemple, un général ayant exercé récemment de grandes responsabilités mais placé en 2e section. Et j’avançais le nom du général Maurice Schmitt. Le général Mladic approuva aussitôt. Le général Schmitt avait commandé lors de la guerre du Golfe, grande était son autorité et il serait le bienvenu au PC du général Mladic.

Alexandre Radovic et Vladimir Matovic assistèrent à cet entretien que je rapporte de mon mieux en usant de notes rédigées dans l’avion durant le vol du retour à Paris.

Me voyant fort las, et mes deux amis manifestant aussi quelque fatigue, le général Mladic nous proposa de regagner Belgrade en hélicoptère. Il nous confia qu’il l’utilisait rarement faute de carburant et de pièces de rechange. De surcroît, nous volions à très basse altitude car, nous dit-il, en souriant, l’OTAN veillait et ne manquerait pas d’abattre l’appareil s’il était détecté.

Le trajet ne dura qu’une heure au lieu des six heures d’une route éprouvante.

L’hélicoptère se posa dans la cour d’un hôpital de la banlieue de Belgrade. Ce devait être le terminus usuel des liaisons discrètes entre Pale et la capitale. Une voiture nous attendait ; le chauffeur, sans qu’on le lui demande, nous conduisit à la demeure de Dobrica Cosic. L’ancien président de la fédération yougoslave se réjouit avec nous, de l’heureuse conclusion de cette courte enquête et proposa de nous accompagner à l’aéroport où une seule place avait été retenue sur l’avion d’Air France, Alexandre Radovic prolongeant son séjour à Belgrade.

Mais, une demi-heure avant l’embarquement des policiers firent irruption dans la salle d’attente et voulurent fouiller bagages et vêtements. En dépit des véhémentes protestations de Dobrica Cosic, il fallut s’exécuter. Poches vidées, mes papiers, et surtout mon carnet d’adresses furent soigneusement examinés. J’appris que la police de Milosevic avait reçu l’ordre de procéder à ces fouilles afin, sans doute, de s’assurer que je n’emportais aucun message de Mladic ou Karadzic qui l’empêcha de tirer parti de la détention des deux captifs. L’intervention des policiers de Milosevic me démontrait qu’entre Pale et Belgrade les relations étaient plutôt tendues et que Milosevic n’était pas en mesure de négocier la libération des deux Français. Tout dépendait de Mladic.


Général Mladic

Peu importait d’ailleurs. J’arrivais à Roissy à 17h10 et, chez moi, une heure après. A 19 heures mon « honorable correspondant » apprenait la bonne nouvelle. Ils étaient sains et saufs et d’ici quelques jours, Paris y mettant du sien, ils regagneraient leurs pays.

Pouvais-je, avant tout, prévenir les familles ? Non, me fut-il répondu. J’avais accompli ma mission et c’était à « l’autorité » de donner immédiatement à cette affaire la suite qui s’imposait. Je ne pouvais imaginer qu’elle serait exploitée à des fins de basse politique et qu’intentionnellement, le gouvernement laisserait dans l’ignorance, trois semaines encore, les proches des deux navigants. Encore moins que, tels des charognards, des personnages sans scrupules interviendraient afin de se faire valoir, au risque de saborder l’accord du 17 novembre. Ni que, savamment orchestrée, une campagne de dénigrement transformerait en sordide chantage le geste de Mladic afin de justifier, à la veille de la signature à Paris, des accords de Dayton, un soi-disant ultimatum visant Mladic, ultimatum dépourvu de tout fondement.


M. Javier Solana (à gauche) avec M. Hervé de Charette,
ministre français des Affaires étrangères, lors de la session
ministérielle du Conseil de l’Atlantique Nord à Bruxelles
qui a défini l’ordre du jour du Sommet. (Photo OTAN) 1997

Chronologiquement, la première gaffe, du moins à ma connaissance, eut le Quai d’Orsay pour origine. Ce ne peut-être qu’avec l’accord de M. de Charrette, ministre des Affaires étrangères à l’époque, que M. Jean-François Deniau, toujours avide de servir – en se servant-, se rendit à Belgrade y réclamer la libération des deux navigants français. On ne pouvait choisir un plus mauvais ambassadeur. Hurluberlu à sa façon, M. de Charrette ne savait pas –ou ne se souvenait pas- que M. Jean-François Deniau s’était tristement distingué en déclarant, à propos de la France en Bosnie : « On tire ou on se retire ». Ou encore, on tire sur les Serbes ou bien l’on ramène en France les troupes envoyées dans les Balkans. On conçoit qu’après avoir émis ce brillant aphorisme, aucune autorité serbe n’ait accepté de rencontrer M. Jean-François Deniau.

En revanche, à Pale, on fut surpris par sa démarche. Que se passait-il à Paris ? L’accord du 17 novembre y avait-il été rejeté ? On ignorait là-bas que la combine et le mensonge tenaient lieu de politique et qu’il s’agissait d’exploiter politiquement les épreuves subies par les deux aviateurs.

Bernard de Saint Vincent écrivit dans le Figaro Magazine (2) du 16 décembre 1995 les lignes suivantes : « Quarante-huit heures avant la signature de l’accord (celui conclu à Dayton) on avait appris in extremis la libération des deux pilotes français… le chef du Quai d’Orsay pouvait se dire qu’il avait rempli sa mission. » In extremis ? Il y avait trois semaines que l’on savait comment rapatrier les deux aviateurs. Quant à la « mission », s’il s’était agi de la libération des deux prisonniers, le voyage de M. Jean-François Deniau l’avait compromise. Cela signifiait-il que Paris jugeait insuffisant le geste du général Mladic ne demandant qu’une poignée de main en échange de la restitution des deux navigants français ? A moins que le dessein du gouvernement été de retarder leur délivrance afin d’en exagérer les difficultés et de s’attribuer le mérite de vaincre une imaginaire résistance de Mladic.

Non sans surprise, je constatais que les médias, systématiquement désinformés, à l’unisson, propageaient les rocambolesques interventions de personnages cherchant une certaine notoriété, interventions qui ne pouvaient être interprétées par le général Mladic que comme la dénonciation par les autorités françaises de l’accord conclu le 17 novembre.


M. Marchiani

Paris Match consacrera plusieurs pages à cette affaire où abondent les « contrevérités ». Et c’est ainsi, par exemple, que sous un titre trompeur : « C’est à Moscou, avec le KGB, que Marchiani a pu résoudre le mystère de nos pilotes », Jean-Pierre Biot écrit : « Karadzic et Mladic veulent monnayer leur intervention. Ils réclament la levée de leur mise en accusation par le Tribunal pénal international, ce que ne peut ni ne veut obtenir le gouvernement français… si les négociations n’aboutissent pas, le détachement français de Sarajevo se retirera de la capitale bosniaque. Le colonel russe Koulich, officier du KGB, réussira à imposer ce dénouement à Mladic sans autre concession que celle d’une poignée de main avec le chef d’état-major de l’armée française, le général d’aviation Jean-Philippe Douin devant les caméras de Pale. » En réalité, ni Karadzic, ni Mladic n’ont formulé les exigences que rapporte le journaliste. Quant à la « poignée de main », il était venu spontanément à l’esprit du général Mladic de me la proposer et cela devant deux témoins, les deux traducteurs.

De son côté, Laurence Masurel, dans la même période, écrit : « Mardi matin (le 12 décembre 1995) Chirac est enfin rassuré : les pilotes vont être libérés le soir même, 008(Jean6Claude Marchiani) a parfaitement réussi sa mission ». Or, le Président de la République devait être « rassuré » dès le 17 novembre au soir puisqu’il savait que les deux hommes étaient vivants et qu’il n’ignorait pas ce qu’il fallait faire pour les rapatrier sur le champ. La manœuvre médiatique du 12 décembre n’a été qu’un sordide montage politique, une comédie.

Autre cafouillage journalistique, celui de Jacques-Marie Bourget, dans le même hebdomadaire : « Le 5 décembre, rencontrant à Genève maître Piletta-Zanin, un avocat pugnace qui représente les intérêts de Belgrade, j’obtenais implicitement la confirmation que les deux pilotes étaient vivants. » On le savait à Paris, au moins depuis le 17 novembre.

Mais le comble de l’incohérence est rapporté par Eric Decouly, le 6 décembre. Voici ce qu’il écrit : « Invité dimanche soir, sur France 3, le ministre de la Défense (c’était M. Charles Million), après avoir expliqué que le gouvernement mettait tout en œuvre pour obtenir la libération des otages, ajoute qu’il est en contact permanent avec les familles des victimes ». Deux mensonges : le gouvernement ne « mettait pas tout en œuvre » pour obtenir la libération des otages puisqu’il aurait pu les libérer dès le 18 novembre, soit deux semaines plus tôt. Quant au « contact permanent avec les familles », il relevait de l’imagination du ministre. « (Les parents) sont choqués et scandalisés commente maître Alain Behr, un de leurs avocats. Ils n’ont jamais eu le moindre contact avec M. Millon. Ni au ministère ni par téléphone. Tout juste ont-ils été reçus une fois par un sous-fifre. » Et le journaliste ajoute : « De surcroît, Charles Millon a reçu une fin de non recevoir au rendez-vous qu’il avait proposé, en toute hâte, aux parents des deux pilotes. » Mais que ce que les médias ne disaient pas, c’est que le gouvernement s’était gardé de dire aux familles que les deux navigants étaient bien vivants, les laissant dans l’angoisse deux semaines de plus.


Charles Millon

Je suis persuadé que si, le lendemain même de l’accord du 17 novembre, le gouvernement français avait dépêché à Pale un chef d’état-major ou le général Maurice Schmitt, les deux aviateurs auraient été aussitôt libérés sans qu’aucune exigence ne fût formulée. Mais les grenouillages des émissaires divers envoyés dans les Balkans, le recours aux Russes, les maladroites interventions auprès de Milosevic ont donné à penser au général Mladic que Paris utilisait à des fins politiques la captivité de l’équipage du Mirage 2000, et qu’il n’obtiendrait pas la reconnaissance de son statut de chef militaire des Serbes en Bosnie…

D’ailleurs, fort maladroitement, le 12 décembre, à l’avant-veille de la ratification, à l’Elysée, des accords de Dayton, le Président de la République remercia Milosevic et Eltsine de la libération de Frédéric Chiffot et de José Souvignet alors que c’est le général Mladic qu’il eût fallu remercier. Et non le 12 décembre, mais le 18 novembre, si le pouvoir ne s’était pas servi de l’odyssée des deux aviateurs à des fins de politique intérieure : lancer l’ultimatum pour obtenir ce qui avait été consenti de bonne grâce trois semaines plus tôt.

Quelle tragi-comédie jouait-on à Paris ? Un article du Monde daté du 13 décembre 1995 et intitulé « Paris espère encore une réponse positive des Serbes sur les deux pilotes disparus » fait plutôt penser à une farce. En voici des extraits particulièrement significatifs :« On indiquait, dans les milieux diplomatiques, que les autorités françaises n’excluaient pas d’obtenir dans la journée de lundi (le 11 décembre) des réactions serbes aux démarches entreprises et l’on démentait qu’un « ultimatum » eût, à proprement parlé, été fixé à la partie serbe avec expiration à dimanche minuit. Le ministre de la Défense, Charles Millon, avait pourtant bien employé ce terme et son collègue des affaires étrangères, Hervé de Charrette, avait déclaré que Paris s’en tiendrait au délai qui avait été fixé à la partie serbe ». Les deux ministres avaient-ils voulu ignorer l’offre du général Mladic ? Ou, devançant madame Albright, trichaient-ils pour avoir l’occasion de brandir une menace et faire croire à leur puissance d’intimidation ?

Autre incongruité signalée par le Monde où l’on peut encore lire : « Le président de la République, Jacques Chirac, avait pour la cinquième fois appelé le président serbe, Slobodan Milosevic. Le 6 décembre, le ministre de la Défense avait déclaré à l’Assemblée nationale que si les autorités serbes ne répondaient pas aux démarches de Paris, elles auraient à s’en repentir… »

Voulait-on oublier, à l’Elysée, que le 17 novembre le général Mladic avait offert, contre une poignée de main, de livrer les deux navigants ? Et ignorait-on que Milosevic était écarté par Mladic de toute l’affaire ainsi qu’en témoigne la fouille dont je fus l’objet à Belgrade ? « Le Monde » poursuit ainsi : « A mesure que s’approche la Conférence de signature de l’accord de paix sur la Bosnie, le 14 décembre, la disparition des deux pilotes et l’absence d’informations fiables les concernant rendent de plus en plus difficile, pour les dirigeants français, d’accueillir cette cérémonie… l’un des problèmes est vraisemblablement que les autorités françaises n’ont, elles-mêmes aucune certitude quant à la situation des deux pilotes, indépendamment de la présomption qu’ils sont vivants. » Ce qui signifie que Le Monde, généralement bien informé, ne savait pas le 12 décembre ce que savait de source sûre la DST depuis le 17 novembre, c’est-à-dire ce que savait le gouvernement ?

Autre affabulation, celle du journal du Dimanche du 10 décembre. Gilles Delafon y écrivait : « Députés, officiers, émissaires discrets, représentants de l’ONU, de l’OTAN, du CIRC, tous ont questionné, sans aucun succès. Pour les uns Mladic et les siens cherchaient à négocier la levée de son inculpation par le TPI. Pour les autres, les pilotes sont morts victimes d’une bavure des Serbes de Bosnie ».

Formelle avait dû être la consigne du silence ou rémunératrice l’incitation au mensonge. Par exemple, celui qui pourrait être imputé à M. Juppé déclarant à l’Assemblée nationale : « Il n’y a pas de jour, depuis le moment où l’avion a été abattu, où le président n’ait multiplié ses interventions pour obtenir d’abord de nouvelles de nos pilotes, puis leur libération. »(3)

Sans doute M. Juppé comptait-il pour rien les semaines qui s’étaient écoulées entre le 17 novembre et le 12 décembre.

La désinformation était tellement de rigueur que dans le même numéro du « Figaro », Jean-Claude Galli et Renaud Girard écrivirent les lignes suivantes :
« Avant le préfet Marchiani, d’autres émissaires français – dont le général Gallois – avaient été envoyés pour tenter d’obtenir la libération des pilotes. Tous étaient revenus en expliquant que les exigences bosno-serbes étaient exorbitantes. Le général Mladic avait posé six conditions pour libérer les pilotes… » Or, le général ne m’avait formulé aucune exigence, et, de surcroît, les deux journalistes, que je ne connais pas et avec lesquels je ne me suis jamais entretenu, s’étaient permis de m’attribuer des déclarations que je n’ai jamais faites. On mesure à quel degré de conformisme est tombée la presse qui en vient, pour répondre aux attentes du pouvoir, à inventer des propos qui n’ont jamais été tenus.

Frédéric Pons, dans Valeurs actuelles (16 décembre 1195, p.41) intitulait son article : « Le retour de nos pilotes, comme la signature de la paix, n’ont été obtenus que par la fermeté et la menace de la force ». L’auteur de cet article écrit : Y a-t-il eu une pression ? Oui, certainement. Une pression militaire et politique constante. Jacques Chirac l’a dit le 12 décembre : « Pas un jour sans une initiative ».

En réalité, entre le 17 novembre et le 12 décembre, le gouvernement s’était bien gardé de prendre la seule initiative qui eût libéré les deux « otages » en quelques heures et sans avoir à faire une concession quelconque.

J’avais la parole du général Mladic et si j’avais été envoyé récupérer les deux hommes aux côtés d’un chef militaire français, ils eussent été aussitôt remis. Mais c’eut été éliminer tout grenouillage, alors que la captivité prolongée de nos deux aviateurs ouvrait un vaste champ d’action à toutes sortes d’interventions plus intéressées par leurs effets publicitaires que par la libération des prisonniers. Et puis, il n’y aurait pas eu le « coup de l’ultimatum » et du prestige qu’il passait pour conférer à son auteur. Les médias aux ordres ne manqueraient pas le « cocorico » de rigueur.

Dans le Point du 19 janvier 2001, Jean Guinel se demande pourquoi un certain Arcadi Gaydamak a été décoré de l’ordre du Mérite : est-ce parce qu’il a ouvert les « marchés russes de la viande à plusieurs sociétés » ou parce qu’il prétend avoir joué un rôle dans la libération des pilotes prisonniers en Serbie ? » Ayant été décoré au titre du ministère de l’Agriculture, il semblerait que ce soit plutôt le commerce de la viande qui lui aurait apporté la distinction d’officier de l’ordre national du Mérite.


M. Gaydamak « réfugié » en Israël, entouré de vétérans russes.

Conformément à la « pensée correcte », Jean Guninel n’a pas manqué de souscrire aux fabulations politiquement « convenables ». Voici ce qu’il écrit : « Aujourd’hui encore les versions divergent. Mais plusieurs acteurs impliqués dans ce dossier affirment que les deux prisonniers dont on ignora s’ils étaient encore vivants jusqu’à la minute même de leur remise au général Douin (ce qui est faux puisqu’on les savait vivants, d’une certaine manière, dès le 17 novembre), n’ont pas dû leur salut à de quelconques transactions du tandem Gaydamak-Marchiani, mais bien plutôt, à d’intenses pressions diplomatiques convergentes de Bill Clinton, via son ambassadrice à Paris, Pamela Harriman, et de Jacques Chirac sur le président russe Boris Eltsine. » Affirmations tout aussi douteuses. A Paris, l’on redoutait que les Américains n’ « exfiltrent » les deux Français comme ils l’avaient fait de leur pilote. Quelle humiliation c’eut été pour Paris ! Quant à l’initiative prêtée à Boris Eltsine, elle n’était pas du goût du général Mladic qui reprochait aux Russes leur attitude au Conseil de Sécurité.

D’ailleurs, le 10 décembre encore, Andréi V. Kozyrev, alors ministre des affaires étrangères, déclarait à Londres :

« Les dirigeants serbes ont de bonnes raisons de révéler le sort des deux pilotes français et de hâter leur libération s’ils sont encore vivants… s’ils sont vivants je recommande fortement qu’ils soient remis aux Français » (Dépêche de l’Agence Itar Tass citée par Reuters-Herald Tribune du 11 décembre 1999, p.1.)

Ainsi les Russes en savaient moins sur le sort de nos hommes que la DST puisqu’ils ignoraient encore en décembre s’ils étaient en vie. Aussi, ridicules apparaissaient, aujourd’hui, les remerciements adressés par l’Elysée au Kremlin. Tout comme le récit publié par le Point.

L’exploitation politique de l’interception du Mirage 2000 par la DCA serbe et la détention de l’équipage témoignent du degré d’abaissement moral des « élites » nationales. Nombreux sont ceux qui ont vu dans la triste aventure de nos deux combattants l’occasion d’attirer sur eux l’attention des foules et de s’attribuer toutes sortes de mérites, quitte à prolonger les souffrances des deux prisonniers et les angoisses de leurs familles. Sans vergogne, mensonges, calomnies, désinformation orchestrée, toute la panoplie de la manipulation des masses a été utilisée aux dépens de deux hommes qui, au péril de leur vie, accomplissaient leur devoir.(4)

Général Gallois

(2). « Hervé de Charrette, le patron de la diplomatie française, a rempli sa mission », p.34-35.
(3). Le Figaro du 13 décembre 1995, p.10.
(4). Dès leur retour en France, les médias ont laissé entendre qu’ils avaient été maltraités durant leur captivité. « Le ministère de la défense nationale reconnaît que les deux aviateurs ont été brutalisés par les populations en arrivant au sol… et que durant leur détention ils ont subi des pressions psychologiques très dures de la part de leurs gardiens serbes. « (Le Monde, 29.12.1999, p.5.)
Mais il n’est pas dit que , d’après le docteur Zemenidès qui a opéré la cheville fracturée du capitaine Chiffot à la suite de son éjection, les deux Français ne savaient pas que selon le plan fixé par l’OTAN, ils avaient attaqué des objectifs civils dont un hôpital et une université. Ce qui expliquait le comportement de la population bombardée.


Slobodan Milosevic, Président de Serbie, Franjo Tudjman, Président de Croatie et Alija Izetbegovic, Président de Bosnie-Herzégovine, signent l’accord cadre général pour la paix en Bosnie-Herzégovine, en présence de Felipe Gonzalez, Bill Clinton, Jacques Chirac, Helmut Kohl, John Major et Viktor Tchernomyrdine. Conférence de paix sur l’ex-Yougoslavie, Palais de l’Elysée, 14 décembre 1995.

Quand tout l’honneur de la France tient dans l’honneur d’un général...

C’est affaire de régime. De régime politique s’entend. Temps anciens ? Temps de tous les temps quand un régime politique n’a de cesse de se maintenir à coups de coups bas et que les bonnes âmes politiciennes veillent toujours à se hausser du col. 1995, ce n’est pas dans la nuit des temps. Mois d’août, des pilotes français participent aux bombardements de l’OTAN...

Opération « Deliberate force » dans la région de Pale où sont regroupés des Serbes de Bosnie... Un Mirage 2000 après avoir tiré ses missiles est abattu le 30 août 1995... 

A Paris, le vendredi 10 novembre 1995 à 14h45, le téléphone sonne chez le général Pierre Marie Gallois. « Ici, Raymond Nart, DST. Il faut que je vous rencontre...

C’est urgent, je puis être chez vous dans une demi-heure ».

« De l’honneur militaire à l’horreur politique » Notre « Maître d’Ecole » rétablit la vérité...

C’est une histoire qui comporte toujours des zones d’ombre : l’affaire des deux pilotes français détenus par les Serbes de Bosnie et libérés en décembre 1995. Est-ce le tandem Gaydamak-Marchiani qui a permis leur libération ? Ou est-ce le général Pierre Gallois, grâce à ses bonnes relations entretenues avec les militaires serbes ?

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