Quand le « Fond » et la « Tenue » sont au rendez-vous...

Vendredi 4 septembre 2009, par Karim Ouchik // La France

Remercierons-nous jamais assez Karim Ouchik et Emile Beaufort de leur belle « disputation » ? Patriotisme ? Souverainisme ?

Retrouverons-nous les liens indispensables afin que la France retrouve, recouvre son unité et la grandeur qui sont de son « essence » ?

L’échange entre nos deux amis se poursuit...

Retrouver le goût de vivre !
"Allégorie de la Vie" par Jacob De Backer (vers 1540-vers 1591)

D’indispensables réflexions pour préparer la rentrée...
Un grand merci à nos amis !

Le souverainisme, expression politique du patriotisme

Nous partageons assurément avec Emile Beaufort cette conviction que la disparition progressive mais nullement inéluctable du fait français dans le monde, doit nous conduire à nous mobiliser, dans nos actes, nos cœurs et nos esprits, pour que la France retrouve son unité et sa grandeur.

Comme lui, nous chérissons intensément cette France charnelle et enracinée dans l’Histoire et nous pensons, avec Maurice Barrès, qu’elle constitue pour chacun d’entre nous la part insigne de notre être.

La colline de Sion-Vaudémont, colline inspirée chère à Maurice Barrès

De la France, nous nous reconnaissons éternellement débiteurs, ce qui nous détermine au for interne à accepter son héritage indivis et nous persuade à chaque instant que toute question doit être réglée par rapport à elle.

L’essentiel est donc sauf.

Un désaccord inévitable subsiste cependant sur le sens et la portée assignés aux notions de patriotisme et de souverainisme, que l’on croit trop souvent pouvoir confondre, ce qui nous invite en bonne rigueur à en clarifier les contenus respectifs.

En excipant de la lâcheté et de la complaisance, bien réelles celles-ci, de nos hommes politiques, on voudrait nous faire croire que le concept de souverainisme serait aujourd’hui honteusement employé en guise de succédané de ce sentiment autrement plus noble qu’est la patriotisme ; au fond le souverainisme n’en serait qu’un dérisoire synonyme, dont l’usage abusif finirait par en trahir le sens authentique.

Ne commet-on pas ce faisant une méprise, en confondant, sans malice, des registres de compréhension distincts ?

Si le souverainisme s’entend de la doctrine politique qui donne corps, avec la souveraineté, à cette qualité d’un Etat qui n’est soumis à ses frontières à aucune puissance intérieure ou extérieure, le patriotisme est un sentiment qui exprime le lien de rattachement puissant et d’appartenance affective à une communauté politique d’individus.

Le patriotisme crée donc cet esprit de cohésion interne qui permet à l’Etat de légitimer l’autorité que lui confère la souveraineté et, partant, les fonctions régaliennes qu’il s’attribue : dépouillé de sa capacité réelle à déterminer en toute indépendance le champ de ses propres compétences, il ne peut a contrario laisser sans entrave s’épanouir en son sein ce sentiment élevé qu’est le patriotisme.

Chacun aura compris que la souveraineté et le patriotisme sont en réalité deux notions inséparables, la première constituant l’indépassable cadre d’expression de la seconde, en sorte qu’un patriote conséquent ne peut en pratique, s’il veut se donner les moyens politiques de la sollicitude qu’il éprouve à l’égard de son pays, que se reconnaître souverainiste. ***

Dressons maintenant un constat lucide de la crise que traverse aujourd’hui notre pays, après quarante ans d’une politique, de droite comme de gauche, qui l’a conduite au bord du gouffre.

La France est désemparée.

Contestée à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, elle souffre de ne plus pouvoir maîtriser son destin que ses oligarchies ont confié sans l’assentiment de son peuple, en d’autres mains que les siennes, à Bruxelles comme à Washington.

Nicolas Sarkozy devant Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des Représentants, et le sénateur Robert Byrd, au Congrès américain, à Washington. Le président français a déclaré mercredi qu’il souhaitait faire "évoluer" la relation de la France avec l’Otan, sans aller jusqu’à parler de réintégration au sein du commandement intégré de l’Alliance atlantique. Photo prise le 7 novembre 2007. TDR.

La France est méprisée.
Refoulant son passé en tout point admirable, elle ne cesse de perdre l’estime d’elle-même, à l’égard bien sûr de ses populations nouvelles qui n’ont plus dès lors de raisons de vouloir s’y assimiler mais aussi, plus singulièrement, aux yeux des français aujourd’hui désorientés, qui seraient pourtant disposés à renouer avec le récit national.

Bouvines...

La France est affaiblie.

Corsetée de toute part dans les contraintes d’un mondialisme qui l’entrave et l’empêche d’exprimer les ressources de son énergie nationale, elle subit tout à la fois au sein du concert des nations, un déclassement continu de sa puissance économique, de son rayonnement culturel et une réduction préoccupante de ses capacités de défense militaire.

Le risque d’une sortie de la France de l’Histoire est à craindre prochainement si notre pays ne se ressaisit pas rapidement, en prenant conscience de la nécessité d’un réarmement moral et politique qui doit lui permettre de surmonter, avec confiance, la situation périlleuse qu’elle traverse aujourd’hui.

Pour y parvenir, la France doit d’abord se regarder en face, ne pas avoir à rougir de son histoire illustre qu’elle doit assumer dans son ensemble, de l’Ancien Régime à la République, en ne cessant de réaffirmer résolument les principes qui organisent, autour notamment de son précieux héritage chrétien, les fondements de son unité et de son identité nationale.

Elle doit ensuite recouvrer la plénitude de sa souveraineté, condition politique, juridique et morale préalable à toute ambition.

Sans souveraineté, la France ne peut garantir l’indépendance politique que requiert, dans ses frontières, en Europe et dans le monde, la libre manifestation de sa voix.

Sans souveraineté, elle ne peut offrir à ses citoyens un cadre d’expression, stable et respecté, de ses institutions démocratiquement choisies.

Sans souveraineté, la France ne peut préserver les ressorts historiques de son identité profonde qui lui vient du fond des âges et les vertus de son modèle politique, économique et social.

Dés lors qu’elle aura su regagner les marges de manœuvres qui lui appartiennent, notre patrie sera de nouveau présente au rendez-vous de l‘Histoire et pourra alors s’offrir à l’affection des Français.

Pleinement confiante en ses capacités et ses énergies qu’elle saura amplifier au travers de coopérations pleinement choisies avec d’autres Etats, la France pourra se redresser et peser politiquement au regard des enjeux de ce temps.

Elle sera capable de se faire respecter, hors de ses frontières, en repensant sa diplomatie et en se dotant de moyens militaires dignes de son rang, mais aussi, sur son territoire national, en organisant une véritable sécurité intérieure en direction des biens et des personnes.

Participant de plain pied à une compétition internationale redoutable qu’elle ne refuse pas mais qu’elle doit contribuer à redéfinir, elle réalisera l’importance de ses ressources humaines, industrielles et technologiques qui lui permettront d’affronter avec succès les défis économiques, sociaux et écologiques de demain.
***

Les désaccords de départ, dans la juste interprétation des notions de souverainisme et de patriotisme, sont-ils si grands qu’ils ne puissent en toute objectivité se résoudre avec raison ?

Reconnaissons en définitive que le souverainisme, expression politique de la défense et de la restauration de la souveraineté nationale, constitue le seul système cohérent de pensée et d’action autour duquel les patriotes auront désormais à se rassembler, dans l’unité de leurs convictions propres, pour le bien et la sauvegarde de la France.

C’est bien en cela que le souverainisme reste une idée neuve.

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