Quand « l’administration des choses ne remplacera jamais le gouvernement des hommes »...

Mercredi 20 juillet 2011, par François Marcilhac // L’Europe

Le 13 juin 2011,nos voisins belges ont eu à fêter un drôle d’anniversaire : une année écoulée sans réel gouvernement. Etrange royaume ?

Luxe pour un temps qu’offre la présence du Roi ?

Quelques réflexions à méditer, par François Marcilhac, « Pour incarner l’Etat... », dans le dernier numéro de « L’Action Française 2000 ».

Si le « pays réel belge » n’ a pas baissé les bras et continue de faire « bouillir la marmite » - « frémir la friteuse » me souffle un ami « belge » -, l’avenir n’est pas pour autant radieux.

« Aucun peuple ne peut échapper au politique... »

Et le constitutionnaliste Christian Berhendt de mettre en garde : « [...]Dans le flou qui règne aujourd’hui, il n’y a plus d’opposition ou de majorité au Parlement. Ce n’est pas bon. Oui, il faut gouverner. Mais non, il ne faut pas céder aux sirènes d’un discours qui dit que tout va bien et qu’on peut perdurer dans cette situation [...]Les États ne sont pas immortels mais des créations humaines. Ils sont donc appelés à évoluer et à se modifier, parfois profondément. »

En tirer quelques leçons pour chez « Nous »...

Portemont, le 23 juin 2011

« Pour incarner l’Etat... »

Ce lundi 13 juin, la Belgique a passé le cap d’une année sans réel gouvernement, les élections législatives du 13 juin 2010 n’ayant pas permis à notre voisin de dégager une majorité capable de sortir le royaume de ses contradictions. Les partisans du moindre État trouvent dans la situation belge une confirmation de leur thèse : Un État réduit à peau de chagrin suffirait bien et les Belges nous en administreraient la preuve.... Les libéraux seraient évidemment bien en peine de trouver, que ce soit sous la République ou sous la Monarchie, un seul exemple historique de leur État idéal, mais qu’importe ? Il suffit d’y croire.

Les singularités de l’État belge

C’est oublier que l’État belge continue d’être incarné par son roi, qui, non seulement, reste très populaire dans l’ensemble du pays mais, de plus, maintient par sa présence l’unité d’un pays qui, s’il avait été une pâle république, aurait éclaté depuis longtemps sous l’effet des forces centrifuges qui interdisent actuellement aux formations politiques de constituer un gouvernement. C’est oublier également, outre le caractère fédéral de l’État belge, que le "gouvernement sortant démissionnaire", depuis un an, fait plus que de gérer les affaires courantes...

C’est ne pas voir, enfin, que la situation n’est pas sans péril, non seulement à plus ou moins long terme pour la crédibilité politique du royaume, mais également à brève échéance pour sa crédibilité économique et financière : car si « depuis le début de la crise politique, l’économie belge a été fermement soutenue par la croissance globale, relève l’économiste Philippe Ledent, néanmoins, nous nous attendons à une croissance moindre au second semestre de l’année. Dès lors, continuer à réduire le déficit public deviendra plus ardu. » Et de prévoir une pression accrue sur les acteurs politiques pour qu’ils dénouent enfin la situation. Plusieurs solutions s’offrent à eux : un accord politique octroyant de nouvelles compétences aux régions (ce que souhaitent les Flamands, toujours désireux de relâcher le lien fédéral) ; un gouvernement provisoire avec un programme bien défini ; de nouvelles élections, dans l’espoir qu’elles permettent enfin ce que les précédentes n’ont pas autorisé...

Bref, une solution politique pourrait avoir du bon... même pour les Belges, si du moins ceux-ci souhaitent continuer de partager un sort plus ou moins commun... Mais même en cas de séparation, la question de l’État se posera : elle sera simplement redoublée, à l’intérieur de nouvelles frontières.

Aucun peuple ne peut échapper au politique... Pas plus le peuple belge, et, dans le cas d’un divorce, les peuples flamand et wallon, que les autres... L’administration des choses ne remplacera jamais le gouvernement des hommes. Du reste, avant même leurs élites politiques ou économiques, ce sont les Belges eux-mêmes qui, souvent avec l’humour qui les caractérise, ont réagi les premiers.

Le besoin de politique, c’est également ce que les Français et les Néerlandais avaient signifié à l’établissement européen, et à ses relais nationaux, par leur refus de 2005 : celui d’une institution hors sol, prétendant régir les peuples à travers des gouvernements "nationaux" devenus de simples courroies de transmission, dans un despotisme gestionnaire qui est la négation même des libertés fondamentales qui sont avant tout politiques. Leur "non" au traité constitutionnel était un "oui" à l’État et à un État national.


Hors sol...

La place du souverain

On peut évidemment comprendre que la caricature qu’en onne une classe souvent plus soucieuse de défendre ses propres intérêts que le bien public détourne les citoyens du politique. Mais cette classe, ce pays à peine "légal" tant il s’arrange depuis quelques années non seulement avec l’esprit mais aussi avec la lettre de la Constitution, comme l’a révélé le traité de Lisbonne , ne rend que plus urgente la demande de souverain par le pays réel.

En France, la popularité de l’élection présidentielle n’a pas d’autre origine : c’est son objet qui en fait l’élection la moins boudée des Français car, quoi qu’on en dise, c’est bien la place du souverain, qu’occupe, mal, le président de la république.


Taux de participation...


La déception est à chaque fois au rendez-vous mais l’espoir renaît, faute de mieux, d’une impossible bonne république...

L’effarement qui a suivi, dans le pays, l’arrestation de DSK n’a pas eu d’autre explication : présenté comme le successeur probable de Sarkozy, il était déjà investi de l’aura présidentielle ; il en est de même du divorce, très tôt intervenu, entre les Français et notre actuel président : sa vulgarité a été ressentie comme une offense à sa fonction et, par-delà, au pays lui-même. C’est par ce qu’il n’est pas que Sarkozy humilie les Français, et l’hôte actuel de l’Élysée devrait méditer les échecs réitérés, ces dernières semaines, d’un Berlusconi dont la présence, à la tête du gouvernement de Rome, a fini par lasser les Italiens qui, désormais, la ressentent comme une humiliation.

Car, en deçà d’une opinion publique formatée et qui, dûment chapitrée par les media officiels de la nomenklatura en place, reconduira peut-être dans douze mois celui qu’elle honnit aujourd’hui si on en croit un récent sondage, 70 % des Français déclarent ne plus vouloir de notre président mais 57 % pensent qu’il sera réélu, ce qui prouve bien que le régime se nourrit du fatalisme du peuple , il y a, toutefois, le sûr instinct du pays réel qui demande un État digne et responsable... Une demande justifiée quand sur tous les plans économie, justice, sécurité, immigration, "vivre-ensemble" face à l’aggravation de la situation, ce n’est pas tant le "retour de l’État" qui est souhaité comme s’il s’était jamais absenté que, pour celui-ci, le fait de recouvrer son rôle.
C’est pour cela que Sarkozy avait été élu. L’imposture a été découverte, mais les Français, il est vrai, ont la mémoire courte. Se laisseront-ils de nouveau duper alors qu’on nous vend, pour la énième fois depuis le début du quinquennat, un "nouveau" président, comme une nouvelle marque de lessive ?

Encore faut-il traduire ce sûr instinct, cette demande vitale de souverain de la part du pays réel en termes politiques. Juger du haut de ses certitudes, même vérifiées par l’histoire, sans s’engager sur le terrain, ou attendre quelque général Monk sans en préparer la venue, c’est trahir la mission dont, chacun à son niveau, le citoyen ayant rencontré la vérité politique doit se sentir investi. Si « notre force est d’avoir raison », c’est parce que la raison débouche naturellement sur l’action.
Qu’ai-je fait aujourd’hui pour la cause de la France et du roi ? Telle est la question que, chaque soir, je dois me poser. À nous, dans les mois prochains, qui seront riches d’actualité politique, d’aider le pays réel à rompre avec ce fatalisme qui est le plus sûr garant du régime. Comme aimait à le rappeler Pierre Boutang, « le droit du prince naît du besoin du peuple ».

François Marcilhac

Vu de Belgique...

A lire !

« Pour la première fois, et c’est historique, le roi est poussé sur l’avant-scène de la vie politique. La crise dure depuis 2007, mais le désaccord devient de plus en plus profond entre les francophones et les Flamands.

Les deux partis vainqueurs des élections du 13 juin 2010, le Parti nationaliste flamand (N-VA) de Bart De Wever et le Parti socialiste (francophone) d’Elio Di Rupo s’opposent sur tout. Sur la façon de faire évoluer l’État, sur les questions socio-économiques…

Habituellement, le roi sert le consensus politique, se coule dans le sillage du parti le plus fort. Mais là, Albert II ne sait pas qui suivre, donc il devient impossible de forger un gouvernement. Il y a eu tellement de phases de négociations, tellement de personnages sur le devant de la scène…

On a l’impression que le roi va les chercher par la peau du dos ! Le roi a une grande expérience politique, il met de l’huile dans les rouages. Sans lui, la crise aurait été bien pire. Tout le monde s’accorde sur son rôle positif. »

Martin Buxant

L’intégralité...

http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Martin-Buxant-Le-statu-quo-ne-peut-plus-durer-_EG_-2011-06-13-636530

Marin Buxant, auteur de : « Belgique, un roi sans pays »

Lire aussi...

La raison d’être du Roi des Belges - http://www.jeunesjournalistes-belgique.net/index.php?option=com_content&view=article&id=242:la-raison-detre-du-roi-des-belges&catid=59:les-prejuges-divers&Itemid=96

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