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Quand l’Histoire éclaire le présent.

Mardi 14 février 2006, par Paul Vaurs // La Religion

L’élection, en tous points mé­morable du cardinal Ratzinger au siège de saint Pierre a sus­cité tout à la fois une adhésion profonde du peuple chrétien. Plus une campagne de presse sur laquelle je ne m’appesan­tirais pas, si elle ne manifestait une totale incompréhension de l’histoire et de la personnalité du nouveau pape.

Passons rapidement sur le procès en conservatrice qui ne montre en général que la rigi­dité intellectuelle des procu­reurs incapables d’accéder à un domaine dont ils ignorent les coordonnées mieux vaut poser une question directe Si l’on veut présumer que l’ancien cardinal Ratzinger s’est tou­jours complu dans un refus buté des sollicitations du temps présent d’un dialogue avec la culture contemporaine ou encore d’une attention por­tée aux évolutions historiques on fait fausse route.

Joseph Ratzinger s’est toujours mon­tré extrêmement attentif à la société de son temps à ses pro­blématiques intellectuelles à ses tourments à ses impas­ses ainsi qu’à ses aspects posi­tifs. Peu d’hommes, à la vérité, se sont révélés en notre temps, aussi disponibles pour l’échange et le dialogue.

En veut-on un exemple. Le monde dans une de ses éditions a publié des extraits substantiels d’un débat entre le cardinal et un philosophe italien athée, Paolo Flores d’Arcais. Ce débat qui eut lieu le 21 septembre 2 000 n’a été édité pour le grand public qu’après l’élection de Benoît XVI. Il ne peut que passionner tous ceux qui désirent mieux connaître la personnalité du Pape et sa façon originale, bienveillante, mais exigeante, d’entrer en discussion avec un philosophe qui ne partage pas sa foi et se réclame de la pensée rationaliste et laïque.

Ce sens de l’écoute, ce respect de l’interlocuteur, le cardinal Ratzinger n’a jamais cessé de le manifester, prolongeant ainsi une tradition qui remonte jusqu’aux origines du christia­nisme et dont il convient de comprendre la nature. En effet, ainsi que Paul VI l’avait rappelé avec force dans sa première encyclique Eccle­siam suam, le dialogue n’est pas n’importe quel procédé dia­lectique de persuasion de l’in­terlocuteur. Il suppose, au contraire, que chacun ne sor­tira pas intact d’un échange qui l’enrichira et le transfor­mera au point même de lui faire percevoir des aspects de sa propre foi, inaperçus jus­qu’alors.

Faut-il mentionner la façon dont un grand aîné comme Hans Urs Von Bal­thasar, dès 1952, avait mis en garde contre la notion d’Eglise forteresse, repliée sur soi et ses
certitudes et donc rendue inca­pable de les communiquer aux autres du fait de son enfermement.? L’Eglise a toujours vécu aux risques de l’Histoire et a reçu à chaque époque la provo­cation de courants inédits de la culture qui l’obligeaient à approfondir sa propre connais­sance d’elle-même.

Il ne peut en être autrement à notre époque. Et c’est Balthasar encore qui notait qu’avec le développement des sciences humaines, il convenait de s’en remettre au pouvoir divin de discernement des esprits, qui dira au chrétien comment il devra trancher face aux diffici­les questions qui se posent de façon nouvelle (peut-être après une période de réflexion suffisante).

Cette ouverture aux autres opinions ne signifie pas, bien au contraire, l’effacement des convictions. Balthasar n’éprou­vait aucune complaisance pour les tentatives de sécularisation de l’Eglise, qui à force d’exté­nuation du message aboutis­saient à sa complète neutrali­sation. C’est avoir une bien piètre idée du dialogue, y com­pris à l’intérieur de l’Eglise, que de ne l’envisager que sous l’angle d’un échange sans aspé­rités et sans impasses.

Que Joseph Ratzinger, en tant que préfet de la Con­grégation pour la doctrine de la foi, ait eu à s’opposer à d’an­ciens collègues qui ne respec­taient pas des points impor­tants de la doctrine chrétienne ne saurait surprendre. Ce n’est pas manquer de respect à l’é­gard des personnes que de leur signifier un désaccord motivé, surtout lorsque l’enjeu est d’une particulière gravité.

Dans l’Eglise, les divergences théologiques ne sont pas équi­valentes à des désaccords philosophiques exprimés dans des institutions séculières, Par ailleurs, le magistère est toujours partie prenante dès que la foi est en cause. Le théolo­gien ne peut jamais s’affran­chir de l’autorité ecclésiale, même si cela provoque des ten­sions, et même des crises douloureuses. Certains ont cru bon de reve­nir sur certains épisodes de l’action du collaborateur de Jean-Paul Il. Mais c’était, pour l’essentiel des cas, en se tai­sant sur la gravité des sujets abordés. Imagine-t-on que l’au­torité ecclésiale puisse assister indifférente à la dévalorisation de l’Eglise comme « sacrement du salut » pour reprendre la for­mule si importante de Vatican II ?

Ce n’était pas sans douleur que le cardinal Ratzinger devait s’opposer à des théories qui allaient jusqu’à nier l’en­seignement de saint Paul, pré­tendument tardif sur la puis­sance salvifique de la Croix. Ce n’était pas pour lui une fonc­tion agréable de retirer à un ancien collègue de l’université de Tübingen la qualité de théo­logien catholique. Mais ce n’é­tait qu’une juste mesure eu égard au sérieux de la doctrine et de son enseignement.

J’ajouterai qu’il y aurait grand intérêt à relire les deux documents concernant la théo­logie de la libération qui furent publiés sous son autorité. On y constaterait plus que des nuances concernant le combat contre la pauvreté et la mobili­sation pour le développement. Les conditions dans lesquelles un Leonardo Boff fut appelé à s’expliquer devant le cardinal ne relevaient d’aucune procédure inquisitoriale. On a oublié que le religieux ne fut jamais inter­dit d’enseignement et que le cardinal Ratzinger lui demanda simplement un jeûne médiatique d’un an, ce qui n’é­tait nullement excessif. Tous ceux qui ont cru bon de rappeler ce dossier, pour stig­matiser le conservatisme ro­main, se sont bien gardés de le mettre en perspective, oubliant de noter les carences d’un sys­tème et sa faiblesse de réaction par rapport à l’action des sec­tes qui ont déferlé sur le conti­nent sud-américain.

Quant au texte DominusJesus qui demeure encore dans la bouche de ses contempteurs le principal objet d’accusation à l’égard de Ratzinger, il ne revêt aucun des caractères qu’on lui attribue. Fin de non-recevoir au dialogue interreli­gieux, mise en veilleuse d’un oecuménisme chrétien dont les procédures seraient frappées d’interdit. Certes, le cardinal Ratzinger ne pouvait que se référer aux normes de la foi ainsi qu’à celles d’une Eglise dont la constitution humaine et divine n’est pas malléable au gré des manipulations idéologiques. Cependant, le texte est susceptible d’une autre lec­ture que celle de la conformité à l’orthodoxie.

Nous parlerions volontiers de déontologie, c’est­-à-dire de l’exigence de vérité,convictions de l’autre, ce qui exige qu’on ne lui attribue pas arbitrairement ses propres idées, et qu’on ne procède pas par amalgame au point de ren­dre méconnaissables l’intégrité et la cohérence d’un système de signification, cela est vrai pour le dialogue avec les religions et les sagesses d’Orient. Mais cela est vrai aussi, d’une autre manière, pour les relations entre les diverses confessions chrétiennes.

On ne saurait oublier qu’à l’o­rigine de la Réforme il y a contestation formelle de la structure de l’Eglise catholique romaine et qu’en conséquence les communautés réformées s organisent autrement. N’y a-t-il pas abus aujourd’hui à masquer des oppositions qui restent déterminantes, sous un vocabulaire commun mais trompeur.? Si l’on considère les
nombreux livres ou entretiens ou Joseph Ratzinger s’est ex­primé librement sur ces sujets,
on ne constate ni acrimonie, ni rejet mais des vues positives et anticipatrices.

Saint Augustin, que le nouveau pape a beau­coup lu et médité a également passé une large partie de son existence à combattre et à réfu­ter les multiples hérésies qui mettaient la foi en péril. Cela ne l’a pas empêché d’enrichir considérablement le patri­moine de la pensée chrétienne.

Analogiquement, le cardinal Ratzinger, en raison de ses nombreux combats pour la foi,
annonce le pape qu’il sera, avec la promesse d’un grand pontificat.

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