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Quand Islam rime avec bigame ! Aux Indes.

Jeudi 23 avril 2009 // Le Monde

Les musulmans jouissent d’un statut personnel spécifique qui leur permet de prendre plusieurs épouses. Des Hindous se convertissent pour en profiter. Mais cette pratique suscite désormais un vaste débat.

Lorsqu’Anuradha Bali est devenue la femme de Chander Mohan en décembre 2008, elle a rejoint les quelque 5 millions d’indiennes qui ont épousé un homme déjà marié. Les unions multiples n’étant autorisées en Inde que par la Muslim Personal Law (statut personnel musulman, partie du Code civil qui permet aux musulmans d’appliquer le droit communautaire), le couple est devenu le dernier d’une longue série à s’être converti l’islam uniquement pour y avoir recours. Par la même occasion, ils ont changé de nom et s’appellent désormais Fiza et Chand Mohammed. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Chand a été démis de sa fonction de vice-ministre en chef de l’Etat de l’Haryana ( au nord du pays), rejeté par sa communauté, et son père, Bhajan Lal, élu trois fois ministre en chef de l’Haryana - l’a renié.

En ces heures sombres, une timide main secourable a été tendue à Chand par le ( guide spirituel ) Ahsan Kasmi, responsable du département de la fatwa au centre d’études islamiques Dar-ul-Uloom [école coranique très respectée et vieille de cent cinquante ans] de Deoband. « Selon la charia, le mariage après une conversion à l’islam est légal », a-t-il déclaré. Mais cet appui n’a pas été claironné sur les toits, ce qui n’a rien d’étonnant lorsqu’on sait que Kasmi avait affirmé en juillet 2008 que « la conversion d’une femme à l’Islam, dans le but d’épouser un homme musulman est illégale et n’est pas conforme à la charia ». Comme le montrent les propos contradictoires du mufti, se convertir a l’islam pour convoler est un sujet très controverse chez les musulmans. Les responsables locaux ont été embarrassés par le spectacle donné par Chand et Fiza, abondamment relayé par internet et la presse. Mais ils ont gardé le silence, espérant que les choses, à l’instar d’autres scandales similaires, finiraient par se tasser Il était pourtant dit qu’il n’en serait pas ainsi. Le 28janvier, Chand a disparu de la circulation, puis il est réapparu en disant qu’il aimait toujours sa première femme et ses enfants, des hindous, et qu’ils lui manquaient.

Quelques jours plus tard, Fiza passait à l’attaque en déclarant qu’elle avait été « Piégée, utilisée et jeté », et en offrant aux médias les détails intimes de son histoire d’amour. Ce dernier rebondissement dans le spectacle médiatique a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour les responsables musulmans de l’Haryana et les a forcés à prendre position en public contre cette pratique.

Une vieille tradition dans toutes les communautés.

Pour Sayeed Qasim Rasool ilyas, porte-parole du [ Conseil de la loi musulmane indienne], les cas de ce genre reflètent un échec de la société en général, et on ne devrait pas accuser l’islam de les laisser se produire. E Beaucoup d’hommes hindous déjà mariés prennent une deuxième épouse, explique-t-il, mais on n’en entend pas parler parce que cela se produit dans des zones rurales pauvres et que la première femme ne se plaint pas ou est forcée à garder le silence. Lorsque les gens craignent d’être embêtés par la loi, ils se convertissent et utilisent la Muslim Personal Law pour se protéger. » De plus, comme, dans la loi islamique, la foi est uniquement une affaire entre l’homme et Dieu, un membre du clergé n’a pas autorité pour mettre en doute une conversion et ne peut donc pas faire grand-chose pour empêcher ces abus, ajoute Sayeed Qasim Rasool llyas.

Pour le sociologue Imtiaz Ahmad, la polygamie est une vieille tradition dans la société hindoue, « en particulier dans les régions frontalières, où des communautés guerrières sont installées depuis longtemps et où il y avait inévitablement plus de femmes que d’hommes, puisque nombre de ces derniers étaient tués au combat. On trouvait donc davantage de polygamie » Mais aujourd’hui, ajoute-t-il, « les oulémas les ( théologiens) se félicitent des conversions et ne se posent pas de questions ». Haseena Hashia, professeur à l’université Jamia Millia lslamia à Delhi et membre dc l’AIIMLB, estime cependant que « les aulémas ont un rôle à jouer et ne sauraient se contenter de décliner toutes responsabilité. Avant une conversion, les principes de l’islam doivent être expliqués. « On ne peut pas laisser les gens se convertir à l’islam uniquement pour leur permettre d’épouser leur amant ou leur maîtresse. »

Une conséquence heureuse de l’affaire Chand-Fiza est quelle pourrait forcer les autorités religieuses et sociales à dissiper la confusion légale et morale qui entoure les unions multiples en Inde. Il y a pléthore de points de vue du conservatisme inébranlable à l’esprit de réforme, prudent on non. La Muslim Personal Law va devoir faire l’objet d’un débat. Certains estiment qu’il faut laisser la communauté engager ses réformes selon son propre rythme. Les partisans d’un droit personnel commun à tous les citoyens, quelle que soit leur religion, risquent de ne pas beaucoup plaire aux oulémas. Le mariage bref, mouvementé et indécent de Chand et Fiza n’est peut-être donc pas le dernier du genre.

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