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Quand Bush joue au dissident.

Lundi 27 juillet 2009 // Le Monde

Alors que s’éloignait du Capitole l’hélicoptère des marines transportant George W. Bush, dans l’après-midi du 20 janvier, le peuple américain reportait son attention sur son successeur. Bush partait s’installer dans son nouveau domicile de Dallas pour y entamer ses projets d’après présidence. Au cours de ses deux mandats, il avait souvent déclaré qu’il considérait son action visant à promouvoir la démocratie à travers le monde, et en particulier au Moyen-Orient, action connue sous le nom de Freedom Agenda [programme pour la liberté], comme l’héritage le plus durable de ses années au pouvoir. À présent, alors que Barack Obama et son équipe de politique étrangère prennent leurs distances par rapport au discours sur la promotion de la démocratie, rendu toxique à leurs yeux par le Freedom Agenda, Bush a commencé à mettre en place ce qu’il a appelé le Freedom Institute, un centre de réflexion politique qui devrait jouxter sa bibliothèque présidentielle sur le campus de la South Methodist University (SMU), à Dallas.

Depuis Herbert Hoover, les présidents des Etats-Unis créent, après avoir quitté le pouvoir, une bibliothèque à leur nom. Il ne s’agit pas à proprement parler de bibliothèque, mais d’archives de leur présidence. Y associer un centre comme le Freedom Institute dépasse donc la mission de préservation menée par les treize bibliothèques présidentielles qui existent déjà.

Bush est encore considéré avec révérence et sympathie à Dallas, où il a vécu de nombreuses années. Le quartier de Highland Park, voisin de la SMU, a versé plus d’argent par habitant à la campagne présidentielle de Bush en 2000 que n’importe quelle autre circonscription des Etats-Unis. Au lendemain de l’entrée en fonction d’Obama, les pelouses de Highland Park étaient couvertes de pancartes où l’on pouvait lire : ( Bienvenue à la maison, George et Laura). Quant à la SMU, un établissement privé prisé par les gens jeunes issus de familles aisées de Dallas, elle est ce qui pourrait ressembler à l’université du "petit monde de Bush". George lui-même n’y a pas étudié, mais sa femme Laura, si. Elle siège toujours à son conseil d’administration en compagnie de nombreux fidèles et soutiens financiers de Bush. Quasiment dès l’élection de Bush ou presque, les administrateurs de l’université ont commencé à caresser l’idée d’accueillir la bibliothèque présidentielle. Ils y voyaient une occasion en or pour rehausser le prestige de la SMU.

Pourtant, la perspective de se voir associés pour l’éternité au Freedom Agenda donne des sueurs froides à certains des plus éminents enseignants de l’établissement. Tout dans le projet de l’institut leur rappelle ce qu’ils détestaient dans le gouvernement Bush. Le futur centre fera du prosélytisme plutôt que de la recherche. Un courrier adressé aux universités qui s’étaient porté candidates pour accueillir le centre Bush précisait que l’institut s’attacherait, entre autres, à `poursuivre les objectifs nationaux et internationaux du gouvernement Bush. Il est également prévu que le centre n’ait aucun lien avec les programmes de recherche de la SMU, puisqu’il sera responsable devant la Bush Fondation.

Les critiques voient dans le Freedom Institute un espace placé hors de tout contrôle, qui sera utilisé pour diffuser les idées propres à la présidence Bush en utilisant la caution intellectuelle gratifiante de la SMU. « Vous pouvez être sûr qu’ils publieront bientôt un livre sur la privatisation de la sécurité sociale, sur le créationnisme ou sur la doctrine de la guerre préventive », prédit Thomas Knock, professeur d’histoire américaine.

Karen Hughes, assistante de longue date du président Bush, m’a confié que Bush avait commencé à envisager la création d’un cercle de réflexion politique peu après sa réélection, en novembre 2004. « Nous savions que ce cercle de réflexion serait centré sur la liberté et la responsabilité », a-t-elle précisé, car Bush considérait ces deux sujets comme ses thèmes emblématiques ; les attaques terroristes du 11 septembre 2001 l’avaient convaincu que des États faibles et autoritaires comme l’Afghanistan représentaient une grave menace pour la sécurité des Etats-Unis.

À la fin de 2004 et au début de 2005, les Irakiens participaient courageusement à leurs premières élections. Le peuple libanais descendait dans la rue pour protester contre l’assassinat du populaire homme politique Rafic Hariri ; et l’Egyptien Hosni Moubarak acceptait d’organiser la première élection présidentielle libre de l’histoire du pays. Et dans son second discours inaugural [janvier 2005] Bush déclarait avec grandiloquence : « La survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus de la victoire de la liberté dans les autres pays », ce qui constitue l’axiome central du Freedom Agenda.

Mais un an plus tard, alors que la Bush Foundation s’apprêtait à choisir le lieu d’implantation de la bibliothèque présidentielle, le Freedom Agenda apparaissait de moins en moins comme un héritage et de plus en plus comme une croisade mal engagée dès le départ puis abandonnée à mi-parcours. L’Irak s’enfonçait alors dans la spirale des massacres confessionnels ; le président Moubarak avait soutenu un temps des élections parlementaires libres, mais, sitôt que les partis d’opposition avaient commencé à enregistrer des gains, il avait lâché ses sbires pour passer à tabac des centaines de militants et d’électeurs ordinaires, ce qui avait fait une vingtaine de morts. En janvier 2006, les extrémistes du Hamas infligeaient une défaite cuisante à leurs opposants relativement modérés du Fatah lors des élections législatives palestiniennes, qui avaient été vivement encouragées par Washington. Bush avait alors renoncé au langage ambitieux de son second discours d’investiture, tandis que la secrétaire d’État Condoleezza Rice s’employait à recruter des alliés autocratiques comme l’Egypte et l’Arabie Saoudite contre un Iran renaissant.

Il est cependant peu probable que la sympathie profonde que Bush affirme éprouver envers ces hommes et femmes courageux soit réciproque. Wang Tiancheng est un militant juridique chinois qui a eu l’occasion de s’entretenir avec Bush l’année dernière après s’être vu remettre le Democracy Award 2008, une récompense décernée par le National Endowment for Democracy, organisation soutenue par le Congrès, au nom de deux de ses collègues emprisonnés en Chine. J’ai demandé à Wang, qui travaille aujourd’hui comme chercheur à l’université Columbia, ce que l’ancien président avait, selon lui, accompli. Sa réponse : « Sur le plan des droits de l’homme en Chine, il a fait très peu de choses, pratiquement rien. »

C’est au Moyen-Orient que le Freedom Agenda a les plus grandes ambitions - et c’est là également que son échec est le plus patent. L’hiver dernier, Marina Ottaway, spécialiste de la promotion de la démocratie au Carnegie Endowment for International Peace, a écrit : « Le Freedom Agenda du gouvernement Bush - un projet riche en rhétorique et grandiloquence mais pauvre en substance - s’est soldé par un désastre inqualifiable. Non seulement il n’a en rien contribué à des changements dans la région, mais il a sapé la crédibilité des Etats-Unis. »

Peu de gens ont éprouvé de manière aussi personnelle les errements de l’Agenda que Saad Eddin Ibrahim. Libéré de sa prison égyptienne en partie grâce aux pressions de l’administration Bush, il a ensuite rencontré Bush et le vice-président Dick Cheney, mais s’est attiré à nouveau les foudres du régime égyptien pour avoir approuvé publiquement l’appel de Bush en faveur d’une ouverture démocratique. Le-Freedom Agenda, remarque Ibrahim, « a probablement fait comprendre aux dirigeants de la région que la démocratie était le seul chemin vers la légitimité ». Pourtant, il porte sur l’Agenda un jugement tout aussi dévastateur que Mme Ottaway. Ses amis militants et lui se sont d’abord sentis « galvanisés » par la fermeté que Bush affichait, dit-il ;puis « déçus parla retraite précipitée » consécutive à la victoire du Hamas ; et enfin ils ont eu l’impression d’avoir été « trahis » lorsqu’ils ont compris qu’ils avaient sacrifié leur crédibilité pour une campagne hésitante et essentiellement rhétorique.

Mark Langdale, directeur de la fondation, m’a repris lorsque je lui ai demandé de me parler du Freedom Institute. « Il n’est pas sûr que nous l’appellerons ainsi », a-t-il précisé. Le nom le plus probable pour l’instant est The George W. Bush Policy Institute. Vieil ami de Bush, Langdale indique que le nom choisi à l’origine pourrait conduire à des malentendus. Le terme liberté a de multiples usages, explique-t-il. Il désigne aussi bien le fait de ne pas subir l’entrave de la maladie que le libre-échange ou la liberté de recevoir une éducation. D’ailleurs, enchaîne-t-il, la réforme de l’éducation - qui constitue pourtant un thème secondaire dans le Freedom Agenda - pourrait figurer dans les premiers programmes de l’institut. Il ressort de tout cela l’impression d’une réorientation stratégique induite par la controverse. Dans l’une des dernières interviews accordées par Bush avant son départ de la Maison-Blanche, il déclarait que le projet ne serait pas le « remarquable institut de George Bush », mais « un lieu où des gens intelligents viendront évoquer et débattre de différents problèmes ». Même Turner, le président de la SMU, se garde de tout jugement hâtif. Il s’attend à ce qu’il y ait d’abord une « période d’ajustement » durant laquelle le lieu pourrait se prendre en effet pour le (remarquable institut de George Bush), mais pense que, avec le temps, les idées de Bush deviendront obsolètes.

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