QUESTIONS sur la sécurité routière.

Lundi 25 janvier 2010 // La France

Les fêtes de fin d’année amènent un renforcement des contrôles sur la circulation routière. On connaît en effet les tristes bilans des réveillons, qui s’ajoutent à ceux des week-ends trop arrosés. Mais on peut quand même s’interroger sur les modalités, voire sur les finalités, de la répression menée actuellement, notamment par rapport aux permis de conduire et à leur retrait. La Ligue de défense des conducteurs — un organisme nouveau, issu de la Ligue de défense des citoyens et en contact avec la puissante Fédération française des motards en colère - pose à ce sujet un certain nombre de questions, pour « passer de la répression arbitraire à une politique efficace ». Sa secrétaire générale, Christiane Bayard, affirme en effet que « ce n’est pas en s’acharnant sur les automobilistes qui n’ont pas une conduite dangereuse que l’on sauvera des vies sur la route ».

Son combat, c’est la chasse tous azimuts aux contraventions pour excès de vitesse, même minimes. Elle fait notamment remarquer que l’intensification des contrôles ne permet plus de baisse significative du nombre de tués sur les routes. Depuis fin 2006, en effet, ce nombre a diminué en moyenne de 4,7%, soit l’amélioration déjà obtenue avant l’installation des radars :1999 (-4,8%), 2000 (-4,8%), 2002 (-6,2%). Elle pointe également du doigt le fait que « des millions de Français n’ayant jamais causé d’accident perdent leurs points les uns après les autres » : et de citer : « chaque jour, 500 permis de conduire sont retirés », en élargissant le débat : « en un an, 60.000 personnes ont perdu leur emploi à cause de la suppression de leur permis ».

Elle fustige également le fait qu’« il faut rester entre un an et trois ans sans commettre aucune faute pour récupérer les points perdus, ce qui est quasi impossible pour tous les Français qui sont obligés de faire 15.000, 20.000 voire 30.000 km par an ». Elle dénonce enfin que « 79% des excès de vitesse concernent des dépassements de moins de 20 km/heure », mais qu’« ils sont sanctionnés par la double peine : retrait de points et amende ».

Elle veut aussi faire savoir que les recettes des amendes sont utilisées à hauteur de 50 millions d’euros — autrement dit 735.000 procès-verbaux pour petit excès de vitesse — à financer l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances. De même, elle informe que 212 millions doivent servir à installer de nouveaux radars.

La Ligue de défense des conducteurs lance donc une grande enquête — elle attend un million de réponses— pour obtenir le soutien. des automobilistes. Elle aimerait également connaître leur avis sur les changements peu espacés de limitation de vitesse, sur un éventuel abaissement à 110 km/h sur les autoroutes et sur l’absence d’indication des emplacements des radars.

Environnement

Copenhague : Le danger du recroquevillement.

II y a deux manière de considérer le sommet de Copenhague, lesquelles ne s’oppo- sent d’ailleurs forcément pas. La première consiste à évaluer les résultats de cette rencontre que l’on peut à juste titre qualifier de mondiale — même si Taiwan n’a pu y participer, Pékin ne voulant même pas que l’île reçoive un statut d’observateur. La seconde amène à s’interroger sur la philosophie que certains voudraient en dégager.

Passons sur les déclarations à l’emporte-pièce de personnages comme Fidel Castro, qui n’a trouvé rien de mieux que s’en prendre au « chaos politique et au traitement humiliant infligé aux chefs d’Etat et de gouvernement, aux ministres et aux milliers de représentants des mouvements sociaux », tandis que son pays s’opposait à la déclaration politique préparée par les grandes puissances. Nicolas Sarkozy qui, comme à l’accoutumée, s’est dépensé sans compter a voulu voir un accord « imparfait » mais « significatif ».

Très réaliste, Jean-Louis Borloo a relevé l’« incroyable décalage entre les convictions affichées, la prise de conscience, les décisions françaises et européennes et la réalité du reste du monde ». A certains moments, on a pu avoir la sensation d’une presque alliance entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus gros pollueurs de la planète. Au final, tandis que les pays émergents comme le Brésil tentaient de s’imposer comme une troisième force, c’est la Chine qui a empêché des engagements concrets, Barack Obama se montrant, comme d’habitude, fort prudent. En tout cas, l’avenir reste à écrire.

En revanche, on peut se poser des questions sur la philosophie ambiante. Nous vivons dans un monde où l’on aime se faire peur. Il ne s’agit certes pas de nier les problèmes, mais on peut tout de même se demander si l’homme du XXIe siècle, à force de manier le principe de précaution et de baigner dans le catastrophisme, n’en perd pas sa vitalité et sa raison. Deux exemples, illustrés par des livres, semblent le montrer. Le réchauffement climatique et les énergies de substitution sont brocardées dans CO2, un mythe planétaire et L’imposture. Pourquoi l’éolien est un danger pour la France, l’un et l’autre sortis aux éditions du Toucan — et préfacés par Valéry Giscard d’Estaing. De même, si certains se penchent sur la Grippe A (H1 N1). Tout savoir. Comment s’en prémunir (Fayard), d’autres dénoncent H1N1. La pandémie de la peur (Xénia).

Enfin, les appels aux restrictions et au retour en arrière soulèvent des problèmes moraux. Voilà pourquoi L’Osservatore romano a insisté sur les appels de Benoît XVI en faveur d’une écologie « orientée par la notion de développement intégral de la personne humaine » face à un « éco-centrisme » qui « prétend résoudre les problèmes climatiques — où règne une grande confusion — à travers la dénatalité et la désindustrialisation, plutôt qu’à travers la promotion de valeurs qui rendent sa dignité originelle à l’individu ». L’homme de demain va-t-il choisir de se recroqueviller sur lui-même ?

Evènement

Le cas Frédéric Mitterrand.

Ministre, depuis le 23 juin dernier, de la Culture et de la Communication — il y aurait beaucoup à dire sur ce mélange de la connaissance et de la propagande Frédéric Mitterrand vient d’être rattrapé par son passé. En 2005, il avait publié La mauvaise vie (Paris, Robert Laffont, 360 pages). Ce « roman autobiographique » fut encensé par la critique, qui le trouva même « pudique ». Quelques extraits permettent de juger de ses rencontres sexuelles tarifées dans certains quartiers chauds de Thaïlande avec, par exemple, « mon garçon de Patpong » :

« Tous ces rituels de foire aux éphèbes, de marché aux esclaves m’excitent énormément. [...] La profusion de garçons très attrayants, et immédiatement disponibles, me met dans un état de désir que je n’ai plus besoin de refréner ou d’occulter. L’argent et le sexe, je suis au coeur de mon système ; celui qui fonctionne enfin car je sais qu’on ne me refusera pas. j...] Je ne sais d’où il a sorti les capotes, mais il nous les enfile en un clin d’oeil ».

Des citations de ce type ont été lues par Marine Le Pen, vice-présidente du Front national, le 5 octobre sur France 2. Puis Benoît Hamon, du Parti socialiste, a estimé « choquant qu’un homme puisse justifier, à l’abri d’un récit littéraire, le tourisme sexuel » et a posé la question de sa démission. A droite et dans l’opinion publique, on s’est interrogé sur un ministre de la République qui a confessé avoir pratiqué le tourisme sexuel et donc s’est rendu complice de l’exploitation sexuelle d’enfant. Or le gouvernement de la France lutte contre de tels crimes, s’y étant notamment engagé avec la Thaïlande et ayant participé à l’élaboration des conventions de l’Onu visant à les réprimer. Certes, Frédéric Mitterrand a contre-attaqué le 8 sur TF1 en affirmant qu’aucune de ses relations avec des jeunes hommes n’avait concerné de mineurs et qu’il condamnait absolument tout tourisme sexuel et tout acte pédophile, mais certains ont jugé ses propos insuffisants pour un homme public. Et d’ajouter que les dirigeants actuels du pays feraient bien de prendre garde, à ne plus prendre leurs partisans « pour des imbéciles par une complaisance croissante, cynique et vaine envers un certain nombre de personnalités qui vivent aux antipodes de la politique pour laquelle ils ont été élus ».

Cette affaire survient alors que beaucoup de Français ont été choqués, comme l’ont montré les lecteurs aux journaux et les réactions courant sur l’internet que le ministre ait accordé son soutien au cinéaste Roman Polanski, arrêté à Zurich en vertu d’une action judiciaire des Etats-Unis pour des faits de pédophilie, soutien qu’il s’est ensuite efforcé d’atténuer. Par ailleurs, Le Quotidien de la Réunion a fait sa une du 9 octobre sur un témoignage de moralité de Frédéric Mitterrand donné en mars dernier en faveur de deux mineurs, dont son filleul, condamnés dans une affaire de viol collectif et cela comme directeur de la Villa Médicis ès qualités.

Evènement

Identité nationale : Arrêter le débat ?

Faut-il arrêter immédiatement le débat sur l’identité nationale ? C’est en tout cas ce que demande la pétition lancée par l’association SOS Racisme, et signée par quelque 140 personnalités, hommes et femmes politiques de gauche, mais aussi artistes comme « Isabelle Adjani, Pierre Arditi ou Josiane Balasko. » Cette pétition tire argument des propos racistes tenus à l’occasion des débats organisés dans les préfectures, ainsi que de certains dérapages verbaux de quelques membres de la majorité. Les signataires peuvent du reste se sentir confortés par les sondages qui montrent pour le moins une réticence des Français face au débat lancé par Eric Besson, sans parler des positions d’un Alain Juppé ou d’un Dominique de Villepin, eux aussi opposés à la poursuite de l’opération.

Que des sentiments racistes, ou proches du racisme, aient pu trouver une expression lors des débats publics était en fait inévitable. L’actualité, avec les minarets suisses et la burqa n’a rien arrangé. Encore faut-il rester précis. Où commence le racisme ? Quand tombe-t-il sous le coup de la loi ? Julien Dray tient des propos de bon sens, lorsqu’il affirme sur Radio J : « Ce que révèle ce débat sur l’identité française, ce sont les tensions racistes, de rejet... Pourquoi les cacher ? Au contraire, pour résoudre ces problèmes, il faut en débattre ».

Dans ce domaine, la simplification peut avoir des effets redoutables, d’autant plus redoutables qu’elle paraît venir d’une élite privilégiée. A ce point de vue, la pétition de SOS Racisme paraît pour le moins maladroite, voire dangereuse. On ne combat pas le racisme par la seule répression ou par les condamnations morales lancées d’un salon parisien. Cela fait disparaître des symptômes peu ragoûtants, mais les racines du mal demeurent intactes. Au refoulement succède forcément le défoulement.

De même, on ne saurait réduire la question de l’identité nationale à quelques incantations sur les droits de l’homme et les institutions démocratiques. 1789 n’a pas été écrit sur une page blanche et la République s’en est toujours souvenue qui n’a pas hésité à en appeler au cor de Roland, ni à glorifier Jeanne d’Arc ou Henri IV. La grande faute du gouvernement est d’avoir présenté comme simple une question infiniment complexe.

Le débat sur l’identité nationale, est certes mal engagé, mais l’arrêter aujourd’hui serait un remède pire que le mal.

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