Protéger l’Europe.

Vendredi 29 décembre 2006, par Bertrand RENOUVIN // L’Europe

Enfin de bonnes nouvelles ! Certes, la crise française et européenne
reste d’une angoissante acuité, mais les projets de renaissance entrent dans
le débat public et ne sont plus ignorés par les dirigeants politiques.

La preuve ? C’est Emmanuel Todd qui a ouvert la conférence sur l’emploi
tenue le 14 décembre à l’initiative du Premier ministre. Cela signifie que
le gouvernement, le patronat et les syndicats sont maintenant saisis du
projet protectionniste qui leur a été présenté en termes simples et
percutants par un chercheur - à la fois historien, anthropologue et
démographe - qui s’appuie sur des bases très solides.

La veille de cette conférence, le public de nos Mercredis parisiens
débattait avec Hakim El Karoui et Emmanuel Todd de cette même question -
déjà envisagée voici plus d’un an avec Jean-Luc Gréau. Au début des années
1990, quand triomphait l’idéologie libre-échangiste, nous avions fait écho à
la critique décisive qu’en faisait Maurice Allais, prix Nobel d’économie,
théoricien libéral dénoncé comme ringard par les ultra-libéraux et victime d’un
ostracisme parfaitement scandaleux.

Le temps de la censure et du mépris sont terminés. L’idéologie
ultra-libérale a volé en éclats sous les coups des disciples de Keynes et
des élèves de François Perroux, le dogme libre-échangiste ayant été détruit
par ceux qui avaient une véritable intelligence du libéralisme économique.
Il est démontré que le libre-échange est facteur de désindustrialisation, de
chômage et d’appauvrissement - tous désastres dont les ouvriers, les
employés, les cadres et de très nombreux chefs d’entreprise français et
européens a l’expérience quotidienne et douloureusement concrète.

L’heure des propositions a sonné. Les animateurs du nouveau courant
libéral français réclament une protection de l’économie européenne, dont l’agressivité
commerciale chinoise souligne l’urgence. Nous savons que le protectionnisme
n’est pas l’autarcie : le journaliste de Libération qui affirme qu’Emmanuel
Todd et ses amis veulent bâtir « une muraille contre la Chine » n’a
manifestement pas lu Hakim El Karoui, pour qui la protection économique
fonctionne comme une écluse : il ne s’agit pas d’interrompre, mais de
régulariser des flux.

Cette politique de protection permettra de réindustrialiser la France
et l’Europe, de relancer la demande par augmentation des salaires, de
revenir au plein-emploi et de reprendre le projet de bien-être pour l’ensemble
de la société. L’exigence protectionniste peut donc rassembler toutes les
catégories de travailleurs, maints patrons, de droite et de gauche - et se
diffuser chez nos voisins européens.

Nous n’ignorons pas que la partie est difficile : il faut convaincre
les futurs dirigeants français, les obliger à tenir des promesses encore
hypothétiques puis les soutenir lorsqu’il s’agira d’entraîner les chefs de
gouvernements européens. Nous continuerons de participer à l’action en
faveur de la protection de l’Europe. Mais le combat commun n’exclut pas la
réflexion et la confrontation sur les perspectives générales.

Nous l’avons dit l’autre soir à Hakim El Karoui :

La protection économique doit être conçue à l’échelle du continent
européen, ce qui suppose l’unité d’action avec la Russie et la Turquie, qui
sont des éléments décisifs de l’équilibre européen ;

Pas de remède à la paralysie de l’Union européenne sans la révolution
institutionnelle qui fera naître la confédération des États européens.

Pas de protection solide de notre continent sans définition d’une
nouvelle politique monétaire européenne, qui suppose la mise en question de
la Banque centrale européenne et un examen lucide des effets de l’euro.

Quelle que soit l’intensité des débats, un fait est acquis depuis le
référendum de 2005 : une large majorité de Français de droite et de gauche
est prête à reconstruire sur les décombres d’un ultra-libéralisme qui est,
dans sa théorie et dans sa pratique, massivement récusé.

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