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Producteur laitier.

Une profession délibérément rayée de la carte.

Vendredi 25 juin 2010 // La France

Ce n’est pas un scoop : les producteurs laitiers sont au bord du gouffre. L’un d’entre eux l’a rappelé, le 25 janvier dernier, sur le plateau de TF 1, à l’homme qui, quelques mois plus tôt, à Poligny, avait une énième fois promis aux agriculteurs qu’il n’était « pas question que la France laisse tomber son agriculture. »

Un samedi après-midi, rencontre avec Jean— Luc, producteur laitier, dans sa ferme de 60 hectares. Pour 30 vaches laitières Montbéliardes, il a un quota laitier un peu au-dessus de la moyenne puisqu’il est de 190 000 litres. « Les quotas laitiers, précise-t-il, datent de 1984. Ils ont été instaurés par la CEE afin de maîtriser la production. Ce sont, ces quotas, appelés à disparaître, dont on a entendu parler fin août et début septembre 2009 ». « La fixation du quota laitier, poursuivit-il, est liée à la terre ». Pour augmenter son quota, un producteur doit acheter des terrains que sont attachés des droits de production, droits qu’il peut voir s’amenuiser si, lors d’une campagne laitière, il ne produit pas ce qu’il lui est légalement possible de produire. Pour le dire autrement, s’il ne produisait que 175 000 litres alors qu’il pouvait en produire 190 000, Jean-Luc verrait son quota perdre 25 000 litres.

Jean-Luc livre son lait à une fromagerie, spécialisée dans la production de Comté, sorte de coopérative de fabrication, qu’il appelle fruitière. Chacune de ses vaches produit, annuellement, entre 6 000 et 7 000 litres de lait. Leur alimentation est principalement composée de fourrage, sous forme de foin et de regain. Le Comté est une AOC dont le cahier des charges proscrit celle à base d’ensilage. C’est en raison de leur alimentation que les vaches à Comté, contrairement à celles nourries à l’ensilage, ne font pas de cirrhose du foie. En effet, leur nourriture n’étant pas constituée des céréales très sucrées qui composent l’ensilage, elles sont peu exposées à terminer comme certains vieux franc-comtois, un peu trop portés sur la gnôle... Par contre, elles produisent moins de lait que celles destinées à souffrir d’une maladie dégénérative du foie, et dont le lait est bu quotidiennement par des milliers d’enfants au petit déjeuner...

Comme s’il voulait les défendre, Jean-Luc me fait remarquer que si les agriculteurs recourent à l’ensilage, ce n’est pas parce que les laitières produisent alors plus de lait payé moins cher, mais parce qu’en produisant les céréales à ensilage, ils bénéficient de subventions de Bruxelles. C’est aussi parce que, lorsque l’on donne de l’ensilage, l’effort physique est moindre, la récolte et le stockage plus simples, les conditions de travail différentes.

Cela dit, Jean-Luc, avec un regard triste, aborde un problème qui le mine. Celui qui le conduit, en vue d’accroître une production de regain insuffisante, à détruire progressivement la terre qui le fait vivre, en l’inondant, annuellement, de sept tonnes d’engrais, soit vingt kilos par hectare...

La visite tirant sur sa fin, Jean-Luc souligne que la production de lait exige beaucoup de travail. Cela veut dire commencer sa journée vers 6 h 30 et la terminer vers 20 h, 7 jours sur 7, 365 jours sur 365. Il consent à me révéler le montant de ses revenus mensuels : 1500 euros, pour sa femme et lui : « Cela nous suffit pour vivre. Et puis cette vie, c’est pas la pire. On n’a pas de patron sur le dos toute la journée ; On s’arrête quand on veut pour casser la croûte, boire un café ; on a la satisfaction, contrairement à d’autres, de ne pas empoisonner la population, de perpétuer un beau métier. »

Un beau métier ? Sans doute. Mais un métier que, de conseils agricoles en conseils agricoles, la droite française en acceptant la dérégulation de l’agriculture et en ne remettant pas en cause le principe communautaire d’une agriculture orientée par le marché, a délibérément choisi de rayer de la carte. Et cela, les discours, qu’ils soient plus ou moins beaux ou plus ou moins réchauffés, n’y changeront rien : les producteurs laitiers ont bel et bien fait l’objet d’un sacrifice.

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