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Procréation : Maîtres du temps.

Vendredi 16 juillet 2010 // Santé

Fabienne Justel ne pourra pas récupérer le sperme congelé de son mari défunt. La Cour d’Appel de Rennes a tranché mardi 22 juin.

Dominique Justel est mort d’un cancer en septembre 2008. Depuis, sa veuve tente en vain de réaliser son rêve : en concevoir un enfant. C’est techniquement possible, car l’homme avait fait stocker son sperme alors que, malade, il allait subir un traitement stérilisant. Mais la conception post mortem est illégale dans l’Hexagone. Madame Justel comptait donc exporter la semence conjugale à l’étranger, là où les règles bioéthiques sont plus laxistes. Mais la loi française, rappelée par les magistrats, est formelle : en cas de décès d’un des membres du couple, il est mis fin à la conservation des gamètes.

Concevoir un enfant a longtemps nécessité deux parents vivants. C’est la congélation des gamètes qui a contourné cette contrainte. Elle a ajouté à la dissociation entre conception et relation sexuelle qui fonde la procréation artificielle une rupture majeure dans l’histoire de l’engendrement : l’affranchir du temps. Il est devenu possible d’être conçu d’un parent mort depuis des années.

Une autre congélation, celle des embryons a induit une autre transgression : c’est la vie même d’un être humain qu’on peut figer, à l’image de l’Hibernatus du film éponyme (avec Louis de Funès) ou du couple mythique décrit par Barjavel dans La nuit des temps. D’ailleurs, l’un des points en débat pour la prochaine révision des lois de bioéthique est le « transfert post-mortem » des embryons, c’est-à-dire après la mort du père.

Puisque nous existons plus certainement depuis la conception que depuis la naissance, nous côtoyons déjà des personnes qui ont plus d’années de vie que leu âge officiel. Et le système du don anonyme de gamètes permet déjà, en France, la conception d’enfant d’un père biologique éventuellement décédé.

Serions-nous devenus maîtres du temps ? La secte Raël a promis l’immortalité en imaginant qu’on pourra transférer sur un clone les données du cerveau d’une personne vieillissante. (C’est d’ailleurs le scénario d’un autre film : A l’aube du 61 jour, avec Arnold Schwarzenegger). Des scientifiques qui s’évertuent à repousser les limites qu’on croyait absolues ne cachent pas un mobile prométhéen. Fabienne Justel tente plutôt de conjurer le sort, de façon désespérée.

Près de deux ans après son veuvage, elle n’a visiblement pas fait le deuil de son mari, ni de leur projet commun d’enfant, au risque de s’interdire des projets plus responsables. Il faut comprendre la difficulté qu’ont les personnes endeuillées à consentir au réel. Mais un refus obsessionnel de ce qui est advenu entrave leur capacité de vivre.

En matière de procréation, certaines prouesses techniques entretiennent donc de folles tentations. Ne pourrait-on braver les trois limites inhérentes à la condition humaine : le corps, le temps et la mort ? Y consentir nous impose au contraire de faire le deuil, jour après jour, de multiples réalités. Le temps, surtout, reste une créature avec laquelle tout homme doit apprendre à composer. Personne ne peut revenir en arrière. Vivre dans le présent et préparer le futur nécessite d’admettre que le passé est révolu. Faute de quoi l’on se perd dans des blocages stériles.

Si on suivait la revendication de Fabienne Justel on porterait même atteinte aux droits de l’homme. Sa peine semble en effet l’empêcher de voir que tout être humain a besoin de s’inscrire dans le temps naturel de la vie, en étant conçu de deux parents vivants.

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