Privatisons ! Privatisons ! Privatisons !

Dimanche 27 juin 2010, par Rodolphe Clauteaux // La France

En voilà un beau cri qui va en réjouir plus d’un...

Mais ne vous réjouissez pas trop vite.

Le beau cri lancé par notre ami Rodolphe Clauteaux porte sur la dette publique !

La privatiser ne serait-ce pas la « politiser » ?

Un beau défi pour notre nation !

Resteraient aussi à remettre nombre de compteurs à zéro...

Faudrait-il aussi que tous les Français reprennent goût à la France et que bien des « élites » soient enfin reconnues pour ce qu’elles sont : Des pantins !

Privatisons la dette publique !

Lorsque l’on pense à « dette publique », on songe immédiatement à la Grèce, à la crise grecque. En effet, c’est l’ « “État » grec qui s’est endetté, qui a réalisé des dépenses « inconsidérées » si l’on en croit les comptables de Bruxelles, et qui a emprunté ce qui lui manquait à des banques françaises et allemandes pour l’essentiel. L’argent à crédit se paie, et les intérêts du capital aussi… ce qui fait qu’aujourd’hui, l’État grec est endetté, et doit payer. Et ne l’aurait pas pu si l’Europe et le FMI n’étaient venus à son secours. Un secours qui se paie cher par un « plan de rigueur ».

Un plan de rigueur à la charge des fonctionnaires déjà mal payés et du petit peuple, surtout de ses retraités. Un plan de rigueur infâme !

L’ « effet papillon » de la Grèce, causant alors la révision des comptes publics d’autres pays « du Sud » européen… C’est-à-dire que l’Espagne, le Portugal et maintenant l’Italie, avant que la France n’y passe, sont déclassés par les agences de notation. La conséquence en est que leurs dettes respectives deviennent encore plus difficiles à payer, puisque les intérêts, le « risque » matérialisé par les notes des « agences », augmentent. Se refinancer pour payer ces dettes devient alors plus cher.


Dette publique (en milliards de la devise nationale)

Or la Grèce, petit pays, n’a pas une « dette » astronomique. 270 Milliards d’euros, c’est-à-dire 115 % environ du Produit intérieur brut en 2009, 130 % en 2010, pour un État de la Zone Euro, ce n’est pas le bout du monde. Alors que de l’autre côté de ce monde mondialisé, un État beaucoup plus endetté, ne fait pas parler de lui.

Il s’agit du Japon. Le Pays du Soleil Levant, est endetté à raison de 200 % de son PIB, avec un déficit public de plus de 10%%, c’est le pays le plus endetté de l’oCDE. Le pays dont la solvabilité est donc la moins bonne. Or pas d’ « effet papillon » pour le Pays des Samouraïs ! Pas de panique sur les marchés mondialisés.

Comment cela se fait-il que le Japon ne subisse pas de pression des États de la Région afin qu’il paie ses dettes grâce au FMI et d’un rigoureux plan de rigueur (infâme) ? Comment se fait-il que la contagion grecque se soit propagée à une telle vitesse, provoquant un (presque) krach boursier, replongeant nos économies dans les affres de la Crise pour un temps éloigné, alors que le Japon bien plus endetté ne soit dans aucune chronique boursière affolée, et n’aie pas droit à la lettre « A— » des agences de notation ?…

La Zone Euro ne protège ni rien ni personne.

Il se trouve que la Zone Euro, l’Euroland des Anglosaxons de la Kommission de Bruxelles, est soumise aux lois du marché. Que ces lois inconnaissables, ineffables, indicibles (tout comme Dieu), sont mondialisées. « Mondialisé », comme la dette grecque. Une dette, rappelons-le encore une fois, qui est détenue par des banques françaises et allemandes… probablement les mêmes qui ont « arrangé les comptes » de l’État grec et de son gouvernement (de droite) lorsqu’il a sollicité son entrée dans l’Euro !…

Des banques qui obéissent à la « loi du marché ».

Or la Zone Euro ne protège personne. Pas même sa monnaie unique. La Zone Euro est le parangon de la bonne conduite ultralibérale de ceux qui l’ont pensée, créée et installée grâce au Traité de Maastricht.

Et donc, « grâce » à l’Euro, la Grèce est soumise aux lois du marché. Est soumise aux diktats de ceux qui ont acheté sa dette. Aux « investisseurs » comme l’on a coutume de nommer ces pirates professionnels, anonymes et universels, qui font profit du malheur des autres, en l’occurrence du peuple grec.
« Politisons » la dette…

Or si ces « investisseurs internationaux » sont débiteurs de la Grèce, ils ne le sont pas du Japon. La dette publique du Japon est en fait une dette « publique privatisée ». Les dettes que causent l’action de l’État japonais, les retraites, les hôpitaux, l’armée, etc., C’est-à-dire le fonctionnement normal d’un État moderne, ne sont pas soldées par des prêts dont les bailleurs sont « les marchés ».C’est-à-dire le fonctionnement normal d’un État moderne, ne sont pas soldées par des prêts dont les bailleurs sont « les marchés ». Ce ne sont pas des « investisseurs » anonymes et internationaux, « interlopes », comme l’on aurait dit avant la deuxième guerre mondiale. Des « investisseurs » qui ont tout fait pour que l’ « espace national » soit déclaré hors la loi (du marché) !

Mais alors, qui paie donc le fonctionnement de l’État japonais ?

Le public privé. C’est-à-dire vous et moi si nous étions japonais. C’est-à-dire les économies des ménages. C’est-à-dire que l’argent privé achète la dette « publique ». Une dette qui n’est donc pas « publique » puisqu’elle n’est pas mondialisée ! C’est aussi simple que cela. Si les USA n’avaient pas les émirs du pétrole saoudien et maintenant les banques chinoises, ils seraient en faillite, et un plan de rigueur rigoureux (et infâme) leur serait demandé par le FMI. Mais le Japon n’a pas besoin des pétro-dollars du Golf, il a les yens patients et à milliards de son petit peuple intelligent qui passe par sa Poste pour placer ses économies dans des obligations d’Etat. Les USA sont donc plus « bêtes » que le Japon ? Sans aucun doute. Et l’Europe également. Nous sommes en tout cas davantage docile aux sirènes de l’économie mondialisée. Car ce fut de là que partit le problème.

Au milieu des années 80, sous Reagan, l’Amérique se réveilla sans épargnant, mais avec des besoins d’État croissants. Il est bien connu que ce sont les « libéraux » qui ont le plus besoin d’endetter l’État… Or donc, ce réveil sonna l’heure de l’ultralibéralisme financier. L’État fédéral ne pouvait plus financer ses déficits intérieurs ou extérieurs car l’épargne privée ne répondait plus. La déréglementation financière fut la réponse à ce problème. Il fallait que les déficits publics soient payés, on est donc allé chercher de l’épargne allemande ou japonaise, mais pour cela, il fallait que la circulation internationale des capitaux soit « facile », c’est-à-dire « libre » !

Et pour y parvenir, les groupes de pression sont parvenus à imposer l’idée que l’inflation est une très mauvaise affaire pour tout le monde (ce qui est faux) ; À imposer des sanctions (les “AAA ”) par les marchés ou, bingo !, Par la commission de Bruxelles, à tout État qui laisserait dériver son budget même pour d’excellentes raisons ; à imposer le modèle de la banque centrale indépendante du pouvoir politique, des élus du peuple !… C’est-à-dire à imposer la tutelle des marchés sur le pouvoir des États !

Le Japon n’a pas voulu de cela. Il n’a pas voulu des « investisseurs » interplanétaires, universels, « cosmopolites », comme on aurait dit avant la dernière guerre. Il s’est tourné vers ses ménages. Pourquoi ne fait-on pas pareil ?

… En la privatisant ! Or les Français épargnent. Ils sont même, cocorico !, Parmi les meilleurs épargnants européens.

Et si la crise est là, ils épargnent pour pallier à un chômage éventuel. Et si la crise n’est plus là, ils épargnent encore plus car c’est alors plus facile… Au fait, combien ont-ils de noisettes dans leur bas de laine, ces écureuils ? 3200 Milliards d’euros !

C’est-à-dire plus de deux fois la dette de l’État ! 3200 Milliards d’euros dont le tiers ne rapporte rien du tout (l’ « épargne thésaurisée ») ! C’est-à-dire 1000 milliards d’euros qui ne servent à rien, ni à ses propriétaires, ni à l’économie, ni même à l’Etat.

Je vois que vous voyez où je veux en venir… Et si l’État revendait sa dette aux citoyens ? Et si les banques… euh… non ! Et si LA Banque de France, ou La Poste, voire les deux, ou même l’Agence France Trésor, celle-là même qui vend notre dette aux « investisseurs cosmopolites »… devenaient les revendeurs de la dette publique. Si on privatisait la dette publique de la République ?

Vous me direz… que la dette publique, elle est si « publique » qu’elle est mondiale. Que ce sont des « investisseurs », tous plus étrangers les uns que les autres, qui la possèdent, ne se la revendent ; c’est-à-dire qu’ils en font un « morceau » de produit financier que l’on peut, comme pour les subprimes, (ces crédits immobiliers-poubelle américains) et alors la revendre comme « produits financiers » à M. Et Mme Tout le monde…

Or donc, ces « investisseurs » n’auront peut-être pas envie de se priver de ce « produit financier » qui profite du « AAA » des agences de notation.

Un produit financier pépère qui permet donc de prendre des risques ailleurs…

Peut-être. Mais si les lois du marché existent, elles permettent de racheter ce que l’on a vendu à condition d’y mettre le prix… Et en la rachetant moins cher !

Et ce prix, il peut être de deux sortes.

De deux sortes parce qu’une des fonctions de l’État est de « compenser » les injustices. C’est-à-dire grosso modo d’enrichir les pauvres et d’appauvrir les riches. Or les pauvres, ce sont eux qui « paient » la dette, alors que ce sont les riches qui en détiennent les titres ! Or donc, privatisons en permettant aux pauvres de s’ « enrichir » en devenant les bailleurs de « leur » dette publique. De deux façons disait-on, car l’État peut proposer de racheter sa dette à un prix supérieur… Ce qui fait que les ménages français qui vont la racheter devront la payer plus cher qu’elle ne valait lors de son émission.

Mais l’État, s’il est intelligent, peut aussi proposer de racheter sa dette moins cher ! En effet, il lui suffit de menacer ses débiteurs, ses bailleurs, ces « investisseurs », de les menacer de « réajuster la dette publique de l’État »… Et ce sera la panique. En effet, « réajuster » une dette, ce qu’il est toujours possible de faire, l’Argentine nous l’a prouvé à la fin des années 90, cela veut également dire qu’on la diminue, qu’on en « oublie » une partie et que les intérêts que l’on paie diminuent, eux aussi. Du coup, le placement pépère ne l’est plus. Du coup, ce qu’on a dans les coffres ne vaut plus autant que ce que l’on y avait mis. Ce qui fait que si alors un interlocuteur quelconque, fut-il l’emprunteur lui-même, en l’occurrence l’État français, propose de racheter cette dette, à un prix « raisonnable », on se précipite à son comptoir.

Et voilà comme l’on pourrait, privatiser (mot à la mode chez les ultralibéraux) notre dette publique.

Elle serait moins lourde à payer, elle serait un argument politique, et l’on cesserait de dépendre du bon repas de la veille du patron de l’agence de notation ou de sa petite amie du lendemain, tout autant que de l’avidité des « investisseurs ».

Alors que la France bénéficie aux yeux et au palais des connaisseurs du monde entier de l’exceptionnelle cotation enviée par tout l’univers : AAAAA+++++

L’Association amicale des amateurs d’andouillette authentique (AAAAA).

Cela dit, doutons-nous bien qu’il doit y avoir dans le Traité de Maastricht, de Lisbonne ou d’ailleurs, un alinéa qui interdit aux États de « privatiser » et donc de « politiser » leur dette !
Rodolphe Clauteaux.

Notes : Le retour, à une dette publique nationalisée, éviterait, entre autres, peut-être, le grossissement, l’obésité, la mauvaise graisse, du nationalisme. Trois décennies de négation des nations, risquent d’amener les peuples à se poser les mêmes questions que se posèrent nos arrières grands-parents de la fin du XIXe siècle, après cinq décennies de libéralisme outrancier et deux ou trois crises économiques. Et à trouver les mêmes et si mauvaises réponses…

Les Japonais, longtemps considérés comme les champions du monde de l’épargne, économisent de moins en moins et leur taux d’épargne a chuté de plus de 70 % en 10 ans.

Les foyers japonais ont économisé seulement 3,2 % de leur revenu en 2006, comparé à 11,4 % en 1997, indiquent ces statistiques. Les chiffres de 2007 n’ont pas encore été annoncés. Pour très peu de temps après, remonter très vite...
17,9 % fin 2009...

Lire : L’épargne privée au secours de la dette publique ?

Intéressons-nous donc au taux d’épargne des ménages en France. Il est particulièrement élevé comparé à la zone euro. Ci-dessous comparaison avec quelques pays européens en 2007 (chiffres Eurostat) :



Chiffres 2007 .

UE.

France.

Danemark.

Finlande.

Suède.

Norvège.

Taux Epargne des ménages.

10.75

15.34

5.13

6.38

11.72

4.64

Allemagne.

Espagne.

Italie.

Royaume-Uni.

16.69

10.23

14.53

2.46

Il s’est accru semble-t-il avec la crise, passant à 17 % fin 2009, un record depuis la fin de l’année 2002 (13,3 en UE et 15,1 en zone euro). Malgré la stagnation de leurs revenus, les Français n’ont jamais autant épargné.
L’article :
http://www.mediapart.fr/club/blog/marie-anne-kraft/090510/l-epargne-privee-au-secours-de-la-dette-publique

Aux U.S.A....

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