Cher(e)s ami(e)s internautes.

Merci pour votre fidélité ; les écrits quotidiens seront absents tout le mois de septembre. Vous pouvez cependant parcourir tous les dossiers créés depuis plus de 10 ans et qui figurent sur le site.

Dés le mois d’octobre il vous sera proposé un mensuel auquel vous pourrez participer en me faisant parvenir votre perception des affaires politiques, familiales, sportives ou autres.

Rien ne sera censuré, hormis des articles injurieux et calomnieux.

Je suis attaché aux valeurs chrétiennes, aux valeurs dites républicaines et à une monarchie parlementaire.

Vous pouvez nous contacter en cliquant sur ce lien >>

Princes d’Orléans.

Dans la guerre de Sécession.

Samedi 18 juin 2011 // L’Histoire

« Nous aurons portés dans la victoire un uniforme républicain, ce qui n’est pas un tort aux yeux de la partie de la France sur laquelle nous comptons » telle est la belle sentence du comte de Paris, engagé avec son frère auprès des troupes nordistes.

Lorsqu’il arrive avec son frère, le duc de Chartres, pour s’engager dans la guerre de Sécession qui vient de commencer, le comte de Paris, petit-fils et héritier de Louis-Philippe, âgé de vingt-trois ans, ne vit en exil que depuis à peine une quinzaine d’années. Alors que Napoléon III n’en est encore qu’à la première décennie de son règne, tous les espoirs semblent permis aux yeux des orléanistes. Et c’est bien pour qu’ils puissent goûter au baptême du feu que le prince de Joinville, ami et proche conseiller du général nordiste McClellan, convainc ses contacts aux États-Unis - qui constituent de surcroît un laboratoire institutionnel fascinant - d’accepter d’enrôler les deux jeunes princes.

Victoria de Grande-Bretagne, qui règne déjà et sur un trône tranquille, ne peut s’empêcher d’exprimer toutes les réserves qui sont les siennes, au sujet de l’engagement hasardeux de deux de ses protégés. C’est ce qu’elle fait dans une lettre adressée à Léopold 1er de Belgique, marié à une Orléans : « I was sure you would f ..] highly disapprove of Paris and Robert’s proceedings. Those French notions of a baptême du feu are really too absurd... ». No comment !

Mais les trois princes d’Orléans sont passionnés par les questions américaines et s’en montreront tellement fiers que tous trois publieront des écritssur leur engagement. C’est l’un d’eux que l’historien Farid Ameur vient d’exhumer des fonds de la Maison de France, aux Archives nationales, pour nous le présenter dans une édition commentée. Quand ils arrivent aux Etats-Unis, les princes d’Orléans se rendent compte que la tradition militaire du pays est encore extraordinairement ténue. L’engagement de ces deux jeunes officiers formés en Europe est du meilleur secours pour le camp du président Lincoln. La jeune république fédérale, jalouse des libertés locales, s’était jusque là gardée de trop renforcer le pouvoir de l’État central, et c’est avec ironie que le comte de Paris voit le phénomène s’amplifier.

Mais le Nord, déjà, est avantagé. Farid Ameur nous rappelle qu’avec vingt-deux millions d’habitants et presque quatre-vingt pour cent du potentiel industriel et l’essentiel d’un réseau ferré en pleine expansion, les troupes nordistes sont presque sûres de l’emporter. Le Sud, avec ses neuf millions d’habitants, dont le tiers est composé d’une population noire dont l’enjeu du terrible conflit est justement l’émancipation, ne peut tenir. Pourtant, contre toutes les attentes, la guerre sera longue, et les princes d’Orléans, d’ailleurs, la quitteront avant la fin. Ce qui explique pourquoi, peut-être, aujourd’hui encore, leur engagement nous soit si peu connu.

La question de la Sécession permet aussi au comte de Paris de réfléchir aux déchirements de la Révolution française auxquels il s’agit= toujours de mettre un terre, au XIX° siècle. Il note : « La sécession est certainement, de toutes les révolutions, la plus subversive, puisqu’elle érige en principe le droit d’un des contractants à rompre à son gré le pacte social. » Notre vieux continent eut, après le prince, encore souvent à souffrir des conséquences de ce constat. La France et l’Angleterre observent une stricte neutralité. Bientôt, Napoléon III s’engage inconsidérément dans le chimérique rêve d’un empire mexicain dirigé par un Habsbourg, au nom d’une solidarité latine non exempte d’arrière-pensées géopolitiques. À cet égard, les idées du comte de Paris, semblent plus rationnelles. Le Prince puise dans ses références classiques : « Je retrouve, parmi des notes prises à Athènes l’année dernière, quand je lisais l’Histoire de la guerre du Péloponnèse, des citations qui s’appliquent parfaitement à la crise actuelle des Etats- Unis. En Grèce comme ici, une même nation est partagée en un grand nombre de petits États qui, unis sous l’influence de Sparte l’oligarchique, se sont séparés lorsque l’autorité est passée entre les mains de la ville commerçante et démocratique d’Athènes. »

Certes, plus aucun historien ne ferait aujourd’hui cette lecture de l’antiquité grecque. Mais les préoccupations des princes d’Orléans sont celles d’authentiques hommes de leurs temps.

On a beaucoup décrié, par la suite, l’attitude du comte de Paris, qui eût plus de rial à imposer une ligne. politique, à la fin de sa vie. Un presque contemporain des événements, un Américain relativement neutre qui vient de faire sa connaissance, dresse, en 1865, un portrait du prince qui laisse à penser que, en position de gouverner, Philippe d’Orléans aurait pu être l’homme de bien des situations : « Le comte est un jeune homme très robuste, et je suis persuadé qu’il doit fort être apprécié de ses camarades. Ses remarques étaient justes, sensées et n’étaient affectées par aucune forme d’arrogance. Quelle que soit sa destinée, je suis certain qu’il se montrera à la hauteur. Pour l’heure, il semblait être dans son élément chez les républicains du Nouveau Monde. »

D’autres témoignages vantent le courage physique du prince et de son frère, les deux princes exerçant les fonctions d’officiers de liaison dans l’armée du général McClellan. Au moins avaient-ils réussi à éviter le pire. C’est ce qu’affirme, en tous cas le comte de Ségur au comte de Paris, dans une lettre du 6 avril 1862 où il le félicite de ne pas avoir cherché à « engraisser dans l’oisiveté comme le comte de Chambord ». Avant d’ajouter : « Quoi qu’il arrive, quand vous reviendrez, votre réputation aura grandi et vous aurez de quoi vous consoler de n’avoir pu prendre part à une bataille... »

Répondre à cet article