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Pourra-t-on un jour se passer de pétrole ?

Mardi 24 janvier 2012 // Le Monde

Le pétrole n’a pas volé son surnom d’or noir !

Visqueux et nauséabond, il ne paie pas de mine et pourtant nos sociétés modernes lui doivent tout. Grâce à la mécanisation de l’agriculture et aux pesticides, il a nourri une population mondiale qui a triplé en un demi-siècle ; il a accéléré le développement des transports et permis l’expansion du tourisme de masse ; il a autorisé l’étalement des villes et a été à l’origine de la déferlante de la plupart des objets qui nous entourent, des jouets en plastique aux vêtements en polyester. Sans pétrole, la vie serait bien triste : pas de week-ends à Marrakech, pas de cosmétiques, pas d’ordinateurs ! Pourquoi cette suprématie ? Le pétrole est le roi des combustibles. En effet, par rapport au gaz et au charbon, il offre le meilleur rendement : lorsqu’il brûle, les pertes de chaleur sont moins importantes. De plus, stocké en bidon, il est beaucoup plus facile à transporter. Richard Heinberg, un journaliste et enseignant américain a d’ailleurs calculé que l’énergie contenue dans un seul litre de pétrole correspond à... 150 h de labeur humain !

Pendant plusieurs décennies, les sociétés occidentales ont pompé sans compter.

Mais, aujourd’hui, une question se pose : va-t-on en manquer ? Après trois chocs pétroliers (1973, 1979 et 2008), elle devient incontournable, et pas uniquement dans les milieux de l’énergie. En novembre dernier, des militaires américains ont exhorté les Etats-Unis à réduire leur dépendance au pétrole, à cause de ses conséquences potentielles sur l’économie, la géopolitique et la sécurité du pays !

Une menace déjà pressentie en 2008 par l’ex-ministre de l’Environnement Yves Cochet, dans son livre, PétroleApocalypse qui évoquait « une intensification du terrorisme et des guerres, pour l’accès à ce pétrole encore indispensable mais devenu décroissant ». La guerre d’Irak n’a-elle pas en partie éclaté à cause de la convoitise sur cette matière première ? Quant à l’approvisionnement, issu de pays souvent instables, il n’est pas à l’abri des aléas : ainsi en septembre 2011, l’Union européenne a décrété un embargo sur le pétrole syrien afin de faire pression sur le régime, à la suite de la violente répression contre ses opposants.

Avons-nous vraiment atteint le fameux pic pétrolier autrement dit le moment où la production de pétrole commence à décroître ?

Pour Benjamin Dessus, ingénieur-et économiste, « nous sommes arrivés, non à un pic, mais à un plateau : nous allons avoir du mal à augmenter notre consommation. Ce ne sera pas la pénurie, mais le pétrole, plus rare, coûtera plus cher ». 2006, 2012, 2020 ? Géologues et pétroliers ne s’accordent pas sur le moment du basculement. Personne ne prétend d’ailleurs que, dans quarante ans, le robinet va totalement se tarir. Mais désormais, la demande excède l’offre et le fossé entre les deux s’élargit : ainsi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que les Chinois, qui s’équipent massivement en voitures, vont consommer 43 % de pétrole en plus d’ici à 2030.

Au-delà de la pénurie, le défi se double d’un autre enjeu : le changement climatique. En effet, la concentration en gaz à effet de serre (GES) liés aux activités humaines (et donc en partie à la combustion du pétrole) a battu des records en 2010. Selon l’AIE, si nous ne réduisons pas sérieusement nos émissions d’ici à 2017, il sera impossible de revenir en arrière, et la hausse des températures atteindra 3,5 °C en 2050. Mais hélas, nous sommes tellement accros à l’or noir que le risque climatique ne pose pas bien lourd dans les décisions.

Pour l’instant, les pétroliers tentent de repousser la fatale échéance en cherchant de nouveaux gisements. Ils envisagent même de forer dans des régions jusque-là vierges, comme l’océan Arctique. Ironie de l’histoire, cette zone sera bientôt libérée des glaces, à cause du réchauffement... Selon les prévisions, sous la banquise dormirait 1/5 des réserves mondiales. Mais osera-t-on mettre en péril son fragile écosystème ? Et les nouveaux filons seront-ils suffisants ? Pas sûr. En 2010, pour cinq barils engloutis, on n’en découvre qu’un seul. Et si, au large du Brésil, les réserves équivalent à la consommation d’or noir annuelle de la planète, le pétrole est enfoui à 5 000 m de profondeur sous une épaisse couche de sel ! Il exige donc des investissements faramineux de plusieurs milliards de dollars... Sans compter les risques : la plate-forme qui a explosé en avril 2010 dans le golfe du Mexique, causant la plus grave marée noire de l’histoire américaine, creusait à 5500m de profondeur, sous 1 500 m d’eau.

Certains industriels parient également sur les pétroles non conventionnels, notamment les sables bitumineux exploités au Cafiada. Selon Total, les réserves de ce pétrole semi-solide aggloméré à du schiste et du sable seraient comparables aux ressources en pétrole des pays exportateurs. Hélas, il est beaucoup plus délicat de l’extraire : impossible en effet de le pomper, il faut perforer le sol, en détruisant la forêt. C’est comme s’il fallait laver un tas de cailloux puis le passer dans un gigantesque presse-agrumes pouf en extraire une huile lourde qui sera ensuite raffinée, dépeint Benjamin Dessus. Cette opération coûteuse demande beaucoup d’eau et d’énergie, mais si le prix du pétrole augmente, elle deviendra rentable. »

Le charbon ? Pourquoi pas ? Sauf que les avions ne volent pas au charbon

La fin du pétrole bon marché risque aussi de profiter aux autres énergies fossiles. Le charbon tout d’abord, abondant et peu coûteux à extraire. Mais son exploitation dégage 1,3 fois plus de CO, que le pétrole, même si, aujourd’hui, on réussit à capturer ce gaz, au prix d’une perte de rendement. Et les avions ne volent pas au charbon... Un écueil que les industriels espèrent contourner avec une technique qui permet de transformer le charbon en carburant, en lui ajoutant de l’hydrogène. Autre énergie gagnante : le gaz, utilisable pour le chauffage, la production d’électricité et les transports. « Ses réserves dépassent celles du pétrole. Quant aux centrales à gaz, elles ont un meilleur rendement que les centrales à charbon et émettent deux fois moins de CO, », souligne Benjamin Dessus. L’AIE n’hésite d’ailleurs pas à prédire « un avenir brillant, voire un âge d’or, à ce combustible ». Un enthousiasme redoublé par les promesses du gaz de schiste, en Amérique, Europe du Nord et Chine. « Selon certains experts, les réserves mondiales seraient quatre fois plus importantes que celles du gaz conventionnel », explique-t-on au ministère de l’Écologie. Bémol de taille : pour l’extraire, il faut fracturer la roche mère en y injectant de l’eau à haute pression additionnée d’un cocktail de produits chimiques. Une catastrophe écologique, selon de nombreux experts. A la suite d’une forte mobilisation citoyenne, la France a interdit de recourir à la technique de la fracturation hydraulique sur son territoire.

Cependant, comme le pétrole, ces ressources ne se renouvellent pas : elles se forment en plusieurs millions d’années à partir de sédiments organiques. Les exploiter permet d’obtenir un sursis face à l’épuisement de l’or noir, au risque de se voiler la face sur le changement climatique. Quelles sont les alternatives ? Le nucléaire, qui fournit en France 75 % de l’électricité présente l’avantage de ne pas émettre de gaz à effet de serre (hormis lors de l’extraction et du transport de l’uranium) et d’avoir un bon rendement pour produire 1 gigawatt (GW), il faut 1 kg d’uranium enrichi, contre 2 500 t de charbon. Mais certains pays, comme l’Allemagne, ont décidé d’abandonner cette énergie, et la France en débat. En effet, outre les risques d’accidents, rappelés par Fukushima, il faut stocker les déchets (1.1 million de mètres cubes en France). De plus, même si cette voie était privilégiée, pour remplacer la moitié de la quantité de pétrole brûlée sur le globe, il faudrait quadrupler le parc nucléaire mondial actuel !

Restent les énergies renouvelables : quelle place tiendront le solaire, l’éolien ou l’hydroélectrique dans un monde où le pétrole sera devenu un luxe ? Illimitées et propres, elles n’émettent pas de GES sauf pour la fabrication des infrastructures. Mais elles sont plombées par une cascade de pertes : il faut en effet concentrer une énergie primaire diffuse – grâce à un apport d’énergie tiers. Pour l’éolien, le rendement ne s’élève qu’à 30 % contre 60 % avec le gaz par exemple. Et pour fabriquer une éolienne, il faut... du pétrole, l’équivalent de six à douze mois de sa production d’électricité.

Par ailleurs, elles sont intermittentes puisque le soleil ne brille pas en continu et le vent ne souffle pas en permanence. Même les centrales hydroélectriques ne turbinent que 1 000 h par an contre 7 000 dans les centrales nucléaires. Or les batteries ne peuvent stocker une grande quantité d’électricité, il faut donc la consommer immédiatement.

Ainsi, lorsqu’un parc éolien produit de l’électricité en excédent, il est souvent nécessaire d’arrêter les pales afin d’éviter une panne de réseau. Un comble ! D’ailleurs, si l’Allemagne a installé autant d’éoliennes, ce n’est pas uniquement par fibre écologique mais aussi parce que, lorsqu’elles ne tournent pas, elles sont vite relayées par des usines à charbon, souplesse que nous n’avons pas en France avec le nucléaire. Résultat, le kilowattheure d’électricité éolien revient deux fois plus cher que le kilowattheure fossile ou nucléaire, et le photovoltaïque, au moins cinq fois plus. Mais ces énergies pourraient devenir rentables en 2030, surtout si le baril de pétrole, qui coûte aujourd’hui 101 dollars, flambe.

Si les pays en voie de développement investissent en masse dans ces énergies, les pays occidentaux freinent des quatre fers Ainsi, selon le dernier rapport français sur l’énergie, en 1997,15 % de l’électricité française était d’origine renouvelable. En 2010, cette part avait légèrement chuté, à 14,6 %. Un résultat qui tranche avec l’engagement étatique de porter la part des énergies vertes à 23 % à l’horizon 2020. l’échelle mondiale, les experts du zat du Giec se montrent plutôt optimistes. Selon le meilleur des 165 scénarios ils ont imaginés pour 2050, les renouvelables compteront pour 77 % dans le bilan énergétique, selon le moins bon, 15%. Une fourchette révélatrice de l’incertitude sur le futur de ces énergies. Néanmoins, ils jugent que, pour cela, il suffirait d’investir 1% du PIB mondial. Quelle que soit leur place, le pétrole restera incontournable pour la pétrochimie, l’industrie, qui requiert de grandes puissances, ou les avions, qui au mieux, peuvent voler avec des bio carburants.

Des scientifiques et experts français, réunis dans une association baptisée négaWatt, ont planché sur un scénario prospectif pour 2050. Tout en prédisant l’arrêt du nucléaire en 2033, ils accordent un rôle prépondérant aux énergies vertes, notamment la biomasse : combustion du bois, bien sûr, mais aussi formation de biogaz à partir de déchets agricoles et urbains, après méthanisation. En France, cette technologie devrait s’étendre, car le gouvernement vient d’autoriser l’injection du biogaz dans le réseau, à l’image de la Suède, la Suisse, l’Allemagne.

Chez nos voisins italiens, 800 000 véhicules roulent déjà au gaz.

Selon Thierry Salomon, le président, de négaWatt, s’il est préférable d’équiper de moteurs électriques les deux-roues ou voitures légères, en revanche, « pour les véhicules lourds, il faudrait privilégier la bicarburation avec du biogaz. C’est possible : en Italie, 800 000 véhicules sont déjà équipés pour rouler au gaz ». Un optimisme non partagé par l’ingénieur des Arts et Métiers Claude Acket, de l’association Sauvons le climat, qui juge « irréaliste le recours massif au biogaz comme alternative au nucléaire et au pétrole, à cause, notamment, d’un rendement moins bon ». L’essor des énergies vertes pourrait reposer sur des centrales nouvelle génération. Ainsi, le projet Désertec prévoit d’implanter de gigantesques usines thermodynamiques, où des miroirs concentrent l’énergie du soleil, dans les déserts d’Afrique du Nord, afin de couvrir en 2050 les besoins en électricité de cette région et du Proche-Orient et 15 % de la consommation européenne.

D’après Benjamin Dessus, « au lieu de mettre les énergies en concurrence, il faut d’abord se poser la question des économies d’énergie ». Selon la plupart des scénarios prospectifs, il ne faudra pas se contenter de diviser par deux le contenu en carbone des énergies mais aussi réduire de moitié la consommation d’énergie dans les pays industriels. En effet, n’oublions pas qu’une voiture électrique émet 5 à 6 t de CO, lors de sa fabrication... Nul besoin pour autant de revenir à l’âge de pierre. La chasse au gaspi en amont pourrait faire chuter les dépenses, sans douleur. « Les Allemands consomment 28 % d’électricité domestique en moins par an et par habitant que les Français, hors chauffage », souligne Benjamin Dessus. Comment ? « Ils ont augmenté le prix de l’électricité en la taxant et ont favorisé une politique industrielle d’efficacité énergétique par des aides et des réglementations. Résultat, Bosch ou Siemens inondent le marché européen de leurs produits innovants. » Certes tous les foyers ne peuvent s’offrir un réfrigérateur A++ ou un lave-linge A+++ mais, à terme, le surcoût est compensé par une facture d’électricité moins salée.

Autre chantier majeur, le bâtiment, qui engloutit plus de 40 % de la consommation d’énergie, notamment pour le chauffage. Dans son scénario, négaWatt propose de rénover 750 000 logements par an d’ici à 2050, via une meilleure isolation, le remplacement des convecteurs électriques par .des chauffages biomasse, des pompes à chaleur, etc. Les auteurs restent muets sur le coût d’un projet si pharaonique. L’ingénieur Jean-Marc Jancovici, lui, l’a estimé à 550 milliards d’euros, mais le juge amortissable sur trente ans grâce à une division du budget chauffage par deux.

Il existe évidemment beaucoup d’autres axes d’action : il faudrait par exemple repenser l’urbanisme pour densifier les villes et favoriser l’usage des transports en commun (un habitant de Tokyo engloutit 2001 de carburant par an, un Européen entre 300 et 500), favoriser le télétravail, privilègier les produits locaux, imposer aux constructeurs automobiles de réduire la consommation des véhicules, augmenter préventivement le prix du carburant, manger moins de viande... Mais pour presser les industriels, des politiques publiques incitatives s’imposent. La taxe carbone par exemple, adoptée en Allemagne ou en Finlande, a été abandonnée en France au grand dam des écologistes. « Il faut une politique continue, insiste Benjamin Dessus. Le pire, c’est de pousser puis de freiner comme le gouvernement l’a fait en revenant sur les subventions d’achat du photovoltaïque, car une filière a besoin de temps pour s’implanter. » Les volte-face expliquent sans doute pourquoi la France est dix fois moins équipée en chauffe-eau solaires que l’Allemagne, pourtant moins ensoleillée ! Au-delà des coups de pouce financiers, le consommateur doit se sentir concerné. « Il faut installer dans chaque foyer un compteur pour qu’il puisse suivre sa consommation », propose Thierry Saniez, délégué général de l’association « consommation logement cadre de vie ». « Ensuite, il faudrait créer une box, afin que chacun compare les prix, les origines et choisisse d’acheter ou de vendre son électricité à tel ou tel opérateur suivant les moments de la journée. » En somme, créer un réseau intelligent avec une production Locale d’électricité, via le photovoltaïque notamment...

Les ambitions pullulent mais ne sont pas toujours soutenues en haut lieu. Quant aux consommateurs, accoutumés à l’énergie facile, ils n’ont pas forcément envie de changer leurs habitudes, même si, comme le résume Thierry Salomon, nous allons « consommer moins mais mieux ». La transition énergétique prendra donc du temps. Le passage d’une énergie à une autre repose sur des arbitrages entre avantages et inconvénients : la pollution, les risques, les prix, le changement climatique, la dépendance vis-à-vis de pays instables... A grande échelle, aucune n’apparaît comme idéale, et l’avenir reposera sans doute sur un cocktail énergétique, doublé d’un effort vers la sobriété et l’efficacité. Nul doute que ce débat sera l’un des thèmes phares de la campagne présidentielle française. Et à l’échelle mondiale aussi, puisque 2012 a été proclamée Année internationale de l’énergie durable pour tous.

NOS RÉFÉRENCES
Livres internet « Pétrole Apocalypse », www global-chance.org
Yves Cochet, éd. Fayard. www.negawatt.org « Changer le monde, Le scénario pour faire des tout un programme », économies d’énergie.
Jean-Marc Jancovici, http://villeentransition.net/ éd. Calmann-Lévy

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