Pourquoi la France ne doit pas revenir dans le commandement intégré de l’OTAN ?

Mercredi 15 avril 2009, par Cédric Milhat // Le Monde

« Pourquoi la France ne doit pas revenir dans le commandement intégré de l’OTAN ? »

Nul besoin d’apprendre à lire dans le marc de café ou dans quelques entrailles...

Jamais la lecture des réalités géopolitiques n’aura été autant intelligible !

En douteriez-vous ?

Notre ami Cédric Milhat nous offre sur un plateau d’airain les « cadres » du « système géopolitique » qui se met en place.

Toujours plus de subordination pour la France...

Reprendre pied au cœur de l’Europe, nous entrainer pour son profit plus avant dans les Balkans, au Caucase, en Asie, brouiller les cartes et mettre à bas ce qui nous reste de souveraineté...

Une réalité géopolitique incontestable...

Tout le travail de sape des Etats-Unis avec bien des complicités... Au plus haut niveau de l’Etat...

Resterez-vous muets ?

 

Pourquoi la France ne doit pas revenir dans le commandement intégré de l’OTAN ?

Sur cette question – comme sur bien d’autres, d’ailleurs – chacun y va de son couplet, apportant, soit sa contribution intelligente – à droite comme à gauche, à l’instar de Roland Dumas ou de Marie-France Garraud –, soit sa pierre à l’édifice déjà « énooorme » de la désinformation – cf. notre commis à la défense, Hervé Morin.

Le ministre de la défense, Hervé Morin, et le secrétaire à la Défense Américain, Robert Gates. Juin 2007...

Cette modeste contribution au débat aura, à coup sûr, ses contempteurs comme ses zélateurs et les uns et les autres décerneront, comme c’est d’usage, les bons et mauvais points.

On ne rappellera pas les causes qui ont conduit, en 1966, le général De Gaulle à se retirer des commandements intégrés de l’OTAN (plus précisément, des groupes sur les plans de défense et sur la dissuasion nucléaire). Sauf pour revenir sur un point ignoré ou faussement oublié par nos gouvernants. L’intention de De Gaulle était, notamment, d’assurer la puissance d’une Europe « de l’Atlantique à l’Oural ». Or, on citera le professeur Aymeric Chauprade – n’en déplaise à son ancien « patron » à qui il n’avait pas l’heure de plaire et on comprend pourquoi – qui observe dans son manuel de géopolitique que De Gaulle « réaffirme une sorte de jeu russe [souligné par nous] traditionnel de la France, tout en rejetant l’idéologie communiste ».


France-Russie...

Mais il y a plus et cet autre élément est fondamental pour appréhender à sa juste valeur le « retour de la France dans l’OTAN », en parlant rapidement. C’est que la France étant, géographiquement et, a fortiori, historiquement, une puissance continentale, s’est toujours défiée de l’Angleterre, « qualifiée de ‘‘cheval de Troie’’ des Etats-Unis dans la Communauté européenne ».
Mutatis mutandis, si Albion conserve toujours son attachement indéfectible à ses enfants américains (voir son engagement en Irak comme supplétif bienvenu de ses chers « yankees »), le rôle de l’équidé hellène est désormais endossé par les Etats-Unis eux-mêmes. En effet, et l’élection de Barack Obama, prétendument plus « gentil » et plus fréquentable que son devancier Bush, parachève un processus mené depuis l’effondrement du Mur de Berlin, de chaque côté de l’Atlantique, mais à des niveaux différents.

Dans la perspective proprement américaine de l’endiguement, fortement relayée et soutenue par Zbigniew Brzezinski (nommé, ce qui n’est nullement un hasard, conseiller du président Obama sur les questions géostratégiques (2)), les Nord-américains ont tout intérêt à pénétrer en Europe pour mieux asseoir leur suprématie. L’OTAN devient alors cet instrument formidable de la politique américaine en Europe, dont l’utilité militaire, on le voit bien, n’est qu’un prétexte.


Zbigniew Brzezinski

Au résultat, la politique étrangère d’Obama s’inscrit dans le sillon tracé par ses prédécesseurs et le retour de la France au sein d’un des deux groupes précités n’était qu’une question de temps que la mise en phase idéologique des chefs d’Etats français et américains a transformé en opportunité. L’impérialisme US retrouve ici tout son éclat et peut compter sur la France pour être le plus parfait ambassadeur de ses intérêts géopolitiques auprès des institutions communautaires. En définitive, cette convergence n’aurait rien de contestable si elle ne masquait pas d’autres enjeux géostratégiques d’importance, comme l’entrée de la Turquie au sein de l’Union européenne ou l’affaiblissement de la Russie au sein de cette même Europe.

Sur le premier point, il est évident que la Turquie, allié circonstanciel (et historique, la France ayant « rompu », avec Bonaparte, le « pacte » qui la liait à l’empire ottoman depuis François Ier) des Etats-Unis, voient d’un oeil plutôt bienveillant et attendu l’entrée de plain-pied de ces derniers sur le contient européen, via la porte à courants d’air de l’OTAN. La maîtrise de la partie asiatique du continent passe évidemment par un renforcement de l’alliance américano-turque que seul un rapprochement inter-européen Est-Ouest, via la Russie pouvait contenir. Car, et c’est le deuxième point, profondément imbriqué dans le premier, les Etats-Unis ont largement intérêt à faire reculer l’influence de la Russie au sein de l’Europe. L’une des raisons et non des moindres, réside dans l’utilisation de la Turquie comme levier américain de maîtrise des détroits des Dardanelles (porte ouverte sur la Méditerranée) et du Bosphore (boulevard sur la mer Noire).

On ne se risquera pas à faire de la prospective géopolitique, mais la persistance (Chauprade dirait, en digne héritier de Jacques Bainville, la constante) de faits précis, conjuguée au jeu des acteurs, rend le système géopolitique on ne peut plus intelligible. C’est pourquoi, contrairement à ce que l’on peut lire ou entendre ici ou là, dans les médias, le retour de la France dans le giron de l’OTAN (précisément dans le groupe des plans de défense), s’il ne changera effectivement pas grand chose quant à la nature de nos relations politico-militaires avec les Etats-Unis, n’en constitue pas moins une grave erreur géostratégique, tant pour la France que pour l’Union européenne. C’est méconnaître la permanence expansionniste des Etats-Unis, comme nier les fortes spécificités historiques et politiques du vieux continent.

La France est donc tombé dans un piège qui a parfaitement fonctionné et qui ne peut manquer de réjouir Brzezinski et ses disciples. De ce fait, on est confondu devant tant d’angélisme et de naïveté tendant à dire et à faire croire que la décision du président Sarkozy relève du « bon sens  » et que les Etats-Unis seraient d’autant plus sensibles à cette main tendue que leur multilatéralisme reflèterait un réel élan de générosité diplomatique. Foutaise ! Et l’on ne peut que s’insurger devant tant d’incompréhension des relations internationales. La politique étrangère de Nicolas Sarkozy-Bernard Kouchner est vraiment celle de l’alignement servile devant les intérêts du plus fort. Notre omniprésident a beau jeu de clamer à qui veut l’entendre que « la France n’abdique en rien sa souveraineté. Le rapprochement avec l’Otan conforte notre indépendance nationale. Nos forces armées sont et resteront nationales, elles ne seront pas intégrées dans une armée supranationale ». Il n’empêche, d’une part, cela fait quelques années que notre souveraineté a du plomb dans l’aile, d’autre part, ce qu’il en reste ne peut rien devant la déferlante triomphante et décomplexée de la souveraineté américaine. Voilà une réalité géopolitique incontestable. Et toute mesure qui, indirectement ou pas, aurait pour objet ou pour effet, de subordonner un peu plus notre pays, revient forcément à « abdiquer » un peu plus notre souveraineté.


Constante... Hervé Morin et Robert Gates le 3 mars 2009 à Washington

Cédric Milhat

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