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Polémique autour du « cadavre à la renverse »

Pour ou contre BHL (Bernard Henri Levy) ?

Vendredi 23 novembre 2007 // La France

De la LCR aux ralliés de Sarkozy, sept personnalités ont lu son livre en avant-première et disent leur vision de la gauche aujourd’hui

« Les méfaits de la gauche caviar »

Par Michel Onfray.
Le philosophe qui a soutenu José Bové à la présidentielle s’insurge contre la célébration permanente du libéralisme.

Moi, BHL, je suis de gauche ; or je pense ceci ; donc ceci est de gauche ; dès lors, quiconque ne pense pas comme moi est un homme de droite ; or tout homme de droite est, en dernière analyse, un vichyste … Fort des assauts de la machine de guerre lointainement syllogistique de son livre, qui pourrait encore risquer de ne pas penser comme BHL ?

Qu’y a-t-il donc derrière ceci ? Une détestation de la gauche « de gauche » au nom de sa gauche « de droite » ; un fétichisme de l’Europe libérale ; une passion pour l’Amérique porteuse des vraies valeurs – ah ! cette phrase qui brille comme une lame de guillotine : « L’antiaméricanisme est une métaphore de l’antisémitisme » ; une célébration du commerce et de l’argent qui libèrent et civilisent ; autrement dit, un corpus idéologique très compatible avec la droite libérale de Bayrou et de Sarkozy – sinon de la « gauche » de Ségolène Royal …

Malgré tout, BHL se veut tout de même de gauche, sa « famille »… Sa gauche est du côté de la Résistance ; elle s’oppose à Vichy ; elle décolonise ; elle défend Mai-68 ; et elle est anticolonialiste. Dont acte. Mais la gauche ne se réduit pas à ce bref exercice taxinomique.

Se réclame d’Althusser ou de Derrida pour en faire ses « Maîtres », sinon présenter ( !), ne suffit pas à inscrire BHL dans le camp de la gauche. Confiné dans le pré carré du libéralisme et insoucieux des inévitable effets de paupérisation induits par celui-ci, BHL s’étonne du « poids absurde, inexplicable » de la gauche antilibérale et ne peut comprendre que la célébration permanente du libéralisme explique en partie le désespoir qui conduit un jour Le Pen au second tour de la présidentielle. Quand dira-t-on le rôle de la gauche caviar dans l’exceptionnelle bonne santé du Front national depuis le renoncement à la gauche de Mitterrand en 1983 ?

Car la liberté des libéraux relève du privilège accordé à quelques-uns, sociologiquement minoritaires, mais politiquement majoritaires, pendant que les victimes du libéralisme n’ont que leurs yeux pour pleurer, ou les extrêmes pour dire qu’ils existent aussi et qu’ils aimeraient bien, parfois, qu’en plus Israël et de l’Irak, du Darfour et du Rwanda, on se soucie aussi un peu de leurs vies de chiens … Ce que ne manque pas de faire la gauche antilibérale, ce qui, vu le nombre de victimes concernées, explique et justifie son « poids absurde, inexplicable »…

M.O

« La liberté, oui ; Mais dans l’égalité »

Par Vincent Peillon
Le socialiste reproche à BHL sa « comptabilité manichéenne du pur et de l’impur » et ses silences sur la question sociale.

Comment dire l’intérêt, l’agacement, l’amitié, la réflexion qu’a suscités pour moi la lecture de ce livre ? En disant d’abord qu’il faut le lire, et le prendre au sérieux, et le discuter.

Pour déblayer le terrain : ce livre s’inscrit dans une famille, pas seulement celle de la gauche, mais la famille Humanité qui porte le deuil de Dieu et fait la chasse à tous ses succédanés, qui oppose une universalité humaine, précaire, à faire, jamais donnée, jamais acquise, à tous les racismes, les fascismes, les colonialisme, les totalitarismes. C’est le prix, dit BHL, de la démocratie, et il nous propose alors un antiparti pascalien où l’on gagnerait en pariant sur l’inexistence de dieu ! Jusque-là, ça me va très bien.

Mais alors, quelques observations, qui sont autant de réserves.

Je n’ai aucune complaisance envers l’antiaméricanisme, envers l’antisémitisme, envers l’islamo fascisme, envers le racisme, et je ne cesse de défendre les valeurs du libéralisme politique, celui de la Révolution française, de l’individualisme républicain, dont le socialisme français est l’accomplissement ! Mais en caricaturant trop souvent toutes les positions, y compris les siennes propres, je trouve qu e BHL fait la part trop belle et trop facile à beaucoup de nos ennemis communs.

Pourquoi faire ce mauvais procès à la gauche, de ne pas se soucier assez de la liberté, alors qu’elle n’a jamais fait que ça, Pierre Leroux Blanc, Edgar Quinet ou Jean Jaurès, et pourquoi s’arrêter en route sur cette pente qui conduit toujours et nécessairement au combat contre les inégalités ? BHL revendique le beau réflexe de ne jamais séparer la liberté de l’égalité.

Mais alors, pourquoi s’en sert-t-il si peu au long de ses 400 pages ? Lorsqu’il le fait, comme dans le chapitre sur l’incendie des banlieues, il vise et touche diablement fort et juste.
D’autre part, la nation républicaine est-elle seulement cette puanteur de charogne qu’il décrit ! Ne cherche-t-elle pas aussi, avec des moyens humains, à sauver la liberté, la personne, la démocratie ? Ce débat, pour ceux qui savent combien ont coûté les fantasmagories de ceux qui voulaient construire un « homme nouveau », tout recommencer, mérite mieux que raccourcis et anathèmes.

Ce qui nous conduit à l’Europe. Même les plus ardents partisans du patriotisme constitutionnel reconnaissent les difficultés, et les dangers, d’une Europe devenue sans âme et sans esprit, processus, bureaucratie, marché, et que nos arguments à nous, européens passionnés, qui avons défendu le non, ne sont pas que des démissions et des déshonneurs !

On pourrait continuer ainsi sur chaque sujet. BHL aurait dû se méfier, lui qui dénonce si justement les dangers de la pureté, de n’être pas parfois trop pur à son tour.

V.P.

« La gauche était la religion de nos pères »

Par Alexandre Adler
Ex-membre du PC, aujourd’hui proche des néo conservateurs américains…Il appelle BHL à le rejoindre.

C’est l’ originalité de Bernard : son constat des impasses et des vilenies d’une certaine gauche sarkozyste, dont il fut pourtant compagnon de route sous Balladur, mais celui de Ségolène Royal ou de quiconque saura relever le drapeau d’une gauche meilleure. Et ce drapeau, quel est-il ? Celui, nous affirme-t-il, de l’affaire Dreyfus, de l’antivichysme et de l’anticolonialisme. Voire. On pourrait aisément rétorquer que l’affaire Dreyfus, la première, transcenda l’ancienne frontière droite-gauche : ni Marcel Proust, ni le futur maréchal Lyautey, ni le général Scheurer-Kestner, héritier testamentaire de Jules Ferry et du républicanisme alsacien, n’appartiennent à la gauche de l’époque. Ce fut d’ailleurs l’homme politique le plus à droite du camp progressiste, le Chevènement de la période, Georges Clemenceau qui , bien avant Jaurès, s’engage pour Dreyfus aux côtés de Charles Péguy, auquel un certain nationalisme mystique n’était pas étranger.

La colonisation fut aussi dénoncée – certes plus doucement qu’à gauche – par un Raymond Aron ou un Jean Sainteny – homme de confiance du général de Gaulle – quand Guy Mollet s’évertuait encore à la défendre. Mais que dire de la Résistance (et non de l’antivichysme), qui effaça tant de clivage de ce type… Quant à moi, c’est l’internationalisme qui m’a éloigné de mon identité de gauche : pour la première fois en 1983 [installation des missiles Pershing en RFA], dans l’ancienne partie de mes parents, l’Allemagne, j’ai souhaité la victoire de Helmut Kohl contre le pacifisme déchaîné de la gauche. Cela ne m’empêche nullement d’admirer Mandela, Lula ou de préférer Gorson Brown à Downing Street. Mais faut-il en faire une religion politique ? Une religion qui était celle de nos pères : le mien, comme celui de BHL, servait dans les Brigades internationales en Espagne.

Alain Minc, André Glucksmann et moi-même, nous soutenons vigoureusement Sarkozy, et tous nous venons des profondeurs du Komintern. Allez Bernard, rejoins ta vraie famille. Car il faut combattre beaucoup d’ennemis qui nous ont pris la gauche et s’en servent avec ténacité.
A.A

« Réouvrir la question des banlieues »

Par Caroline Fourest
Selon la sociologue * et journaliste à Charlie Hebdo, c’est en apportant une solution aux malaises des cités que la gauche peut « ressusciter »

Bernard-Henri Lévy a un talent indéniable pour donner de la vie aux débats enterrés. Quant il consacre l’un des tout premiers chapitres de ce livre aux révoltes de novembre 2005, on sait qu’un espace intellectuel va pouvoir s’ouvrir pour mieux tirer les leçons d’une telle poussée de fièvre. Ce ne fut pas le cas pendant toute la campagne présidentielle. Au contraire. Tout fut mis en œuvre pour confondre une révolte populaire et générationnelle avec un complot « ethnique » et « religieux » - qu’il serait si facile de déjouer grâce à une vision défensive de l’ »identité nationale », notamment en compliquant un peu plus le regroupement familial. Ce type de solutions n’aura aucun impact positif sur le malaise de ces jeunes Français issus des classes populaires qui brûlent – d’impatience – leurs voitures, leurs écoles, leurs foyers … Pour hurler leur frustration sociale, leur désillusion vis-à-vis de l’école et surtout leur colère vis-à-vis d’une police perçue comme raciste. Pis, basées sur un diagnostic idéologique et non sociologique, ces « solutions » font partie du problème. Elles ne peuvent qu’entretenir la crise. C’est dire s’il était important que Bernard-Henri Lévy prenne sa plume pour contredire André Glucksmann ou Alain Finkielkraut, dont les analyses superficielles – percevant uniquement les émeutes comme un « progrom antirépublicain » témoignent d’un « nihilisme » anticulture –ont préparé le terrain aux solutions sarkozyennes.

Sans tomber un seul instant dans la « culture de l’excuse », il préfère rappeler qu’un « toujours la tête d’un mouvement social »  et que « le crime, la destruction, l’incendie furent, plus souvent qu’à leur tour, une dimension de ce que les manuels d’histoire recouvrent du beau nom d’insurrection populaire » Sans céder au romantisme, il faut espérer que la gauche ressuscite vite. Afin s’apporter un débouché politique à cette colère. Car sans horizon, les insurrections populaires ont vite fait de tourner au chaos. Et le chaos profite toujours au parti de l’ordre.

C.F.
(*) « Le Choc des préjugés : l’impasse des postures sécuritaires et victimaires », calmann-Lévy, 2007

« Sur Vichy, je fais confiance à Sarko »

Par Serge Klarsfeld
L’avocat et historien de la Shoah vole au secours du président

Certains, comme Bernard-Henri Lévy, ont craint, d’autres ont espéré qu’avec Nicolas Sarkozy il y aurait rupture avec notre mémoire nationale à l’égard de Vichy et des juifs.

L’affection et l’estime que je porte depuis toujours à BHL ne m’empêchent pas de considérer qu’il se montre particulièrement injuste envers sarkozy. Malgré l’affrontement plus au moins feutré qui l’opposait à son prédécesseur, il n’a en rien renié le discours de rupture historique et fondateur de Jacques Chirac au Vel d’Hiv’ en 1995. J’étais à côté de Nicolas Sarkozy le 20 juillet dernier au Mémorial de la Shoah quand il a déclaré qu’il n’y avait rien à ajouter et rien à retrancher à ce très beau discours. C’est lui aussi qui a demandé à son Premier ministre de prononcer le 22 juillet au Vel d’Hiv un discours dans le droit-fil de celui de Chirac, y compris pour souligner le courage et la lucidité de celui-ci quand il avait reconnu que »ce jour-là … la France accomplissait l’irréparable ». Je fais pleinement confiance au président de la République pour l’avenir de notre mémoire. Il vient d’ailleurs de me confirmer personnellement sa position en me faisant savoir que l’appui financier de l’Etat serait assuré selon mes attentes, et malgré en contexte budgétaire tendu, pour le fonctionnement du futur grand Mémorial du camp des Milles, d’où furent déportés en 1942 via Drancy des milliers de juifs étrangers.

S.K.

« A la gauche de la gauche »

Par Olivier Besancenot
Le leader de la LCR défend sa gauche « révolutionnaire »

Dans son dernier ouvrage, Bernard-Henri Lévy ironise lourdement sur le caractère somme toute modeste et peu « révolutionnaire » de nos propositions en matière d’emploi, de salaires, de fiscalité, de politique éducative et de très loin de faire l’unanimité ! Sinon, comment expliquer que ni la droite ni la gauche respectueuse n’aient jamais manifesté la moindre volonté de les mettre en œuvre ? Et qu’elles ne soient plus défendues aujourd’hui que par … les révolutionnaires ? Sinon parce qu’elles supposent une autre répartition des richesses, incompatible avec le règne du profit, qui sont l’alpha et l’oméga de la pensé dominante, y compris à gauche !

A travers l’histoire, une force sociale nombreuse se cherche, celle qui produit les richesses et n’en voit jamais la couleur, « le nombre immense qui n’a jamais su sa force », comme disait Louise Michel. C’est cela, notre gauche ! Cela crève les yeux : face aux attaques de la droite et du Medef, face au vide sidéral de la gauche traditionnelle, il y a un espace laissé vacant, où peuvent se rassembler ceux qui ont été à la gauche de la gauche plurielle, puis à la gauche de la gauche institutionnelle et même, au rythme où vont les choses, à gauche tout court ! Alors oui : on peut être de gauche. Mais à une condition : croire qu’une autre gauche est possible, une gauche anticapitaliste, et agir, dès maintenant, pour la construire !

O.B.

« Sarkozy et les rats »

Par Alain Badiou
Dans son prochain ouvrage*, il affirme que les nouveaux philosophes sont responsables du brouillage droite-gauche

Ce qui caractérise cette élection, c’est qu’elle aggrave la désorientation, en tant qu’elle révèle le caractère intrinsèquement obsolète de tout le repérage issu de la dernière guerre mondiale, le repérage droite-gauche […] c’est pourquoi Sarkozy, dès son élection, peut aller trinquer au Fouquet’s et partir dans un yacht de milliardaire à Malte. Façon de dire : « La gauche ne fait plus peur à personne, vive les riches, à bas les pauvres. » Un symptôme très important du verrouillage et de la désorientation, ce sont les transfuges venus de la gauche qui galopent vers le sarkozysme. A peine a-t-il été élu, l’agité de Neuilly, que nous voyons des rats « de gauche », ou présumés tels, qui courent partout […] Mais ce n’est que le signe avant-coureur de mouvements plus profonds. Les rats signalent les prémices d’un tremblement de terre. La logique sous-jacente serait après tout la logique du parti unique. C’est d’ailleurs ça que notre président a en tête : rassembler tout le monde sous sa houlette. Et c’est bien naturel ! Dès lors que tout le monde accepte l’ordre capitaliste, l’économie de marché et la démocratie représentative comme des données aussi objectives et indubitables que la gravitation universelle, et même plus encore, pourquoi monter la fiction de partis opposés ? Mon ami le philosophe slovène Slavoj Zizek a dit que ce qu’on n’avait pas compris, lorsqu’on a mis en scène l’opposition du stalinisme et de la démocratie parlementaire. Nous y venons, lentement, tortueusement. Il y aura, il y a déjà, des accélérations. Après tout, les moyens techniques su contrôle des populations sont aujourd’hui tels que Staline, avec ses fichiers manuscrit interminables, ses fusillades de masse, ses espions à chapeau, ses gigantesques camp pouilleux et ses tortures bestiales, apparaît comme un mateur d’un autre âge.

C’est aussi pourquoi il est difficile de se représenter notre président dans le rôle du Géorgien : guide ou « petit père du peuples ». Avec un look de cadre moyen d’une banque de seconde zone, comment faire ? Et pourtant, dans son genre sautillant, bavard, improvisé, on pourra dire un jour que Sarkozy a tenté d’être le grand bâtisseur de notre parti unique, l’UUP, l’Union pour l’Unanimité Présidentielle. […] Nous avons les rats d’avant-gauche pour la construction de l’UUP. Ils ne font du reste que prolonger, achever, donner sa version définitive au vaste mouvement de renégation contre-révolutionnaire initié, dès 1976, par la clique des « nouveaux philosophes ».

A.B.

(*) « De quoi Sarkozy est-il le nom ? », Ed. Lignes, parution 26oct.

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