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Polygame turc cherche Marocaine.

Dimanche 30 mai 2010 // L’Europe

Polygame turc cherche Marocaine.

Nous nous trouvons dans le village de Gôkçe, dans la province de Mardin [sud-est de l’Anatolie], sous une chaleur sans doute pas très différente de celle qui règne en enfer. Nous suivons dans les rues en travaux le guide que le maire du village a bien voulu mettre à notre disposition. Après avoir frappé à plusieurs portes, notre guide nous amène à une maison d’un étage dont la construction vient d’être achevée. C’est Fatih, un jeune homme, souriant et sympathique, qui nous reçoit. La maison est encore en travaux. Nous sommes reçus dans une pièce climatisée, dotée pour seul mobilier d’un ordinateur. Samire, l’épouse de Fatih, dispose des coussins pour que nous puissions nous asseoir. Fatih, qui a 24 ans, souhaiterait, comme beaucoup d’autres hommes de son village, avoir une seconde épouse qui viendrait du Maroc.

C’est uniquement pour cela qu’il s’est payé un ordinateur et une connexion Internet. Il nous montre ainsi la liste de ses amies à la rubrique « rencontres » de MSN Messenger. Il y a des centaines de noms, rien que des femmes et toutes marocaines. « Cela fait deux ans que je discute avec Saïda, qui se trouve là-bas, explique-t-il. Elle a 19 ans. Elle avait un café Internet, mais maintenant elle va à l’université. Elle a confiance en moi et moi aussi j’ai confiance en elle jusque-là, j’avais parlé avec un tas de filles, mais aucune ne m’avait plu parce qu’elles étaient toutes dans le sud-est du pays.

Des hommes mariés font venir des étrangères, au désespoir de leur première épouse en train de chatter avec d’autres hommes, qu’elle sera devenue ma que j’ai choisi. D’ailleurs, une fois qu’elle sera ma femme, je fermerai mon compte Internet.

Dans un coin de la pièce, Samire, la femme de Fatih l’écoute en silence nous expliquer ses projets. À sa tête on devine qu’elle n’est pas très heureuse. Lorsque nous demandons à Fatih, ce que son épouse en pense, il nous répond : « Elle n’est pas d’accord, mais elle n’aura pas le choix. » En utilisant un prétexte quelconque, je sors dans le jardin avec Samire, qui se confie alors à, moi dit « Je ne veux pas que mon mari épouse une seconde femme. Qui pourrait supporter cela ? Aucune d’entre nous n’accepte cette situation, mais ils nous frappent et les amènent ici malgré nous. S’il persiste, je ne divorcerai pas.

Sa femme ne veut pas d’une épouse rivale. Samire parle en fait au nom de bon nombre de femmes de ce bourg de 5 000 habitants car depuis un an et demi, douze nouvelles épouses marocaines ont débarqué à Gökçe et l’on dit que des dizaines d’autres pourraient encore arriver. Les hommes du village ne font d’ailleurs pas mystère de leurs intentions. La plupart des jeunes femmes marocaines qui arrivent dans ce village pauvre sont diplômées de l’université ou ont un métier. Leur famille approuve souvent leur démarche en voyant le futur mari au cours d’un chat filmé.

Dans ce village modeste où beaucoup d’hommes exercent le métier de chauffeur routier, rares sont les maisons qui ne disposent pas d’une connexion Internet. Ceux qui n’ont pas d’ordinateur ou ne savent pas s’en servir trouvent leur bonheur au cybercafé, qui a ouvert, il y a un peu moins de deux ans et ne désemplit jamais comme nous le confie son propriétaire, Hasip Yildirim. « Oui, ce cybercafé est très populaire, mais c’est dommage qu’il ne soit utilisé que pour chatter » déplore le maire.

Ce phénomène des mariées marocaines a suscité l’intérêt des médias, y compris étrangers. Le maire de Gôkçe estime d’ailleurs que les médias en font trop. « Pour nous, cela n’a rien de si extraordinaire. Après tout, avec Internet le monde est vraiment devenu plus Petit. » Ceux qui ont des épouses marocaines, ainsi que leurs proches, lisent maintenant la presse sur Internet et ont vu que leurs photos y avaient été publiées, ce qu’ils n’ont guère apprécié. Samire, la femme de Fatih, se confie à nous, les larmes aux yeux. « Cela fait cinq ans que nous sommes mariés, religieusement mais aussi civilement. Il est tombé amoureux de moi et n’a cessé dès lors de me courir après. Il m’a convaincue et nous nous sommes mariés. Et maintenant, il veut m’imposer une deuxième femme. ! »

Pendant que je l’écoute, je pense au documentaire réalisé en 2009 par Müjde Arslan dans lequel elle raconte les effets de la polygamie sur les femmes de la région de Mardin en partant de l’histoire de sa tante Eminen, qui à l’âge de 16 ans avait été donnée comme seconde épouse à son cousin et qui finit par perdre la raison désormais partager à la suite des mauvais traitements qu’elle avait subis. Dans ce documentaire, les femmes disaient de ce système de concurrence entre épouses que c’était comme « vivre vêtu d’un linceul ».

De ce point de vue, l’enquête menée en 2001, par la chercheuse Nuran Elmaci de l’université de Diyarbakir, n’est pas vraiment surprenante. Sur un échantillon de 44 femmes qui se trouvent en situation de rivalité dans un contexte de polygamie, 68 % des premières épouses et 31 % des secondes présentent des signes de dépression grave. « Alors que les premières épouses sont davantage déprimées, agressives et renfermées sur elles-mêmes, les secondes sont moins sujettes à la dépression et plus actives », notait Nuran Elmaci. L’ampleur de la polygamie dans la région est difficilement quantifiable. Selon une étude menée par Rüstem Erkal et son équipe de l’université de Diyarbakir, 5,6 % des foyers du sud-est de l’Anatolie sont concernés. Pour Mazhar Bagli, « ce taux, qui est de 3 à 4 % pour l’ensemble de la Turquie, atteint 8% à 9 % dans les zones habitées en majorité par des Kurdes et des Arabes . [c’est-à-dire dans le sud-est du pays]. Toutefois, ce phénomène serait actuellement dans une phase de décroissance.

Samire le confirme en nous expliquant que « désormais les familles ne donnent plus leurs filles en secondes noces dans le village ». « Maintenant, les femmes d’ici n’acceptent plus d’être en concurrence avec une autre épouse », explique également Fatih, son mari. Pour autant, même si la polygamie est en baisse et que la structure même du mariage soit en train de changer, les maris n’entendent pas renoncer aussi facilement. Il suffit d’écouter Fatih pour s’en convaincre. « Les femmes marocaines ne demandent pas, elles, Où vas-tu ? Pourquoi t’es en retard ? Combien d’argent as-tu ?’ Elles ne sortent jamais. Elles n’ouvrent même pas la fenêtre, ne se réunissent pas avec les autres femmes du village et ne font pas de commérages. Si on frappe à la porte et que leur mari n’est pas là, elles n’ouvrent pas. Si celui-ci n’est pas à leurs côtés, elles restent silencieuses. Elles restent à la maison, où elles effectuent les tâches ménagères. Elles sont en contact avec leur famille via Internet, et vont une fois par an au Maroc. »

Mais pourquoi des filles qui ont pour la plupart fait des études acceptent-elles de s’expatrier dans ce genre de village, dont le niveau de vie est très bas, a fortiori en tant une Marocaine. Mais que seconde épouse ? Selon le sociologue Mahmut Kaya, auteur d’une épouse rivale d’une thèse sur la polygamie, ce phénomène est certes lié à l’apparition de nouveaux moyens de communication, « mais l’origine arabe de la majorité des habitants de Gokçe suppose également l’existence d’un socle de valeurs communes entre les uns et les autres ». « Par ailleurs, poursuit-il, le niveau de vie relativement bas au Maroc, conjugué à l’attractivité qu’exerce la Turquie, débouche sur ce genre de mariage. « Selon le maire de Gokçe, « ces femmes marocaines voient dans la Turquie un pays d’Europe ». Issam Moussaoui, directeur du portail associatif Tanmia, créé entre autres à l’initiative de l’Association démocratique des femmes du Maroc (ADFM), a tenu récemment des propos allant dans le même sens dans le journal américain Christian Science Monitor. « Les séries télévisées et la musique turques donnent de la Turquie une image moderne dans un pays comme le Maroc. » M. Moussaoui explique que beaucoup de femmes marocaines envisagent le mariage à l’étranger, et en particulier en Europe, comme un moyen de partir de chez elles. « La polygamie n’est d’ailleurs pas forcément pour elles un problème, dans la mesure où elle n’est bannie au Maroc que depuis 2004 [date de l’introduction du nouveau Code de la famille]. »

Quant à la Turquie, si la polygamie y est interdite depuis 1923, elle reste une réalité, et pas seulement dans le sud-est de l’Anatolie. Souvenons-nous que Mustafa Karaduman, créateur de mode islamique et fondateur de la chaîne de prêt-à-porter Tekbir, avait fait scandale en 2008 en expliquant qu’il avait trois épouses. A la suite de la polémique que cela avait déclenchée, la Direction des affaires religieuses « Diyanet, qui gère l’organisation de l’islam officiel en Turquie » avait donné son interprétation du phénomène : « La Direction des affaires religieuses estime que le Coran, dans les versets 3 et 4 de la sourate « Les Femmes », non seulement n’encourage pas la polygamie, mais recommande plutôt la monogamie. Dès lors que l’épouse peut se trouver dans une situation d’injustice, un second mariage suscite sur le plan religieux de nombreuses objections." Samire, dont le mari, Fatih, souhaite une nouvelle conjointe, explique que ses parents et sa belle-mère y sont opposés, mais pas son beau-père.

Halit Oncel est en tout cas le premier à Gôkçe à avoir fait venir une seconde épouse du Maroc. Aujourd’hui, il est marié à Monia, une diplômée de l’université qu’il a connue par le biais d’Internet. Au début, je lui ai caché que j’avais déjà douze enfants, explique-t-il, mais, lorsque j’ai vu que ça allait devenir sérieux, je le lui ai dit. Elle a réfléchi pendant une semaine et a finalement accepté. Halit Oncel a alors divorcé de sa première femme pour épouser Monia. Aujourd’hui, ils vivent tous sous le même toit. « Nous vivons bien, mais au début ma première épouse n’était pas satisfaite de la situation. Il a pourtant bien fallu qu’elle s’y fasse. » On prétend toutefois dans l’entourage de cette famille que les deux femmes ne cessent de se disputer.

Quant à Aziza, 29 ans, qui était institutrice au Maroc, elle s’est mariée avec Iskender Eroglu, issu d’une des familles les plus pauvres du village. Lorsque Iskender l’a épousée, sa première femme est retournée vivre chez ses parents avec leur fille. Aziza dit cependant être heureuse et être très appréciée de sa belle-mère. Tout le monde ne semble pas être du même avis dans la famille. Zeynep, une des belles-soeurs, nous a en effet fait discrètement comprendre qu’elle était en froid avec Aziza et qu’elle regrettait l’ancienne femme d’Iskender. Quant à Ismail Bozlak, il s’est marié, il y a trois mois avec Halima, une Marocaine de 35 ans. Halima, qui est très pratiquante, refuse de se faire photographier, mais déclare qu’elle est « très heureuse ici » et qu’elle « participe aux travaux ménagers » ainsi qu’à l’éducation des treize enfants d’Ayse, avec qui elle partage désormais le statut d’épouse.

Dans ce gros bourg, il y a donc douze nouvelles épouses venues du Maroc, parmi lesquelles deux seulement n’ont pas le statut de seconde conjointe. Après le décès de son épouse, Nurettin Yilmaz, 60 ans, s’est remarié avec Saïda, une Marocaine de 28 ans, et affirme être « très heureux ». Samir Bozdag, 23 ans, a quant à lui épousé Djamila, qui était cadre dans une entreprise textile au Maroc et qui, outre l’arabe, maîtrise le français et l’espagnol. A ce jour, une seule nouvelle épouse marocaine a décidé de rentrer chez elle : l’homme qu’elle avait rencontré sur Internet et qui prétendait avoir 50 ans en avait en fait 80.

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