Innovation démocratique, une volonté politique pour retrouver des valeurs républicaines lutter contre l'injustice et conduire une politique de droite éclairée en France. Paul Vaurs
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>>Politique intérieure du Soudan.Le 23 avril 1990, le général Omar Hassan el-Béchir déjoue un putsch organisé par de jeunes militaires et des officiers à la retraite. Le lendemain, vingt-huit officiers sont exécutés. Soudan : fiche d’identité. Fiche d’identité géographique et politiqueLe 30 juin, la junte militaire précise son orientation politique en mobilisant à Khartoum, la capitale, plusieurs centaines de milliers de manifestants qui réclament la mise en application immédiate de la charia, la loi islamique. À partir du 25 juillet 1993, les combats s’intensifient entre les troupes gouvernementales et les forces rebelles de l’Armée populaire de libération du Soudan (A.P.L.S.), provoquant l’évacuation de plus de 100 000 civils. Le 23 octobre, le Conseil de commandement de la révolution (C.C.R.), l’instance dirigeante dominée par le Front national islamique (F.N.I.) de cheikh Hassan el-Tourabi, s’autodissout. Il a nommé son chef, le général Omar Hassan el-Béchir, président de la République. Ces décisions font suite à des manifestations populaires particulièrement intenses à El-Obeid, Omdurman et Wad Madani. Le C.C.R. a prévu par décret des élections présidentielle et législatives, sans en préciser la date. En février 1994, le gouvernement lance une nouvelle offensive contre la rébellion dans le Sud. Le 17 mars, le gouvernement et l’A.P.L.S. se déclarent disposés à engager des pourparlers de paix. En février 1995, un second remaniement ministériel, après celui de juillet 1994, vient confirmer la mainmise des islamistes sur le gouvernement. Du 6 au 17 mars 1996 se déroulent les élections présidentielle et législatives. Le général Omar Hassan el-Béchir, au pouvoir depuis son coup d’État de juin 1989, est élu avec plus de 75% des suffrages. Le 1er avril, le nouveau Parlement, qui remplace l’Assemblée de transition nommée en 1989, désigne à sa présidence Hassan el-Tourabi, homme fort du régime. En janvier 1997, la guérilla sécessionniste chrétienne et animiste sudiste, dont les bases arrière se situent en Éthiopie, et l’opposition armée musulmane nordiste, qui agit à partir de l’Érythrée, réunies au sein de l’Alliance nationale démocratique, lancent pour la première fois une offensive conjointe dans la province du Nil Bleu, dans l’est du pays. En janvier 1999, une loi restaurant le multipartisme (interdit depuis 1989) entre en vigueur. Le 25 février 2002 l’ancienne éminence grise du pouvoir, Hassan el-Tourabi, est arrêté en raison de l’alliance qu’il aurait scellée avec les rebelles sudistes de l’A.P.L.S. Au cours de l’année, ceux-ci parviennent, pour la première fois, à s’attaquer aux champs pétrolifères. Le 20 juillet 2002, le gouvernement et la rébellion sudiste de l’A.P.L.S. signent, à Machakos (Kenya), sous l’égide des États-Unis, un protocole d’accord qui prévoit une période d’autonomie de six ans pour le Sud suivie d’un référendum d’autodétermination. Le 13 octobre 2003, Hassan el-Tourabi est libéré sous la pression des Occidentaux, qui espèrent que ce geste favorisera la reprise des négociations entre le gouvernement et les rebelles de l’A.P.L.S. Le 4 décembre, à la veille de la reprise des négociations avec les rebelles sudistes au Kenya, le gouvernement et l’opposition nordiste du Parti unioniste démocratique, dirigé par Mohammad Osmane Al-Mirghani, signent un accord de paix à Djeddah (Arabie Saoudite). Le 31 décembre 2004, le vice-président Ali Osman Taha et le chef de l’A.P.L.S., le général John Garang, signent, au Kenya, un accord de cessez-le-feu permanent. Ce dernier doit mettre fin à un conflit qui dure depuis l’indépendance du pays en 1956, avec une parenthèse entre 1972 et 1983. Depuis lors, la guerre a fait quelque deux millions de morts et deux fois plus de déplacés. Un accord global doit être signé le 9 janvier 2005 à Nairobi. Il prévoit la mise en place d’un pouvoir fédéral pour une période de six ans, au terme de laquelle un référendum d’autodétermination sera organisé dans le Sud ; durant cette période de transition, le pouvoir et les ressources - notamment pétrolières - du pays doivent être partagés équitablement. Le conflit du Darfour, dans l’ouest du pays, n’est pas concerné par cet accord. Le 9 janvier 2005, le gouvernement soudanais et la rébellion sudiste de l’A.P.L.S. signent un accord de paix, au Kenya, en présence d’une dizaine de chefs d’État et de gouvernement africains, du secrétaire d’État américain Colin Powell, ainsi que de milliers de personnes réunies dans le stade de Nairobi. Colin Powell indique que « les nouveaux partenaires doivent travailler ensemble immédiatement afin de mettre fin à la violence et aux atrocités au Darfour ». Le 9 juillet, le président el-Béchir signe la Constitution provisoire, qui doit régir le pays durant une période transitoire de six ans, et nomme un gouvernement d’union nationale. John Garang, ancien chef de l’A.P.L.S., est nommé vice-président en application de l’accord de paix de janvier. Le 1er août, des émeutes meurtrières éclatent à Khartoum, après l’annonce de la mort de John Garang dans un accident d’hélicoptère survenu la veille dans le sud du pays. Convaincus que leur leader a été victime d’un attentat, de nombreux jeunes sudistes habitant la capitale s’en prennent à des personnes originaires du nord du pays. D’autres émeutes se produisent dans plusieurs villes du Sud. Le président el-Béchir et le Mouvement populaire de libération du Soudan (M.P.L.S.), la branche politique de l’A.P.L.S., s’engagent toutefois à poursuivre le processus de paix. Dès l’annonce de la mort de Garang, les dirigeants sudistes désignent, pour succéder à celui-ci à la tête de leur mouvement, le numéro deux du M.P.L.S. et chef de l’A.P.L.S., Salva Kiir. Le calme revient le 3 après trois jours de violences, qui ont fait quelque cent trente morts. Le 11, Salva Kiir prête serment comme vice-président. Vie économique.En 1990, le pays est affecté, pour la deuxième année consécutive, par de mauvaises récoltes. À la mi-août, le gouvernement décide d’abolir toute forme d’intérêt dans les transactions bancaires, conformément au système financier islamique. Son programme, qui s’étend sur trois ans, comprend la vente des entreprises publiques déficitaires, la suppression des subventions et la dérégulation des prix. En 1991, le gouvernement prend des mesures d’austérité. Les prix des denrées de première nécessité augmentent fortement, affectant la population. En 1992, en l’absence d’aide extérieure, le programme de réformes économiques n’atténue pas les difficultés procédant autant de la mauvaise gestion que de la guerre civile menée dans le Sud. Le contrôle des changes est libéralisé. Le 18 mai, une nouvelle monnaie est créée, le dinar. En 1993, les pénuries s’aggravent et les relations avec les institutions financières internationales se dégradent fortement. En 1994, le Soudan normalise ses relations avec le F.M.I. qui avait suspendu son assistance financière en 1984. Il accepte d’entreprendre un vaste programme de réformes en contrepartie d’un rééchelonnement de sa dette. En 1995, Khartoum signe avec le F.M.I. une lettre d’intention par laquelle il s’engage à privatiser les entreprises publiques déficitaires, à supprimer les subventions aux produits de consommation et à laisser flotter la monnaie nationale. La dette extérieure, dont le Soudan doit reprendre le remboursement, s’élève à 18,7 milliards de dollars. La guerre continue de grever le budget. En 1996, l’expulsion de nombreux Soudanais qui travaillaient en Libye, en Égypte et dans les pays du Golfe provoque un tarissement des ressources en devises étrangères. L’isolement diplomatique du Soudan contribue à l’aggravation de ses problèmes économiques. Le mécontentement croît dans la population. En 1997, le poids croissant de la dette, qui atteint 18 milliards de dollars, continue d’entretenir une crise financière aiguë. Le taux de croissance élevé cache une situation déséquilibrée, avec une part prépondérante occupée dans l’économie par l’agriculture, qui ne parvient toutefois pas à nourrir l’ensemble de la population. En 1998, les déficits public et commercial se creusent, l’inflation augmente, la monnaie chute et la dette s’accroît. La riposte armée des États-Unis aux attentats de Nairobi et de Dar es-Salam ruine tout espoir de redressement prochain. En 1999, le pays effectue ses premières exportations de pétrole. Mais les gisements se trouvent dans le sud, en pleine zone de combats. Les revenus de l’exploitation pétrolière ne suffisent pas à redresser une économie en faillite. En 2000, le pays effectue des progrès dans l’application des programmes de réformes structurelles. Il reprend ses paiements au F.M.I. Mais la guerre civile continue de grever le budget. Son déficit demeure important, malgré la hausse des cours du pétrole. Les taux de chômage et d’inflation restent élevés. Le problème de la dette n’est pas réglé. En 2001, la baisse des cours du pétrole et des produits agricoles affecte l’économie. La monnaie se déprécie. L’augmentation du carburant vise à limiter l’accroissement du déficit budgétaire. En 2002, la trêve négociée entre Khartoum et la rébellion favorise la stabilisation de la monnaie et celle de l’inflation. Le gouvernement adopte un budget de relance en escomptant la reprise de l’aide internationale. En 2003, la croissance se poursuit, principalement due aux recettes pétrolières. Pour la première fois depuis des décennies, la balance commerciale devient excédentaire. L’inflation diminue. Toutefois, le chômage demeure élevé. En 2004, la hausse des cours du pétrole alimente la croissance. Les conflits, dans le Sud et dans le Darfour, entravent l’activité économique, qui tourne au ralenti. En 2005, le retour à la paix et l’accroissement de la production pétrolière laissent espérer une amélioration de la situation économique. Les investissements étrangers affluent. Les 11 et 12 avril, les bailleurs de fonds du Soudan, réunis à Oslo, s’engagent à verser 4,5 milliards de dollars d’aide au pays de 2005 à 2007. Relations internationales.En 1991, le Soudan se range du côté de l’Irak pendant la crise du Golfe, ce qui lui aliène l’aide occidentale. Le 27 avril 1993, les États-Unis, l’Italie, le Soudan et l’Égypte sont les premiers pays à reconnaître l’Érythrée comme nation souveraine. Le 1er avril 1994, les États-Unis, par l’intermédiaire de leur ambassadeur à l’O.N.U., lancent un avertissement au Soudan concernant les droits de l’homme dans la guerre civile au Sud et son soutien au terrorisme. Le 14 août, le terroriste vénézuélien Illitch Ramirez Sanchez, alias Carlos, est arrêté à Khartoum et remis, le lendemain, aux autorités françaises. Carlos est le responsable présumé de nombreux attentats liés pour la plupart au conflit du Proche-Orient et commis en Europe occidentale dans les années 1970 et 1980. En décembre, l’Érythrée rompt ses relations diplomatiques avec Khartoum en raison de l’aide apportée par le Soudan aux islamistes érythréens. Du 30 mars au 2 avril 1995, la Conférence populaire arabe et islamique, qui réunit à Khartoum les représentants de quatre-vingts pays et organisations sous l’égide d’Hassan el-Tourabi, met en lumière l’hétérogénéité de la mouvance islamiste. La déclaration finale, qui reflète la volonté de la majorité de privilégier l’image d’un islam modéré, est rejetée par les plus radicaux. En avril, l’Ouganda, qui soupçonne le Soudan de soutenir certains opposants, rompt à son tour ses relations diplomatiques. Le 26 juin, le président égyptien Hosni Moubarak échappe à un attentat, à Addis-Abeba (Éthiopie). Le Caire met en cause les extrémistes islamistes et n’exclut pas que le Soudan, considéré comme leur principal soutien, et notamment l’éminence grise du régime de Khartoum, Hassan el-Tourabi, soient à l’origine de l’attentat. La tension entre les deux pays se traduit par un incident frontalier, le 27. Le 4 juillet, la Jamaa Islamiya revendique l’attentat. Le 31 janvier 1996, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. adopte à l’unanimité la résolution 1044 qui accuse le Soudan de « soutenir et faciliter des activités terroristes » et le somme d’extrader vers l’Éthiopie trois islamistes soupçonnés d’avoir tenté d’assassiner le président égyptien Hosni Moubarak, à Addis-Abeba, en juin 1995. Quelques heures plus tard, les États-Unis annoncent le rappel de leur personnel diplomatique en poste à Khartoum et la suspension de leurs relations avec le Soudan En novembre 1997, l’appel des États-Unis à boycotter le Soudan isole encore un peu plus le pays sur la scène internationale. En 2000,la mise à l’écart d’Hassan el-Tourabi, ancienne éminence grise du régime, qui est destitué de son poste de secrétaire général du Congrès national en mai, contribue à alléger l’isolement du pays. Celui-ci améliore ses rapports avec les États-Unis et rétablit ses relations diplomatiques avec l’Égypte. Le 30 juillet 2004, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. adopte la résolution 1556 qui impose aux autorités soudanaises de protéger les populations civiles du Darfour, dans l’ouest du pays, contre les milices arabes pro-gouvernementales appelées janjawid. Ces dernières mènent dans cette région, où des mouvements rebelles sont apparus en février 2003, une répression dont le bilan s’élève déjà à plusieurs dizaines de milliers de morts et à 1,5 million de déplacés. Le gouvernement de Khartoum est sommé de désarmer avant le 30 août les miliciens et de traduire en justice leurs chefs, sous peine de sanctions. Le texte prévoit également un embargo sur les armes à destination du Darfour. Le 18 septembre, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. adopte la résolution 1564 qui, faute d’action de la part de Khartoum pour faire cesser les violences dans le Darfour, « envisage » des sanctions contre le Soudan. Le 31 janvier 2005 la commission internationale de juristes chargée par l’O.N.U. d’établir si des actes de génocide ont été commis au Darfour depuis février 2003 remet son rapport. Le bilan de deux ans de guerre civile s’élève à quelque 70 000 morts, 1,65 million de personnes déplacées et 200 000 réfugiés au Tchad. Sans conclure à l’existence d’actes de génocide, la commission estime que des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ont été commis au Darfour par les forces gouvernementales et les milices arabes pro-gouvernementales janjawid. La résolution 1593 du Conseil de sécurité, d’inspiration française, qui sera adoptée le 31 mars, renverra le dossier devant la Cour pénale internationale (C.P.I.) qui décidera, le 6 juin, d’ouvrir une enquête sur les faits évoqués. C’est la première résolution de l’O.N.U. prévoyant la saisine de la C.P.I. Le 24 mars, le Conseil de sécurité de l’O.N.U. adopte la résolution 1590 qui prévoit l’envoi d’une force de 10 000 hommes dans le sud du pays, afin de garantir l’application de l’accord de paix conclu en janvier. Le 29, dans la résolution 1591, présentée par les États-Unis, le Conseil approuve l’application de sanctions individuelles à l’encontre des personnes qui entravent le processus de paix et renforce les sanctions frappant déjà le régime soudanais. Comprendre et aider le Soudan à devenir « ENFIN » une véritable démocratie à travers la quintessence des valeurs républicaines. Située dans le nord-est de l’Afrique, la république du Soudan est le plus vaste État de ce continent (2 505 813 km2, soit 1,7% de la surface des terres émergées). Tantôt désertique (Nord, Nord-Est et Ouest), tantôt couvert d’une végétation luxuriante (Sud), ou ayant un climat continental tropical (Centre), cet immense pays subit l’influence de ses huit voisins : il partage avec sept d’entre eux des ethnies communes, les Nubiens avec l’Égypte, les Fellata et les Four avec le Tchad et la République centrafricaine, les Zandé avec le Zaïre, les Kakwa avec l’Ouganda, les Topoza avec le Kenya, les Beni Amer avec l’Éthiopie ; seuls les confins avec la Libye, pour des raisons climatiques, sont dépourvus de populations frontalières. Ainsi, le pays a-t-il souvent servi de terre d’asile, vocation à laquelle le destinait l’importante route africaine du pèlerinage musulman vers La Mecque. Indépendant depuis le 1er janvier 1956, l’État soudanais a dû intégrer des ethnies d’origine différente. La généralisation de l’emploi de la langue arabe a permis de les unifier linguistiquement, et, à long terme, culturellement. Enfin, une rivalité séculaire entre le Nord, de religion musulmane, et le Sud, de tradition chrétienne et animiste et de langues africaines, exacerbée par une guerre civile sanglante (1956-1972), a freiné le développement de l’ensemble du pays. La politique de décentralisation pour le Sud, inaugurée en 1972, s’est étendue à toutes les autres régions (1981). La lutte pour l’indépendance. À une civilisation connue sous le nom de Kerma, et qui remonte au II° millénaire avant J.-C., succédera au VIII° siècle avant J.-C le royaume de Napata, dont plusieurs pharaons d’Égypte allaient être issus, puis celui de Méroé (qui prit fin au IV° siècle), célèbre pour ses pyramides encore bien conservées. Le roi Farouq eut beau se proclamer roi d’Égypte et du Soudan, un accord anglo-égyptien de 1953 fixa au 1er janvier 1956 l’accession de l’ensemble du Soudan à l’indépendance. Mais l’accentuation des différences ethniques, culturelles et religieuses entre le Nord et le Sud allait plonger le pays dans une terrible guerre civile, qui ne s’interrompit qu’une dizaine d’années, entre 1972 et 1982. Des conditions de vie difficiles. Bien qu’unifié en partie par les deux Nils, Bleu et Blanc, qui se rejoignent à Khartoum, mais dont les obstacles naturels assez nombreux gênent le transport fluvial, le Soudan présente d’est en ouest des particularités géographiques qui contribuent à en diversifier les conditions climatiques et l’occupation des sols. À l’est, la chaîne de montagnes de la mer Rouge, dont l’altitude atteint 2 200 mètres, se dresse tout près de la mer. Puis, vers l’ouest, le désert occupe les terres non irriguées par le Nil jusqu’à la frontière tchadienne. Les conditions climatiques y sont difficiles : une pluviosité insignifiante, de soudaines et violentes tempêtes de sable, et un écart très éprouvant des températures diurnes et nocturnes ne permettent aucune culture. Élément vital du Soudan, le Nil traverse le pays depuis Khartoum, lieu de confluence du Nil Blanc et du Nil Bleu. Dans le cadre des accords soudano-égyptiens de 1929 et de 1959 sur le partage des eaux des deux Nils, venant d’Éthiopie et d’Ouganda, le creusement d’un canal reliant Malakal à Bor avait été entrepris sur 270 kilomètres, mais la guerre civile qui a repris en 1982 en a interrompu les travaux. Il devait améliorer les transports fluviaux entre Juba et Khartoum et irriguer plus régulièrement des terres cultivables. Avec un taux de croissance particulièrement élevé (31‰ par an), la population s’est élevée, en 1994, à près de 25,7 millions d’habitants. Néanmoins, cette population est implantée surtout le long de la vallée du Nil et de ses affluents, le Nil Blanc et le Nil Bleu. Le reste du pays est peu peuplé, particulièrement les régions nord-ouest et est (montagnes de la mer Rouge). L’ensemble du Soudan a une densité de 10,3 habitants au kilomètre carré. La sécheresse et la désertification qui se sont étendues depuis 1967 sur l’ouest du Soudan, à un rythme incontrôlable, ont provoqué un exode de la population vers les capitales régionales, contribuant à l’aggravation de la concentration urbaine. La réforme de décentralisation régionale (1981) a découpé le pays en six régions, qui disposent d’une certaine autonomie et permettent aux ethnies multiples de se regrouper. Si le Sud est surtout peuplé de Bantous et de Nilotiques, l’Est est habité par les Hadendawa, les Bija et les Beni Amer (parlant une langue issue de l’ancienne langue égypto-pharaonique). À l’ouest se trouvent les Four (Darfour, pays des Four) et des éléments islamisés, nomades ou sédentaires (Kordofan). Les Nubiens sont dans le Nord, et la région centrale, comme Khartoum, est peuplée de représentants de toutes les ethnies soudanaises. Malgré cette diversité, les cinq régions septentrionales sont unifiées par la religion (l’islam) et la langue (l’arabe), par opposition à la région sud, où chrétiens, musulmans et animistes créent une mosaïque de croyances. Peuple Nuer au Soudan. ( Les Nuers, peuple d’éleveurs de bétail au Soudan, ne possèdent pas de chef qui détienne l’autorité. En cas de conflit, aucun dirigeant n’a le pouvoir de rétablir la paix. Il faut donc en venir à s’accommoder sur des principes moraux reconnus de tous. Ce qui suppose de véritables débats et une non moins essentielle écoute de chacun.) De grands efforts ont été accomplis dans le domaine de l’enseignement. Près de 50% des moins de quinze ans ont pu fréquenter l’école, gouvernementale dans les zones rurales et parfois privée (confessionnelle) dans les villes. C’est au niveau universitaire qu’apparaissent les résultats de cette scolarisation. Ainsi, l’université de Khartoum accueille-t-elle 10 000 étudiants, l’université islamique d’Omdurman 5 000 et la filiale de l’université du Caire 14 000. En province, l’université de Wad Medani compte 2 000 étudiants, et celle de Juba à peu près autant. Les gouvernements régionaux essaient d’obtenir une aide étrangère pour ouvrir de nouvelles universités. Chaque année, en effet, 80 000 candidats sont reçus à l’examen de fin d’études secondaires, mais l’ensemble des institutions d’enseignement supérieur ne peut en absorber que 4 000. Beaucoup de jeunes Soudanais poursuivent donc leurs études à l’étranger (25 000 pour la seule Égypte, d’autres en Arabie Saoudite, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en France et en Syrie). S’il existe environ deux cents langues locales, l’Arabe est largement répandu et sert de principale langue de communication dans l’ensemble du pays. Cela constitue un excellent atout en Afrique, où peu d’États bénéficient de cet avantage. L’amendement de la Constitution dans un sens libéral permettrait aux provinces du Sud d’utiliser l’anglais comme langue d’unification administrative, à la place d’un créole arabe de Juba, peu efficace en dehors de contacts quotidiens réduits. Les transformations économiques. Les ressources potentielles du Soudan sont très importantes ; hydrauliques, d’abord, très insuffisamment exploitées, tant pour la production d’énergie que pour l’irrigation ; et pétrolières : les importantes découvertes des compagnies américaines Chevron et française Total ont été interrompues, en 1982, par la reprise de la rébellion sudiste. Les minéraux rares (or depuis les mines des « pharaons », tungstène) abondent, ainsi que le chrome, le cuivre, le fer, mais l’exploitation dans la région des montagnes de la mer Rouge est difficile et gênée par le manque de réseau routier. Une industrie de transformation a été mise en place, comme les textiles, avec la coopération chinoise, les tanneries, avec la coopération française, mais les complexes sucriers comme celui de Kenana n’ont pas réussi en raison de leur disproportion et de leur désorganisation. Les seules ressources proviennent de l’agriculture et de l’élevage ; mais à part le coton, dont la culture a été organisée dès le condominium dans d’immenses domaines étatiques comme en Jezirah (750 000 ha) ou, sous Nimeyri comme à Rahad (240 000 ha), et la gomme arabique (en 1982, 80% de la production mondiale), qui a beaucoup souffert de la sécheresse dans l’Ouest, la production est consommée sur place ; les potentialités de l’agriculture sont pourtant considérables : 90% du sol cultivable est encore en friche, alors qu’il représente 40% des terres arables de tout le monde arabe. Agriculture traditionnelle dans la région de Kassala (est du Soudan). L’instabilité des régimes libéraux (1956-1969) Dès le XVIII° siècle, les principautés soudanaises ont fait appel à des cheikhs religieux du Hidjaz pour créer leur administration et instituer des relations diplomatiques ; l’un d’eux, Hassan al-Mirghani, s’est rendu au Soudan et a fondé la confrérie des Khatmiyya en 1818. Déjà, les confréries Chazliyya au XV° siècle, Qadiriyya au XVII° siècle, Sammaniyya vers 1800 s’étaient introduites au pays des deux Nils. Le rôle de ces cheikhs fut économique (peuplement, fondation de villages), socioculturel (éducation et santé), et devint, à la fin du XIXe siècle, politique, puisque l’un d’entre eux issu de la confrérie Sammaniyya, Sayyed Mohamed Ahmed el-Mahdi, fonda les Ansars, qui chassèrent les troupes égyptiennes en 1885. Lors de l’indépendance, les Khatmiyya durent s’exiler en Égypte. En 1988, leurs descendants sont devenus le président du Conseil de souveraineté pour les Khatmiyya, et le Premier ministre pour les Ansars. Déjà avant l’indépendance, le père du premier et le grand-père du second, chefs religieux, avaient créé des partis politiques, financés par les contributions des fidèles, et qui monopolisèrent les sièges des premiers parlements. Dans celui de 1953, 73 sièges sur 97 étaient tenus par des représentants de ces deux formations confessionnelles, dans celui de 1968, 167 sur 218. Seuls les communistes et les représentants des partis du Sud leur échappèrent ; tout autre homme politique, non. Ainsi, le futur président du Conseil de souveraineté, Ismaïl al-Azhari, fonda, en 1944, le Parti unioniste démocratique, se glissant entre les Ansars et les Khatmiyya, et rassemblant quelques éléments indépendants parmi les fonctionnaires de la capitale, mais ses électeurs de province appartenaient à une confrérie, créée par son grand-oncle dans le Kordofan, à Bara, appelée Ismaïliyya. Vingt ans plus tard, il devait rentrer dans le giron du Parti démocratique du peuple, expression politique des Khatmiyya. Le régime présidentiel de Nimeyri (1969-1985) Commencé comme un putsch de jeunes officiers de gauche, à la manière nassérienne, le régime de Nimeyri devait passer par des étapes politiques peu prévisibles à ses débuts. En effet, les membres du nouveau Conseil de la révolution, purs et durs, suspendent la Constitution, dissolvent l’Assemblée, mais ils créent un ministère de politiciens civils, qui associe les communistes, sous la présidence de Babiker Aoudallah, d’obédience khatmiyya. Le général Jaafar al-Nimeyri, commandant de l’unité des forces armées chargées de la défense de Khartoum, prend le pouvoir le 25 mai 1969 à l’occasion d’un coup d’État. Il sera le premier président de la République démocratique du Soudan, plébiscité en octobre 1971, et réélu en avril 1977. En avril 1985, il sera chassé par un coup d’État. Ainsi, après un rapprochement avec l’Égypte de Nasser et la Libye en 1969, concrétisé par un Front révolutionnaire destiné à unifier la coopération militaire, économique et de politique étrangère. Le Soudan, (à partir de 1971), va-t-il suivre la politique égyptienne de Sadate, s’ouvrant vers les États-Unis et l’Europe occidentale ?, ainsi que vers la Chine ?, poussé par sa méfiance à l’égard de l’U.R.S.S. Cette réorientation de la politique extérieure permettra des pourparlers avec l’Éthiopie du Négus, qui aboutissent à l’arrêt de la guerre civile par les accords d’Addis-Abeba (27 mars 1972). Ces accords vont faire bénéficier le général Nimeyri d’une popularité urbi et orbi ; il réussit assez longtemps à maintenir la cohésion nationale en s’appuyant sur les anciens chefs rebelles anya-nya, dont le général Joseph Lagu, qui alterne à la vice-présidence avec l’avocat Abel Alier ; « l’homme providentiel des accords d’Addis-Abeba » demeure le seul homme d’État, sur le continent africain, capable de ressouder l’unité du pays, et de réintégrer pacifiquement des provinces en sécession. Le gouvernement central eut également le souci de promouvoir la réconciliation et l’unité nationales. Les anciens opposants furent admis au parti U.S.S. et de ce fait candidats aux sièges du Parlement central. Ainsi, Sadeq el-Mahdi, naguère Premier ministre, devint membre du comité central du parti, tandis que son beau-frère Hassan el-Tourabi, leader des Frères musulmans, était ministre de la Justice. Cet équilibre politique restera néanmoins précaire tant que l’économie sera déficiente. Le Soudan est pratiquement dépourvu de routes carrossables. Port-Soudan, relié à la capitale par une route asphaltée de 1 200 kilomètres et une ligne de chemin de fer en mauvais état, est constamment congestionné et ne peut suffire à ventiler le matériel nécessaire aux entreprises nouvelles. Mais le pays n’est pourtant pas aussi enclavé que certains de ses voisins, et seuls les conflits extérieurs ferment les frontières. Pays essentiellement agricole, le Soudan, avec ses grandes fermes d’État (Jezirah, Rahad), espérait, à la fin des années 1970, recevoir de substantiels investissements des pays arabes, soucieux d’assurer le suivi de leurs importations alimentaires. Mais les organismes publics ont subi des retards dans leurs projets, soit à cause d’une gestion peu efficace, soit par manque de main-d’œuvre. Au contraire de l’Égypte qui dispose d’une importante paysannerie compétente, 40% de la population soudanaise se consacre à l’élevage et au nomadisme. Par ailleurs, l’utilisation de machines agricoles trop sophistiquées (donc d’entretien difficile), peu appropriées à des sols fragiles menacés par l’érosion, et la désertification qui s’étend à l’ouest de façon tragique (Darfour et Kordofan) entravent le développement de l’agriculture. En revanche, dans les monts Nouba (Kordofan méridional), une initiation des cultivateurs à la traction animale semble donner des résultats satisfaisants. Il reste néanmoins que les produits agricoles des régions favorisées ne peuvent être acheminés faute de routes et de camions frigorifiques. Nomadisme au Soudan. Puis la situation se tend à nouveau sur le plan de la cohésion intérieure dans les années 1982-1983 ; l’élite sudiste ne peut plus supporter les interventions désordonnées du président Nimeyri dans l’administration des provinces du Sud, le changement constant et abusif de gouverneurs, et surtout l’éclatement de l’unité du Sud redistribué en trois provinces, afin de casser la rébellion. Apparaît alors dans l’arène politique le colonel John Garang, Dinka, ayant obtenu un doctorat de philosophie aux États-Unis pour une étude critique du canal de Jonglei, et qui, contrairement à ses prédécesseurs sudistes, prétend œuvrer pour l’unité du pays dans un combat social, socialiste, mené dans l’intérêt du Sud comme du Nord. Confronté à cette situation dans le Sud, perdant peu à peu ses alliés politiques lassés des scandales financiers trop voyants de son entourage, le maréchal-président va rechercher à tout prix de nouveaux supports. L’appel aux Frères musulmans de Hassan el-Tourabi, alors que son beau-frère Sadeq el-Mahdi est emprisonné, ne se fait pas sans contrepartie. L’imposition de la charia (lois de septembre 1983) et de peines corporelles outrageantes, comme prix de l’alliance du mouvement islamiste, amène la plus grande partie des citoyens soudanais à manifester un mécontentement de plus en plus vif, que l’appareil sophistiqué de la police politique ne parvient plus à juguler. Lorsqu’en janvier 1985 est exécuté Mahmoud Taha, dirigeant respecté, âgé de soixante-seize ans, d’une association pacifiste et libérale, les Frères républicains, la réprobation est unanime. Il ne reste plus au président Nimeyri qu’à quitter le pays à l’occasion d’un voyage officiel pour être renversé. Les premiers jours d’avril 1985, une immense manifestation, dans le calme et la liesse, comme en 1964, met à bas le régime, dans lequel seize ans plus tôt le Soudanais moyen, respectueux de la vie et des coutumes d’autrui, avait placé tant d’espoirs. Vers un gouvernement islamique (1985-1989) Le commandant en chef des forces armées, le général Swar al-Mahab, dont le père fut un grand dignitaire Khatmiyya, suspend alors la Constitution, engage des pourparlers avec les forces de gauche qui vont se rassembler en un mouvement Tajamouh de personnalitées syndicales et politiques démocratiques. Le Tajamouh exige des négociations immédiates avec John Garang. Deux conseils provisoires, l’un militaire, l’autre civil, se donnent un an pour clarifier la situation et appeler aux urnes. Tant bien que mal, Al-Jazouli Dafallah, président de l’Ordre des médecins et Premier ministre, et son adjoint, le sudiste Samuel Aru Bol, Dinka très connu, emprisonné sous Nimeyri, vont composer avec les officiers. Les tensions, qui durent jusqu’en avril 1986, ne facilitent ni le règlement de la guerre civile au Sud, ni celui de l’économie chancelante. Néanmoins, une liberté de parole et d’opinion inconnue depuis le 25 mai 1969, et dans les pays avoisinants, permet l’établissement d’un état de grâce, où tous les Soudanais retrouvent liberté et dignité. Les élections au Parlement se déroulent entre le 1er et le 12 avril 1986, du moins dans les zones où ne règne pas la guerre civile (227 circonscriptions électorales sur 264), de manière très satisfaisante. Trente partis ont présenté des candidats de toutes les nuances politiques, des islamistes aux communistes, mais les partis confessionnels traditionnels retrouvent leur influence, limitée par la percée du Front national islamique, le F.N.I. (51 sièges), avec un succès plus assuré pour l’Oumma des mahdistes (99 sièges) que pour le Parti unioniste démocratique des Khatmiyya, le P.U.D. (63 sièges). La leçon à tirer de ces élections libres est un succès, encore modeste, pour les partis régionalistes (28 sièges). La cohabitation va donc présider aux rapports des deux grands partis vainqueurs, ignorant dans un premier temps les députés Frères musulmans. L’exécutif leur échoit de la manière suivante : le Conseil de souveraineté de cinq membres, qui joue le rôle de présidence collégiale de la République, est constitué de deux Oumma, deux P.U.D. et une personnalité sudiste. Il est présidé par le propre frère de « Maoulana » Sayid Mohammed Ali Mirghani, grand leader des Khatmiyya, Ahmed Mirghani, tandis que Sadeq el-Mahdi devient Premier ministre. Son gouvernement dose avec un très grand soin les responsabilités ministérielles, et ce continuel marchandage ne permet pas non plus de régler le problème crucial de la guerre civile dans le Sud par des pourparlers indirects avec John Garang, dont les partisans veulent l’abrogation des lois « scélérates » islamiques de septembre 1983. Par ailleurs, le redressement de l’économie, sévèrement touchée par la sécheresse, la guerre civile, les troubles qui s’étendent également dans l’Ouest exigent un gouvernement fort. Une dictature islamique. La population supporte de moins en moins la désastreuse gestion économique du Premier ministre Sadeq el-Mahdi : de graves émeutes de la faim éclatent en décembre 1988. L’armée, enlisée dans le Sud, est en plein désarroi ; un cessez-le-feu intervient pourtant le 1er mai 1989 avec le Mouvement populaire de libération du Soudan (M.P.L.S.). Le général Omar Hassan Ahmed el-Bechir s’empare alors du pouvoir lors du putsch du 30 juin 1989. Rapidement, derrière le nouveau régime se profile l’ombre des islamistes, avec le F.N.I. d’Hassan el-Tourabi : les accords déjà ratifiés avec le M.P.L.S. sont rejetés, l’application de la charia est maintenue et les accords de défense avec l’Égypte et la Libye conservés. On envisage, selon les souhaits du F.N.I., une séparation administrative entre le Nord et le Sud, voire un abandon des régions méridionales. Les négociations avec le M.P.L.S., reprises en août 1989, sont suspendues et la guerre se ravive. Elle a déjà fait des centaines de milliers de victimes, provoqué l’exode de millions de réfugiés et coûte un million de dollars par jour, représentant le tiers du déficit budgétaire du pays. Pendant la guerre du Golfe en 1990-1991, Omar el-Bechir prend fait et cause pour l’Irak qui lui fournissait son armement et, par le fait même, il se prive des prêts financiers occidentaux. Peu à peu, le pouvoir soudanais s’isole sur le plan international, hormis ses relations demeurées bonnes avec l’Irak et l’Iran. Des négociations sont engagées en mai et juin 1992 entre le gouvernement militaro-islamique de Khartoum et l’Armée populaire de libération du Soudan (A.P.L.S.) maintenant affaiblie par une scission ; mais ces pourparlers n’aboutissent pas et l’offensive de l’armée gouvernementale se poursuit avec efficacité dans le Sud. Le quartier général de John Garang à Torit tombe en juillet 1992 et l’A.P.L.S. échoue dans une bataille meurtrière autour de Juba, capitale du Sud-Soudan. Pendant ce temps, la famine fait des ravages dans le pays. Sur le plan politique, l’opposition divisée se regroupe dans l’Alliance nationale démocratique à Nairobi en avril 1993, et nombreux sont les Soudanais qui, en face des militaires, voudraient un retour à des structures civiles qui permettraient à leur pays de rompre l’isolement international. Réussites et paradoxes de l’expérience Islamiste. Lorsque le général Omar el-Bechir prend le pouvoir à Khartoum en juin 1989, peu d’analystes croient dans les chances de ce régime. Ce coup d’État ne rallie qu’une minorité au sein de l’armée comme au sein de la population et ne peut guère susciter une sympathie internationale puisque, derrière ces militaires « musulmans et nationalistes » que célèbre le seul journal autorisé, se profilent les islamistes soudanais du Front national islamique (F.N.I.) dirigé par Hassan el-Tourabi. Mais cette prévision fait long feu. Omar el-Bechir se maintient au pouvoir malgré la dissolution de la junte militaire en octobre 1993 et est élu président en mars 1996. Peu importe que ces procédures de nomination ou d’élection aient été des simulacres. Si la durée est le paramètre stratégique du succès politique, alors ce régime a triomphé de ses adversaires, même si plusieurs bombes ont explosé durant l’été de 1998 dans la capitale, manifestant au moins ou la dissension au sein du régime ou l’existence d’une opposition prête à en découdre. L’expérience islamiste soudanaise mérite d’être analysée non seulement parce que ce régime a le privilège contestable de figurer sur la liste des États parias coupables aux yeux des États-Unis de servir de bases logistiques au terrorisme international, mais également parce qu’il a induit de profondes recompositions économiques, sociales et politiques dont la marque ne disparaîtra pas rapidement. La réforme de l’État . Le coup d’État de 1989 entend mettre fin à la corruption des élites civiles et à un conflit dans le Sud perçu comme un héritage de la colonisation britannique. Tous les partis politiques sont interdits, de nombreux hommes politiques emprisonnés, des négociations de paix annoncées. Il faudra peu de temps pour se rendre compte que rien d’essentiel, sauf la répression, ne prend forme. Les procès sont rapidement abandonnés, la guerre dans le Sud contre l’Armée populaire de libération du Soudan de John Garang rebondit et la prévarication, vilipendée avec la plus grande véhémence, fait sa réapparition jusqu’à être dénoncée par les courants populistes radicaux du régime. La mise en œuvre du projet « civilisationnel » des islamistes prend d’abord la forme plus prosaïque d’une épuration de l’État. Alors que les discours officiels se concentrent sur les responsabilités de la classe politique, le pouvoir met en place un système complexe de filtrage dont les premières victimes sont la haute fonction publique, l’intelligentsia et l’armée, toutes institutions à la marge de la société politique mais dont le rôle avait été, depuis l’indépendance, d’assurer la continuité dans un système marqué par une très grande instabilité des cabinets ministériels. La réforme sociale. Si l’on peut parler de révolution dans le cadre soudanais, celle-ci n’a de sens que dans le domaine social et économique où le nouveau régime a clairement rompu avec des pratiques existant depuis l’indépendance au moins. L’opinion publique internationale a largement focalisé son attention sur la mise en application de la charia par le régime. En fait, ce nouveau Code pénal n’est pas utilisé avec la même force sur tout le territoire. Grâce à la décentralisation, il fonctionne dans certaines régions, alors que dans d’autres, à commencer par la capitale, il est appliqué de façon sélective afin de ne pas provoquer de mobilisation internationale inopportune. Plus significative est la modification des règles de sociabilité qui a considérablement redessiné l’espace public. Cette transformation est induite, d’une part, par des mesures autoritaires et, d’autre part, par l’action déterminée d’associations caritatives islamiques qui servent souvent d’interface entre certains services de sécurité et les partisans du F.N.I. ; ainsi la réforme des écoles avec l’interdiction de la mixité et une arabisation complète de l’enseignement. On doit y voir le refus de la diversité sociale du Soudan. Cette décision autoritaire a donné un argument supplémentaire aux cadres pour quitter le pays et aux Sud-Soudanais pour exiger leur indépendance. La réforme économique. Les transformations économiques sont tout aussi radicales. Elles prennent trois formes : la création d’une nouvelle bourgeoisie ; la dérégulation étatique ; la transnationalisation de l’économie soudanaise. La bourgeoisie soudanaise entretient avant 1989 une relation symbiotique avec les grands partis traditionnels. Pendant ses trois premières années d’exercice, le nouveau pouvoir la met à l’écart en s’appuyant sur un groupe de commerçants islamistes et en suscitant des vocations au travers des banques islamiques ou des associations islamiques. Cette mutation d’un groupe social, il faudrait en fait parler d’un véritable renouvellement physique, n’a pas de rationalité économique mais s’est nourrie pour l’essentiel de deux dynamiques importantes : le désengagement de l’État et la nouvelle insertion de l’économie soudanaise dans la région. Après plusieurs années d’une politique économique très dirigiste (licences d’importation et d’exportation, contrôle des changes, etc.) mettant à genou les grandes familles commerçantes, le gouvernement soudanais opte pour une libéralisation radicale, favorisant néanmoins ses partisans au sein du secteur privé. Si le Soudan est déclaré « non coopératif » par le F.M.I. en 1990 et si une procédure d’exclusion est entamée contre lui, en février 1998, le Fonds délivre un satisfecit et pense rouvrir ses bureaux à Khartoum. Seuls les courants populistes radicaux du régime s’inquiètent de la très grande paupérisation d’une majorité de la population. Néanmoins, l’économie réelle du Soudan ne se limite pas aux quelques agrégats macro-économiques célébrés par l’institution de Bretton Woods. Le Soudan islamiste est aujourd’hui une économie recentrée sur l’Asie, avec des partenaires officiels ou officieux qui ont pignon sur rue en Chine, en Malaisie, à Singapour. Cela correspond certes à des dynamiques « purement » économiques, mais également à la crainte des islamistes de voir leur avoirs saisis s’ils demeuraient dans des institutions occidentales. Les expériences iranienne, irakienne ou libyenne ont donc servi. Guérilla au Sud-Soudan Soldats de l’Armée populaire de libération du Soudan, en octobre 1998, pendant une parade militaire, dans une région contrôlée par leurs troupes. Les sécessionnistes chrétiens et animistes du sud du pays étaient depuis janvier 1997 les alliés... Roland MARCHAL |