Politique ? Allons donc !

Dimanche 3 mai 2009 // Le Monde

Politique ? Allons donc !


Le monastère « Mor Gabriel » situé près de la ville de Midyat (province de Mardin), non loin de la frontière turco-syrienne est l’objet de mille petites et grandes attentions…Il est vrai que depuis plus de 1600 ans, même les oiseaux chanteraient en araméen, langue de Notre Seigneur Jésus-Christ… C’est tout dire. Sauf que ce monastère syriaque est à n’en pas douter un véritable repaire de terroristes…

Mardin – Tur Abdin - Mor Gabriel (Deyr-Ul-Umur)

Fondé en l’an 397, il a résisté à tout, s’accrochant à la « montagne des serviteurs de Dieu » (Tur Abdin ». Mor Gabriel qui a compté à son âge d’or jusqu’ à 1000 moines n’abrite plus que 13 nones, 3 moines et un métropolite. Mais Mor Gabriel demeure la Seconde « Jérusalem » pour l’Eglise syriaque orthodoxe dont le Patriarcat est aujourd’hui à Damas et reste le fleuron spirituel de tous les assyro-chaldéens,
Depuis plusieurs mois « Mor Gabriel » fait l’objet d’attaques de toutes natures. Une « vieille » habitude…

Le monastère : 1909-1911

En 1915 lors du génocide syriaque, les Kurdes tuèrent tous les moines qui vivaient dans le monastère et l’occupèrent durant quatre ans. En 1919, le monastère fut rendu à l’église syriaque. De 1962 à 1971, sous l’impulsion de Mor Yulius Yeshu Cicek (actuel évêque de l’Europe de l’Ouest) alors abbé du monastère, beaucoup de bâtiments furent rénovés, d’autres construits.


La « Renaissance de Mor Gabriel »

Une route sortit de terre permettant à des voitures d’accéder au monastère, un générateur fut mis en place pour fournir de l’électricité et un séminaire fut ouvert pour la formation du clergé. Depuis 1971, le supérieur du monastère est Mor Timotheos Aktas, qui a ajouté beaucoup de bâtiments. Le monastère dispose aujourd’hui de l’électricité, de l’eau et du téléphone.

Dans les années 1970, il restait encore 70 000 Syriaques dans cette région de Mésopotamie, bordée par l’Euphrate et le Tigre. Aujourd’hui, à peine 2 000. Sur la centaine de monastères, il en reste quatre en activités. Cerise sur le gâteau, la Turquie refuse toujours d’appliquer aux Syriaques le traité de Lausanne, signé en 1923, qui accorde des droits aux minorités non musulmanes. Contrairement aux citoyens turcs d’origine arménienne, juive et grecque orthodoxe, nos frères Syriaques n’ont aucune existence légale…

Avec l’arrivée au pouvoir du parti « islamo-conservateur » de l’AKP en 2002, l’étau s’était pourtant un peu desserré autour des 60 000 chrétiens de Turquie.

Une loi sur les fondations a même été votée, ouvrant la voie à l’indemnisation des centaines de propriétés spoliées depuis la création de la République turque en 1923, voire de restituer les biens confisqués par l’État aux fondations des minorités non musulmanes.

Une belle loi sur le papier…

Toujours est-il que depuis quelques années, l’été, des milliers de fidèles, de Syrie et d’Europe, se pressaient de nouveau au monastère « Mor Gabriel »,. Quelques dizaines de familles de la diaspora se sont réinstallées.

Ces quarante dernières années, elles avaient fui l’hostilité de l’État, et la guerre civile entre l’armée et les séparatistes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) avait accéléré l’hémorragie. Mais leur retour s’est heurté à l’administration, qui a confisqué des terres, ou à des paysans kurdes qui se les sont appropriées en l’absence des propriétaires. En 2007 le mystérieux enlèvement d’un prêtre du monastère de Mor Yacub, n’a pas contribué à restaurer la confiance…

Depuis 2008, le monastère doit mener de front deux « batailles ».

L’une contre l’Etat turc, l’autre contre trois villages du voisinage.

La mise à jour du cadastre en 2008 a placé les terres du monastère au cœur du conflit 250 hectares de terre dans l’ « enceinte » du monastère qui ne seraient pas cultivés, ont été requalifiés en « forêts » et sont tombés dans le domaine public.


La belle forêt de « Mor Gabriel »…

Le ministère du Trésor entend aussi recevoir sa part et réclamera devant la cour de Midyat, la ville voisine, 142 hectares supplémentaires. Quant aux habitants des alentours, ils revendiquent des parcelles pour faire paître leur bétail.

À Eglence, village aux ruelles boueuses qui font office de basse-cour pour les dindons et les poulets, on se défend de tout sentiment antichrétien. « Avant la venue du cadastre, nous vivions comme des frères, insiste Fethullah Acar, entre deux gorgées de thé. Mais nous avons besoin des terres pour nos bêtes. »

Serrés autour du poêle à bois, les hommes sont unanimes : « A-t-on déjà vu une mosquée qui possède autant d’hectares ? » Dans leur plainte initiale, il n’était pas seulement question de terrains. Les moines étaient, entre autres, accusés de se livrer à « des activités antiturques », « missionnaires » et de « tentatives de détruire l’unité nationale en incitant les gens à la révolte ». Embarrassés, les plaignants, qui n’ont visiblement fait qu’apposer leur signature au bas du document, balaient ces griefs du revers d’une main. « Non, non, il n’y a rien de tel. » Le tribunal n’a d’ailleurs pas retenu ces charges. Reste une rumeur, tenace, qui attise la rancœur : le monastère, bâti au IVe siècle, aurait été construit sur une mosquée. « Un procureur est même venu vérifier », raconte Kuryakus Ergün. Évidemment, il n’en a pas trouvé trace.

Pour l’Alliance universelle syriaque, une ONG de la diaspora basée aux Pays-Bas, ces démêlés s’ajoutent à une longue liste « de persécutions contre les chrétiens depuis des décennies ». « La Turquie souhaite aujourd’hui adhérer à l’Union européenne, ces pratiques vont à l’encontre du but recherché », déclare Daniel Gabriel, le directeur de la branche des droits de l’homme de l’association. Dans chacun de ses rapports annuels, Bruxelles presse Ankara d’améliorer les droits de ses minorités non musulmanes.

« Malgré tout, je ne perds pas espoir », explique un jeune chrétien qui préfère garder l’anonymat. Il n’a pas pu se résoudre à suivre ses huit frères et sœurs en Suède, à renoncer au plaisir de boire le petit vin légèrement sucré, qu’il met « en bouteille chaque année ». « Les anciens disent que le but du procès est de se débarrasser de nous, je n’y crois pas. Le gouvernement ne peut pas prendre ce risque, car nous sommes la richesse culturelle de cette région. Qui viendra s’il n’y a plus de chrétiens ? »

Nous préciserons que le 12 mars 2009, une délégation du « Foreign Ministry Research Departement » des Etats-Unis s’est déplacée à « Mor Gabriel » pour faire le point sur cette affaire…


Le 12 mars 2009…

Et l’Europe ? « No comment »…

Vu de l’Europe…

Document 11840 du 13 février 2009.

Expropriation des terres du monastère Mor Gabriel dans la
région de Tur Abdin, Turquie

Question écrite no 563 au Comité des Ministres
présentée par M. Omtzigt et plusieurs de ses collègues.

Le monastère Mor Gabriel a été fondé en 397 avant Jésus-Christ. C’est l’un des plus anciens monastères chrétiens du monde, lieu de culte de l’Eglise syriaque orthodoxe depuis plus de 1600 ans, à l’exception de quelques courtes périodes. Les décisions du cadastre et plusieurs affaires judiciaires risquent de déposséder le monastère de la plus grande partie, voire de la totalité, des terres dont il est propriétaire depuis des siècles et pour lesquelles il paie des impôts. Il s’agit là d’une menace directe qui pèse sur la survie de ce patrimoine religieux et culturel.

A l’heure actuelle, les autorités turques ne semblent pas prêtes à reconnaître l’Eglise syriaque orthodoxe. La communauté se trouve donc dans l’obligation d’enseigner sa propre langue, l’araméen, à l’université d’Oxford, par exemple, car elle ne peut pas le faire en Turquie. La protection des droits des minorités, consacrée par le traité de Lausanne, ne s’étend pas à la communauté syriaque orthodoxe. Il s’ensuit que les citoyens turcs de la communauté syriaque orthodoxe ont moins de droits que, par exemple, les communautés juive, arménienne orthodoxe et grecque orthodoxe, sans parler de la majorité musulmane.
M. Omtzigt, demande au Comité des Ministres :

  • Le Comité des Ministres estime-t-il que le monastère Mor Gabriel est un centre religieux où les individus doivent être libres de pratiquer leur culte comme ils le font depuis plus de 1600 ans et s’accorde-t-il à reconnaître que le monastère ne devrait pas être dépossédé de ses terres et qu’il devrait être protégé dans son intégralité, en tant que site de grande importance religieuse, culturelle et historique ?
  • Selon le Comité des Ministres, ne devrait-t-il pas être possible à la communauté syriaque orthodoxe d’employer et d’enseigner sa propre langue, l’araméen, dans des établissements scolaires et de bénéficier au moins de la protection qu’offrent les dispositions du traité de Lausanne relatives aux minorités religieuses ? Quelles mesures le Comité des Ministre prendra-t-il vis-à-vis de la Turquie pour garantir à la communauté syriaque orthodoxe ce degré accru de protection et les droits des minorités ?

Le Comité des Ministres enverra-t-il un observateur pour voir comment sont jugées par les tribunaux les affaires concernant le monastère, apprécier le degré d’équité de la procédure et faire rapport à
l’Assemblée parlementaire. ?

Objet : Monastère Mor Gabriel

Le centre spirituel du monastère syrien orthodoxe Mor Gabriel en Turquie (Mardin, Midyat) est accusé de revendiquer illégitimement des terres. Les trois maires des villages voisins de Güngören, Eglence et Yayvan se plaignent que les limites de leur village sont violées ainsi que 100 hectares de terres sont occupés par le monastère. Le monastère Mgr Gabriel, vieux d’environ 1 600 ans, est un important centre religieux et culturel de la région et contribue significativement au dialogue entre les religions et les cultures en Turquie. D’après Kurayakos Ergün, le président de la fondation Mor Gabriel, les murs du monastère ont été édifiés il y a 20 ans afin de protéger les arbres et pâturages environnants contre la détérioration.

  1. La Commission est-elle au courant de ces faits ?
  2. Quelles mesures la Commission entend-elle prendre vis-à-vis de cette situation, afin de permettre la cohabitation pacifique entre la population locale et les occupants du monastère ?
  3. La Commission dispose-t-elle d’informations indiquant que des problèmes similaires sont signalés dans les villages chrétiens avoisinants, dont les terres seraient revendiquées par des notables locaux ?

Vu de Chypre…

L’Eglise orthodoxe de Chypre va assigner l’État turc devant la Cour européenne des droits de l’homme

L’Eglise orthodoxe de Chypre va assigner l’Etat turc devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) en raison de la destruction d’églises orthodoxes dans la zone nord de l’île occupée par les militaires turcs depuis 1974, a indiqué, le 5 mars dernier, l’agence grecque d’informations religieuses sur » l’Internet Romfea », citant un communiqué de presse diffusé à Nicosie par l’Eglise de Chypre. Ce communiqué précise que le primat de l’Eglise de Chypre, l’archevêque CHRYSOSTOME II, a pris l’initiative d’engager la procédure de déposer une plainte devant la Cour européenne à Strasbourg pour violation notamment des articles 1 du protocole n° 1 de la Convention européenne des droits de l’homme (protection de la propriété) et 9 (droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion).


Sa Béatitude Chrysostome II

La Turquie est accusée d’avoir fermé cinq cent vingt-deux lieux de cultes églises ou monastères dont certains ont été tout simplement détruits ou d’autres " transformés en mosquées, garages, night clubs, morgues ". " Il est désormais indispensable pour nous de nous adresser à la Cour européenne des droits de l’homme dans la mesure où la Turquie continue sciemment à détruire les églises sur notre terre et refuse de coopérer pour restaurer et reconstruire ces édifices qui ont subit des actes de vandalisme barbares ", peut-on lire encore dans ce même communiqué. Lors d’une visite à Rome en juillet 2007, l’archevêque CHRYSOSTOME II avait indiqué que, sur les quelque cinq cent vingt églises, chapelles ou monastères orthodoxes recensés dans la partie nord de Chypre, sous occupation turque depuis 1974, cent trente-trois étaient actuellement désaffectés, dont soixante dix-huit avaient été convertis en mosquées et le reste pour l’essentiels en hôpitaux ou dépôts militaires (SOP 321.19). 

Message de Sa Béatitude Chrysostome de la Nouvelle Justiniane

Dans le message adressé aux fidèles de l’Église orthodoxe de Chypre pour le dimanche du Triomphe de l’orthodoxie (8 mars 2009), l’archevêque Chrysostome de la Nouvelle Justiniane, rappelle que "l’Église ne se complaît pas à faire revivre le passé et ne se limite pas à des festivités. Elle sait que, dans ce monde, elle milite et fait l’objet d’incessantes attaques de la part du malin et de ses serviteurs. Elle comprend qu’elle doit livrer des batailles quotidiennes. C’est pourquoi elle exhorte ainsi ses fidèles : ’Frères, tenez bon, gardez fermement les traditions que vous avez apprises de nous’ (2 Th 2, 15). L’Église dénonce ceux qui violent les prescriptions et vont à l’encontre de la piété définie par les Pères. Cependant, la persistance de l’Église n’est pas une nostalgie après un mode de vie idéal ni un simple attachement aux formes et valeurs du passé. C’est le désir de préserver le monde juste".

Plus loin, au sujet de la diversité des peuples : "La préservation et le renforcement de la diversité, ce n’est pas du chauvinisme ni du nationalisme. Nous ne sommes pas les seuls à pouvoir dire que nous sommes des personnes. Nous ne sommes pas l’unique peuple de l’histoire du monde. Les autres peuples ont, eux aussi, des traditions et des richesses remarquables. La reconnaissance de l’importance de la diversité va de pair avec la reconnaissance et le respect d’autrui et d’autres peuples... Chacun joue son propre rôle, chacun a droit à ses particularités".

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