Jean-Paul II : le plus pétrinien des papes.

Philippe Barbarin - Comment avez vous vécu cette cérémonie de l’intérieur ?

Dimanche 15 mai 2011 // La Religion

J’avais le sentiment d’être assez proche du moment des funérailles : le monde entier était là et on sentait une réelle allégresse. On avait envie de dire merci. Au lieu de voir le cercueil partir à la fin de la cérémonie, on a pu prier devant lui, face au tombeau de Saint Pierre. Le pape a prié quelques minutes et moi, j’ai pu y rester un long moment ! Je me suis mis à genoux, j’avais beaucoup de choses à confier à Jean Paul II, à lui demander.

D’ailleurs, c’est ce même sentiment que Benoit XVI a exprimé au début de son homélie. Il a évoqué le moment de ses funérailles. Tout est allé si vite depuis avril 2005 ! Ce 1er mai 2011, il y avait la même disposition sur la place Saint Pierre : les mêmes cardinaux, un millier d’évêques, un million de personnes, des chefs d’État et de gouvernement. Il ne manquait que l’évangéliaire dont les pages tournaient au vent.

Nous revoyons le cardinal Ratzinger, présidant les obsèques il y a 6 ans : « J’ai travaillé avec lui pendant 23 ans. Comme c’était beau quand il priait ! » Son homélie était d’un autre style : celle des obsèques était construite autour de trois citations de Saint Jean. Mais là, il a voulu rendre hommage à la foi de son prédécesseur, vraiment impressionnante ! L’homélie à peine commencée, le pape s’est éloigné du texte qui venait d’être proclamé.

De la béatitude qui termine l’Evangile de Saint Thomas « Heureux ceux qui croient sans avoir vu », il est allé à Matthieu 16, pour évoquer la dialogue entre Jésus et Pierre, sur la foi. Toute la vie de Jean-Paul II se situe dans ce charisme de Pierre. A-ton déjà vu un pape aussi « pétrinien » que Jean Paul II ? C’est vraiment Pierre revenant vingt siècles plus tard. Puis, Benoit XVI a insisté sur la place de Marie à qui Jean Paul II s’était totalement consacré (Totus Tuus était sa devise). Il a tourné nos regards vers la Vierge Marie.

Elle aussi a été extraordinaire dans la foi, même quand elle a vu sur la croix le contraire de ce qu’on lui avait annoncé : « Il sera Grand, appelé fils du Très-Haut et son règne n’aura pas de fin. » Comment fait-elle pour croire encore à la Parole de Dieu sur le Golgotha ?

Ce n’est pas la manière habituelle de Benoit XVI, qui, en général construit son homélie sur le texte du jour. Il a voulu librement évoquer son prédécesseur. Le charisme pétrinien et l’exemple de la Vierge Marie se sont imposés à lui.

Benoît XVI dit que c’était un géant, il a repris le « N’ayez pas peur ! ». Est-ce le moment fort de la cérémonie ?

Dans une époque qui doutait beaucoup d’elle-même, Jean-Paul II a montré la beauté de la foi. Depuis le premier jour, Benoit XVI s’appuie sur la fameuse phrase de son prédécesseur et montre à quel point elle est toujours actuelle. Il la complète quand il dit : « le Christ ne vous enlèvera rien, il vous donnera tout » !

N’a t-on pas retenu de Jean-Paul II que le pape charismatique et sympathique, oubliant ses propos exigeants. Ne considère t-on pas Benoit XVI comme plus rigoureux et plus complexe à suivre ?

Benoît XVI est plus facile à comprendre que Jean-Paul II. Ses textes sont limpides. C’est un théologien qui sait se rendre accessible. Le christianisme est forcément exigeant mais malheureusement on fait comme si on n’avait pas entendu ! La doctrine de l’Église ne dépend pas de la mode et n’en dépendra jamais. Si les chrétiens sont « dans le monde », ils ne sont pas dans la logique « du monde ». N’oublions pas que Jean-Paul II lui aussi suscitait l’incompréhension. Certes, avec sa personnalité charismatique il touchait les foules mais nous nous rappelons qu’on l’a traité d’assassin à propos du sida… Donc de ce point de vue là, il n’y a aucune différence avec Benoit XVI.

Quand Jean-Paul II parlait de partager les richesses, de respecter la vie humaine, tout le monde l’a bien entendu. Il n’y a pas longtemps, j’étais à un colloque à Paris, à la cité des sciences, avec le professeur Friedman, celui qui a fait « le bébé médicament ». Il y avait avec moi, un juif, une musulmane et une protestante. L’un des conférenciers a reconnu que la position de l’Église catholique était, quoique inapplicable selon lui, la plus claire et la plus incohérente. Tout cela pour dire que l’enseignement de Jean-Paul II était fort clair et que les intéressés l’ont très bien compris.

Que peut-on répondre aux râleurs qui prétendent que la béatification de Jean-Paul II est l’occasion pour la papauté de faire sa publicité ?

L’origine de la béatification est un cri complètement inattendu de la foule, le « Santo subito » du 8 avril 2005. Ce n’était pas arrivé, parait-il depuis 604, date de la mort de Grégoire le Grand ! Les cardinaux se sont alors réunis, et ont décidé de laisser la décision au futur pape. Benoit XVI, une fois élu, a décidé d’abolir le délai des 5 ans requis avant le début de la procédure, mais il a voulu que celle-ci soit respectée. Ce que Jean-Paul II lui-même avait d’ailleurs déjà fait pour Mère Teresa. Cela prouve que la voix du peuple de Dieu avait été bien entendue. De plus, la béatification d’une personne ne « sanctifie » pas tous ses faits et ses gestes, ses paroles… Ce n’est pas le mode de gouvernement qui est donné en exemple ! Les justes, dit l’Écriture, pèchent sept fois par jour. Quand on béatifie quelqu’un, on indique que Dieu a vraiment agit dans sa vie, y compris en lui pardonnant ses péchés. Par exemple, quand l’Église canonise Saint Augustin, elle nous invite à regarder cette grande figure et son enseignement mais elle n’approuve pas la totalité des aspects de sa doctrine.

Est ce que notre relation avec Jean-Paul II a changé avec la béatification ?

Je ne pense pas. J’allais déjà prier sur sa tombe à chaque fois que j’allais à Rome. Ce qui est important, c’est que les chrétiens se sont toujours sentis aimés par Jean-Paul II. Lors des JMJ, les jeunes savaient qu’ils étaient aimés par le pape : « Celui-là, nous aime comme un Père ! » Lors des obsèques, quand je suis sorti de Saint Pierre, c’est ce sentiment qui nous avait envahis. Il y avait là des quantités de chefs d’état, pour certains, en conflit entre eux, Palestiniens, Israéliens… Tout le monde était là ! On avait l’impression sur la place du Vatican, à côté de Saint Pierre, de se trouver sur la place d’un village après l’enterrement d’une belle figure aimée du tous. Ce village, c’était le monde. Tout à l’heure, j’ai eu la même impression.

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