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Peu d’adhérents, beaucoup d’argent.

Le modèle syndical français fonctionne mal : Pourquoi ?

Vendredi 14 mai 2010 // La France

Journée nationale d’action. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue le 23 mars. Dans ce genre d’occasion, on voit le soir à la télé les défilés avec banderoles et drapeaux rouges, la fumée des feux de Bengale et les pneus enflammés. Ensuite, on voit le président de la République recevoir les responsables syndicaux à 1’Elysée, puis tonner contre les délocalisations et les gros salaires. On pourrait alors facilement croire que le pouvoir en France est entre les mains des syndicats.

Eh bien, pas du tout ! Les syndicats français peuvent organiser des manifestations, mais ils ne sont pas en mesure d’organiser des grèves dures et longues dans un secteur économique, comme le précise Raymond Soubie, le conseiller pour les affaires sociales de Nicolas Sarkozy. Cet homme est le maître des tables rondes et, jusqu’à présent, il est parvenu chaque fois à mettre d’accord syndicats, patrons et responsables politiques. Ce qui lui est d’autant plus facile actuellement que ces trois partenaires ont tous des points faibles. Le parti au pouvoir, conservateur, vient de recevoir un camouflet lors des élections régionales. Les patrons ont besoin de soutien en ces temps de crise, d’autant qu’ils sont divisés. Et les syndicats français comptent parmi les plus faibles d’Europe.

En France, seuls 7 % des salariés sont syndiqués, contre 25 % en moyenne dans l’UE. Les syndicats dans leur ensemble ont vu leur nombre d’adhérents baisser de deux tiers depuis les années 1970, pour passer à 1,8 million, pendant que, dans le même temps, le nombre de leurs cadres quintuplait. Ce phénomène s’est accompagné d’une modification profonde de leur économie. Auparavant, les membres actifs allaient de site en site pour encaisser les cotisations. Or, en 1982, l’État a obligé les entreprises à cofinancer le travail syndical et les cotisations ont perdu de leur importance. Les syndicats font en outre appel à une armée de salariés dispensés de travailler - tantôt officiellement, tantôt grâce à des artifices juridiques - et à qui l’on n’oublie pas de fournir téléphone et voiture de fonction, tout en les gratifiant de primes spéciales. L’État paie les syndicats pour qu’ils participent à la gestion du système social et du Conseil économique et social, un organisme ruineux et parfaitement inutile, qui a été imaginé jadis comme une troisième Chambre aux côtés de l’Assemblée nationale et du Sénat. Les syndicats reçoivent beaucoup d’argent des entreprises publiques, et même des municipalités et des groupements de communes, bien qu’aucune loi ne leur en donne le droit.

LES SYNDICATS ONT DU MAL À PRENDRE PIED DANS LES PME.

Comme les règles comptables ont été renforcées il y a peu, Michel Donnedu, le trésorier de la CGT, a dû avouer que seuls deux tiers des 114 millions d’euros de revenu annuel du syndicat étaient documentés - le reste reposait sur des estimations. Il n’en reste pas moins qu’il fait partie des responsables qui souhaitent davantage de transparence, car ils comprennent que leur organisation doit changer. Nombre d’entreprises comptent toujours deux CGT, une pour les ouvriers, une pour les employés. Mais, lorsqu’on fait un petit boulot six heures par jour dans un centre commercial et qu’on livre des pizzas le soir, on n’a rien à attendre d’un syndicat. Si l’on parvient à avoir quelqu’un au téléphone, celui-ci remplit une fiche et la classe à la rubrique des « membres isolés. »

Les syndicats, ont dû mal à prendre pied dans le monde de petites entreprises et des services. D’autant qu’ils s’y heurtent au phénomène des « sans-papiers ». La restauration, les entreprises de nettoyage et de sécurité des grandes villes françaises ne s’en sortiraient pas sans cette main-d’œuvre bon marché. Comment défendre les intérêts de ces travailleurs ? C’est une tâche pénible, politiquement délicate et, de plus, ces derniers sont peu nombreux dans chaque petite entreprise. Les grandes organisations syndicales les ont tout simplement oubliés.

Elles préfèrent poursuivre leur activité habituelle... et profitable défendre leurs bastions. Sur 23,5 millions de salariés que compte la France, sept millions travaillent dans les entreprises et la fonction publiques et forment un groupe privilégié auquel appartiennent les deux tiers des adhérents et tous les cadres syndicaux. Bien protégés contre les risques sociaux par la législation et les conventions collectives, les employés du secteur public peuvent en général espérer garder leur emploi jusqu’à 60 ans et partir à la retraite avant les autres et à des conditions privilégiées. Leur seul souci, c’est que les salaires augmentent chaque année, crise ou pas. Les salariés du secteur privé, en revanche, vivent avec la crainte de se t retrouver un jour parmi les 10 % de chômeurs que compte la France d’aujourd’hui. L’industrie ne contribue qu’à 16 % du PIB (contre 30 % en Allemagne), le coût du travail est élevé, la force d’innovation faible, les emplois partent à l’étranger. Les salariés et les régions concernées luttent souvent désespérément contre les délocalisations. Ils occupent les entreprises, voire les préfectures, incendient des palettes devant les usines, séquestrent les entrepreneurs ou les cadres.

Ces batailles sont inévitables, mais ne constituent pas une stratégie. Or une stratégie était possible. Quand Nicolas Sarkozy est devenu président, en 2007, pour réformer le pays, il a cherché à faire alliance avec les plus grands syndicats, la CGT (540 000 adhérents) et la CFDT (450 000 adhérents). Donner, recevoir et rendre le pays concurrentiel, telle était l’idée. Le gouvernement aurait dû ensuite négocier avec ces deux syndicats sur la modernisation de l’économie française, sur la réforme de l’État providence ou sur le temps de travail. Mais ça n’a pas marché. Sarkozy a fait machine arrière après quelques tentatives, puis la crise économique est arrivée et l’Élysée n’a plus joué qu’un répertoire protectionniste avec quelques accents anticapitalistes.

Les syndicats, en particulier la CGT, qui est très ancrée dans l’industrie, ont battu le fer pendant qu’il était chaud : ils s’efforcent désormais, avec les responsables politiques, d’empêcher les industries de délocaliser à coups de pressions, de subventions et de discours ronflants. Sarkozy sait par Raymond Soubie que l’on a besoin d’eux, pour ne pas perdre l’électorat ouvrier et pour accomplir une réforme des retraites cosmétique, qui ne fasse pas de mal à un pan de la population qui constitue une partie non négligeable de la base syndicale et de l’électorat de droite : Les retraités.

Définir la politique industrielle avec Sarkozy, est-ce l’horizon sociopolitique de la CGT ? « Nous maintenons l’idée d’une société au-delà du capitalisme », assure Michel Donnedu. Et la stratégie ? « Pour ce grand bouleversement, nous n’en avons pas. » Le Parti communiste, auquel la CGT était jadis liée, n’existe plus que sous forme résiduelle. Culturellement, les syndicats sont aujourd’hui plus proches du Parti socialiste. Celui-ci a certes des perspectives électorales, mais aucun potentiel de transformation sociale. La CGT est donc politiquement orpheline. Les autres syndicats l’étaient depuis longtemps. Ne serait-il pas temps de s’unir ? Doucement, il n’y a pas urgence ; L’argent continue d’affluer, la base peut aller et venir, mais l’appareil, lui, demeure.

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