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Paroles d’oligarque.

Mardi 9 février 2010 // La France

Il faut lire Alain Minc. Non, pour apprendre quelque chose sur l’économie et la finance. Mais pour savoir comment ça pense, un oligarque. Ou plutôt, comment ça regarde le monde et la société française. Écoutons Alain Mine comme on écoute une radio ennemie, pour savoir ce qui se trame dans l’élite au pouvoir.

De fait, le personnage est particulièrement représentatif : classé à gauche, ami de Dominique Strauss-Kahn, il est proche conseiller de Nicolas Sarkozy. C’est dire qu’il est à la jointure, au sein de l’oligarchie, deux tendances de l’ultra-libéralisme qui se distinguent par quelques nuances. Dans une production médiatique proliférante, j’ai choisi pour mon coup de sonde acoustique un entretien accordé par Alain Minc au Figaro du 4 janvier.

Nous pouvons y vérifier, en première analyse, que le bonhomme n’a pas changé : « Il y a quinze mois, déclare-t-il, l’économie mondiale est passée à un millimètre d’un collapsus certainement plus grave que ce qu’a été la crise de 1929 ». Dans sa prétentieuse nullité, Alain Mine nous avertit ce mois-ci de la gravité d’une crise qu’il niait résolument en octobre 2008 : devant les journalistes de Parlons Net, l’expert multicartes jugeait alors que la crise était « grotesquement psychologique » !

On peut donc savourer la justesse du diagnostic porté pourtant par le président d’AM Conseil en ce début d’année : « Nous pensions ainsi que nos économies étaient solides, tandis que nos sociétés étaient fragiles. C’est l’inverse ! » Entre autres preuves, la France qui a « traversé la crise dans un grand calme social ». Alain Minc n’a pas lu la note interne de la Préfecture de police de Paris citée par Le Figaro du 3 juillet faisant état, par rapport à 2008, d’une augmentation de 31, 81 % des manifestations revendicatives dans la capitale et de la violence croissante des manifestants. Il n’a pas lu non plus La Tribune du 21 août dernier qui donnait tous les détails sur « Un été marqué par les fermetures d’usines, plans sociaux et rébellions de salariés en France ».

Ces négligences sont significatives, car le point de vue d’Alain Minc est partagé par Nicolas Sarkozy et François Fillon : la société française est solide, les syndicats ont été très responsables l’an passé. Alain Mine est lui aussi très satisfait de la CFDT et de la CGT : « ...le pays a traversé cette année dans une atmosphère de cogestion, uniquement avec les grandes centrales syndicales ». Force Ouvrière et la CFTC ne comptent pas plus que la colère des militants de base, assurément plus révolutionnaires que leurs dirigeants.

Mais l’ami de Nicolas Sarkozy et de Dominique Strauss-Kahn va plus loin : « ...Si la France a bien traversé la crise, c’est parce qu’il n’y en a pas eu pour 90 % de la population. Il existe dans notre pays deux types de main-d’œuvre : une à la japonaise, qui regroupe les fonctionnaires et les salariés des grandes entreprises, plutôt protégés. Et une main-d’œuvre américaine, regroupant les travailleurs temporaires ou en CDD. C’est cette catégorie-là qui a subi la crise de plein fouet. Mais si vous prenez les travailleurs à la japonaise et les retraités, en France, 90 % des gens ont échappé à la crise, sauf psychologiquement ».

La psychologie étant sans importance, on peut donc faire l’impasse sur toutes les formes de souffrance au travail et sur les suicides qui en sont l’extrême manifestation. On peut aussi tenir pour quantité négligeable nos quatre millions de chômeurs.

Grâce à la fonction publique et à la protection sociale subsistante, avec les syndicats en pare-feu, l’oligarchie pense avoir le contrôle de la société française. Elle peut donc envisager sereinement une moindre croissance dans les années qui viennent (selon Alain Minc la cible serait 2 % et non plus 3 %, ce qui exclut la baisse du chômage) et se concentrer sui les choses sérieuses : « Il est impératif que la France conserve sa notation financière AAA. Elle doit en avoir l’obsession » pour rester dans le peloton des pays performants. On va donc encore affaiblir les stabilisateurs (fonctionnaires, législation sociale) et attaquer à nouveau le système des retraites, ce qui sera « un signe de sérieux adressé au monde entier ». Cette stratégie est absurde et criminelle, mais c’est bien celle qui nous menace.


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