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Vendredi 5 novembre 2010 // L’Afrique

Le président de l’UNDD (Union nationale pour la démocratie et le développement), Hermann Yaméogo, a refusé, comme en 2005, de cautionner la prochaine victoire de Biaise Compaoré en se présentant à l’élection présidentielle du 21 novembre 2010. Il a choisi de mener une contre-campagne qui draine des foules et embarrasse le capitaine président candidat et son pouvoir. W Hermann Yaméogo explique cette façon d’être un empêcheur de tourner en rond.

Hermann Yaméogo : Pour ce qui nous concerne, c’est une saison électorale sèche et oiseuse à souhait qui se déroule sans enthousiasme, comme par manière d’acquit. Elle n’a pas bénéficié du préalable des réformes habituelles en pareille période pour donner plus de garanties de transparence, et partant, plus d’enjeu à la compétition.

C’est pour cette raison que la fièvre électorale est absente et que nous disons à l’UNDD qu’à la limite, on aurait pu faire l’impasse sur cette consultation au profit de réformes plus utiles, et ainsi, consacrer les sommes engagées pour ces fausses batailles, à des secteurs sociaux comme la santé, l’éducation, qui en ont davantage besoin. Nous vivons, à travers ce genre d’élections où on y va beaucoup plus pour la forme, pour empocher l’argent public et faire voir sa frimousse à la télévision, un genre d’arnaque, de détournement de la démocratie qui nous éloigne de la bonne gouvernance.

C’est un jugement sévère.

Si le jugement est sévère, cette sévérité non seulement ne vient pas de notre seul parti, mais est aussi, vérifié par les faits. Depuis longtemps, et particulièrement en 2005, nous n’avons de cesse de demander des réformes au plan électoral, de la démocratie mais d’une manière générale, au plan de la gouvernance, pour conformer la conduite des affaires du pays à des impératifs internes et externes qui jouent en conjugaison pour affaiblir les capacités d’offres de l’Etat. D’autres partis politiques nous ont rejoint sur ce chantier et nous avons officiellement demandé la refondation au travers d’un Manifeste, et invité le chef de l’Etat à être avec nous et tous les Burkinabé, le partenaire de ces changements nécessaires.

Que vous a-t-il répondu ?

Il ne nous a pas reçus pour échanger sur nos propositions de réformes, mais il a fini par lancer, solennellement, un appel aux citoyens pour qu’ils réfléchissent aux réformes pouvant consolider notre processus démocratique. Beaucoup, comme nous y a vus une réponse inciter à notre demande. Mais alors que nous demandions des réformes avant les élections et que nous insistions sur la manière de les mettre œuvre, sa réaction est venue sous forme d’une invite impersonnelle sans précision de date ni de modalités de mise en œuvre. La chose, en avons-nous déduit, si elle a lieu, peut venir qu’après l’élection présidentielle.

La campagne électorale est engagée. Comme en 2005, vous n’êtes pas partant. Vous ne compétirez donc jamais ?

Je ne compétirai jamais pour faire la figuration, ou pour apporter ma caution à la consolidation de l’illégitimité. Comme en 2005, la campagne s’est engagée en 2010, alors que façon unanime, le besoin de réforme se faisait sentir pour apporter plus d’équité, de transparence, de loyauté, dans le scrutin. Tous les politiques en ont fait le constat et ont jugé que nous étions d’autant plus fondée à demander ces mesures d’amélioration de la qualité de compétition que nous les assurions à travers des facilitations à d’autre peuples. Par exemple, le Togo, Côte d’Ivoire, la Guinée...

Aucune mesure digne de ce nom n’a été prise pour améliorer le système. La votation se déroulera quasiment comme aux premières années d’indépendance alors que le pouvoir avait pris l’engagement d’adopter la carte biométrique, de permettre le vote des Burkinabés de l’extérieur... Je ne pouvais pas par ailleurs être partie prenante à une telle campagne électorale, qui, pour moi, était tout simplement une facétie compte tenu de l’enrôlement de la CENI aux côtés du parti au pouvoir. Une CENI dont les membres même envoyés par les partis d’opposition, se retrouvent beaucoup plus aux ordres de la CENI que des partis qui les y ont envoyés.

Mais je voudrais surtout saisir l’occasion pour dire que dans notre pays, et sous la IVe république, nous en sommes à notre 4° consultation présidentielle, que pour les deux premières qui se sont déroulées en 1991, et en 1998, deux regroupements de partis d’opposition dans lesquels j’étais partie prenante avec mon parti, avaient préconisé le boycott. Nous avons alors tous ensemble et de concert boycotté ces deux scrutins.

Pour le 3° en 2005, les partis politiques d’opposition, réunis au sein d’Alternance 2005, avaient décidé d’aller aux élections qu’au vu de la satisfaction de deux conditionnalités : la première, liée à la transparence, s’attachait à l’obtention d’ajustements électoraux et de prise de décision concernant l’indépendance d’instruments électoraux comme la CENI ; la deuxième résidait dans l’empêchement de la 3° candidature de Blaise Compaoré contraire à la Constitution au regard de ses stipulations limitant le mandat présidentiel à deux exercices. Sur aucun des deux points, nous n’avons eu satisfaction. Et alors que pour moi, l’évidence du boycott s’imposait, d’autres partenaires l’ont conditionné à la saisine du Conseil constitutionnel. Je n’en voyais pas la nécessité pour ma part en raison de l’inféodation de cette institution à l’Exécutif mais j’ai laissé faire, attendant qu’après cette saisine, le ralliement se fasse autour du boycott. Ce ne fut pas le cas et j’ai décidé, pour ce qui me concerne, de rester fidèle à l’engagement premier en ne me présentant pas.

N’avez-vous pas tenté d’avoir une position unanime comme pour les deux scrutins présidentiels passés de 1991 et 1998 ?

Je m’y suis employé. J’ai même accepté de constituer mon dossier, de déposer ma caution en attendant la décision qui tomberait du Conseil constitutionnel. Lorsque celle-ci est tombée et que je voyais que les partenaires voulaient, en dépit de tout, se présenter, j’ai en ultime recours suggéré de maintenir ma candidature aux côtés des leurs pour une élection à laquelle je ne croyais pas.

Si vous n’êtes pas candidats pour 2010, vous estimez donc que les conditions n’ont pas changé ?

Non seulement, elles sont loin d’avoir changé, mais elles révèlent un désaveu sans précédent des électeurs. Je veux dire qu’au-delà du fait que nous n’ayons pas bénéficié de ces ajustements que l’on voit dans toutes les démocraties africaines pour atténuer quelque peu l’opacité des consultations électorales, nous avons vu se réaliser une démarcation sans précédent du corps électoral par rapport au scrutin.

Nous ne pensions pas si bien dire en prévenant qu’à force de contrarier le jeu politique, de vouloir le formater pour créer des partis-lige, on finirait par écoeurer les Burkinabé et par les détourner des élections et de la démocratie en général. C’est ce qui s’est réalisé puisque sur une population totale estimée à près de 16 millions de personnes, nous nous sommes retrouvés avec un peu plus de 3 millions d’inscrits dans des conditions telles qu’il n’est même pas assuré que nous ayons 2 millions de votants. Certains parlent même de moins du million !

Vous voyez, ce n’est pas la joie ! Et quand on a quelque respect pour l’électeur, on ne va pas se donner en spectacle dans une élection perdue d’avance en faisant croire aux électeurs que Kossyam, le palais présidentiel, est à portée de main. En tout cas, c’est mon point de vue. Un point de vue, je vous le signale, qui a fait des émules puisque pour ce scrutin, beaucoup qui s’étaient inscrits au départ en 2005 sont absents (invoquant aujourd’hui les même raisons qui étaient les miennes en 2005) et que l’opinion comprend beaucoup plus qu’en 2005, qu’on ne va pas à une élection pour aller à une élection.

Cette position ne comporte-t®elfe pas des risques de marginalisation pour votre parti ?

C’est ce que l’on donne souvent à consommer aux opinions pour forcer les partis d’opposition africains à aller à des élections bidouillées où ils seront rétrécis. C’est une position que certains partenaires ont encouragée pour aider les pouvoirs en place. Comme je le dis souvent, nous n’avons pas opté pour la manière la plus peinarde de faire la politique mais on est toujours là, en dépit de tout, réactifs, prospectifs, et plutôt sereins d’être, sans nous disperser inutilement, toujours au nombre des référents qui comptent dans le pays. C’est aussi à cette aune que se jauge la santé d’un parti.

Et puis, voyez-vous, notre sortie le 23 octobre dernier à la Maison du Peuple, a prouvé que la force de frappe de l’UNDD est restée intacte. En dehors du CDP, qui détient l’appareil de l’Etat et qui en use et abuse à son gré, seuls les partis que j’ai dirigés ont réussi à remplir cette enceinte mythique. Les adhésions, nous en avons à la pelle, venant surtout de jeunes. Il en est ainsi parce que notre parti, sans jamais lâcher facilement le morceau, est un parti de dialogue qui, au surplus, séduit par sa force de propositions et d’anticipation.

Et ce fameux article 37 ? Vous êtes toujours opposé au déverrouillage de la limitation des mandats ?

Mais bien sûr. Pour autant, ce n’est pas assez d’être contre, encore faudrait-il pouvoir avoir les capacités, et les intuitions pour assumer cette prise de position, notamment à travers des stratégies de lutte conséquentes. Ce n’était visiblement pas le cas pour tous ceux qui ont tenté d’embarquer les Burkinabé dans la campagne de 2015, persuadés qu’à cette échéance, Biaise Compaoré, de gré ou de force, ne briguerait plus de mandat. Nous avons prévenu bien des fois qu’il ne fallait pas croire tout ce qui se disait sur lui ni vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Nous avons également, de façon répétitive, expliqué que l’alternance ne tomberait pas comme un fruit mûr en 2015 sans un travail unitaire pour sa maturation. Vous voyez, le temps ne nous aura pas fait mentir.

Faut-il pour autant rester passifs, se rendre sans combattre ?

Le combat pour l’article 37, ça nous connaît.

Pour barrer la route à la candidature de Biaise Compaoré en 2005, nous avons multiplié déclarations, conférences, meetings. Afin de donner plus de muscles à notre combat, nous avons même encouragé la création du Collectif pour la défense de la Constitution (CODECO). Des marches ont été organisées dans bien de localités du pays amenant les autorités à sévir contre les militants du CODECO : bastonnades, arrestations, et après même, à s’engager dans la récupération du mouvement par des nominations et achats de conscience. Si le combat n’a pas marché, c’est parce qu’il n’y a pas eu d’unité d’action, c’est parce que partis politiques d’opposition, mouvements de droits de l’homme, syndicats, étudiants... ne se sont pas engagés dans un même combat pour défendre bec et ongle la loi fondamentale et refuser, même devant la décision du Conseil constitutionnel, la validation de la candidature du chef de l’Etat.

Aujourd’hui, je ne sens pas que la cohésion et la détermination, qui ont manqué en 2005, se trouvent au rendez-vous Nous avons proposé aux différents candidats de prendre l’élection présidentielle de 2010 en otage, c’est à dire, de conditionner la participe au scrutin à la prise de certaines réformes pour assurer plus d’équité, de transparence dans le scrutin, obtenir des garanties quant au maintien de la limitation du mandat présidentiel à deux exercices. Cela n’a pas abouti. Et tenez-vous bien, sur la ligne de départ, tous les candidats autres que Blaise Compaoré sont d’accords pour reconnaître que conditions de transparence ne sont pas réunies, que le fichier est inexistant et que les risques sont grand pour le déverrouillage de l’article 37. Allez-y y comprendre quelque chose !

La campagne, pour vous, n’a pas d’être, et vous y êtes pourtant présent, comment expliquez-vous cela ?

Attention. Notre position ne présente aucune ambigüité.

En 2005, nous n’étions pas candidat, nous ne soutenions aucun candidat, mais nous avons mené une contre campagne sur l’ensemble du territoire national pour expliquer notre position et en appeler aux nécessaires réformes pour trouver un autre mode de gouvernance qui sauve la démocratie et garantisse un meilleur avenir au Burkina Faso. Cette fois-ci, nous menons la même contre-campagne avec cet élément plus favorable que nous sommes compris et que surtout, le chef de l’Etat entre temps (contrairement à bien de ses partenaires de la mouvance présidentielle qui soutenaient qu’il n’y avait rien à réformer au Faso) a accepté d’ engager le pays dans les réformes.

Nous n’allons donc pas pour dire à nos militants et électeurs : votez pour nous ou pour tel autre candidat décrocher le Palais de Kossyam, mais pour leur dire de prendre au mot Blaise Compaoré sur ses promesses de réformes.

Nous y allons pour leur demander de s’organiser pour être des acteurs conscients, dynamiques, de ces réformes et ma foi, je peux dire que le message passe très bien.

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