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Palestine : Palestinien par choix.

Mercredi 26 octobre 2011, par Hassan Khader // Le Monde

L’écrivain en exil Hassan Khader rend hommage à François Abou Salem, Français d’origine et fondateur du théâtre palestinien contemporain, décédé à Ramai lah le 1er octobre.

Un jour, quand nous aurons un Etat et que nou voudrons établir un code de la nationalité, nous repenserons à ce qu’avait écrit Ghassan Kanafani [écrivain palestinien assassiné en 1973] : "N’est pas palestinien uniquement celui qui naît de deux parents palestiniens, mais celui qui lutte pour la liberté." Nous y repenserons non pour perpétuer l’idée du combat comme composante essentielle de notre identité, mais pour amoindrir l’importance de l’héritage biologique dans la formation de l’identité collective et individuelle, pour affirmer que l’identité est un choix et non une fatalité.

Quelle meilleure démonstration de cette idée que la vie et le parcours de François Abou Salem, qui n’a même pas besoin qu’on certifie son combat ! Il avait fait le choix d’être palestinien alors qu’aucun de ses deux parents ne l’était. Il apparaît dans l’histoire du théâtre palestinien, à partir de 1967, comme l’un de ses piliers les plus solides, une couveuse du sentiment national, une avant-garde du combat contre l’occupation et un chantier expérimental de la création. Nous devons reconnaître aujourd’hui son apport, qui nous permet de mieux aborder notre identité collective et individuelle.

Dommage que ce soit une occasion aussi triste qui nous appelle à reparler de notre identité. La disparition tragique de François Abou Salem il y a quelques jours nous interpelle. S’est-il donné la mort ? Tout l’indique, d’autant que la dépression s’était emparée de lui ces derniers temps. Mais nous devrions plutôt penser au vivant et à l’avenir dans le parcours d’un homme qui nous ressemblait, en fait, mais se distinguait aux yeux du plus grand nombre. Il nous ressemblait, à nous enfants de ce pays transformés en produit hybride de l’Histoire et condamnés par la géographie [en tant que Palestiniens de la diaspora], comme on peut le voir à la couleur de nos yeux, à nos accents et à notre mode de vie. Mais il était différent par rapport au discours des fondamentaux nationaux et religieux qui veut ignorer nos particularités historiques et culturelles et nous couler dans des moules confessionnels au nom tantôt de l’arabité, tantôt de la nation islamique transfrontalière. Comme si un Malaisien, uniquement parce qu’il est musulman, avait plus de droits en Palestine que François Abou Salem.

Cette question se pose en réalité dans l’ensemble du monde arabe. Qui aurait dit, par exemple, que les Kurdes auraient besoin d’une révolution populaire en Syrie pour être reconnus comme citoyens de ce pays ? Le régime en crise, dans un geste généreux, a tenté d’acheter leur soutien en leur accordant une petite partie de leurs droits : des papiers d’identité.

On pourrait citer bien d’autres exemples à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, notamment en Egypte, où les coptes sont victimes de toutes sortes de ségrégations. L’Orient, mosaïque de langues et de civilisations, ressemble à un tapis persan de valeur dont les couleurs sont délavées depuis des décennies. Au cours des dernières décennies, nous avons assisté au retour de l’histoire enfouie en redécouvrant les mémoires et les souvenirs des Juifs égyptiens ou irakiens en exil, ainsi que ceux des Italiens et des Grecs qui ont vécu sur les bords de la Méditerranée et qui ont été chassés par la vague arabiste au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Ce retour de l’histoire enfouie nous a permis de mieux nous définir nous-mêmes. Cela implique une révision du contenu culturel et politique de l’arabité, née des mouvements d’indépendance étatiques et de la lutte contre le colonialisme : Mais, pour de nombreux peuples qui ont réussi à obtenir leur indépendance et à bâtir solidement des Etats-nations modernes, la lutte contre le colonialisme appartient au passé. Il faut reconsidérer le contenu de cette histoire sans avoir peur de réveiller les fantômes du passé. Cela a été fait notamment dans les sciences humaines en Inde et dans la littérature latino-américaine.

Dans le monde arabe, en revanche, ces fantômes du passé restent effrayants et le projet de l’Etat-nation moderne est encore incapable de faire face à son histoire. Si l’idée de citoyenneté a encore tant de mal à s’imposer, c’est parce que l’Etat-nation reste instable et inquiet sur son sort. Le printemps arabe a peut-être ouvert une nouvelle perspective sur ce plan. Il reste que l’événement tragique qui nous fait explorer le permanent et l’avenir dans le parcours personnel et artistique de François Abou Salem appelle une considération plus globale de notre histoire. Ainsi peut-être exprimons-nous notre profonde reconnaissance pour les traces que ces fantômes du passé laissent dans notre vie.

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